Accommodements raisonnables et laïcité - Charest s'engage à régler le problème
«On veut poser des gestes qui seront des gestes fondateurs, des gestes qui pourront passer le test du temps»
Photo : Clément Allard - Le Devoir
Québec — Le premier ministre Jean Charest s'est engagé, hier, à régler pour longtemps l'enjeu des accommodements raisonnables et de la laïcité de l'État québécois.
Beaucoup plus que de simples directives édictées par les ministres concernés, c'est d'une position beaucoup plus ambitieuse dont a parlé Jean Charest dans une entrevue accordée au Devoir. «On veut poser des gestes qui seront des gestes fondateurs, des gestes qui pourront passer le test du temps», a affirmé le premier ministre.
«C'est un enjeu dans tous les pays développés», a souligné Jean Charest, rappelant que «la France s'est tapé un débat qui a fini en queue de poisson» sur le port des signes religieux.
Sur cette question, le Québec n'a pas à calquer quelque position que ce soit. «C'est très intéressant au Québec si on se compare à d'autres sociétés tellement l'enjeu se présente de manière différente chez nous et que notre perspective à nous est différente», a-t-il fait valoir. En «toile de fond» de l'enjeu des accommodements raisonnables et de la laïcité de l'État, selon lui, figure «l'avenir du peuple québécois, de notre langue et de notre culture» et «une histoire vieille de 400 ans où, par exemple, l'Église jouait un rôle très important».
«On a beaucoup débattu la question à l'interne», a signalé le premier ministre. Dans le débat public sur la laïcité de l'État, il a relevé les «opinions très fortes là-dessus qui vont dans plusieurs directions à la fois». Jean Charest a lu dans Le Devoir la lettre ouverte des intellectuels pour la laïcité, un regroupement créé à l'instigation de Guy Rocher qui rejette le concept de laïcité ouverte. Mais il a lu le même jour dans La Presse la lettre ouverte de Gérard Bouchard, tenant de la laïcité ouverte, qui plaidait pour que l'État accorde un poids supérieur à une des valeurs de la majorité, l'égalité entre les hommes et les femmes.
Du même souffle, Jean Charest n'a pas manqué de mentionner qu'il avait trouvé «intéressant» l'avis que vient de rendre la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) sur des accommodements consentis par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). Cet avis confirmait le droit des employées de l'État à porter le hidjab, mais rejetait la demande d'une femme musulmane qui portait le niqab et qui réclamait d'être photographiée par une femme.
«On n'est pas un vacuum, on a une charte, a-t-il fait observer. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de balises.»
Par ailleurs, Jean Charest a dit avoir «lu attentivement» le jugement de la Cour suprême qui invalide la loi 104 entravant le recours aux écoles passerelles. Un jugement «intéressant», a-t-il dit, mais cette fois-ci de façon parfaitement ironique. La question est épineuse. Le gouvernement, qui doit présenter un projet de loi ce printemps pour répondre à ce jugement, n'est pas arrivé «au résultat final», a dit Jean Charest. Le premier ministre n'a pas voulu dire quel sort il accordera à l'avis du Conseil supérieur de la langue française, qui a recommandé au gouvernement d'assujettir les écoles privées non subventionnées de langue anglaise à loi 101.
Immobilisme et budget
Rare initiative de sa part, Jean Charest a accordé, hier, une série d'entrevues aux principaux quotidiens, des entrevues qualifiées de «prébudgétaires» par son entourage. Le gouvernement compte beaucoup sur ce budget, qui sera déposé le 30 mars, pour dissiper l'impression qu'il se complaît dans l'immobilisme.
Ce «budget de la relance» ne fera pas trop pâtir les contribuables. L'effort qui leur sera demandé ne sera pas exceptionnel. «On veut que cet effort soit raisonnable, équitable et qu'il tienne compte de ceux qui sont à bas revenus.» Une hausse supplémentaire de 1 % de la taxe de vente du Québec (TVQ) a déjà été évoquée. Et c'est de façon particulièrement vague que Jean Charest aborde la question des augmentations de tarifs, notamment les tarifs d'électricité. «Toute la question des tarifs, ça fait partie de nos réflexions», a-t-il dit. À dix jours du budget, du moment que ça reste une pensée...
C'est au chapitre des dépenses de l'État que l'effort proviendra, mais Jean Charest n'a pas parlé d'adopter un objectif plus exigeant que celui de maintenir à 3,2 % la croissance annuelle des dépenses de l'État au cours des prochaines années, comme l'a confirmé la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay. «L'effort principal qu'on fera sera dans notre cour à nous. L'exemple va être donné par le gouvernement à tous les niveaux», a-t-il affirmé, comme s'il se pliait aux récents sondages qui montrent que les Québécois veulent que le gouvernement réduise ses dépenses plutôt que d'augmenter ses revenus sur leur dos.
