mardi 7 février 2012 Dernière mise à jour 00h42
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Réforme de l'éducation - Le refus d'«avancer en arrière»

Lettre à la Ministre de l'Éducation Michelle Courchesne

Brigitte Friset - Professeure de français en 4e secondaire  19 mars 2010  Québec
Après 22 années d'enseignement, dont 7 passées à me questionner sur la pédagogie et l'enseignement, permettez-moi de vous écrire ma profonde déception et ma grande colère. Voilà qu'après tant d'efforts pour comprendre et assimiler une réforme qui se voulait une réponse au changement, vous souhaitez cavalièrement la saborder. Je pourrais vous traiter de démagogue à visées électoralistes et vous accuser de vous faire (enfin! diront certains) la porte-parole de tous ceux qui l'ont décriée, mais ce serait trop facile et méprisant. Laissez-moi plutôt vous expliquer pourquoi je refuse catégoriquement d'«avancer en arrière».

Je lisais, en novembre dernier, le numéro de L'actualité où il est question de la «génération piton», celle que les Américains appellent la «Net generation», celle que les auteurs d'une enquête réalisée par le Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO) ont rebaptisée la «génération C». «C» pour communiquer, créer, collaborer. (Ne s'agit-il pas là de compétences transversales?)

Pour eux, les universités se transforment. Pour eux, les pratiques changent. Selon elle, les défis sont actuellement démesurés pour le monde de l'éducation. En effet, comment stimuler la motivation des étudiants et favoriser la réussite de ceux qui n'apprennent plus comme leurs parents? Le virage technologique bouleverse les façons d'apprendre et d'enseigner, ajoute-t-on dans l'article. Tout cela semble aller de soi. Nul ne l'a dénoncé. Nul ne s'en est moqué. Et il y a là des éléments qui ont pourtant mené à la réforme...

Relecture du monde

Bien sûr, il y a eu des ratés lors de son implantation. Du cafouillage, des erreurs magistrales, des objectifs irréalistes parfois, des tergiversations quant au bulletin, des modifications; de l'immobilisme aussi, de l'entêtement. Des documents reçus jamais ouverts, jamais lus. Pourquoi changer lorsque l'on a derrière soi plusieurs années d'expérience et de réussite? Pourquoi s'obliger à relire un monde qui évolue constamment, en se dotant de moyens pour le comprendre? Pourquoi faire nous-mêmes ce que nous tentons d'inculquer à nos élèves?

Chaque jour qui passe nous prouve qu'il faut apprendre à nos élèves à s'ouvrir et à se doter de connaissances et de compétences qui leur permettront de faire, et ce, toute leur vie, une relecture du monde. Cela n'exclut en rien le respect des traditions, le recours à des méthodes, à des valeurs sûres et éprouvées. Fallait-il attendre la réforme pour comprendre que l'enseignement de la littérature classique et contemporaine est primordial? Que bien au-delà des savoirs littéraires sur une époque, l'utilisation de ces savoirs dans un contexte donné oblige à contextualiser et à interpréter à nouveau ces mêmes savoirs? Et que cette contextualisation est nettement préférable, et de beaucoup supérieure? Jamais la lecture n'aura été aussi bien présentée et analysée dans un programme de formation.

Lieux communs

Les élèves l'admettent eux-mêmes. Une évaluation de compétences est plus complexe qu'une évaluation de connaissances. Lire le roman 1984 d'Orwell, connaître les éléments constitutifs qui en font un roman d'anticipation (savoirs) et ensuite transposer les idées véhiculées par l'auteur dans notre monde actuel est certes plus formateur que d'apprendre par coeur les détails de la vie d'Orwell ou de faire un examen sur la trame des événements du roman. Leur apprendre à lire, de façon complexe, pour pouvoir lire le monde. Voilà ce que propose la réforme en arts, en histoire, en science et technologie, en mathématiques... Les élèves changent, la société change; l'enseignement doit changer aussi. Modernité oblige.

Rares ont été les comptes-rendus sur les succès de cette réforme. Plusieurs journalistes, à la radio et dans la presse écrite, se sont exprimés à son sujet sans savoir ce dont ils parlaient vraiment. Ils ont charrié des lieux communs, des compréhensions erronées, sans s'interroger. Je connais plusieurs professeurs, rigoureux et exigeants, d'excellents professeurs, qui ont vécu harmonieusement cette réforme. Vous avez expliqué, Madame la Ministre, lors d'une entrevue donnée à Christiane Charette, que vous rencontriez régulièrement des enseignants et que plusieurs vous disaient ne plus vouloir de cette réforme. Moi, je vous dis que nombreux sont ceux qui l'apprécient, mais les médias l'ont tant décriée qu'il est presque gênant de la défendre. Ce que je fais aujourd'hui.

Professeur-guide

Notre tâche, lors de son implantation, a été difficile, parfois douloureuse, parce la critique, souvent aveugle et gratuite, est démotivante. On a mentionné le grand taux de décrochage des nouveaux enseignants. Oui, la tâche est lourde et complexe; je vous dirais qu'elle l'est chaque année davantage. Laissez-nous, sans mépris comme vous le faites, améliorer ce sur quoi nous travaillons sans vous depuis dix ans déjà!

