dimanche 12 février 2012 Dernière mise à jour 23h50
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Libre opinion - Et pourtant, elle penche...

Alexis Gagné-LeBrun - Enseignant en physique, Cégep de Saint-Hyacinthe  22 juin 2010  Québec
Le jugement de la Cour supérieure sur l'exemption demandée par une école anglophone privée pour le cours d'éthique et culture religieuse est consternant. La mise en avant de la primauté de Dieu devant la laïcité des institutions scolaires est un symbole important de la réalité du multiculturalisme et de son relativisme total.

Donner une perspective religieuse à tout cours est une négation même de la raison d'être de l'école: former des citoyens critiques, pouvant juger eux-mêmes de ce qui est bien et de ce qui doit être fait. La construction d'un carcan catholique ou de quelque autre vision autour des apprentissages limite les possibilités de développement du jugement critique et de la réflexion rigoureuse. Bref, une telle vision mène à la reproduction mécanique de citoyens avec des oeillères et une vision myope.

Pire encore, le juge fait du révisionnisme historique en parlant du procès de l'Église catholique contre Galilée. Le tribunal de sept cardinaux était pourtant clair: «Soutenir que le Soleil, immobile et sans mouvement local, occupe le centre du monde, est une proposition absurde, fausse en philosophie, et hérétique, puisqu'elle est contraire au témoignage de l'Écriture.»

Bref, Galilée a été condamné pour avoir fait fi des oeillères de l'Église catholique, pour avoir outrepassé la myopie religieuse. Il s'est plutôt basé sur des observations, obtenues entre autres méthodes par la construction d'un nouvel instrument optique: le télescope. Ses observations ont été vérifiées par d'autres scientifiques, le modèle héliocentrique copernicien a été confronté à la réalité de l'expérience. C'est seulement ainsi qu'il aurait, selon la légende, ajouté «et pourtant, elle tourne...».

Fausse ouverture

Dans cette cause, le juge a mélangé l'ouverture théorique sur papier prônée par l'école anglophone privée et l'ouverture réelle de la laïcité. L'école anglophone privée, sous son appel à l'ouverture, désire choisir les informations qu'elle donnera aux élèves. Elle veut choisir l'angle des oeillères fournies aux élèves. La laïcité est plutôt une volonté d'enlever ces oeillères et de voir l'ensemble du monde.

Ce jugement montre encore une fois que tout jugement fondé sur la Charte canadienne et le multiculturalisme penche du même côté, celui des droits individuels religieux contre les droits communs du vivre ensemble. D'ailleurs, quelle est la prochaine étape? Est-ce que l'évolution sera remise en cause en vertu de la «primauté de Dieu», comme dans plusieurs États? Est-ce que la vente de condoms sera jugée illégale? Est-ce que l'avortement sera criminalisé de nouveau, comme le souhaite l'Église?

Consternant, alarmant... il est temps que le Québec réagisse. Il est possible de répondre à chaque cas, individuellement, et de s'inquiéter du prochain jugement. Mais il est aussi possible, primordial, de voir la situation d'ensemble.

Pour ce faire, une seule solution existe, en deux étapes. La première: utiliser la disposition dérogatoire systématiquement, sur tous les jugements à caractère multiculturel, afin d'assurer la construction d'un modèle d'intégration réellement québécois. Ensuite: mettre de côté le multiculturalisme pour toujours, mettre en avant la réalité québécoise et ses valeurs, bref, faire notre pays!

***

Alexis Gagné-LeBrun - Enseignant en physique, Cégep de Saint-Hyacinthe
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Fr. Delplanque
    Inscrit
    mardi 22 juin 2010 01h26
    Retour aux sources
    1) S'il vous plaît lisez le jugement, la mention en passant à la suprématie de Dieu arrive tout à la fin (alinéa 329) et ne sous-tend en rien le raisonnement du juge Dugré.

    2) «Donner une perspective religieuse à tout cours est une négation même de la raison d'être de l'école: former des citoyens critiques, pouvant juger eux-mêmes de ce qui est bien et de ce qui doit être fait.»

    Cela ne se fait jamais dans le vide, cela se fait toujours dans une tradition donnée, sinon l'école ne sert à rien, les découvertes passées, les grands philosophes et leurs écrits non plus.

    3) La mention à Galilée du juge Dugré (alinéa 331) est simplement la paraphrase des propos du juge Beetz au sujet de la liberté d'expression. À nouveau, retournez aux sources et lisez le jugement.

    4) Quant à "Bref, Galilée a été condamné pour avoir fait fi des oeillères de l'Église catholique, pour avoir outrepassé la myopie religieuse. Il s'est plutôt basé sur des observations, obtenues entre autres méthodes par la construction d'un nouvel instrument optique: le télescope. "

    C'est faux.

