Les suites du premier budget Bachand - Une attaque en règle contre le réseau de la santé
Deux coalitions de médecins pourfendent le mode de financement retenu par le gouvernement Charest
Quoi qu'en dise le premier ministre Jean Charest, les mesures mises de l'avant dans le budget Bachand ébranlent les fondements mêmes de notre système de santé, ont dénoncé hier deux coalitions de médecins québécois. Qu'elles portent le nom de «contribution» ou de «franchise» n'y change rien, ces mesures consacrent selon eux le principe même de l'utilisateur-payeur, qui est contraire au système d'assurance-maladie universelle et à l'esprit de solidarité dont elle s'inspire.
Au Québec, les soins sont offerts non pas en fonction du portefeuille, mais des besoins, a fait valoir la présidente de Médecins québécois pour le régime public, la Dre Marie-Claude Goulet. Dans une lettre incendiaire expédiée à ses membres, celle-ci dénonce haut et fort ce qu'elle qualifie d'«affront» à la solidarité sociale et à la démocratie. «Imposer à toute la population, peu importe ses revenus, la même taxe santé constitue une mesure aussi régressive qu'injuste.»
Cette contribution santé, qui atteindra à terme 200 $ par adulte en 2012, alimentera le nouveau fonds dédié au financement des établissements de santé. Seuls les ménages à faible revenu en seront exemptés. À ce premier effort s'ajoutera un second, qui prendra la forme d'une franchise de 25 $ par visite dont les détails restent à déterminer, mais dont les visées sont d'«orienter le patient vers les bons soins», a souligné le ministre Bachand.
Québec insiste. Sa franchise n'est pas un ticket modérateur, car elle ne cherche pas à restreindre l'accès aux soins. Foutaise, répond la Dre Goulet, qui croit plutôt qu'il faut appeler un chat, un chat. «On ajoute l'insulte à l'injure en ajoutant une "franchise santé" ou "ticket modérateur" dissimulé sous le vocable "ticket orienteur" applicable selon le nombre de visites médicales ou même selon l'endroit où l'on consulte», écrit-elle.
Effet inverse
Même discours outré à la Coalition des médecins pour la justice sociale, qui accuse le gouvernement de vouloir financer les soins sur le dos des malades, des familles modestes et des aînés. Selon elle, quelques centaines de dollars pour mieux orienter le patient seront suffisantes pour en convaincre plusieurs de modérer leurs ardeurs en retardant ou même en réduisant leurs visites chez le médecin.
Or, tout retard peut mettre la santé et même la vie d'un patient en péril, a fait valoir le porte-parole de la Coalition, le Dr Paul Saba, en insistant sur les effets pervers associés à une franchise. «Il a été clairement établi que l'introduction d'un ticket modérateur se traduit par plus d'hospitalisations, plus de visites à l'urgence et un gonflement général des coûts de la santé.»
Médecins québécois pour le régime public se méfie aussi des modalités associées au fameux fonds dédié à la santé qui entend soutenir la performance. «Favoriser de telles règles conduit à multiplier les interventions "rentables", souvent inutiles, auprès de la population la moins malade et à mettre de côté les clientèles chroniques et âgées. On parle de soigner des malades, pas de vendre son produit!» s'indigne la Dre Goulet dans sa lettre.
Cet effet pervers est réel, le Dr Saba en voit déjà les conséquences dans l'établissement montréalais où il travaille. «Dans ma pratique, je constate que la performance n'a parfois rien à voir avec la qualité des soins. Ici, par exemple, on coupe des lits et des infirmières pour équilibrer les budgets et ce sont les patients qui, en fin de compte, en paient le prix.»
La Coalition convient néanmoins qu'il faut faire un effort supplémentaire pour financer le réseau à bout de souffle. Elle estime toutefois que le gouvernement Charest se trompe sur les moyens pour y parvenir. Ses membres suggèrent plutôt de miser sur l'ajout d'un impôt progressif, la réduction du nombre de gestionnaires dans le réseau et l'imposition d'une taxe santé aux pétrolières, aux banques et aux compagnies d'assurances.
Au Québec, les soins sont offerts non pas en fonction du portefeuille, mais des besoins, a fait valoir la présidente de Médecins québécois pour le régime public, la Dre Marie-Claude Goulet. Dans une lettre incendiaire expédiée à ses membres, celle-ci dénonce haut et fort ce qu'elle qualifie d'«affront» à la solidarité sociale et à la démocratie. «Imposer à toute la population, peu importe ses revenus, la même taxe santé constitue une mesure aussi régressive qu'injuste.»
Cette contribution santé, qui atteindra à terme 200 $ par adulte en 2012, alimentera le nouveau fonds dédié au financement des établissements de santé. Seuls les ménages à faible revenu en seront exemptés. À ce premier effort s'ajoutera un second, qui prendra la forme d'une franchise de 25 $ par visite dont les détails restent à déterminer, mais dont les visées sont d'«orienter le patient vers les bons soins», a souligné le ministre Bachand.
Québec insiste. Sa franchise n'est pas un ticket modérateur, car elle ne cherche pas à restreindre l'accès aux soins. Foutaise, répond la Dre Goulet, qui croit plutôt qu'il faut appeler un chat, un chat. «On ajoute l'insulte à l'injure en ajoutant une "franchise santé" ou "ticket modérateur" dissimulé sous le vocable "ticket orienteur" applicable selon le nombre de visites médicales ou même selon l'endroit où l'on consulte», écrit-elle.
Effet inverse
Même discours outré à la Coalition des médecins pour la justice sociale, qui accuse le gouvernement de vouloir financer les soins sur le dos des malades, des familles modestes et des aînés. Selon elle, quelques centaines de dollars pour mieux orienter le patient seront suffisantes pour en convaincre plusieurs de modérer leurs ardeurs en retardant ou même en réduisant leurs visites chez le médecin.
Or, tout retard peut mettre la santé et même la vie d'un patient en péril, a fait valoir le porte-parole de la Coalition, le Dr Paul Saba, en insistant sur les effets pervers associés à une franchise. «Il a été clairement établi que l'introduction d'un ticket modérateur se traduit par plus d'hospitalisations, plus de visites à l'urgence et un gonflement général des coûts de la santé.»
Médecins québécois pour le régime public se méfie aussi des modalités associées au fameux fonds dédié à la santé qui entend soutenir la performance. «Favoriser de telles règles conduit à multiplier les interventions "rentables", souvent inutiles, auprès de la population la moins malade et à mettre de côté les clientèles chroniques et âgées. On parle de soigner des malades, pas de vendre son produit!» s'indigne la Dre Goulet dans sa lettre.
Cet effet pervers est réel, le Dr Saba en voit déjà les conséquences dans l'établissement montréalais où il travaille. «Dans ma pratique, je constate que la performance n'a parfois rien à voir avec la qualité des soins. Ici, par exemple, on coupe des lits et des infirmières pour équilibrer les budgets et ce sont les patients qui, en fin de compte, en paient le prix.»
La Coalition convient néanmoins qu'il faut faire un effort supplémentaire pour financer le réseau à bout de souffle. Elle estime toutefois que le gouvernement Charest se trompe sur les moyens pour y parvenir. Ses membres suggèrent plutôt de miser sur l'ajout d'un impôt progressif, la réduction du nombre de gestionnaires dans le réseau et l'imposition d'une taxe santé aux pétrolières, aux banques et aux compagnies d'assurances.
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