On s'est de plus moqué du professeur qui devenait un guide. Comment avoir pu comprendre qu'un guide regardait ses élèves réaliser des projets! Je ne choisirais pas un guide touristique qui découvre en même temps que moi les trésors de l'Alhambra! Être un bon professeur c'est, comme le disait en partie Lévi-Strauss, être «celui qui pose les bonnes questions», parce qu'il a d'abord imaginé les chemins qui mènent à la réponse, tout en se réjouissant que son élève en trouve de nouveaux.

Laissez-nous poursuivre

Alors non, Madame la Ministre de l'Éducation, ne touchez pas surtout pas aux programmes par compétences! Et ne m'obligez surtout pas, en septembre, à être réductrice et à faire une double évaluation où j'aurai aussi à donner, au bulletin, une note sur des savoirs qui sont déjà évalués de toute façon.

Je vous le rappelle: enseigner, c'est aussi accepter la mouvance, c'est remodeler constamment ses savoirs et ses savoir-faire. Ce que je demande à mes élèves, je dois l'accomplir moi-même. Pour moi, pour eux. Cela s'appelle la formation continue. Cela signifie des heures d'engagement. Cela signifie que je dois être passionnée, parce que mes élèves sont passionnants, parce qu'avec les compétences, je leur permets de croire en leurs capacités et que je leur enseigne aussi à apprendre.

Laissez-moi ainsi vous raconter leur autonomie, leur débrouillardise, leur ouverture à imaginer des solutions. Laissez-moi vous raconter le développement de leur jugement critique (essentiel dans le Programme de formation de l'École québécoise), leur originalité et leur intelligence dans la réalisation des SAE (situations d'apprentissage et d'évaluation), leur assurance aussi, parce qu'ils ne paniquent pas devant la somme des savoirs auxquels ils sont confrontés, avec aveuglement diront certains «rabougris», avec curiosité et candeur, celles de leur âge, diront les autres, et dont je suis.

Donnez à tous les élèves et à leurs professeurs des écoles accueillantes, des locaux éclairés, où l'Internet est accessible. Donnez-leur des bibliothèques modernes et invitantes. Donnez aux enseignants la possibilité d'avoir moins d'élèves par classe, ceux-ci pourront écrire plus souvent!

Laissez-nous poursuivre cette réforme et l'améliorer. Laissez-moi vous rappeler que vous n'êtes pas une pédagogue. Vous êtes une politicienne nostalgique, comme bien d'autres, d'une époque révolue. Non, je n'enseigne pas comme on le faisait à l'époque de Montaigne, car le monde a changé depuis, mais je n'ai pas oublié Montaigne pour autant.

***

Brigitte Friset - Professeure de français en 4e secondaire
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Benoit Moreau
    Inscrit
    vendredi 19 mars 2010 00h20
    Très bien dit
    J'ai deux ados qui évoluent dans la réforme et je suis enchanté de la formation qu'il reçoive. J'apprécie particulièrement les bulletins très détaillés qui permettent de bien cerner les lacunes dans une matière ou une autre; cela permet de faire un bien meilleur suivi et, surtout, de mieux cibler les efforts à faire. Le principe des SAÉ est tant qu'à vraiment génial et très porteur.

    J'ai beaucoup de difficultés à comprendre pourquoi il y a tant de résistance au changement. Vous avez raison de dire que les compétences sont importantes; la connaissance est universelle et facilement accessible maintenant avec les Wikipédia de ce monde.

    Je vous encourage à poursuivre vos efforts dans la promotion de la réforme.

    Enfin, je ne suis ni un professeur, ni relié de près ou de loin au monde de l'éducation; je vise seulement la réussite scolaire de mes enfants.

    Benoit Moreau

  • Plume
    Inscrit
    vendredi 19 mars 2010 09h02
    Superbe !!
    Vous avez raison. Alors que tous les secteurs de la société évoluent, il faudrait que le monde de l'éducation s'enferme dans l'immobilisme. Dans cette époque du café instantané, on voudrait que les professeurs s'approprient cette nouvelle pédagogie en criant lapin.
    J'attends souvent l'affirmation que la réforme est responsable du décrochage scolaire. Personnellement, je pense que les causes sont ailleurs, notamment la pauvreté et le manque de ressources en milieu scolaire.

  • Line Légaré
    Abonnée
    vendredi 19 mars 2010 10h34
    Wow!!! Enfin!!!
    Votre lettre devrait faire la une de tous les journaux... Faites-la co-signer et envoyez-la aux médias... C'est important pour l'avenir du Québec.

    Merci de votre intervention!

    Line Légaré

  • Sylvain Bérubé
    Inscrit
    vendredi 19 mars 2010 11h43
    Wow !!! ENFIN !!!
    Comme j'aurais voulu écrire cette lettre moi-même !
    Enfin un écrit qui fait contrepoids aux propos démagogues et mal informés qu'on a déjà entendu ad nauseam et qu'on doit relativiser et ramener à des proportions beaucoup plus près de la réalité.

