Le vieux Harry
Quelques heures à peine avant que la guillotine ne s'abatte sur le SPQ Libre, son président, Marc Laviolette, se bidonnait en compagnie des journalistes qui couvraient les travaux du colloque sur la création de la richesse, que le PQ avait organisé à Lévis en fin de semaine dernière.
M. Laviolette trouvait particulièrement absurde l'idée d'exploiter le gisement de pétrole Old Harry, situé dans le golfe du Saint-Laurent, à 80 kilomètres au nord-est des îles de la Madeleine. «Tintin au pays de l'or noir», disait-il en rigolant.
En août 2008, Pauline Marois était revenue emballée d'un voyage en Norvège, où pétrole et environnement semblaient faire bon ménage. Elle avait vivement reproché au gouvernement Charest de négliger cet extraordinaire potentiel, mais son enthousiasme n'avait pas été aussi contagieux qu'elle l'avait souhaité, y compris au sein de son parti.
À l'heure de la lutte contre les changements climatiques et les émissions de gaz à effet de serre, le pétrole n'a pas très bonne presse, surtout chez ceux qui n'en ont pas. Samedi à Lévis, les opposants au projet ont repris sur le ton de la dérision la désormais célèbre formule lancée par Sarah Palin durant la dernière campagne à l'élection présidentielle aux États-Unis: «Drill, baby, drill.»
Les risques pour l'environnement sont réels. Dès 2004, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a soulevé de sérieuses questions sur les conséquences que les relevés sismiques pourraient avoir sur les populations de baleines.
D'autres, dont le SPQ Libre, voient dans l'exploitation le danger d'une plus grande dépendance au pétrole et un frein à une deuxième vague d'électrification, notamment dans le domaine des transports. Tous ne sont pas convaincus par l'argument selon lequel les profits tirés du pétrole permettraient de s'en affranchir plus rapidement.
***
Le problème est que le groupe Corridor Resources, de Halifax, vient de confirmer son projet d'explorer la partie terre-neuvienne du gisement Old Harry, situé tout juste sur la frontière maritime entre les deux provinces, tracée en 1964. Québec serait donc privé de tout revenu sans que l'environnement soit épargné pour autant.
Mardi, à l'initiative-surprise de la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité moins une voix — celle d'Amir Khadir — une motion réclamant la conclusion d'une entente avec le gouvernement fédéral sur la propriété des fonds marins, qui permettrait l'exploration et, le cas échéant, l'exploitation de la partie québécoise du gisement.
En réalité, personne n'en connaît exactement le potentiel. On parle de réserves possibles de cinq milliards de pieds cubes de gaz naturel ou encore deux milliards de barils de pétrole, ce qui correspondrait à la consommation actuelle du Québec pendant 25 ans et pourrait rapporter à l'État québécois jusqu'à 4 milliards par année.
En 2002, Hydro-Québec avait prévu investir plus de 300 millions en exploration jusqu'en 2010, mais à peine 20 millions l'ont finalement été. Tout est présentement suspendu au règlement du litige avec le gouvernement fédéral. Les discussions piétinent depuis maintenant 12 ans et le gouvernement Harper ne semble visiblement pas plus pressé de les faire aboutir que son prédécesseur libéral.
En présentant sa motion, Mme Normandeau a dit vouloir «lever un peu le ton» face à Ottawa. Au-delà des bonnes intentions, on ne peut pas dire que le gouvernement Charest ait beaucoup insisté depuis sept ans. La conclusion d'une entente faisait bien partie de la liste des revendications que M. Charest avait présentée aux chefs de parti fédéraux à l'automne 2008, mais M. Harper n'a jamais pris la peine de répondre à sa lettre et n'a pas jugé utile de revenir à la charge.
Dans l'état actuel des relations entre le Québec et Terre-Neuve, qui se crêpent encore le chignon sur l'hydroélectricité de Churchill Falls, il ne faut pas compter sur le premier ministre Williams pour faciliter les choses.
***
Rien n'est jamais simple dans le merveilleux monde des relations fédérales-provinciales canadiennes. Avec un minimum de mauvaise volonté, il est sans doute possible de faire durer indéfiniment le litige sur la propriété des fonds marins.
Il est néanmoins permis de se demander pourquoi le gouvernement fédéral a été en mesure de signer avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse des ententes administratives qui ont permis l'exploitation des gisements de pétrole (Hibernia) et de gaz (île de Sable) dans le golfe, tout en reportant sine die le règlement de la question des fonds marins, alors que cela semble impossible avec le Québec.
Cette manne sortie des eaux ne semble pas avoir altéré la ferveur canadienne des Néo-Écossais, ni même des ombrageux Terre-Neuviens, mais les résultats du référendum du 30 octobre 1995 auraient-ils été les mêmes si, en plus de l'hydroélectricité, le Québec était assis sur des milliards de barils de pétrole?
