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Pour soigner les maux du réseau - Le partage des compétences en santé

Louise-Maude Rioux Soucy   13 mars 2010  Québec
Photo : Archives Le Devoir
La pénurie est là pour de bon dans le réseau de la santé, prévient Québec. Faut-il pour autant s'y résigner? À défaut de recrues ou d'argent frais, assurons-nous au moins d'utiliser de la meilleure façon possible toutes les compétences du réseau, font valoir de nombreuses voix, qui plaident pour une révolution du bon sens.

La Dre Andrée Boucher n'en démord pas: les soins de santé du XXIe siècle seront collectifs ou ne seront pas. Selon elle, la «pratique collaborative» a le pouvoir de révolutionner notre réseau sous perfusion, pour peu qu'on consente à donner sa chance «au véritable travail interprofessionnel», soit celui «qui non seulement est centré sur les besoins du patient malade et de ses proches, mais qui va lui permettre de s'impliquer dans les décisions thérapeutiques».

La vice-doyenne de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal a fait valoir son point de vue le mois dernier à la publication d'un rapport conjoint des 17 facultés de médecine du Canada, qui ose faire du partage des compétences le point d'ancrage de la médecine de l'avenir. Une approche qui s'inscrit parfaitement dans l'air du temps en offrant «une réponse» à la «pénurie de ressources humaines» qui touche cruellement tous les milieux cliniques, faisait alors valoir la Dre Boucher.

La balle a été reprise au bond la semaine dernière par la présidente de l'Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ). Diane Lamarre a la ferme conviction que sa profession a le pouvoir d'oxygéner le réseau. Mais pour cela, il faut que Québec accorde plus de latitude aux pharmaciens, ce qu'il ne semble pas près de faire. Interrogé à ce propos, le cabinet du ministre de la Santé a en effet dit qu'il n'était pas prêt à parler de nouveaux rôles pour les pharmaciens. Il dit vouloir d'abord régler le contentieux des ordonnances collectives, qui oppose justement le triumvirat médecin-infirmière-pharmacien.

Déception

La réponse a déçu Mme Lamarre. «Nos demandes sont directement liées aux besoins de la population. Ce n'est pas un caprice, c'est un changement nécessaire, obligatoire dans les circonstances présentes.» L'idée est très simple: donner aux pharmaciens la possibilité de tirer le maximum de leurs compétences en leur permettant de prolonger, d'ajuster ou même d'amorcer des ordonnances pour des problèmes de santé simples. «Nous pensons pouvoir ainsi éviter des visites à l'urgence, libérer des heures de consultation en première ligne et diminuer l'absentéisme», explique Mme Lamarre.

Une étude ontarienne a permis de mesurer l'importance des gains qui pourraient ainsi être réalisés. En introduisant cinq nouvelles fonctions — dont la gestion de problèmes de santé mineurs, comme l'infection urinaire et le suivi de certaines maladies chroniques comme l'asthme —, l'État pourrait économiser 72 millions de dollars. Et du même coup, réduire de 1,2 million les rendez-vous chez le médecin, et ce, seulement la première année.

Un tour de force

Autres professionnels, autres gains. Une étude rendue publique cette semaine a montré que l'introduction d'une infirmière praticienne a considérablement allégé les choses à la clinique de soins primaires de Waneta, en Colombie-Britannique. Le Dr Blair Stanley, attaché à cette clinique, y note que les patients se rendent moins souvent à l'urgence, sont moins souvent admis à l'hôpital et bénéficient d'un meilleur accès aux services de santé, souvent le jour même ou le lendemain. Mieux, la clinique a pu accueillir 600 nouveaux patients, un tour de force en ces temps de pénurie où la majorité des cliniques affichent complet depuis des années.

Une autre étude publiée le même jour illustre comment les allers-retours incessants des ambulances entre l'hôpital Credit Valley et le centre de longue durée de Mississauga Halton, en Ontario, ont chuté radicalement le jour où des infirmières praticiennes ont fait leur apparition dans l'établissement. Grâce à leurs bons soins, l'établissement calcule que 88 % des patients nécessitant des soins immédiats ont pu éviter un transfert aux urgences et, du coup, un séjour impersonnel à l'hôpital, par ailleurs autrement plus coûteux pour l'État.

Chez nous, l'introduction timide, voire quasi confidentielle, d'infirmières praticiennes spécialisées dans certaines unités de néonatalogie, de néphrologie et de cardiologie a permis aux médecins spécialistes de se décharger de tâches plus simples pour se consacrer aux cas plus lourds et voir plus de patients. Ces gains, encore marginaux, font rêver les médecins de famille, qui réclament en vain des infirmières praticiennes de première ligne pour les épauler dans leur cabinet.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) en a d'ailleurs fait un point majeur de sa négociation avec Québec, à qui elle demande une infirmière pour chaque médecin en cabinet. «Une des façons de favoriser notre pratique est de nous donner du soutien», explique son président, le Dr Louis Godin. Et pas seulement du côté des alliées naturelles que sont les infirmières, mais aussi du côté de «tous ceux qui ont des expertises en santé», y compris le pharmacien, précise-t-il.