    Le bon vieux temps n'a jamais été une solution, en éducation comme ailleurs.

  • Paul Racicot
    Inscrit
    vendredi 19 mars 2010 12h41
    Je suis un babyboomer tardif...
    J'ai donc appris à lire, à écrire et à compter à la vieille école, au tout début des années '60, selon la vieille méthode, chez «les bonnes soeurs», une école privée où j'ai fait mes six premières années. La grammaire Grévisse et les tables de multiplications, vous vous souvenez? (C'était avant la réforme, celle par laquelle les enfants apprirent le français par l'image du mot, par exemple. Une véritable catastrophe ! Et c'est sans doute à ce moment que bien des parents se fermèrent aux réformes qui allaient suivre...)

    Puis le secondaire au privé et à l'école publique. Oui, beaucoup de par-coeur et c'était «plate» ! Mais les bases étaient solides. Puis le cégep et l'université. Nous étions alors surtout évalués selon nos connaissances mémorisées et, tout de même, en regard de notre compréhension de la matière enseignée.

    Mes parents comprenaient aisément mes bulletins : nombre de points sur 100 (%) versus la moyenne de la classe en cette matière. Et ils pouvaient m'assister et m'encourager lorsque j'avais quelque difficulté d'apprentissage.

    J'ai été choyé. Mes frères, eux, ont subi les premières réformes : ils éprouvent tous de graves difficultés à la lecture et à l'écrit. Mais aucun n'a décroché et tous ont fait une technique ou l'université.

    Toute cette intro pour poser une question fort simple : après plus de 40 ans de réformes successives, n'y a-t-il pas quelqu'un au Ministère de l'éducation qui ait fini par comprendre quels sont les méthodes et l'environnement optimaux (et non pas idéaux) pour faciliter l'acquisition de connaissances et de compétences (transversales ou non)? Autrement dit, en a-t-on enfin terminé avec toutes ces foutues réformes, plus ou moins réussies ou carrément catastrophiques?

    ;-)

  • Fernand Laberge
    Inscrit
    vendredi 19 mars 2010 13h00
    Merci ! Merci ! Merci !
    Votre texte résume superbement la pensée de plusieurs, mais qui trouve rarement son chemin dans les médias. Le discours ambiant soutient plutôt que les compétences excluent les connaissances (alors qu'elles en exigent plutôt une plus grande maîtrise) et que le programme est absurde (que n'a-t-on vu, entendu et lu sur les compétences transversales, se rapportant pourtant à des choses aussi fondamentales que l'utilisation d'un bon français dans toutes les matières). A-t-on aperçu une seule analyse distinguant compétence disciplinaire et compétence transversale ? Que des lieux communs, assez près de la pensée unique - incluant dans ces pages qui s'ouvrirent jadis au Frère Untel.

    Vrai que le ministère a peu "vendu" son projet. Vrai que certains ont présenté la réforme comme devant favoriser la réussite - alors qu'elle est en fait plus exigeante pour les élèves comme pour les profs, vrai que Québec réagit à la pièce face aux groupes qui crient plus fort (et qui trouvent facilement, eux, le chemin des médias). Vrai que l'organisation scolaire n'a pas suivi (horaires, équipes-classes, interdisciplinarité, organisation en cycles). Raisons de plus, pourtant, de ne pas taire l'incohérence grandissante au fil des "correctifs" à la pièce. On demande à l'enseignant de planifier, mais il ignore quel virage fondamental on lui demandera de faire dans à peine quelques mois...

  • Marielle Potvin
    Inscrite
    vendredi 19 mars 2010 15h55
    Bravo Bravo!
    Bravo et merci d'avoir pris le temps d'articuler tout cela de si efficace façon. Comme bien d'autres, j'envie votre plume, qui nous enlève presque les mots que l'on aurait voulu écrire.
    Ces mots francs et sans détours, qui expriment d'une manière très juste une réalité si mal interprétée.
    Merci, avant tout, d'être la personne que vous êtes. Vos élèves en sont privilégiés.
    En tant qu'orthopédagogue, je connais l'impact qu'une approche pédagogique comme celle que vous préconisez peut avoir sur la réussite de bien des élèves. Sur leur réussite, leur motivation, leur curiosité et leur goût d'apprendre.
    www.mariellepotvin.wordpress.com

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    vendredi 19 mars 2010 16h36
    @ Madame Friset
    C'est bien beau, ce que vous écrivez. Si les méthodes d'enseignement sont si bonnes, pourquoi y a-t-il atant d'analphabêtes diplômés? Pourquoi y a-t-il autant de diplômés qui ne sont même pas capables d'effectuer une multiplication , une division et même une addition? Vous parlez de Montaigne, combien de vos élèves pourraient nous dire de qui il s'agit. Si on juge un arbre à ses fruits, nous sommes en droit de savoir pourquoi on ne peut engager aucune discussion sérieuse, même avec des bacheliers qui ne peuvent situer sur une carte géographique des pays du Moyen-Orient, de l'Asie et même de l'Europe, qui ne peuvent même pas situer les Provinces Canadiennes sur une carte, qui ne connaissent aucun écrivain Européen, qui ne connaissent pas l'Histoire, même celle de leur pays, qui ne savent pas que la Grêce est le berceau de notre civilisation Occidentale, etc.. Ils connaissent sûrement bien des choses que je ne connais à peu près pas, mais pour ce qui est de la culture on repassera.

