Landry part-il ou reste-t-il?
4 juin 2003
Québec
En avril, Bernard Landry avait été clair: «Dans l'intérêt du parti, je reste [comme chef de l'opposition] et, pour les mêmes raisons, je ne dirigerai pas ce parti à la prochaine campagne électorale. [...] J'ai fait mon temps. J'ai fait ma part. J'ai fait ce que j'avais à faire.»
Lundi soir, au cours d'une entrevue avec Pierre Maisonneuve au Réseau de l'information (RDI), il ne disait plus la même chose. Lorsque le journaliste lui a mentionné que tout le monde avait compris qu'il ne dirigerait pas le Parti québécois lors du prochain scrutin, M. Landry a répondu que cette interprétation était «hâtive» et que toutes les hypothèses sont ouvertes. Le 19 mai, en entrevue à TVA, il avait évoqué la même chose mais sans que cela ne retienne l'attention.
C'est dire qu'il pourrait rester. Et donc que plus rien n'est clair.
M. Landry a tout à fait le droit d'entretenir l'ambition de continuer, si tel est le cas. Mais en dévoilant au public l'objet de sa réflexion personnelle, il se place lui-même et il place son parti dans une situation pour le moins inconfortable: assis entre deux chaises. Il met du coup plusieurs militants dans une situation embarrassante et s'expose à des critiques. En cultivant l'ambiguïté, il ne parvient pas davantage à enrayer, comme il le souhaite peut-être, la course larvée qui s'est amorcée en coulisses entre Pauline Marois et François Legault.
***
Le scénario qui commençait à s'accréditer était le suivant: le député de Verchères demeurait chef de l'opposition pour un an; pendant ce temps, le parti mettait en place les conditions pour qu'ait lieu au sein de la famille péquiste une course au leadership, la première depuis 1985, afin de renouveler la direction et la pensée de cette formation politique, avec l'espoir également de recruter de nouveaux membres.
Certains veulent un débat d'orientation au sein du parti avant de choisir son chef. Un débat d'orientation sans connaître l'identité de l'orienteur, qu'il s'agisse de M. Landry ou d'une autre personne, serait une perte de temps. Cette question doit être réglée d'abord.
M. Landry devait s'entendre avec le conseil exécutif du Parti québécois sur une date à laquelle il quitterait ses fonctions. Cela ne le forcerait pas pour autant à mettre un terme à son engagement public, celui de toute une vie, en fait, au service d'une cause, au service du Québec et au service de ses concitoyens. Il y a d'autres façons d'être utile en politique. Le Québec n'a pas trop d'elderstatesmen de qualité, qui peuvent, comme le fait Claude Ryan dans le camp libéral, mettre des pendules à l'heure et agir comme médiateurs.
Pendant que le chef actuel occuperait avec rigueur le poste de chef de l'opposition, les anciens ministres désireux de briguer sa succession pourraient consacrer ouvertement leur temps à cette tâche au lieu de se confondre en manigances. Le débat n'en serait que plus sain. Le délai accordé aurait aussi permis à d'autres militants de recruter un ou des candidats au leadership si ceux déjà en lice ne leur convenaient pas.
Tant que M. Landry laisse planer un doute sur ses intentions, il empêche le parti de mettre en branle ce processus et surtout la clarification des règles du jeu pour tous. Il ne peut pas repousser longtemps le moment de décider, sans quoi le climat risque de se gâter. Soit il reste pour les prochaines élections, soit il annonce bientôt la date de son départ et, du même coup, il sonne le déclenchement de la course à sa succession. Il n'y a pas d'entre-deux possible.
***
S'il choisit de rester, la question du renouvellement du parti reste entière. Quel est le processus qui remplacerait une course au leadership pour assurer un nouveau départ au parti fondé par René Lévesque?
Le PQ ne peut pas sortir de neuf années de pouvoir sans se remettre en question. Il n'a recueilli que 32 % des suffrages exprimés et l'appui de seulement 23 % des électeurs inscrits le 14 avril. En 2003, il a récolté un demi-million de votes de moins qu'en 1998. Ce n'est quand même pas rien.
La réflexion sur le leadership au PQ et le débat qui y sera associé au sujet du programme du parti ont lieu dans un contexte dans lequel l'ADQ refuse de rendre les armes et où la gauche, stimulée par la perspective d'une modification du mode de scrutin, pourrait avoir envie de donner un nouveau souffle à l'UFP et au Parti vert, voire de fonder carrément un autre parti. Autre élément de contexte: le changement de la garde partout ailleurs dans le merveilleux monde de la politique canadienne, y compris et surtout au Parti libéral du Canada, où le départ de Jean Chrétien marque la fin d'une époque.
Enfin, il faut aussi retenir la possibilité que le présent gouvernement soit au pouvoir non pas pour les quatre mais pour les huit prochaines années, comme le veut une sorte de règle non écrite selon laquelle on donne la chance à un gouvernement de faire un second tour de piste après un premier mandat. Évidemment, le PQ agira dans le but de gagner les prochaines élections. Mais son chef et ceux qui le suivent ne peuvent pas ignorer cette déplaisante perspective d'un séjour plus long sur les banquettes de l'opposition et se gouverner en conséquence.