Le malheur, c'est que Québec n'a toujours pas pris le virage du partage des compétences malgré tous ses discours en ce sens. Il en aurait pourtant les moyens avec la loi 90, qui a permis de décloisonner les champs de pratique en santé. Mais voilà, les négociations entre les trois ordres concernés (médecins-infirmières-pharmaciens) piétinent. Quant aux infirmières praticiennes de première ligne qui, par centaines, font des miracles en Ontario ou en Colombie-Britannique, elles se font toujours attendre au Québec, faute de financement dans les universités, comme sur le terrain.

Pour le critique en matière de santé de l'opposition officielle, Bernard Drainville, la faute en incombe au ministre de la Santé, Yves Bolduc, qui n'a jamais joint le geste à la parole. «On ne peut pas se contenter de confiner les infirmières au rôle qu'elles occupent présentement. Il va falloir qu'on décide comme société de leur donner le rôle qu'elles méritent et qui va permettre de contribuer à soigner des gens dans leur communauté.»

Idem pour le pharmacien, dont le rôle doit impérativement faire l'objet d'un débat, croit le député péquiste de Marie-Victorin. «Si la question qui se pose est celle de l'accès à un professionnel de la santé, il est normal de penser d'abord au médecin, car c'est lui qui a reçu la formation la plus longue, la plus pointue, la plus complète. Mais certains soins plus simples peuvent être donnés par d'autres professionnels, en appui aux médecins. Il faut que les différents maillons de la chaîne se lient les uns aux autres.»

Et le patient ?

Sur les bancs de l'Université de Montréal, la vision collaborative est devenue une réalité pour les étudiants du prégradué de sa faculté de médecine. Ceux-ci partagent certaines activités d'apprentissage avec les étudiants des facultés de pharmacie, de sciences infirmières et d'art et science. «Ils apprécient beaucoup cela, affirme la Dre Boucher. Il nous reste à augmenter la quantité et le niveau de ces activités de formation là pour la résidence et le développement professionnel continu.»

Malgré tout, ces efforts risquent de tomber à plat si le réseau ne change pas, croit la présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Gyslaine Desrosiers. «C'est une évidence qu'il faut que toutes les compétences soient utilisées au mieux. Mais en ce moment, entre le principe et l'application, il y a un monde.»

C'est aussi l'avis du président-directeur général du Collège des médecins du Québec, le Dr Yves Lamontagne, qui ne cache pas son exaspération. «Je crois toujours au triumvirat médecin-infirmière-pharmacien, mais je pense qu'il n'y a pas de volonté politique à Québec pour y donner suite.» Le Dr Lamontagne n'aime pas non plus la tournure qu'ont prise les négociations.

Le Collège accuse les pharmaciens de manquer d'ouverture vis-à-vis des infirmières en réclamant l'exclusivité de certains actes qui sont pourtant naturellement plus près des réalités cliniques des infirmières. Sans vouloir commenter ces tiraillements, la présidente de l'OIIQ déplore elle aussi la tangente prise dans les discussions. «C'est dommage, car c'est le patient qui en paie le prix.»

D'autant qu'en définitive, le repartage des compétences le concerne lui aussi intimement puisqu'il en est la finalité. Le patient et sa famille sont en effet vus comme des partenaires actifs dans le plan de soins de la médecine collaborative défendue par les facultés canadiennes. Pour peu qu'on leur prête l'oreille...
 
 
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  • Yvon Bureau - Abonné
    13 mars 2010 06 h 42
    Le patient et son seul intérêt nous unissent
    La Commission spéciale de la Santé et des services sociaux portant sur la question de mourir dans la dignité donne présentement tout un exemple d’un travail axé et centré sur la personne en fin de vie et sur son seul intérêt.
    C’est inspirant.
    C’est unissant.
    C’est gratifiant.
    C’est humanisant.
    C’est «plaisirant».
    C'est «noblessant».

    Ce sont les intérêts autres qui nous divisent et nous empêchent de servir et de grandir ENSEMBLE.

    C’est le PLAISIR d’être utile et solidaire qui nous unira. Pour le bien de tous !
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  • Carole Dionne - Inscrite
    13 mars 2010 08 h 03
    cE N'EST PAS D'HIER QUE...
    On est distinct au Québec. le docteur Lamontagne dit quelques OUi à tout mais n'exécute rien. En plus d'être psychiatre, il est un très bon relationiste.

    Seul le Québec a le pas. Et c'est pour le bien des patients que chaque ordre de médecin refuse catégoriquement un changement même mineur aux présentes règles. Ils n'ont qu'un mot à la bouche: plus d'argent et le problème va être réglé. Mais pas TOUCHE à ma profession.


    Combien de fois avons nous vu et entendu aux nouvelles que les médecins chirurgiens n'avaient que deux jours/semaine d'opération, les salles n'étant pas pr^tes. Donc, il ne manque pas de spécialistes tant que cela.