  • jean-guy fournier
    Inscrit
    vendredi 19 mars 2010 19h34
    bravo
    Félicitations pour ce très bon texte. Il est déplorable et difficile de comprendre pourquoi on n'entend ou ne lit pas plus souvent des opinions dans le même sens.

    Merci

  • Sheriff
    Inscrit
    vendredi 19 mars 2010 23h01
    ALLONS DONC!
    Vous me faites sourire, Paul Racicot. Comme tant d'autres de votre acabit, vous confondez réforme et méthode d'enseignement. Oui, certaines MÉTHODES de pédagogie nouvelle ont été désastreuses, notamment pour l'orthographe. Mais de réforme, nous n'en avons connu qu'une autre, celle qui remonte au rapport Parent. Quant à vous, M. Paul Lafrance, il faudrait que vous compreniez que si vos bacheliers ne savent rien, vous n'avez à blâmer que les bonnes vieilles méthodes auxquelle Mme Courchesne veut revenir. La réforme de l'éducation que vous décriez aveuglément vient de faire son arrivée... en 5e secondaire. Point encore de bacheliers réformés, donc.
    Vos ignorants diplômés, vos incultes qui ne savent rien de l'Europe, du Moyen-Orient ou des provinces canadiennes (sans majuscules svp tel que le veut la règle...) sont des purs produits de l'ancienne façon de faire l'école. Mais ne vous leurrez pas, ceux de la Réforme n'en sauront sans doute pas beaucoup plus. Mais ils sauront au moins où trouver l'information et comment s'en servir. Et avec eux, vous pourrez peut-être davantage discuter, faire des liens, voir un rapport entre ceci et cela. Cela risque d'être passionnant...

  • Michelle Sarrazin
    Inscrit
    samedi 20 mars 2010 08h12
    Merci, au nom de tous les passionnés d'éducation
    Au nom de tous ceux qui se questionnent, qui s'informent, qui se forment, qui "vingt fois sur le métier" remettent leur ouvrage, au nom de tous ceux qui ont fait de l'éducation leur profession, merci, Mme Friset!
    Pour ma part, j'ai le grand bonheur de travailler à vos côtés, d'oeuvrer dans un milieu où on refuse l'immobilisme, où on se passionne pour les jeunes, pour la culture, pour le savoir, et pour le développement de tout le formidable potentiel de la jeunesse. Et je peux témoigner de la somme d'énergie déployée pour participer à ce Renouveau... qui bien sûr ne sera pas le dernier! Car cesser de se renouveler, c'est marcher vers la mort... même, et surtout dans le domaine de l'éducation et de l'apprentissage.

  • Jonathan Livingston
    Inscrit
    samedi 20 mars 2010 09h02
    Mes lieux communs et les vôtres! Une petite relecture?
    Bon, bon. Vive les félicitations!

    Je note tout de même rien de nouveau dans l'argumentaire, des choses que vous faites en ne disant pas le faire, des choses que vous ne dites pas en disant les dires et des contradictions.

    Bref, tout change, donc il faut(x) changer. Modernité oblige. Numérisation et génération «C», le refrain est connu. «Chaque jour qui passe nous prouve», voilà un argument très très précis! En passant la relecture du monde, Madame, on a appelé cela aussi l'analyse et elle s'enseigne depuis fort longtemps! (je relis votre texte!) Le mot est moins réforme bien sûr... 1984 en secondaire 4, vous avez des élèves sélectionnés? Et une école plein de PC?

    Puis, la réforme n'est pas réussi parce que beaucoup de profs ne la font pas, ils n'ouvrent même pas les documents ministériels. (refrain)

    Puis, pas de compte-rendus positifs parce qu'on rit de nous, on est gêné, nous sommes des martyrs (violon!)

    Puis, laissez-nous l'améliorer (refrain de la bonne chose à améliorer depuis le renouveau pédagogique).

    Bon, vous traitez la ministre, sans le faire bien sûr, ce qui serait méprisant, de démagogue et porte-parole des gens qui décrient la réforme. Vous assumez tout de même ce jugement: une politicienne nostalgique de l'école de Montaigne qui, chacun sait, a perduré jusqu'à récemment!. Ses mesures sont réductrices, du «avancer en arrière». Ah, ces réactionnaires. Nous, nous sommes l'avant-garde en avant, bien sûr, bien sûr...

    Bref, elle n'est pas pédagogue, laissez-nous améliorer, nous les profs gênés par la critique qui intégrons tout de même harmonieusement cette réforme difficile et douloureuse (à cause des critiques) avec sa tâche lourde et complexe, toujours plus chaque année. Belle harmonie!

