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    Budget 2010-2011 - Le retour du Charest 2003

    La crise économique n'aura pas seulement été créatrice de chômage au Québec. Elle aura aussi permis au gouvernement Charest de renouer avec ses origines conservatrices en suivant les conseils de tous les lobbys qui lui suggéraient de libérer le Québec de ses «vaches sacrées»!

    Tout y passe: la TVQ et l'essence, c'est de bonne guerre, mais puisqu'on tient à faire plus et plus vite que tout autre gouvernement dans le monde, il fallait trouver autre chose. Et ce n'est pas fini! Plus tard il y aura l'électricité, les droits de scolarité, une autre franchise santé et des compressions, des tonnes de compressions!

    Mais d'abord, ce nouvel impôt santé uniforme. À la question du journaliste qui voulait savoir pourquoi on avait fait ce choix au lieu d'augmenter l'impôt sur le revenu, le ministre Raymond Bachand a répondu: «Tout le monde le dit: il ne faut pas toucher aux impôts sur le revenu ni à ceux des entreprises pour ne pas nuire à la compétitivité du Québec.»

    Voilà un argument qui tient beaucoup plus du préjugé idéologique que de la preuve scientifique. Pourtant, c'est en son nom que tous les Québécois majeurs qui gagnent plus de 14 040 $ par année (22 750 $ pour un couple) paieront 50 $ chacun pour les soins de santé à partir du 1er juillet, puis 100 $ et 200 $ les années suivantes. Que leurs revenus soient de 25 000 $ ou de 250 000 $! Un milliard de dollars de plus par année pour faire face aux coûts en santé, dit-on, mais qui iront plutôt gonfler de façon inéquitable les revenus généraux du gouvernement, sans liens avec la santé.

    Pour l'étape suivante, quelque part après les prochaines élections, on envisage aussi l'introduction d'une «franchise santé» pour les patients et une augmentation des tarifs d'électricité... qui épargnerait les entreprises énergivores.

    Le premier budget Bachand fait beaucoup plus que répondre aux attentes des économistes qui l'ont inspiré au cours des derniers mois. Il prend les devants en mettant en place les bases d'un État qui devra s'effacer progressivement. En gelant la masse salariale de l'ensemble du secteur public et en ramenant la croissance des dépenses de programmes à aussi peu que 2,8 % dès l'an prochain, le gouvernement Charest devra inévitablement mettre un frein à toute forme d'amélioration des services, voire en éliminer certains, tout en faisant une place plus grande, sans être moins coûteuse, à l'entreprise privée. Bien sûr qu'il faut améliorer la productivité du secteur public, mais pour l'instant, il n'est question que de compressions, sans révision sérieuse de la façon de rendre les services.

    Rien n'obligeait ce gouvernement à devenir un des premiers États au monde à revenir à l'équilibre financier en 2014. Rien ne l'obligeait non plus à aller chercher dans la poche des moins fortunés le milliard annuel de baisses d'impôt consenties aux plus fortunés en 2007. Il aura fallu cette crise économique, qui a pourtant frappé moins fort ici qu'ailleurs, pour que M. Charest revienne à ses lubies du premier mandat que la réalité politique l'avait forcé à mettre entre parenthèses pour un temps. En suivant ses pas, le nouveau ministre des Finances cède à son tour aux pressions de ceux qui rêvent depuis longtemps de briser le moule du modèle québécois qu'ils jugent trop coûteux pour eux-mêmes.

    ***

    j-rsansfacon@ledevoir.com












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