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    Oka - Barrage humain face à la pinède

    Des Mohawks empêchent la Financière Norfolk d'accéder à ses terrains

    7 août 2010 |Marco Bélair-Cirino | Québec
    À Oka, des dizaines de Mohawks ont bruyamment fait savoir hier au gérant de Norfolk, Normand Ducharme, qu’il n’était pas le bienvenu à Kanesatake et que les travaux qu’il souhaitait faire sur les terrains de la compagnie pouvaient bien attendre. «Retournez d’où vous venez», scandaient des résidants de Kanesatake.<br />
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir À Oka, des dizaines de Mohawks ont bruyamment fait savoir hier au gérant de Norfolk, Normand Ducharme, qu’il n’était pas le bienvenu à Kanesatake et que les travaux qu’il souhaitait faire sur les terrains de la compagnie pouvaient bien attendre. «Retournez d’où vous venez», scandaient des résidants de Kanesatake.
    Kanesatake — Des représentants de la Financière Norfolk ont essayé, hier en matinée, de forcer un barrage humain les empêchant de se rendre sur leurs terrains, situés en face de la fameuse pinède où avait éclaté, il y a 20 ans, la crise d'Oka.

    Des dizaines de Mohawks, dont certains étaient masqués, ont bruyamment fait savoir au gérant de la compagnie, Normand Ducharme, qu'il n'était pas le bienvenu à Kanesatake et que les travaux qu'il souhaitait faire pouvaient bien attendre.

    Ils ont rapidement encerclé la minifourgonnette dans laquelle lui et ses collègues étaient installés. «Retournez d'où vous venez», scandaient des résidants de Kanesatake.

    «Vous savez qu'on ne veut pas de vous aujourd'hui. Vous comprenez, nous sommes actuellement polis, vous ne nous connaissez pas lorsque nous perdons la carte», a affirmé une femme.

    Après de vives discussions avec certains Mohawks, dont le grand chef du conseil de bande de Kanesatake, Sohenrise Paul Nicholas, M. Ducharme et ses collaborateurs ont rebroussé chemin, sous escorte policière. La route 138 a quant à elle été rouverte peu de temps après.

    «On s'attendait à une certaine résistance, mais pas aussi forte que celle qu'on a vue aujourd'hui. Il y a eu des coups de poing, de la bousculade, ce qui, à mon avis, n'est pas normal en 2010», a affirmé M. Ducharme, après avoir été enguirlandé et bousculé. «La force et l'intimidation m'empêchent d'utiliser mes terrains», s'est-il indigné.

    «[M. Ducharme] a eu ce qu'il mérite. Si on avait vraiment voulu nous déchaîner, ce gars-là ne serait jamais sorti d'ici avec la tête sur les épaules. Je n'ai pas de pitié pour lui», a lâché un résidant de Kanesatake, Serge Simon, devant la caméra de Radio-Canada.

    Le promoteur, qui était accompagné d'un ingénieur forestier, comptait faire l'inventaire des arbres «morts, malades», à abattre sur les terrains dont Norfolk est propriétaire, pour des raisons de sécurité. «Ça faisait huit mois qu'on attendait», a-t-il expliqué.

    C'est de la poudre aux yeux, ont rétorqué le conseil de bande de Kanesatake et la municipalité d'Oka. «Normand Ducharme [...] n'hésite pas à provoquer des affrontements avec notre population. En procédant de la sorte, il met délibérément en danger la sécurité des membres de notre communauté et celle des agents de la Sûreté du Québec, a déclaré le grand chef Sohenrise Paul Nicholas. Cette attitude est totalement irresponsable.»

    Le terrain dont souhaite se départir la Financière Norfolk — en échange de 400 000 $ — fait partie de la seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes, que nous revendiquons, a-t-il dû expliquer de nouveau hier.

    Le maire d'Oka, Richard Lalonde, qui a multiplié ces dernières semaines les appels au calme, a qualifié de «déplorable» le comportement de la Financière Norfolk. Le ministre responsable des Affaires autochtones, Pierre Corbeil, a quant à lui jugé «surprenant» l'empressement de Norfolk à effectuer des travaux d'émondage d'arbres sur son terrain, faisant valoir que les élagueurs d'Oka ainsi que ceux de Kanesatake sont disposés à prendre en charge les travaux, et ce, «s'il y a des problématiques liées à la sécurité».

    Le gouvernement du Québec, qui a acquiescé à la mise en réserve des terrains revendiqués par les Mohawks, «soutient et accompagne» la municipalité, a réitéré M. Corbeil. «On considère comme étant très sage cette décision de la municipalité d'Oka de garder ces terrains-là dans leur état naturel», a-t-il souligné.

    Les avocats de la municipalité rencontreront, lundi après-midi, les représentants de l'entreprise afin d'amorcer les négociations en vue d'un éventuel achat des terrains. «J'invite les gens à s'asseoir, dans un esprit d'ouverture et dans un dialogue très constructif, et à être responsables, pour éviter des provocations et des escarmouches comme celles qu'il y a eu ce matin [hier]», a ajouté Pierre Corbeil.

    Richard Lalonde a souligné à grands traits hier que la municipalité était déterminée à conclure une entente avec le promoteur. «C'est dans le dialogue, pas dans la confrontation, qu'on en arrivera à une entente. Mais ce dossier ne se réglera pas en une journée ni une semaine», a mis en garde le maire.

    La Financière Norfolk avait pris possession des terrains il y a deux ans à peine. Ils étaient alors évalués à 100 000 $, selon Radio-Canada. La compagnie souhaite aujourd'hui les vendre 400 000 $, soit quatre fois plus. «Je suis toujours ouvert à une certaine négociation», a néanmoins indiqué M. Ducharme.

    Le ministre responsable des Affaires autochtones a toutefois averti que «la municipalité n'est pas pour tomber en mode spéculation et acheter ça à n'importe quel prix».

    D'autre part, le conseil de bande de Kanesatake doit, sous peu, rencontrer le négociateur fédéral en chef, Fred Caron, afin d'accélérer les discussions à la table de négociation, à moins que le nouveau ministre des Affaires indiennes, John Duncan, en décide autrement.

    «On rentre chez nous, mais on va revenir la semaine prochaine», a conclu le porte-parole de Norfolk, Luc Côté.












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