    Vous acceptez la mouvance et les changements, mais pas les ajustements ou les révisions, on dirait. Non, «ne touchez pas» ma réforme parfaite.

    Enfin, j'aurai bien aimé vous entendre raconter, mais la narration manquait...

    Bref, des lieux communs du réseau de vos amis qu'on nous serine depuis 10 ans! Félicitations!

  • Sheriff
    Inscrit
    samedi 20 mars 2010 11h53
    À Jonathan Livingston
    Votre texte qui se veut argumentaire n'obtiendrait jamais la note de passage en 5e secondaire. Je doute même qu'il l'obtiendrait en 6e année du primaire. En 23 ans de carrière en salle de classe, je n'ai jamais lu, et ce, même dans les textes de mes élèves en situation d'échec, un tel embrouillamini. Vos mots et vos phrases prétendument pleines de sous-entendus et d'ironie mordante, ne disent strictement rien, ou si peu. S'essayant à faire du style en reprenant des portions de l'épitre brillamment construit de Mme Friset pour y ajouter des commentaires qui se voudraient sarcastiques mais qui hélas, rejoignent à peine le niveau intellectuel de "celui qui le dit celui qui l'est", votre lettre, ne dit rien ou tellement peu qu'on ne peut qu'en conclure qu'elle a été rédigée sous le coup d'une émotion, la peur sans doute, par un autre de ces nostalgiques des bonnes vieilles méthodes, un descendant de ceux qui, à une autre époque, craignaient que leurs élèves n'apprennent plus si on leur retirait la tablette de cire et le stylet pour les remplacer par une plume et du papier. Cher monsieur, votre manque criant de démarche et votre négligence à planifier ce que vous comptiez tenter d'exprimer nous donne, c'était prévisible, un écrit pétri d'affirmations superficielles et jamais étayées. Cela me fait réaliser que votre lettre, contrairement à ce que je croyais au départ, apporte finalement quelque chose au débat. Elle prouve que pour certains rares élèves, réforme ou non, il est possible que la situation reste rien de moins que désespérée. Salutations!

  • Jonathan Livingston
    Inscrit
    dimanche 21 mars 2010 12h08
    Bon, bon, Shériff nous fait peur!
    Vous avez bien appris votre bréviaire, Monsieur. La meilleure défense est encore l'attaque. Et quelle charge! Remarquable et instructive!

    J'admets que j'aurais pu faire un effort syntaxique pour certaines phrases de mon commentaire. Vous n'avez pas aimé, on dirait. Je ne faisais pas un test du ministère ni un roman ni un argumentaire. J’ai déjà fait un examen de validation de mes compétences en français beaucoup plus exigeant que le test du ministère de 5e secondaire avec des résultats très dignes, si cela peut vous rassurer. Il n’y a pas que le modèle scolaire dans la vie, Monsieur. Je crois qu’il vous manque de «traces» pour oser porter un jugement professionnel de la sorte!

    Si cela vous a échappé, je montrais surtout les lieux communs qui prenaient place dans le texte de Madame Friset dans un commentaire et non dans une lettre. Je vous suggère Normand Baillargeon en lecture (http://www.ababord.org/spip.php?article84) qui démonte la stratégie classique du «faux dilemme» que vous et vos semblables utilisez pour clore le débat que vous refusez depuis des années. Enfin, j'employais quelque chose comme un style «notes de lecture» pour faire ressortir la structure qui pouvait se perdre dans les effets de style. La phrase non verbale est moderne en passant. Mon texte ne fera sûrement pas école, mais s’il ouvre un débat, il aura atteint son but! C’est l’«intention» qui compte dans les approches fonctionnelles, non?

    Depuis des années, on nous serine aux oreilles cet argumentaire. On le lit régulièrement dans les journaux, dans les blogues et dans les sites dédiés à la réforme. Avec le temps, on le reconnaît «par cœur». Quelle vilaine expression!

    Vous vous employez dans le même sens, avec le classement manichéen habituel des réformistes (nous les progressistes, eux, les adeptes de la baguette), sous le coup visiblement de l'émotion, à faire de moi un «autre de ces nostalgiques des bonnes vieilles méthodes, un descendant de ceux qui, à une autre époque, craignaient que leurs élèves n'apprennent plus si on leur retirait la tablette de cire et le stylet pour les remplacer par une plume et du papier». C'est très joli (c’est de vous?), mais fort spéculatif car, comme vous le soulevez si bien, je n'ai pas vraiment opposé de position bien nette pour que vous puissiez vous faire une idée. On pourrait y voir de la projection au sens psychologique du terme.

    Pour vous éclairer, je prends la peine d’élaborer un peu. Je suis simplement de ceux qui constatent que l'école est maintenant sous la gouverne d'un groupe issu des sciences de l'éducation qui a pris un peu partout dans le monde la direction de la formation des maîtres pour en venir à écrire maintenant les programmes sans vraiment impliquer les experts de différentes disciplines ni les enseignants, sinon de rares pions pour faire joli. Ce groupe a imposé, à une culture de cohabitations interdisciplinaires, une vision psychopédagogique intégrée à modèle unique avec une pédagogie imposée mur à mur sans s'embarrasser de la critique qu'elle a ignorée ou systématiquement dévalorisée avec de belles formules bien tournées.