    Le plus simple d'abord, il n'a pas inventé le télescope, mais simplement amélioré un peu celui d'un Hollandais.

    Galilée a été condamnée parce qu'il se mêlait d'interprétation des Écritures, le jésuite Bernanin n'avait aucune objection à ce que Galilée parle de l'héliocentrisme comme d'une hypothèse tant qu'elle ne serait pas prouvé, or Galilée était têtu et ses preuves n'en était pas (l'héliocentrisme n'expliquait pas les marées, on le savait déjà, et sa théorie prévoyait le mauvais nombre de marées et les orbites circulaires qu'il favorisait ne permettait pas d'expliquer les observations des astres, pas de chance, hein!, Copernic le savait d'ailleurs avant lui).

    Voir plus détails sur Canal académie (l'Académie des Sciences de France) :

    http://www.canalacademie.com/ida2614-L-affaire-Gal

  • michel lebel
    Inscrit
    mardi 22 juin 2010 08h27
    Bon jugement
    Il y a les partisans du mur-à-mur, du laïcisme à tout crin, qui ne peuvent tolérer aucune exception à la règle, Eux, ils ne sont pas contents du jugement Dupré! Des fanas de l'uniformisme! Comme jadis ceux qui voulaient que tous les enfants, sans exception, suivent les cours de religion. On est passé d'un "totalitarisme" religieux au "totalitarisme" étatique. Beau progrès! Félicitations au juge Dugré qui, par son jugement, propose de mettre un peu de souplesse au ministère de l'Éducation.
    Enfin au plan constitutionnel, il m'a toujours semblé évident que le cours obligatoire ECR violait la liberté religieuse des parents, que leurs enfants fréquentent l'école publique ou privée . Cela est encore plus manifeste lorsqu'il s'agit d'une école privée religieuse, comme le Loyola High School.

    De façon plus générale, je suis opposé à tout enseignment des religions, que ce soit sous l'angle culturel ou sociologique, donné par l'État. Au nom, entre autres, de la séparation de l'Église et de l'État.

    Michel Lebel
    Ancien professeur de droit constitutionnel

  • Khayman
    Abonné
    mardi 22 juin 2010 10h07
    Communication publique
    Merci M. Gagné-LeBrun pour cette lettre d'opinion qui rejoint grandement ma position personnelle.

    Malgré les preuves observationnelles qu'il présentait (dont les phases de Vénus et, surtout, le changement de position au fil des jours des lunes galiléennes autour de Jupiter), Galilée fut condamné à se repentir par les autorités religieuses de l'époque. Probablement que seule son (ancienne ?) amitié avec le Pape lui a évité la Question et/ou le bûcher.

    Utiliser l'histoire de Galilée pour défendre la liberté de religion et, par extension, la liberté d'enseigner selon une perspective religieuse, est le comble de l'ironie. Terminer le jugement en citant la suprématie de Dieu est une insulte à l'intelligence.

  • Bernard Terreault
    Abonné
    mardi 22 juin 2010 11h08
    IMPOSSIBILITÉ
    Il est impossible de parler de religions de manière objective, puisque l'on parle, par définition, de valeurs ou de croyances indémontrables rationnellement.
    Donc, à la poubelle, ces cours. Que les parents enseignent leurs croyances à leurs enfants.
    Quant à cet huluberlu de juge Dugré (il n'y a pas d'autre mot), que dira-t-il quant une école privée musulmane intégriste demandera aussi de moduler le cours à son goût? Après tout, les musulmans se réclament aussi de la suprématie de Dieu et disent adorer le même Dieu immatériel, intemporel, immuable et tout-puissant que les juifs, les catholiques et les protestants (ils ne font que se chicaner, quelquefois à coups de sabres, de fusils et de bombres au phosphore, à propos d'obscurs détails théologiques).

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    mardi 22 juin 2010 11h51
    Le jugement
    À quand une révision de la Charte canadienne pour en enlever cet anachronisme de la « Suprématie de Dieu »?

    Une Charte des droits et libertés qui a été faite toute de travers par un premier ministre de sinistre mémoire. Pas surprenant d’ailleurs qu’elle donne souvent plus de droits aux criminels que de jugement aux juges.

  • Benton
    Inscrit
    mardi 22 juin 2010 12h50
    Suprématie de Dieu
    De même que l'on dit qu'un capitaine est le seul maître à bord, après Dieu, est d'une valeur symbolique, le « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu… » est tout aussi symbolique, sinon pourquoi rédiger une constitution?