En admirant les fjords norvégiens, Pauline Marois s'est certainement posé la question. Il serait très étonnant que personne à Ottawa n'y ait réfléchi aussi.
***
mdavid@ledevoir.com
M. Laviolette trouvait particulièrement absurde l'idée d'exploiter le gisement de pétrole Old Harry, situé dans le golfe du Saint-Laurent, à 80 kilomètres au nord-est des îles de la Madeleine. «Tintin au pays de l'or noir», disait-il en rigolant.
En août 2008, Pauline Marois était revenue emballée d'un voyage en Norvège, où pétrole et environnement semblaient faire bon ménage. Elle avait vivement reproché au gouvernement Charest de négliger cet extraordinaire potentiel, mais son enthousiasme n'avait pas été aussi contagieux qu'elle l'avait souhaité, y compris au sein de son parti.
À l'heure de la lutte contre les changements climatiques et les émissions de gaz à effet de serre, le pétrole n'a pas très bonne presse, surtout chez ceux qui n'en ont pas. Samedi à Lévis, les opposants au projet ont repris sur le ton de la dérision la désormais célèbre formule lancée par Sarah Palin durant la dernière campagne à l'élection présidentielle aux États-Unis: «Drill, baby, drill.»
Les risques pour l'environnement sont réels. Dès 2004, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a soulevé de sérieuses questions sur les conséquences que les relevés sismiques pourraient avoir sur les populations de baleines.
D'autres, dont le SPQ Libre, voient dans l'exploitation le danger d'une plus grande dépendance au pétrole et un frein à une deuxième vague d'électrification, notamment dans le domaine des transports. Tous ne sont pas convaincus par l'argument selon lequel les profits tirés du pétrole permettraient de s'en affranchir plus rapidement.
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Le problème est que le groupe Corridor Resources, de Halifax, vient de confirmer son projet d'explorer la partie terre-neuvienne du gisement Old Harry, situé tout juste sur la frontière maritime entre les deux provinces, tracée en 1964. Québec serait donc privé de tout revenu sans que l'environnement soit épargné pour autant.
Mardi, à l'initiative-surprise de la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité moins une voix — celle d'Amir Khadir — une motion réclamant la conclusion d'une entente avec le gouvernement fédéral sur la propriété des fonds marins, qui permettrait l'exploration et, le cas échéant, l'exploitation de la partie québécoise du gisement.
En réalité, personne n'en connaît exactement le potentiel. On parle de réserves possibles de cinq milliards de pieds cubes de gaz naturel ou encore deux milliards de barils de pétrole, ce qui correspondrait à la consommation actuelle du Québec pendant 25 ans et pourrait rapporter à l'État québécois jusqu'à 4 milliards par année.
En 2002, Hydro-Québec avait prévu investir plus de 300 millions en exploration jusqu'en 2010, mais à peine 20 millions l'ont finalement été. Tout est présentement suspendu au règlement du litige avec le gouvernement fédéral. Les discussions piétinent depuis maintenant 12 ans et le gouvernement Harper ne semble visiblement pas plus pressé de les faire aboutir que son prédécesseur libéral.
En présentant sa motion, Mme Normandeau a dit vouloir «lever un peu le ton» face à Ottawa. Au-delà des bonnes intentions, on ne peut pas dire que le gouvernement Charest ait beaucoup insisté depuis sept ans. La conclusion d'une entente faisait bien partie de la liste des revendications que M. Charest avait présentée aux chefs de parti fédéraux à l'automne 2008, mais M. Harper n'a jamais pris la peine de répondre à sa lettre et n'a pas jugé utile de revenir à la charge.
Dans l'état actuel des relations entre le Québec et Terre-Neuve, qui se crêpent encore le chignon sur l'hydroélectricité de Churchill Falls, il ne faut pas compter sur le premier ministre Williams pour faciliter les choses.
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Rien n'est jamais simple dans le merveilleux monde des relations fédérales-provinciales canadiennes. Avec un minimum de mauvaise volonté, il est sans doute possible de faire durer indéfiniment le litige sur la propriété des fonds marins.
Il est néanmoins permis de se demander pourquoi le gouvernement fédéral a été en mesure de signer avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse des ententes administratives qui ont permis l'exploitation des gisements de pétrole (Hibernia) et de gaz (île de Sable) dans le golfe, tout en reportant sine die le règlement de la question des fonds marins, alors que cela semble impossible avec le Québec.
Cette manne sortie des eaux ne semble pas avoir altéré la ferveur canadienne des Néo-Écossais, ni même des ombrageux Terre-Neuviens, mais les résultats du référendum du 30 octobre 1995 auraient-ils été les mêmes si, en plus de l'hydroélectricité, le Québec était assis sur des milliards de barils de pétrole?
En admirant les fjords norvégiens, Pauline Marois s'est certainement posé la question. Il serait très étonnant que personne à Ottawa n'y ait réfléchi aussi.
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