    N'empêche qu'aucune validation du modèle pédagogique imposé n'a été faite comme le rappellent les Baillargeon, les Clermont, les Pierre, les Bissonnette et tant d’autres. Pire, la recherche la plus sérieuse l'invalide. Des approches comme l'enseignement efficace ou explicite sont très modernes aussi, mais n'ont absolument pas droit de cité dans vos cercles de gens branchés au pouvoir.

    Ces approches centrées sur l’enseignement, tout aussi modernes, sinon davantage, peuvent intégrer avec flexibilité, à l'occasion, une pédagogie de projets ou de la découverte, mais la pédagogie socio-constructiviste, par contre, impose à toutes les situations un modèle fort peu efficace selon les recherches qui, en plus, pour des raisons idéologiques, proscrit tout enseignement systématique des connaissances selon des méthodes plus classiques modernisées, éprouvées et validées. C’est ainsi qu’on ne peut plus depuis des années tenir compte de contrôles réguliers des connaissances dans nos évaluations. L’évaluation est maintenant une sorte de jugement global peu rigoureux devant tenir compte de soi-disant «traces» pour cautionner des démarches souvent fort inconsistantes. Gérer de la pédagogie de projet en équipe dans des classes à trente pleines de cas sociaux ou en difficultés diverses est un vrai cauchemar et une vraie farce digne d’un humour noir.

    Les jeunes ont besoin de structures, pas d’être pris pour des petits adultes autonomes et collaborateurs. Pour le moment, trop d’enseignants sont dépassés et déstabilisés par cette réforme et des jeunes en pâtissent. Trop de jeunes entrent au secondaire avec des préalables sans consistance. La cohorte réforme a provoqué un peu partout la stupeur dans les écoles secondaires.

    On peut être moderne sans rejeter tout l'apport de la tradition. Une attitude scientifique ne fait pas des phrases bien tournées avec des présomptions de vérité, mais étudie patiemment, compare, mesure, expérimente sans a priori idéologique. Voilà ce que j’oppose maintenant à ces lieux communs de Madame Friset.

    Franchement, je suis tanné de ce discours théologique et méprisant qui empêche la discussion nuancée dans le monde de l'éducation. On ne peut appliquer la même solution à des contextes différents. Voilà une évidence régulièrement balayée du revers de la main. On en vient à être cinglant et désabusé. Je n'avance pas en arrière, je cherche à voir la manière de mieux répondre au besoin de formation de nos jeunes. Pour le moment, à part dans les écoles et les classes avec des clientèles sélectionnées et/ou avec de gros moyens mis à leur disposition, on patauge un peu partout dans le système avec une organisation scolaire alambiquée emballée dans un discours pédagogique confus qu'on nous enfonce dans la gorge dans le milieu sans droit de réplique depuis 10 ans.

    Je n’ai pas le goût d’améliorer votre réforme. Elle est globalement une trop grosse erreur qui demande une intervention plus vigoureuse. On doit remettre un projet sensé et gérable par l’ensemble du système et de ses intervenants pour une école plus efficace. Ce réajustement n’empêcherait pas les enseignants dans des programmes particuliers avec de bonnes conditions et des élèves capables de s’adonner à de la pédagogie de projets ou de la découverte. Pourquoi vouloir absolument avoir raison du système?

    J’imagine que vous n’enseignez pas dans les classes régulières des dernières années pour me comparer à des élèves en situation d'échecs. Ne vous en faites pas, je ne suis même pas blessé, je rigole. Je me demande quand même dans quel monde vous vivez, Monsieur le Sheriff? Allez juste faire un tour sur les forums de jeunes pour vous en convaincre!

    Depuis des années, la qualité des résultats globalement est en baisse et vous le savez très bien. Il est temps de mettre vos idéaux à la bonne place et de laisser un peu la ministre manœuvrer pour mettre un peu d’ordre dans le cafouillage.

    Comme d'habitude, vous ne répondrez pas probablement pas aux commentaires qui remettent en question le discours sur la base d'observations pertinentes, comme à ces commentaires plus haut qui, au milieu de l'acclamation, ont osé poser quelques questions. Ou vous trouverez bien une façon d'attaquer la crédibilité de ces critiques avec des hyperboles enflammées. La recette est connue. On peut souhaiter franchement moins d’émotivité et plus d’ouverture.

  • Jonathan Livingston
    Inscrit
    dimanche 21 mars 2010 13h06
    Réformes et méthodes
    Sherrif,

    Le programme de français a été réformé en 1969, 1979, 1995 et en 2005. C'était déjà des approches par compétences pratiquement dès 1979. Depuis 1969, la grammaire a été dévalorisée. Heureusement, les profs formés aux cours classiques ont été nombreux dans les écoles à nous enseigner une approche structurée et solide largement partagés par les enseignants de l'époque. Ils ont mis du temps à le mettre pratique ces programmes nouveaux dans un contexte d'évaluation beaucoup plus contrôlée par le corps professoral que maintenant.

