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    Transports Québec - Tomber dans le panneau du vieillissement

    L'opposition qualifie de non prioritaire le remplacement de la signalisation routière

    5 août 2010 |Fabien Deglise | Québec
    Panneaux de signalisation routière<br />
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Panneaux de signalisation routière
    Louable, mais prématuré. L'opposition officielle a fortement remis en question hier le projet du ministère des Transports du Québec (MTQ), qui vient de s'engager dans le renouvellement progressif de l'ensemble des panneaux du réseau routier de la province afin de les rendre plus faciles à lire par les conducteurs vieillissants. Le Parti québécois (PQ) s'étonne qu'une telle opération ait été lancée un an à peine après la privatisation du service de fabrication de la signalisation routière et juge la dépense «pas vraiment prioritaire» dans le contexte routier actuel.

    Le MTQ a minimisé hier la facture totale liée à ce processus de renouvellement de la signalétique routière, qu'il évalue à 100 millions tout au plus, sur une période de 10 ans, ce qui contredit les données fournies et confirmées par le ministère plus tôt cette semaine au Devoir, quant aux coûts de la première phase du rajeunissement des panneaux sur l'autoroute 20, entre Montréal et Québec.

    Sur cette base, il était alors possible d'évaluer à plus de 700 millions la valeur de la mise à jour des panneaux pour l'ensemble du parc de panneaux de signalisation routière que le Québec souhaite mettre aux normes nord-américaines.

    Le MTQ reconnaît une fois de plus que l'opération de remplacement, amorcée en juin sur l'autoroute 20, a bel et bien touché des panneaux en bon état, mais il soutient désormais qu'à l'avenir, l'ensemble des travaux de réfection et de mise en jour — changement de la police de caractère et de la pellicule réfléchissante — vont se faire uniquement dans le cadre du programme normal de remplacement des panneaux usés ou dégradés.

    «Le budget du ministère pour l'entretien des panneaux est de 8 à 10 millions de dollars annuellement pour le remplacement normal d'environ 40 000 panneaux», a indiqué au Devoir Caroline Larose, porte-parole du ministère, qui assure que le changement de police de caractère — la highway gothic est désormais remplacée par la ClearView 5 — et de pellicule rétroréfléchissante ne va pas entraîner de coûts supplémentaires pour le ministère.

    Une explosion des coûts anticipée


    Le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) n'en est toutefois pas aussi convaincu et il s'est indigné une nouvelle fois hier du transfert au secteur privé de la fabrication des panneaux, activité jusque-là confiée au Centre de signalisation du Québec, ce qui devrait faire grimper considérablement les coûts, selon lui. En 2008, Québec a fermé les portes de cet organisme relevant du MTQ afin de privatiser la production de panneaux routiers, et ce, même si dans sa dernière année d'opération «le centre avait démontré son efficacité en réalisant un bénéfice de 600 000 $», a rappelé Christian Daigle, premier vice-président du Syndicat.

    «Globalement, le remplacement de panneaux routiers par le privé va coûter plus cher aux contribuables, dit-il, et c'est une aberration, puisque nous avions une expertise à l'interne largement supérieure à ce qu'on retrouve aujourd'hui dans le secteur privé», affirme-t-il.

    Le SFPQ en veut pour preuve une note de service du MTQ qui fait état d'importants ratés dans la production et la livraison de panneaux par une des entreprises, la firme Spectralite, qui a décroché en 2008 un important contrat pour le remplacement de panneaux dits de petite signalisation. Daté de juillet 2009, le document, dont Le Devoir a obtenu copie, fait état de «certains problèmes au niveau de la qualité des produits [qui] ont entraîné au départ un taux plus élevé de retour de marchandise» par le ministère. La note ajoute par ailleurs que le «délai de livraison a, à maintes reprises, dépassé» de trois à sept jours le délai de 15 jours ouvrables fixé au contrat.

    Le MTQ n'a pas été en mesure de préciser hier si la situation avait été corrigée depuis.

    Plus de panneaux à changer


    Par ailleurs, la note confirme que le passage des activités de fabrication des panneaux du public au privé, mais aussi l'adoption d'un programme de mise à jour de ces panneaux, s'accompagnent bel et bien d'une hausse des commandes. Dans le cas de la petite signalisation, par exemple, un «accroissement considérable du volume des panneaux à produire» pourrait «se traduire par une production annuelle de plus de 60 000 panneaux», précise la note pour justifier en partie le cafouillage et les retards dans la livraison. Ce sont 20 000 panneaux de plus par année que les quantités produites bon an, mal an, par le Centre de signalisation du Québec (CSi), avant 2008.

    Pour le porte-parole de l'opposition en matière de transport, Stéphane Bergeron, cette privatisation, tout comme l'idée du MTQ de se lancer aujourd'hui et sans consultation dans une mise à jour des panneaux routiers même si leur état d'usure ne le justifie pas toujours, viennent soulever «beaucoup de questions», a-t-il indiqué hier au Devoir. «Pourquoi ne pas avoir confié cette opération au CSi? demande-t-il. Pourquoi avoir provoqué la privatisation de ce secteur pour ensuite lancer une campagne [de modification de la signalisation routière] de cette envergure? Dans le contexte des soupçons qui pèsent sur le MTQ depuis quelques mois, ces questions se posent avec encore plus d'acuité.»

    Signalons qu'en 2005, un rapport de la firme Mallette commandé par le ministère des Transports du Québec afin d'évaluer la participation éventuelle du privé dans la fourniture de produits et services de signalisation routière avait rappelé au gouvernement l'efficacité du Centre de signalisation et de son usine, qui offrait alors «les meilleurs prix à l'échelle canadienne», peut-on lire dans le document remis au titulaire du portefeuille ministériel à l'époque, Michel Després.

    Au terme d'une analyse des «expériences de l'administration routière» dans les différentes provinces, les auteurs du document affirmaient alors que «le respect des conditions d'approvisionnement par les fournisseurs privés de produits de signalisation [...] semble plus difficile et nécessite la mise en place de suivi et de contrôle», avec à la clef, juge sévèrement le SFPQ, des accroissements de coûts que Québec semble aujourd'hui sous-évaluer.












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