Au sortir de la crise, Jean Charest dresse un bilan résolument positif de l'économie du Québec. «Notre performance économique est de loin supérieure à ce que l'on a vu ailleurs sur la planète», s'est-il réjoui. Le taux de chômage au Québec est plus bas que la moyenne canadienne et 75 % des emplois perdus ont été récupérés. «Ce n'est pas de l'immobilisme», s'est-il défendu. Quant à la dette, elle n'est pas aussi lourde qu'une certaine «campagne de presse», celle menée par Quebecor, veut bien le montrer. La dette du Québec se situe dans la moyenne des pays de l'OCDE, a-t-il rappelé.
Jean Charest ne peut nier que son gouvernement, en ce début de troisième mandat, traverse une période difficile. Mais c'est conjoncturel. D'abord, le gouvernement est en période prébudgétaire: il n'est pas inactif, il est «en mode de travail interne». Ensuite, le gouvernement traverse l'épreuve des négociations avec ses employés. «Tout le monde frappe pour avoir sa part de gâteau», a-t-il fait remarquer. Quand il regarde la télévision au gym le matin, que voit-il? Des messages publicitaires du Syndicat de la fonction publique du Québec, a-t-il relaté. Médecins spécialistes, infirmières, fonctionnaires, enseignants font part de leurs doléances aux médias et mènent des campagnes publicitaires «à coups de millions de dollars», a souligné Jean Charest. «Il faut prendre un peu de recul, parce qu'on a vu ce film-là avant.»
Quant à la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction, il ne faut pas y penser, même après les troubles sur le chantier de la Romaine, cet «investissement stratégique» de 6,5 milliards. «On s'attend à ce que la FTQ-Construction fasse le ménage dans ses affaires», a indiqué Jean Charest.
***
Précision ajoutée le 21 mars 2010
Dans l'article intitulé «Accommodements raisonnables et laïcité: Charest s'engage à régler le problème» publié dans notre édition de samedi, le premier ministre Charest abordait la question de la dette dont il disait qu'elle n'était pas aussi lourde qu'une certaine campagne de presse pouvait le montrer. Précisons que le premier ministre a employé cette expression au pluriel et n'a pas fait référence spécifiquement à Quebecor comme pouvait le laisser croire l'article. La direction de ce groupe de presse tient pour sa part à préciser que ses médias d'information, lorsqu'ils traitent des finances publiques, ne se livrent pas à des campagnes de presse, mais visent qu'à éclairer sur un sujet d'intérêt public. Nos excuses pour les inconvénients qu'ont pu entraîner cette imprécision.
Beaucoup plus que de simples directives édictées par les ministres concernés, c'est d'une position beaucoup plus ambitieuse dont a parlé Jean Charest dans une entrevue accordée au Devoir. «On veut poser des gestes qui seront des gestes fondateurs, des gestes qui pourront passer le test du temps», a affirmé le premier ministre.
«C'est un enjeu dans tous les pays développés», a souligné Jean Charest, rappelant que «la France s'est tapé un débat qui a fini en queue de poisson» sur le port des signes religieux.
Sur cette question, le Québec n'a pas à calquer quelque position que ce soit. «C'est très intéressant au Québec si on se compare à d'autres sociétés tellement l'enjeu se présente de manière différente chez nous et que notre perspective à nous est différente», a-t-il fait valoir. En «toile de fond» de l'enjeu des accommodements raisonnables et de la laïcité de l'État, selon lui, figure «l'avenir du peuple québécois, de notre langue et de notre culture» et «une histoire vieille de 400 ans où, par exemple, l'Église jouait un rôle très important».
«On a beaucoup débattu la question à l'interne», a signalé le premier ministre. Dans le débat public sur la laïcité de l'État, il a relevé les «opinions très fortes là-dessus qui vont dans plusieurs directions à la fois». Jean Charest a lu dans Le Devoir la lettre ouverte des intellectuels pour la laïcité, un regroupement créé à l'instigation de Guy Rocher qui rejette le concept de laïcité ouverte. Mais il a lu le même jour dans La Presse la lettre ouverte de Gérard Bouchard, tenant de la laïcité ouverte, qui plaidait pour que l'État accorde un poids supérieur à une des valeurs de la majorité, l'égalité entre les hommes et les femmes.
Du même souffle, Jean Charest n'a pas manqué de mentionner qu'il avait trouvé «intéressant» l'avis que vient de rendre la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) sur des accommodements consentis par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). Cet avis confirmait le droit des employées de l'État à porter le hidjab, mais rejetait la demande d'une femme musulmane qui portait le niqab et qui réclamait d'être photographiée par une femme.
«On n'est pas un vacuum, on a une charte, a-t-il fait observer. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de balises.»
