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    Charest renonce finalement à sa prime

    Le premier ministre «constate son erreur de jugement d'il y a 12 ans», dit le PQ

    21 mai 2010 |Robert Dutrisac | Québec
    Québec — À son corps défendant, Jean Charest renoncera à son salaire de 75 000 $ par an que lui verse le Parti libéral du Québec. Le premier ministre lève ainsi le seul obstacle majeur qui entravait l'adoption d'un code d'éthique pour les députés et la création d'un poste de commissaire à l'éthique à l'Assemblée nationale.

    «Je suis prêt à renoncer à mon salaire du Parti libéral du Québec, à mon salaire de 75 000 $», a déclaré Jean Charest avant d'aller retrouver ses députés pour la préparation de la période de questions. «Si c'est un obstacle à l'adoption du projet de loi 48, je veux être bien clair, si c'est ça, l'obstacle, bien moi, je suis prêt à y renoncer [au salaire de 75 000 $].»

    Pour Jean Charest, le fait d'abandonner la prime qu'il touche en sus de son salaire de 175 000 $ versé par l'État au premier ministre n'est pas un aveu que cette rémunération supplémentaire est répréhensible. «J'ai toujours cru que c'était un geste qui était très légitime de la part d'un parti politique. Je n'ai jamais eu d'état d'âme là-dessus», a-t-il signalé.

    En décembre dernier, Jean Charest avait pourtant soutenu que ce salaire partisan faisait partie de ce qu'il lui fallait «pour vivre». Le chef libéral empoche depuis 1998 ce salaire d'appoint dont l'existence ne fut révélée qu'il y a deux ans, de façon fortuite d'ailleurs.

    L'ancien ministre conservateur à Ottawa a rejeté hier la possibilité qu'il touche enfin sa pension fédérale, à laquelle il avait renoncé, à l'instar de Lucien Bouchard, quand il avait fait le saut dans l'arène politique au Québec. Dans les rangs libéraux, on estime que la population verrait d'un mauvais oeil que le premier ministre du Québec soit payé par Ottawa. Hier, son attaché de presse, Hugo D'Amours, a indiqué que M. Charest ne recevra pas de revenus, de quelque nature que ce soit, autres que son salaire de premier ministre.

    De même, Jean Charest ne veut aucunement aborder la question de la hauteur de la rémunération versée par l'État au premier ministre. «Ce n'est pas le débat», a-t-il dit hier. Cet enjeu est jugé beaucoup trop sensible sur le plan politique dans un contexte où le gouvernement demande à la population de se serrer la ceinture. D'ailleurs, le budget Bachand gèle le salaire du premier ministre, tout comme ceux des ministres et des députés, pour les deux prochaines années.

    Présenté il y a un an, le projet de loi 48 définit le code d'éthique et de déontologie auquel se soumettent les députés tout en créant le poste de commissaire à l'éthique, lequel sera nommé par un vote à l'Assemblée nationale à la majorité des deux tiers. Depuis l'adoption de son principe en novembre dernier, il n'a fait l'objet d'aucune discussion avec les partis d'opposition. À l'occasion des assises annuelles de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) il y a une semaine, Jean Charest a annoncé sa ferme intention de faire adopter le projet de loi 48 d'ici le 11 juin, date à laquelle prend fin la session du printemps.

    La chef du Parti québécois, Pauline Marois, avait alors formulé deux conditions pour que les députés de son parti appuient le projet de loi 48: que le chef libéral renonce à son salaire versé par son parti et qu'un ministre ne puisse plus posséder une entreprise qui fait affaire avec le gouvernement. Hugo D'Amours a souligné que cette dernière condition était remplie depuis que le premier ministre a demandé au ministre du Travail, David Whissell, de choisir entre son portefeuille ministériel et son entreprise d'asphaltage, ABC Rive-Nord, qui obtenait de nombreux contrats du ministère du Transport. M. Whissell a décidé de redevenir simple député.

    Pour le leader parlementaire de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, Jean Charest «constate son erreur de jugement d'il y a 12 ans». Le PQ n'insiste plus pour que le code d'éthique soit défini, non pas dans la loi et par les parlementaires, mais par le commissaire. «À trois semaines de la fin des travaux, le premier ministre se réveille encore tard, mais mieux vaut tard que pas du tout», a dit Stéphane Bédard. «Si ce qu'il dit est vraiment vrai, eh bien, nous sommes dans une situation très intéressante pour poursuivre l'adoption du projet de loi et voir à son adoption à la présente session.»

    Le député de Chicoutimi entend présenter un amendement pour interdire les salaires supplémentaires pour les élus. Il croit avoir perçu une ouverture du côté du leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, qui défend le projet de loi 48, en ce qui concerne l'exclusivité de fonction des ministres et les règles d'après-mandat qui devraient être resserrées.

    Le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, estime, pour sa part, que Jean Charest a pris «une très bonne décision». L'ADQ versait au chef Mario Dumont un salaire annuel de 50 000 $. «Ç'a causé un malaise chez nous, je le reconnais, a signalé M. Deltell. Je vais vous le dire en toute franchise: quand j'ai fait campagne électorale, on m'a beaucoup parlé de ça.»

    Le fait que Jean Charest accepte de se priver d'une somme pourtant essentielle au maintien de son train de vie laisse croire aux plus cyniques qu'il est sur le point de tirer sa révérence. «Mais avant que M. Charest passe ailleurs, il a une responsabilité», fait observer le député de Mercier, Amir Khadir, de Québec solidaire. «On a besoin d'un code d'éthique, on a besoin d'une commission d'enquête; il doit répondre à ses exigences.» Selon le député, il ne peut pas «juste s'en aller comme ça, comme si de rien n'était. [...] Il serait dans une fin de règne absolument désastreuse», pire que la situation vécue par Robert Bourassa en 1976.

    Pour qu'on puisse adopter le projet de loi 48 d'ici le 11 juin, le gouvernement a dû reporter au mois d'août l'étude du projet de loi 94 sur les accommodements que défend la ministre de la Justice, Kathleen Weil. C'est la Commission des institutions qui est chargée de l'étude des deux projets de loi. À ce menu s'ajoute l'étude du projet de loi 93 sur le financement des partis politiques. Les projets de loi 48 et 93, parce qu'ils concernent les moeurs politiques, sont jugés prioritaires par le gouvernement en raison de la crise de confiance qui affecte la classe politique.












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