    Tout a changé depuis qu'on a mis les profs d'expérience à la retraite en 1995, puisque en plus on a commencé à enfoncer les idées irréalistes de la réforme et de l'intégration bien avant l'arrivée de la réforme dans les facultés des sciences de l'éducation.

    En math, 1994 changeait pas mal la donne déjà avec l'obsession de la contextualisation au détriment des séries d'exercice. Vers 2005, on a encore poussé plus loin.

    Il y a longtemps que le par coeur est dévalorisé sans raison. Comme s'il y avait une honte à mémoriser des notions utiles.

    Désolé mais les idées de la réforme sont là depuis bien plus longtemps que 2000. Vous pouvez bien sûr finasser sur des subtilités sémantiques. Le fond du problème n'est pas là.

    Monsieur LaFrance,

    Vous n'avez rien vu! Les évaluations ministérielles de plus en plus laxistes datent de bien avant la réforme.

    Monsieur Racicot,

    Bienvenu au club des « Comme tant d'autres de votre acabit» qui confondent tout dans le discours des réformistes qui vont nous éclairer de formations. Rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul.

  • Paul Racicot
    Inscrit
    dimanche 21 mars 2010 14h55
    Mes excuses à Sheriff
    Sheriff écrit : «Vous me faites sourire, Paul Racicot. Comme tant d'autres de votre acabit, vous confondez réforme et méthode d'enseignement. Oui, certaines MÉTHODES de pédagogie nouvelle ont été désastreuses, notamment pour l'orthographe. Mais de réforme, nous n'en avons connu qu'une autre, celle qui remonte au rapport Parent.»

    D'accord, Sherriff. Il ne faut pas confondre méthode et réforme. Je confesse cette bévue.

    Je reformule donc ainsi ma question : «Après plus de 40 ans, n'y a-t-il pas quelqu'un au Ministère de l'éducation qui ait fini par comprendre quels sont les méthodes et l'environnement optimaux (et non pas idéaux) pour faciliter l'acquisition de connaissances et de compétences (transversales ou non)? Autrement dit, en a-t-on enfin terminé avec ces "nouvelles méthodes", plus ou moins réussies ou carrément catastrophiques?»

    Car, après plus de 40 ans, et toutes ces recherches en psychologie de l'apprentissage et en pédagogie, on devrait bien savoir comment il faut former des enseignants qui sachent comment enseigner à l'enfant, non?

  • Jean Desjardins
    Abonné
    lundi 22 mars 2010 22h34
    Des fleurs pour Madame Friset
    Le par coeur est dévalorisé parce que les savoirs en 2010 sont devenus beaucoup plus accessibles. Pendant ce temps, l'analyse de l'information, son traitement et sa mobilisation ne surviennent pas dans un contexte où l'enseignant impose le silence et le contrôle soixante-quinze minutes durant. Si un élève à la fois réfléchit avec l'enseignant pendant que les autres jouent à faire semblant, on ne provoque pas les apprentissages durables escomptés. Quand on sanctionne le tout avec un examen à choix de réponse ou toute tâche qui demande de réciter servilement ce qui a été expliqué en classe, on encarcane considérablement l'apprentissage On peut espérer dépasser ces méthodes issues de l'époque industrielle et ce, avec des élèves forts comme faibles. Je le vis!

    Et Monsieur Racicot, on n'en a pas terminé avec les nouvelles méthodes tout simplement parce que les jeunes changent ainsi que le monde dans lequel vivons-nous. Il en est de même pour le savoir, les lieux éclatés où il se retrouve et l'identité de celles et ceux qui en sont les médiateurs. Donc non seulement comprenons-nous mieux comment apprendre (c'est une science!) mais les ajustements au réel se doivent d'être continus. Les évaluation internationales consacrent à tous les quatre ans que la Finlande a eu raison de rénover la pédagogie. Il se peut que cela vous exaspère; c'est pour moi une part importante de ma motivation professionnelle.

    Aujourd'hui des collègues et moi qui nous connaissons via les réseaux sociaux avons pris l'initiative de faire parvenir des fleurs à Madame Friset. Nous voulions lui montrer comment sa prise de position courageuse pour l'innovation pédagogique avait été reçue. J'espère aussi être entendu.

    Jean Desjardins
    Montréal

  • jeandore
    Inscrit
    mardi 23 mars 2010 08h47
    BRAVO!
    1000 mercis pour ce cri du coeur, vous ne pouvez savoir à quel point il est réconfortant de constater que d'autres gens ont la même vision que nous. J'aurais tant voulu écrire cette lettre! J'ai manqué le bouquet de mes amis Twitter, je vous en offre un virtuel...

  • Paul Racicot
    Inscrit
    mercredi 24 mars 2010 13h37
    À Monsieur Jean Desjardins...
    En fait, ces virages méthodologiques m'étonnent davantage qu'ils ne m'exaspèrent...