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
Lundi soir, au cours d'une entrevue avec Pierre Maisonneuve au Réseau de l'information (RDI), il ne disait plus la même chose. Lorsque le journaliste lui a mentionné que tout le monde avait compris qu'il ne dirigerait pas le Parti québécois lors du prochain scrutin, M. Landry a répondu que cette interprétation était «hâtive» et que toutes les hypothèses sont ouvertes. Le 19 mai, en entrevue à TVA, il avait évoqué la même chose mais sans que cela ne retienne l'attention.
C'est dire qu'il pourrait rester. Et donc que plus rien n'est clair.
M. Landry a tout à fait le droit d'entretenir l'ambition de continuer, si tel est le cas. Mais en dévoilant au public l'objet de sa réflexion personnelle, il se place lui-même et il place son parti dans une situation pour le moins inconfortable: assis entre deux chaises. Il met du coup plusieurs militants dans une situation embarrassante et s'expose à des critiques. En cultivant l'ambiguïté, il ne parvient pas davantage à enrayer, comme il le souhaite peut-être, la course larvée qui s'est amorcée en coulisses entre Pauline Marois et François Legault.
***
Le scénario qui commençait à s'accréditer était le suivant: le député de Verchères demeurait chef de l'opposition pour un an; pendant ce temps, le parti mettait en place les conditions pour qu'ait lieu au sein de la famille péquiste une course au leadership, la première depuis 1985, afin de renouveler la direction et la pensée de cette formation politique, avec l'espoir également de recruter de nouveaux membres.
Certains veulent un débat d'orientation au sein du parti avant de choisir son chef. Un débat d'orientation sans connaître l'identité de l'orienteur, qu'il s'agisse de M. Landry ou d'une autre personne, serait une perte de temps. Cette question doit être réglée d'abord.
M. Landry devait s'entendre avec le conseil exécutif du Parti québécois sur une date à laquelle il quitterait ses fonctions. Cela ne le forcerait pas pour autant à mettre un terme à son engagement public, celui de toute une vie, en fait, au service d'une cause, au service du Québec et au service de ses concitoyens. Il y a d'autres façons d'être utile en politique. Le Québec n'a pas trop d'elderstatesmen de qualité, qui peuvent, comme le fait Claude Ryan dans le camp libéral, mettre des pendules à l'heure et agir comme médiateurs.
Pendant que le chef actuel occuperait avec rigueur le poste de chef de l'opposition, les anciens ministres désireux de briguer sa succession pourraient consacrer ouvertement leur temps à cette tâche au lieu de se confondre en manigances. Le débat n'en serait que plus sain. Le délai accordé aurait aussi permis à d'autres militants de recruter un ou des candidats au leadership si ceux déjà en lice ne leur convenaient pas.
Tant que M. Landry laisse planer un doute sur ses intentions, il empêche le parti de mettre en branle ce processus et surtout la clarification des règles du jeu pour tous. Il ne peut pas repousser longtemps le moment de décider, sans quoi le climat risque de se gâter. Soit il reste pour les prochaines élections, soit il annonce bientôt la date de son départ et, du même coup, il sonne le déclenchement de la course à sa succession. Il n'y a pas d'entre-deux possible.
***
S'il choisit de rester, la question du renouvellement du parti reste entière. Quel est le processus qui remplacerait une course au leadership pour assurer un nouveau départ au parti fondé par René Lévesque?
Le PQ ne peut pas sortir de neuf années de pouvoir sans se remettre en question. Il n'a recueilli que 32 % des suffrages exprimés et l'appui de seulement 23 % des électeurs inscrits le 14 avril. En 2003, il a récolté un demi-million de votes de moins qu'en 1998. Ce n'est quand même pas rien.
La réflexion sur le leadership au PQ et le débat qui y sera associé au sujet du programme du parti ont lieu dans un contexte dans lequel l'ADQ refuse de rendre les armes et où la gauche, stimulée par la perspective d'une modification du mode de scrutin, pourrait avoir envie de donner un nouveau souffle à l'UFP et au Parti vert, voire de fonder carrément un autre parti. Autre élément de contexte: le changement de la garde partout ailleurs dans le merveilleux monde de la politique canadienne, y compris et surtout au Parti libéral du Canada, où le départ de Jean Chrétien marque la fin d'une époque.
Enfin, il faut aussi retenir la possibilité que le présent gouvernement soit au pouvoir non pas pour les quatre mais pour les huit prochaines années, comme le veut une sorte de règle non écrite selon laquelle on donne la chance à un gouvernement de faire un second tour de piste après un premier mandat. Évidemment, le PQ agira dans le but de gagner les prochaines élections. Mais son chef et ceux qui le suivent ne peuvent pas ignorer cette déplaisante perspective d'un séjour plus long sur les banquettes de l'opposition et se gouverner en conséquence.
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
Haut de la page

