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Financement de la santé - Une brèche dans ce qui fonctionne le mieux

Collectif d'auteurs  13 avril 2010  Québec
Le dernier budget du Québec propose des modifications majeures aux principes de financement du système de santé. Or, le mode de financement est probablement l'aspect de notre système de santé qui fonctionne le mieux. C'est un mode de financement performant, qui redistribue la richesse des gens en bonne santé vers les gens malades et des plus riches vers les moins nantis. Il est important de comprendre que le montant que nous sommes prêts, collectivement, à investir dans la santé est une décision qui n'a pas de lien avec le mode de financement. On peut très bien décider d'accroître les montants sans changer la façon dont l'argent est prélevé.

Par contre, ce que le gouvernement Charest propose de mettre en place va à l'encontre des principes fondateurs redistributifs de notre système de santé. Deux mesures sont avancées à court terme: un montant annuel prélevé à même les impôts indépendamment du revenu et un montant forfaitaire par visite médicale, directement fonction de l'utilisation de chaque individu. Concrètement, les moins nantis payeront le même montant que les plus riches ce qui signifie que, proportionnellement, l'effort qui est demandé aux premiers sera nettement plus important. De plus, les plus malades, qui utilisent souvent le système de soins, devront assumer un effort supplémentaire, une taxe à la maladie en quelque sorte.

Ces mesures découlent, d'une part, de l'affinité idéologique du gouvernement avec le principe d'une imposition régressive et, d'autre part, de l'idée selon laquelle les services de santé sont des biens marchands et qu'il faut responsabiliser les consommateurs afin de réduire l'utilisation non optimale du système de soins. Les problèmes avec ces positions sont de plusieurs ordres.

Coûts indirects

Premièrement, les pénalités financières pour les personnes à faible revenu risquent d'avoir des effets importants sur l'ensemble de ces ménages. Le gouvernement mentionne que la contribution santé ne concernera pas les personnes à faible revenu, par exemple un individu seul ayant un revenu d'environ 14 300 $. Or, le seuil de pauvreté est de 21 200 $ pour une personne seule vivant à Montréal.

Ainsi, une personne vivant sous le seuil de la pauvreté devra payer autant que quelqu'un qui a un revenu dans les six chiffres. Deuxièmement, c'est justement quand on est malade que l'on n'a pas envie d'avoir de soucis financiers, et c'est la magie de notre système de financement actuel que d'offrir une garantie d'accès aux soins selon les besoins, sans autre critère. La maladie engendre déjà des coûts indirects importants pour les individus, et ceci est encore plus vrai avec la multiplication récente de divers frais dans le système de soins (tests, attestations, stationnement, etc.).

Surutilisation du système

Au-delà des questions d'équité et d'accessibilité, ces mesures ne s'attaquent pas aux causes réelles de mauvaise utilisation du système de soins. Faire payer les malades ne réglera en rien la «surutilisation» des services de santé ou la mauvaise orientation des patients. Ces problèmes ne sont pas liés aux décisions individuelles des patients, mais au contraire, à des facteurs systémiques sur lesquels les malades n'ont aucune prise.

Par exemple, l'absence de dossier informatisé centralisé multiplie les examens diagnostiques; les difficultés d'accès à des services de première ligne 7 jours sur 7 pour l'ensemble de la population fait en sorte que l'urgence est souvent le seul point de consultation; les mécanismes de référence lourds entre établissements sont tels que même les médecins dirigent leurs patients vers l'urgence pour obtenir des tests diagnostiques ou des consultations avec des spécialistes plus rapidement. Ces problèmes ne se régleront pas par les mesures financières proposées. Les mesures préconisées dans le budget ciblent les mauvais leviers pour régler la question de l'utilisation inadéquate des services.

Risques importants

Enfin, l'aspect qui est probablement le plus grave, c'est le risque que des gens malades retardent la première consultation chez le médecin pour ne pas avoir à payer les frais associés à cette consultation. Pour plusieurs maladies, ces retards peuvent être critiques et l'on sait combien le fait de détecter un cancer de façon précoce, par exemple, peut être déterminant pour la survie du patient. Imposer un frein à la première visite médicale est potentiellement dangereux pour les patients à faible revenu et, ironiquement, risque d'entraîner des coûts plus importants pour le système de santé.

Les mesures mises de l'avant dans le budget sont non seulement inéquitables, mais elles risquent aussi d'avoir des répercussions négatives majeures à long terme sur la santé de la population québécoise et sur les coûts du système de santé. Ce n'est pas dans la restriction de l'accès aux services de première ligne que réside la solution aux maux du système de santé. Au contraire, il faut s'assurer que tous continueront d'y avoir accès, en fonction de leurs besoins et indépendamment de leur revenu.

Si l'on veut améliorer notre système de santé, il faut agir sur son fonctionnement et non sur les principes de financement. Si les incitatifs financiers sont des leviers importants, ce n'est pas en jouant avec ces incitatifs au niveau des patients que l'on ira vers des solutions viables. En adoptant ce budget, nous faisons collectivement fausse route. Enfin, ces mesures constituent une première brèche dans le modèle de financement de notre système de santé et il ne serait pas étonnant qu'elles servent de test pour donner une plus grande ampleur, dans les années à venir à un financement plus individualiste et moins redistributif. Quel sabotage!

