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Plan Nord : L'environnement serait-il mis de côté ?

Collectif d'auteurs  19 avril 2010  Québec
La Romaine, une des rivières menacées par le Plan Nord du gouvernement québécois
Photo : Nicolas Boisclair
La Romaine, une des rivières menacées par le Plan Nord du gouvernement québécois
Plus d'un an après l'annonce officielle du gouvernement Charest, c'est avec une inquiétude grandissante que nous participons aux démarches du Plan Nord. De rencontre en rencontre, nous reconnaissons avec déception les sentiers bien balisés du développement industriel tous azimuts, sans grande considération environnementale. Nous travaillons, autant que faire se peut, à réorienter la démarche vers un projet de société qui, conscient des erreurs du passé, se construit sur de nouveaux paradigmes. Nous sommes de ceux et celles qui croient que l'approche classique de développement doit subir une mutation profonde.

Il est impératif que le Plan Nord du gouvernement Charest se débarrasse de cette dangereuse idée de la nature comme simple pourvoyeuse de biens commerciaux, un territoire à exploiter où les conséquences environnementales et les dissidences sociales ne sont que des externalités d'une activité économique qui profite aux gros joueurs. Nous voulons croire que les discours de développement durable du Nord participent à cette volonté de changement, mais demeurons perplexes. Au-delà des discours, c'est la démarche elle-même qui doit s'adapter aux nécessités actuelles et à venir.

Protéger avant d'exploiter

La communauté environnementale a réagi positivement à l'annonce de M. Charest visant la protection de 50 % du territoire du Plan Nord. Une superficie égale à la France serait alors soustraite au développement industriel et vouée à la protection de la biodiversité et au développement écotouristique. Cet engagement doit servir à protéger ce qu'il reste de plus précieux en matière écologique et d'irremplaçable en matière culturelle AVANT la venue du front d'exploitation, qu'il soit forestier, minier ou énergétique. Il s'agit là de renverser la matrice de développement.

Or, les trois premières rencontres de la Table des partenaires du Nord, sorte de comité exécutif du Plan Nord, ont été peu convaincantes à cet égard: l'environnement semble encore faire drôlement défaut dans ce plan, et ce, bien que le gouvernement le présente comme un modèle de développement durable. Y-a-t-il une réelle volonté de changer d'approche?

Recentrer la question environnementale

Il nous semble crucial que l'environnement reprenne sa place dans cette démarche. Tout d'abord en mettant en place les outils pour donner priorité à la protection des milieux naturels les plus sensibles ou les plus menacés. Les dernières forêts intactes en zone commerciale et les territoires ancestraux recensés par les Premières Nations sont là des priorités indiscutables.

Pour ce faire, les secteurs minier, forestier et énergétique devront lâcher prise sur certains territoires. La volonté politique des décideurs sera alors mise à l'épreuve: nous comptons sur leur courage et serons aux aguets. La ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs et son ministère doivent donc prendre une place à part entière dans ce Plan actuellement mené par la ministre des Ressources naturelles et de la Faune.

Un débat énergisant

Avec 50 milliards de dollars annoncés pour le développement de nouveaux projets énergétiques, le Plan Nord est principalement un plan énergétique. Il nous apparaît essentiel de revoir les visées de développement énergétique du Plan Nord en se rappelant les conclusions du Débat public sur l'énergie au Québec. Les conclusions de ce débat, établies à la fin des années 90 sur la base de la plus large consultation populaire en matière environnementale et énergétique de l'histoire du Québec, hiérarchisaient clairement les directions à prendre en matière d'énergie:

1- Faire le plein en matière de conservation de l'énergie et d'efficacité énergétique.

2- Foncer vers les énergies vertes (éolien, géothermie et/ou solaire).

3- Abandonner l'aventure nucléaire.

4- Abandonner la filière thermique polluante.

Rivières

Après tout cela, si et seulement si les besoins énergétiques demeurent, il faudra débattre de la pertinence du développement hydroélectrique sur les dernières grandes rivières vierges et chercher un consensus sur la question et la manière de le faire. Rappelons qu'Hydro-Québec connaît pour l'instant des surplus énergétiques parmi les plus importants de son histoire. En d'autres termes, le Québec n'a pas besoin de nouveaux barrages.

Enfin, le gouvernement doit démontrer son souci environnemental en permettant la participation pleine et entière des acteurs du mouvement environnemental. Financer convenablement les groupes communautaires environnementaux qui participeront à la démarche constitue un élément incontournable pour la mise en valeur de l'expertise acquise par ce secteur au fil des ans. Il faut se donner les moyens de nos ambitions.

Les Québécois ne demandent qu'à être emballés par un nouveau projet de société. Reste à voir si le Plan Nord saura s'arrimer aux différentes sphères de la société et respecter les visées des Premières Nations. Chose certaine, le gouvernement doit ramener l'environnement au coeur des travaux du Plan Nord: il en va de la crédibilité même de la démarche. Le milieu environnemental est prêt à y contribuer: sera-t-il reçu comme il se doit?

***

Ont signé ce texte: Henri Jacob (Action Boréale) , Patrick Bonin (AQLPA), Josée Breton (Canopée), Geneviève Dufresne (Coalition Jeunesse Sierra), Ugo Lapointe (Coalition pour que le Québec ait meilleure mine), William Amos (Ecojustice), Karel Mayrand (Fondation David Suzuki), Caroline Larouche (Fondation Rivières), Nicolas Mainville (Greenpeace), Daniel Breton (MCN 21), John Burcombe (Mouvement Au Courant), Michel Duguay (Mouvement Sortir le Québec du Nucléaire), Michel Fugère (Mouvement Vert Mauricie), Christian Simard (Nature Québec), Yvan Croteau (RQGE) et Patrick Nadeau (SNAP).
 
 
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  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit
    20 avril 2010 23 h 29
    Plan Nord, du tape à l`oeil
    Une affaire de déception orchestrée par Charest et Normandeau. Les plus déçus sont les Amériendiens qui ne furent jamais dans le secret des discussions. Un autre cas de fausse représentation car il n`y a pas eu de dossier structurant. Du tape à l`oeil.
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