Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous

    L'odeur de la poudre

    Michel David
    20 mars 2010 |Michel David | Québec | Chroniques
    Depuis le début des négociations dans le secteur public, les trois mots fatidiques — «moyens de pression» — ont été lâchés pour la première fois cette semaine, et ce n'est certainement pas un hasard s'ils sont sortis de la bouche d'une infirmière.

    De tous les employés du secteur public, qui sont très souvent perçus comme des privilégiés, les infirmières sont de loin celles qui jouissent de la plus grande sympathie dans la population. D'ailleurs, après l'impression désastreuse laissée par les fiers-à-bras de la FTQ-Construction, le syndicalisme en général a bien besoin d'elles pour redorer un peu son image. Allez, les filles!

    Tout le monde reconnaît qu'elles ont droit à de meilleures conditions, sous peine de les voir passer au secteur privé, sinon en Suisse, mais jamais les médecins n'avaient montré une telle sollicitude à leur endroit.

    Jeudi, le président de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), Gaétan Barette, a sauté par-dessus le cheval dans une entrevue au Soleil. Selon lui, les infirmières affectées aux «soins critiques», que ce soit à l'urgence, dans les blocs opératoires ou aux soins intensifs, devraient être payées 20 % de plus que leurs consoeurs qui oeuvrent dans les autres services.

    Même la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIS), Régine Laurent, a semblé trouver que M. Barrette y allait un peu fort. «Je comprends qu'il ne nous trouve pas assez gourmandes», a-t-elle lancé, ajoutant que sa centrale s'en tenait néanmoins à ses demandes initiales.

    Les infirmières, dont le salaire moyen est actuellement de 43 000 $, réclament une semaine de quatre jours totalisant 32 heures payées comme 35. Pour des gens dont le revenu annuel moyen est de 360 000 $, comme c'est le cas des médecins spécialistes, cela est sans doute peu de chose. On verra bien ce qui restera de cette belle solidarité en bout de piste.

    ***

    Les informations qui circulent sur l'état des négociations aux différentes tables vont toutes dans le même sens. «Ils ne négocient pas, ils ne font que chercher à couper ou à reprendre», a déploré la présidente de la FIS.

    Même son de cloche à la CSQ. Hier, son président, Réjean Parent, déplorait que le gouvernement tente encore de rogner sur les conditions de travail des enseignants, déjà sous le coup d'un décret depuis quatre ans.

    Depuis le début des négociations, la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, a adopté un ton conciliant, qui tranchait avec l'intransigeance de sa prédéces

    seure, Monique Jérôme-Forget. Concrètement, cela ne semble pas avoir fait une grande

    différence.

    Hier, Mme Gagnon-Tremblay a invité les syndicats à un blitz de négociations d'ici la date butoir du 31 mars. Les règlements de dernière heure font partie de la dynamique des relations de travail et elle n'a jamais dit que son offre de 7 % en cinq ans était définitive, mais il n'y a aucun signe avant-coureur d'une entente. Bien entendu, personne ne veut être tenu pour responsable d'un éventuel échec, mais une odeur de poudre commence à flotter dans l'air.

    Dès le départ, les habitués de ces négociations, comme l'ancien président de la CSN, Gérald Larose, prévoyaient que la présente ronde se terminerait encore une fois par l'adoption d'une loi spéciale.

    Dans l'état actuel des finances publiques, on voit mal comment un compromis est possible. Surtout que le gouvernement Charest semble vouloir présenter un «budget moumoune», comme le disait Gaétan Barette. S'il renonce à augmenter les tarifs de façon significative et privilégie plutôt les réductions de dépenses, il devient inévitable que les employés de l'État fassent les frais du retour à l'équilibre budgétaire.

    ***

    À partir du moment où l'affrontement devient inévitable, la cause est portée devant le tribunal de l'opinion publique, qui sera l'ultime juge, même si la majorité dont le gouvernement dispose à l'Assemblée nationale lui permet d'imposer sa volonté.

    Les questions posées dans un sondage de Léger Marketing commandité par l'Institut économique de Montréal, dont les journaux de Quebecor ont publié les résultats hier, étaient passablement alambiquées. Faut-il s'étonner que «seulement 10 % des Québécois estiment que l'État devrait céder devant les demandes syndicales et augmenter le fardeau fiscal afin de les financer»?

    Il est néanmoins permis de croire qu'une nette majorité se range toujours dans le camp du gouvernement. À force de se faire seriner que le Québec est «dans le rouge» et que les fonctionnaires font le party avec le fruit du dur labeur des contribuables, le contraire serait étonnant.

    Au rythme où augmente l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement, les négociateurs syndicaux n'ont cependant aucun intérêt à se presser. Si «moumoune» qu'il puisse être, il y a de fortes chances que le prochain budget alimente encore le mécontentement de la population. Si les syndicats avaient réussi à gagner la bataille de l'opinion publique en 2005, c'était simplement parce que le gouvernement avait encore plus mauvaise presse qu'eux.












    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.