Lettres - L'échec de Jean Charest
Jean Charest va-t-il échouer à cause de l'aura de magouille qui entoure son administration? Eh bien, ce ne serait qu'une cause parmi d'autres, une cause fort superficielle d'ailleurs. C'est en fait plutôt l'échec de son programme non déclaré qui serait la cause de ses malheurs. Rappelons qu'il avait battu Bernard Landry en 2003 en mettant l'accent sur la réforme du système de santé, un objectif plus sympathique aux yeux des citoyens qu'un État péquiste devenu omniprésent, bureaucratique et féru de langue de bois.
Et en cette matière, bien que cela ne fit pas partie de la campagne électorale, Jean Charest avait justement un programme ambitieux: celui d'une modernisation néo-libérale de l'État, en y introduisant des méthodes de fonctionnement propres à l'économie de marché. Ce qui fut appelé «la réingénierie».
Malheureusement, bien que cette approche fut à la mode et sut faire fortune ailleurs, elle échoua à toutes fins utiles au Québec. La taille amincie de l'État n'a pas eu lieu, les PPP n'ont pas su prendre leur envol, le contrôle des sociétés d'État semble avoir été perdu, l'idée selon laquelle les règles de l'entreprise imposées à l'administration publique puissent avantager les citoyens a au contraire été perçue par eux comme un détournement de la mission de l'État pour avantager les corporations!
C'est donc l'échec de son vaste projet de réforme qui provoque l'échec actuel du premier ministre Charest. Aurait-il fallu que le projet soit davantage ficelé? Aurait-il fallu tenir davantage compte des «cordes sensibles» particulières des Québécois, pour qui la communauté prime et primera encore longtemps le monde des affaires? Un programme spécial ou un petit livre expliquant la réingénierie et ses avantages pour les citoyens aurait probablement fait une différence. Le terrain québécois pour la réforme de Charest n'avait pas été suffisamment préparé. Il ne reste qu'à lui souhaiter bon succès malgré tout.
***
Michel Magnant - Montréal, le 18 juin 2010
Et en cette matière, bien que cela ne fit pas partie de la campagne électorale, Jean Charest avait justement un programme ambitieux: celui d'une modernisation néo-libérale de l'État, en y introduisant des méthodes de fonctionnement propres à l'économie de marché. Ce qui fut appelé «la réingénierie».
Malheureusement, bien que cette approche fut à la mode et sut faire fortune ailleurs, elle échoua à toutes fins utiles au Québec. La taille amincie de l'État n'a pas eu lieu, les PPP n'ont pas su prendre leur envol, le contrôle des sociétés d'État semble avoir été perdu, l'idée selon laquelle les règles de l'entreprise imposées à l'administration publique puissent avantager les citoyens a au contraire été perçue par eux comme un détournement de la mission de l'État pour avantager les corporations!
C'est donc l'échec de son vaste projet de réforme qui provoque l'échec actuel du premier ministre Charest. Aurait-il fallu que le projet soit davantage ficelé? Aurait-il fallu tenir davantage compte des «cordes sensibles» particulières des Québécois, pour qui la communauté prime et primera encore longtemps le monde des affaires? Un programme spécial ou un petit livre expliquant la réingénierie et ses avantages pour les citoyens aurait probablement fait une différence. Le terrain québécois pour la réforme de Charest n'avait pas été suffisamment préparé. Il ne reste qu'à lui souhaiter bon succès malgré tout.
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Michel Magnant - Montréal, le 18 juin 2010
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