  • Jean Laberge
    Abonné
    mardi 22 juin 2010 16h31
    Il était une fois, la foi...
    Il est consternant d’entendre des partisans du cours ECR se servir de l’objection du multiculturalisme et du relativisme que le cours entraînerait contre leurs détracteurs alors que ces derniers leur font le même reproche. Le professeur de physique au collège de Saint-Hyacinthe, Alexis Gagné-Lebrun, retourne l’épouvantail du multiculturalisme et du relativisme contre les adversaires de ECR. L’objection est la suivante : l’enseignement confessionnel ouvre la porte au multiculturalisme ainsi qu’au relativisme honni puisque chaque école pourra désormais enseigner ses propres divinités chéries, c’est-à-dire ses propres «œillères», masquant la réalité, ce qui bloque inévitablement le développement du jugement critique. Au contraire, les adversaires de ECR disent : l’enseignement du pluralisme religieux et moral conduit tout droit au relativisme et conforte la position multiculturaliste. Il faudra bien que les partisans d’ECR répondent à l’accusation, sinon ils n’allèguent qu’un sophisme connu sous le nom latin de Tu quoque qu’on traduit littéralement par «toi aussi» : «tu m’accuses de telle et telle forfait?; eh bien, toi aussi tu le fais et pire encore…» Il ne vaut pas la peine d’entrer de genre de débat de bas étage.

  • novis
    Inscrit
    mardi 22 juin 2010 19h54
    quelle "réalité québécoise"?
    Je seconde M. Lebel. J'ajouterais que j'ai eu la chance de fréquenter le Collège Jean-de-Brébeuf dans les années '80, et il me semble que de toute façon, on y faisait très peu de cas des cours de religion.

    On voit bien le grand jeu politique qui se met en place autour de la question de la laïcité au Québec. Il est bourré d'ironie.

    Y a-t-il vraiment un consensus au Québec? L'athéisme, l'agnosticisme, l'anticléricalisme, l'indifférence ambients conduisent-ils tous au même énoncé, à la même charte, au même consensus? On verra... j'en doute.

    Pour ce qui est du fond, je référerai encore une fois aux "Essais sur la croyance et l'incroyance" de Vadeboncoeur. Lisons ce qu'il dit de la Vérité, de sa souveraineté absolue, mais aussi de sa grande rareté. Si on retient l'acception de "science" qui colle à cette notion de Vérité, on se rend compte qu'il y a très peu de science.

    Pour terminer, je me permets de citer le tout premier paragraphe du livre de Vadeboncoeur:

    "La personnalité de l'Être. La personnalité du monde. Je ne conçois pas l'Être, le tout de l'être comme dénué de personnalité. Le fond de l'existence, sans conscience, sans sujet? Le monde, l'être, le fond de l'être, seulement objectifs? C'est comme la quadrature du cercle. On peut en avoir l'idée, mais cette idée disparaît par impossibilité de son objet. Je ne puis supposer un univers fermé, nul en conscience mais surtout impersonnel, et dont nous serions simplement une exception."

    En ce qui me concerne, quand on y pense, ça dit tout.

  • France Marcotte
    Abonnée
    mercredi 23 juin 2010 11h30
    Une pensée sans entraves
    C'est intéressant, amusant de voir monsieur Gagné-Lebrun, en bon scientifique, tenter de mettre en pratique dans ce texte ce qu'il prône pour l'enseignement: voir la situation d'ensemble des implications des jugements fondés sur la Charte canadienne et le multiculturalisme comme la laïcité permet d'enlever ses oeillères et voir l'ensemble du monde. La religion est un carcan pour l'acquisition d'un savoir ouvert et diversifié; elle n'a pas sa place à l'école. On sent clairement les avantages de la laïcité pour appréhender la richesse et la complexité du monde.

  • Fr. Delplanque
    Inscrit
    mercredi 23 juin 2010 14h30
    Définissez d'abord laïcité...
    C'est amusant de lire France Marcotte parler de sa vision des choses et de dire qu'elle est la meilleure. Quelle surprise !

    Il faudrait d'abord qu'elle précise ce qu'est la laïcité, à la lire c'est une position antireligieuse, athée. Il y a plein d'autres sens.

    Il est évident faux dès qu'on a un tel parti pris areligieux de dire que cette mythique "laïcité" permet de mieux appréhender la complexité du monde, elle ne permet pas d'apprécier le monde religieux de l'intérieur c'est évident. Cette position dans un monde fondamentalement religieux est donc inférieure...

  • Bernard La Riviere
    Abonné
    mercredi 30 juin 2010 11h20
    Incapacité de supposer
    Des incapacités de Vadeboncœur et de Novis de supposer un univers infiniment matériel et sans conscience on ne peut rien conclure. Ce sont des incapacités que je respecte totalement, tant qu'on ne me les impose pas.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
11 réactions
2 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012