***

Astrid Brousselle, Christine Loignon
Professeures à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke

Damien Contandriopoulos
Professeur à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal et chercheur à l'Institut de recherche en santé publique de l'Université de Montréal
 
 
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  • Denis Miron - Inscrit
    13 avril 2010 09 h 45
    Vive la rue!
    «Pour plusieurs maladies, ces retards peuvent être critiques et l'on sait combien le fait de détecter un cancer de façon précoce, par exemple, peut être déterminant pour la survie du patient. Imposer un frein à la première visite médicale est potentiellement dangereux pour les patients à faible revenu et, ironiquement, risque d'entraîner des coûts plus importants pour le système de santé.»
    Ces retards peuvent être non seulement critique mais fatal. Serait-ce une façon de tuer du monde sans faire de bruit, en s’imaginant que la paix social n’en sera pas déranger.
    Est-ce la seule façon que ce gouvernement a trouvé pour lutter contre la pauvreté et la dette du Québec? N’oublions que le ministre Bachand a utilisé le mot «révolution culturel» pour définir les visées de son budget. Est-ce un lapsus ou l’ignorance qui lui a mis ces mots dans la bouche? Ni un ni l’autre ne me rassure.
    Concernant le bien commun, la santé occupe avec l’eau, une place centrale.
    Assujettir le bien commun à la loi du marché, c’est ni plus ni moins abolir l’État de droit
    On ne peut pas équilibrer un budget en rompant avec l’équilibre d’une justice sociale qui réparti la richesse le plus équitablement possible sans causer un tort irréparable à la démocratie. Tout se joue présentement dans le champs de bataille de l’opinion publique et ce gouvernement n’a plus que 23% d’appuie et ce n’est pas sa persistance à maintenir le cap, 2 mains sur le volant, qu’il gagnera en crédibilité. Quand un peuple se lève debout, même les dictatures s’effondrent.
    La gouvernement est dans une posture intenable, car l’opinion publique n’est pas dupe de l’imposture que sous-tend ce budget. qui ne dispose plus que de 23% d' appuie.
    Bravo pour cette prise de position qui témoigne du simple bon sens, et qui fait défaut dans ce gouvernement au plan de la vision, d’où une impression de surdité émerge, provoquant un soliloque débilitant. Vive la rue comme alternative à un pseudo-gouvernement majoritaire élu par environ un peu moins d’une personne sur quatre
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  • Andre Vallee - Abonné
    14 avril 2010 01 h 02
    Le mauvais cap
    Pendant que Obama tend vers un système de santé comme celui du Québec avant Charest; Charest tend vers un système de santé comme celui des Américains avant Obama. Allez essayer de comprendre.
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  • Eric Folot - Inscrit
    29 juillet 2010 10 h 26
    Selon l'économiste Robert G. Evans, le système de soins de santé est viable financièrement
    L'économiste Robert G. Evans affirme : « Les dépenses publiques en soins de santé ne montent pas en flèche. En fait, elles sont inférieures à la moyenne des pays de l’OCDE ». Le Dr Evans fait remarquer que nos dépenses liées à l’assurance-maladie occupent aujourd’hui la même part des revenus provinciaux qu’il y a 20 ans. « Les dépenses publiques en soins de santé ne sont pas la cause du problème, mais plutôt les dépenses en soins de santé privés, combinées à une chute des revenus provinciaux découlant des importantes réductions d’impôts accordées au fil des ans. » Le Dr Evans réfute également le mythe selon lequel le vieillissement de la population rendra les soins de santé inabordables. « À 0,8 % par année, le vieillissement de la population est un facteur très minime de la hausse des coûts des soins de santé, et il est moindre que d’autres facteurs tels que l’accroissement de la population (1 %) », déclare le Dr Evans. « Semer la panique à propos d’une demande accrue de soins par les personnes âgées, que certains appellent un « tsunami gris », ne fait que détourner l’attention du vrai problème. » « Les opposants de l’assurance-maladie prétendent que le système public de soins de santé n’est pas « viable financièrement » et que la seule solution viable serait un virage vers une plus grande protection provenant de l’assurance privée », poursuit le Dr Evans. « C’est carrément un mensonge ».

    Source: http://medicare.ca/media-release-communique-de-pre

    Eric Folot
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  • Eric Folot - Inscrit
    3 août 2010 08 h 58
    La Directrice générale de l'Organisation mondiale de la Santé est en faveur d'une couverture universelle des soins de santé !
    Dans son Discours prononcé le 11 juin 2010 à l'occasion de la conférence « Global Health - Together we can make it happen », Dr Margaret Chan, Directrice générale de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), affirmait :

    « À mon sens, votre engagement en faveur de la couverture universelle et l'importance que vous attachez au renforcement des capacités s'inscrivent dans un programme d'action sanitaire classique, revu et corrigé pour s'attaquer aux problèmes du XXIe siècle ».

    Source : http://www.who.int/dg/speeches/2010/globalhealth_c

    Eric Folot
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