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Politique québécoise - Le bourbier

Marie-Andrée Chouinard   14 mai 2010  Québec
Les avancées politiques en terrain miné sont risquées. Elles imposent parfois que l'on retire subtilement la patte du bourbier dans lequel on s'enfonce. Parlez-en aux libéraux de Jean Charest qui, en l'espace d'une petite semaine, ont concédé deux reculs importants dans des dossiers-boîte à surprises des plus dérangeants pour la population: la franchise santé et les modifications au calendrier scolaire.

Un: la franchise santé, une «décision» annoncée à la faveur du dernier budget, est soudain devenue un sujet de «discussion» et une banale manière, parmi tant d'autres, de combler un déficit en santé. Deux: la disparition des jours fériés sur le calendrier scolaire et le calcul des jours d'école en heures, présentés il y a peu comme de parfaites solutions au décrochage scolaire, sont désormais mis au rancart. On avance, pour mieux reculer?

Il y a à la fois de quoi se réjouir et se désoler dans ces couacs de fanfare politique. Réjouissant, car après avoir pris acte de la grogne populaire, du mécontentement des acteurs principaux, des critiques formulées contre ces annonces inattendues, le gouvernement change son fusil d'épaule. On se console de constater que certains échos se rendent aux oreilles de ceux qui gouvernent.

Dommage, en revanche, de déceler cet imposant vice de processus: on décide d'abord et on consulte ensuite? Voilà tout à fait ce qui s'est produit avec le projet de modification au Régime pédagogique proposé par la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, en février dernier. Venue d'on ne sait trop où, la décision de changer le temps de présence annuel à l'école en heures plutôt qu'en journées et de faire valser les jours fériés a causé étonnement et émoi.

Ce choix, critiqué par le très posé Conseil supérieur de l'éducation, fut mal communiqué, était incohérent et difficile d'application. Il ne faisait en outre l'objet d'aucun consensus, ce que la ministre a admis avec une certaine élégance cette semaine, concédant qu'elle devait se ranger du côté de la majorité. Quant aux écoles orthodoxes «illégales» avec lesquelles elle a conclu des ententes pour qu'elles se conforment à la loi — la véritable toile de fond de ce projet de modification —, Mme Courchesne affirme qu'elles devront respecter le Régime pédagogique. Tout ça pour ça!

C'est un scénario de même famille qu'on a vu se jouer cette semaine à l'Assemblée nationale, à propos de cette fameuse franchise santé. L'équipe libérale tente maintenant sans grand succès de transformer en idée quelconque simplement discutée autour de la table ce projet phare de son dernier budget. Depuis qu'il est connu, les critiques abondent. La présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat, vient de soulever à juste titre l'aspect inéquitable de la franchise, qui taxerait davantage les femmes, plus fréquemment usagères des services de santé. Le commissaire à la santé Robert Salois a lui aussi émis des réserves sur l'imposition d'une franchise qui minerait l'accès aux soins de santé.

Reculant devant une — autre! — polémique, le gouvernement Charest a subrepticement changé de vocable autour de la franchise santé, troquant la «décision» pour la «discussion». Pour se dégager du bourbier, les jeux de sémantique sont parfois commodes.
 
 
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  • Andrew Savage
    Inscrit
    vendredi 14 mai 2010 03h59
    EUPHÉMISME

    On ne sait pas où vous avez suivi vos cours de rhétorique, mais vous deviez être une bonne élève. Vous êtes passé maître dans l’art de placer des euphémismes là où le mot propre aurait plus justement sa place.

    Vous auriez pu remplacer bourbier par cloaque, et la franchise santé par le mensonge santé.

    Tout ça n’est pas très grave, sinon que le tout donne l’illusion que ce gouvernement tient compte parfois des doléances du bon peuple : ce qui est faux. On devine que derrière tous ces pas de côté, il y a des négociations intéressées. Financement oblige.

    Le recul sur des vétilles ne devraient pas faire oublier les modes de financement de ce parti politique, et de l’atmosphère de corruption dans laquelle baigne présentement la classe politique.

  • Christian Gagnon
    Inscrit
    vendredi 14 mai 2010 08h09
    Sémantique vous dites ?
    Charest est un champion toutes catégories des jeux de sémantiques... un sophiste professionnel ! Il ne s'en tirera pas comme ça. Citoyens et citoyennes peuvent et doivent demander la reddition des comptes de ce gouvernement aux pratiques mafieuses !

  • Jacques Morissette
    Abonné
    vendredi 14 mai 2010 08h48
    La franchise santé de Bachand.
    Tout ce qui touche au droit à la santé, comme l'a dit la présidente du Conseil du statut de la femme est «odieuse» et «discriminatoire». Dans la mesure où chaque citoyen contribue à la société, je ne vois pas pourquoi certains citoyens seraient plus privilégiés que d'autres. Je dis privilégiés dans le sens que tout le monde n'a pas les mêmes moyens, de même que tout le monde n'a pas la même santé en ce bas monde. Faites le calcul, il y en a qui sont gagnants sur toute la ligne dans ce genre de discrimination.

    D'autant plus que les moins nantis, statistique à l'appui, sont les plus susceptibles d'être en moins bonne santé que les riches. Ce qui fait que les riches auraient un double privilège avec cette franchise : 1) ils sont en meilleure santé et 2) somme toute, ils ont plus de moyens que les moins nantis pour se faire soigner. Par conséquent, cette taxe est odieuse, comme l'a si bien dit la présidente du statut de la femme.

  • Normand Carrier
    Abonné
    vendredi 14 mai 2010 10h07
    Le plus gros bourbier....
    La franchise santé dit ticket modérateur et l'école sept jours furent annoncé comme des décisions . C'est devenu une discussion et espérons que cela deviendra une décision comme l'école sept jours abandonnée au grand dam des Hassidims !!!!

    Mais le plus grand bourbier est le financement du PLQ et l'enquête publique que plus de 80% des électeurs réclament sur la collusion , la corruption et les magouilles dans la construction , les garderies et tous les retours d'ascenseurs reliés au financement du PLQ .....

  • Jean-Pierre Lusignan
    Abonné
    dimanche 16 mai 2010 11h49
    Bourbier et financement politique
    Le domaine où la classe politique hésite le plus à reculer est celui du financement politique: pourquoi ne pas exclusivement financer les partis politiques avec nos impôts ? Il faudrait que madame Marois, contrairement à ses prédécesseurs, proposent immédiatement des solutions. C'est encore plus important que de promettre tenir une enquête semblable à celle tenu par le juge Salval dans les années 1960. Tant qu'elle n'avancera pas davantage sur le terrain du financement public, M. Charest pourra raisonnablement soutenir qu'elle aussi veut faire comme les autres, le temps venu. Pensons-y bien: le financement politique privé devenant illégal, finis les prête-noms et les déductions fiscales accordées à des personnes se faisant illégalement rembourser par leur employeur.

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