    Et tant mieux si la Finlande fait si bien. Mais faisons-nous aussi bien? Et si non, pourquoi?

    À propos, quel est le taux de décrochage scolaire en Finlande? Et pourquoi le nôtre est-il si élevé si nos méthodes sont si épatantes?

  • Jean Desjardins
    Abonné
    mercredi 24 mars 2010 22h04
    Le décrochage est un probleme autant social que pédagogique
    Non nous ne faisons pas aussi bien que la Finlande. Il y a bien plus que la pédagogie qui explique leur succès en effet: une immense valorisation de l'éducation et des enseignants; la transmission du goût de la lecture et de l'apprentissage des langues (jusqu'à cinq!); le recrutement d'enseignants aussi performants à l'école que le sont leurs médecins; des lieux physiques plus accueillants, plus fenestrés; d'excellents repas offerts gratuitement aux élèves le midi. On est loin du compte!

    Notre taux de décrochage restera probablement élevé même si nous encourageons l'innovation pédagogique: les causes du phénomène sont profondes, systémiques. Ça ne nuira certainement pas aux décrocheurs que l'école devienne un peu plus signifiante mais il faudrait aussi qu'ils puissent y vivre des succès, qu'ils y reçoivent un encadrement humain et individualisé, et qu'on aie diagnostiqué leur risque de démotivation scolaire tôt au primaire. Comme vous le constatez, ce n'est pas une méthode pédagogique ou une autre qui en est la clef. Les partisans de la réforme dont je suis avons fait beaucoup de tort à notre vision de l'éducation en ayant un peu trop rêvé de la chose. Il n'y a pas de panacée.

  • Helen Beatrice Smart
    Inscrit
    dimanche 28 mars 2010 21h41
    Message à Mme Brigitte Friset
    J'aimerais vous rejoindre afin de vous envoyer une copie de ma longue lettre adressée à la ministre des loisirs, des sports et de l'éducation, qui vit sur une autre planète que nous.

    Merci de m'acheminer votre adresse courriel.

    Helen Béatrice Smart

  • Lanzer Ernst
    Inscrit
    dimanche 6 juin 2010 15h40
    Sabotage
    Mes remerciements (tardifs, hélas) à M.Jonathan Livingston, pour avoir tenté de faire entendre un discours critique juste et étayé au milieu de ces accolades complaisantes et ces propos absoluments vides qui servent actuellement de mots-compte-triple dans le grand jeu de scrabble qu'est devenue cette entreprise de réingénierie sauvage qu'est l'éducation telle que conçue par la novlangue à pensée unique de ses vigoureux zélotes. Je ne suis pas étonné qu'elle soit restée lettre morte en ce contexte. Étrange comment ceux-là même qui prétendent que la réforme outille l'étudiant à la pensée critique en soient ici si dépourvus.

    Nous n'en sommes pas à un paradoxe près, remarquez. On me rapporte de temps à autre cette scène familière aux cours universitaires destinés à former les futurs enseignants à maîtriser le code abscons de la novlangue en vigueur (laquelle est promise à une péremption précipitée sitôt qu'un nouveau code abscons émergera des marmites des savants-idiots et autres crackpots des sciences de l'éducation afin de corriger les ratés de la réforme, bref, de réformer la réforme, ça viendra): un expert quelconque, en classe, explique, graphique coquet à l'appui, que le cours magistral est le moyen le moins efficace pour ce qui est de transmettre un savoir à l’élève. Le tout asséné rien moins qu’au cours d’un ... exposé magistral, dans une ambiance, qui plus est, réputée peu propice à la discussion, même s’il s’agit d’un cours de maîtrise.

    Je croyais, naïf que je suis, qu'un diplôme de maîtrise en mon domaine de spécialisation, de bonnes références, et un bagage d'expériences variées en enseignement collégial (la plupart vivement appréciées par les étudiants), suffiraient, à moyen terme, à m'obtenir une réelle tâche d'enseignement (la pratique et l'expérience faisant le reste). Je ne demandais rien de moins, et rien de plus, que la bonne foi sur la base de laquelle ont été jugées des générations d'enseignants compétents avant moi. Mais je constate que l'étau de la conjoncture actuelle me commande aussi de perdre temps et argent au fil de formations interminables et inutiles, destinées à me faire maîtriser, pour peu que ça soit possible, un espéranto éphémère et inutile qui aura l'heur de me servir uniquement au cours des 45 minutes de ma prochaine entrevue d'embauche, auprès d'un ou deux fonctionnaires qui, parfois, n'ont jamais enseigné de leur vie.

    Je devrais peut-être me tirer une balle dans la tête tout de suite? Qu'en pensez-vous?

  • Lanzer Ernst
    Inscrit
    dimanche 6 juin 2010 18h09
    petit ajout
    Je veux juste ajouter que j'ai toujours concu l'éducation comme un artisanat et une pratique, non comme une science. Le télescopage qui allie l'éducation (ou l'économie, tant qu'à faire) est l'un des sophismes les plus péremptoires de notre temps.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
23 réactions
5 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012