Par ailleurs, Jean Charest a dit avoir «lu attentivement» le jugement de la Cour suprême qui invalide la loi 104 entravant le recours aux écoles passerelles. Un jugement «intéressant», a-t-il dit, mais cette fois-ci de façon parfaitement ironique. La question est épineuse. Le gouvernement, qui doit présenter un projet de loi ce printemps pour répondre à ce jugement, n'est pas arrivé «au résultat final», a dit Jean Charest. Le premier ministre n'a pas voulu dire quel sort il accordera à l'avis du Conseil supérieur de la langue française, qui a recommandé au gouvernement d'assujettir les écoles privées non subventionnées de langue anglaise à loi 101.
Immobilisme et budget
Rare initiative de sa part, Jean Charest a accordé, hier, une série d'entrevues aux principaux quotidiens, des entrevues qualifiées de «prébudgétaires» par son entourage. Le gouvernement compte beaucoup sur ce budget, qui sera déposé le 30 mars, pour dissiper l'impression qu'il se complaît dans l'immobilisme.
Ce «budget de la relance» ne fera pas trop pâtir les contribuables. L'effort qui leur sera demandé ne sera pas exceptionnel. «On veut que cet effort soit raisonnable, équitable et qu'il tienne compte de ceux qui sont à bas revenus.» Une hausse supplémentaire de 1 % de la taxe de vente du Québec (TVQ) a déjà été évoquée. Et c'est de façon particulièrement vague que Jean Charest aborde la question des augmentations de tarifs, notamment les tarifs d'électricité. «Toute la question des tarifs, ça fait partie de nos réflexions», a-t-il dit. À dix jours du budget, du moment que ça reste une pensée...
C'est au chapitre des dépenses de l'État que l'effort proviendra, mais Jean Charest n'a pas parlé d'adopter un objectif plus exigeant que celui de maintenir à 3,2 % la croissance annuelle des dépenses de l'État au cours des prochaines années, comme l'a confirmé la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay. «L'effort principal qu'on fera sera dans notre cour à nous. L'exemple va être donné par le gouvernement à tous les niveaux», a-t-il affirmé, comme s'il se pliait aux récents sondages qui montrent que les Québécois veulent que le gouvernement réduise ses dépenses plutôt que d'augmenter ses revenus sur leur dos.
Au sortir de la crise, Jean Charest dresse un bilan résolument positif de l'économie du Québec. «Notre performance économique est de loin supérieure à ce que l'on a vu ailleurs sur la planète», s'est-il réjoui. Le taux de chômage au Québec est plus bas que la moyenne canadienne et 75 % des emplois perdus ont été récupérés. «Ce n'est pas de l'immobilisme», s'est-il défendu. Quant à la dette, elle n'est pas aussi lourde qu'une certaine «campagne de presse», celle menée par Quebecor, veut bien le montrer. La dette du Québec se situe dans la moyenne des pays de l'OCDE, a-t-il rappelé.
Jean Charest ne peut nier que son gouvernement, en ce début de troisième mandat, traverse une période difficile. Mais c'est conjoncturel. D'abord, le gouvernement est en période prébudgétaire: il n'est pas inactif, il est «en mode de travail interne». Ensuite, le gouvernement traverse l'épreuve des négociations avec ses employés. «Tout le monde frappe pour avoir sa part de gâteau», a-t-il fait remarquer. Quand il regarde la télévision au gym le matin, que voit-il? Des messages publicitaires du Syndicat de la fonction publique du Québec, a-t-il relaté. Médecins spécialistes, infirmières, fonctionnaires, enseignants font part de leurs doléances aux médias et mènent des campagnes publicitaires «à coups de millions de dollars», a souligné Jean Charest. «Il faut prendre un peu de recul, parce qu'on a vu ce film-là avant.»
Quant à la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction, il ne faut pas y penser, même après les troubles sur le chantier de la Romaine, cet «investissement stratégique» de 6,5 milliards. «On s'attend à ce que la FTQ-Construction fasse le ménage dans ses affaires», a indiqué Jean Charest.
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Précision ajoutée le 21 mars 2010
Dans l'article intitulé «Accommodements raisonnables et laïcité: Charest s'engage à régler le problème» publié dans notre édition de samedi, le premier ministre Charest abordait la question de la dette dont il disait qu'elle n'était pas aussi lourde qu'une certaine campagne de presse pouvait le montrer. Précisons que le premier ministre a employé cette expression au pluriel et n'a pas fait référence spécifiquement à Quebecor comme pouvait le laisser croire l'article. La direction de ce groupe de presse tient pour sa part à préciser que ses médias d'information, lorsqu'ils traitent des finances publiques, ne se livrent pas à des campagnes de presse, mais visent qu'à éclairer sur un sujet d'intérêt public. Nos excuses pour les inconvénients qu'ont pu entraîner cette imprécision.
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