    Dans un autre ordre d'idée, le docteur BARETTE réclame une équité entre les médecins du Québec et ceux des autres provinces. Est-ce que l'on va leur vendre les maisons au prix de Vancouver? Là, il vont redevenir québécois. DÉSOLÉ médecins spécialistes,
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  • Carole Dionne - Inscrite
    13 mars 2010 08 h 11
    J'OUBLIAIS:
    Est-ce que Jean Charest va accuser la Marois et le PQ jusqu'à la fin des temps pour le manque d'infirmières? rendu en l'an 3010, je suis sûr que Jean Charest va être encore vivant. La mauvaise herbe, vous savez... Mais il encore accuser le Pq de leur coupures en 2000. Pour un avocat, pas une très grande plaidoirie.
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  • Gauthier Jean Claude - Inscrit
    13 mars 2010 08 h 44
    Publi-reprortage déguisé

    Que d’abominations ! Quelle fumisterie !

    Cet article ressemble, à s’y méprendre, à un recueil de communiqués de presse émanant des trois organisations qui contrôlent notre système de la santé au Québec. Ce qui ne fait qu'accroitre leur visibilité, déjà démesurée et contribuer ainsi à disséminer leur propagande .

    On y parle de 'triumvirat" avec une légèreté et une arrogance déconcertante.

    Ce mot a pourtant une connotation négative, du moins dans mon esprit et à plus forte raison lorsque appliqué dans le contexte de la pénurie. Ne renvoie-t-il pas à des notions de règne, de triomphe, de mésalliance et de triangles du pouvoir entre des dictateurs et des impérialistes ?

    Pour revenir au contenu que j’estime déconnecté, voire vexant du présent article, comment on peut avoir le culot de parler au nom de tous les acteurs du système de santé et d'usurper ainsi des clichés tels que :

    "utiliser de la meilleure façon possible toutes les compétences du réseau"
    "donner sa chance au véritable travail interprofessionnel" ou encore,
    "il faut que toutes les compétences soient utilisées au mieux. " …

    … et s'en tenir uniquement à la chicane de basse cour entre les trois protagonistes au pouvoir (i.e.: celui des "On triomphera, tu verras" composé par les médecins-pharmaciens-infirmières) à l'exclusion des centaines d'autres disciplines qui se font reléguer à un rôle d'exécutants de second sinon de troisième ordre !

    Pour prendre qu'un seul exemple parmi tant d'autres, est-ce qu'on peut raisonnablement croire que les compétences sont véritablement mises à contribution alors qu'on continue à privilégier le médecin pour prodiguer les soins aux gens ayant des troubles psychologiques ? Puis, que c’est au tour des infirmiers/ères de prendre le relais auprès de ceux chez qui les problèmes psychologiques atteignent des proportions plus sévères et ensuite aux pharmaciens de s’en mêler afin de corriger les erreurs de prescription et gérer les effets secondaires ainsi que les interactions médicamenteuses ? Tout ça au nom d'un système qui ne mise que sur la médicalisation.

    Drôle de partage et encore plus drôle d'optimisation ! Comme si le réseau pouvait se réduire qu'à eux-trois ! Et les psychologues, dans tout ça ? Que dire de l'absence des travailleurs sociaux dont un bon nombre se sont spécialisés dans l'intervention familiale et individuelle.
    Doit-on comprendre que ces acteurs, comme tant d’autres (ergothérapeutes, conseillers en toxicomanie, éducateurs spécialisés, physios,…) n'ont aucune utilité dans la réduction de notre chronique pénurie de personnel en santé dont les médecins de famille ne constituent que la pointe de l’iceberg ?

    C’est à croire que cette pénurie est voulue et même entretenue par des groupes d'intérêts qui essaient, avec succès d'ailleurs, d'en tirer profit ! Je termine sur cette note positive avant de me fâcher pour vrai ...
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    13 mars 2010 09 h 13
    Effectivement, le partage des compétences serait un très bon atout.
    Je vais résumé mon impression à la lecture de votre texte très constructif. Il y a d'abord les tenants du partage des compétences. Pour eux et elles surtout à ce qu'il semble, on voudrait voir un système de santé toutes fenêtres ouvertes, au grand soleil. Tandis que le ministère de la santé, lui, veut un milieu de la santé tous volets clos et éclairé artificiellement à la lumière d'un certain parti pris. De l'air, de l'air, s'il vous plait, nous en aurions tellement besoin.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    13 mars 2010 14 h 24
    Pour avoir un système de santé public viable!
    Il faudrait que les instances du milieu de la santé aient tous les mêmes objectifs et soit de bonne foi, tout en jouant ensemble la même musique. Le chef d'orchestre dans tout ça, sans l'ombre d'un doute, vous l'aurez deviné, c'est le gouvernement. Ma question: A-t-il les aptitudes d'un bon chef d»'orchestre? Et l'orchestre est-elle vraiment intéressé à participer au concert?
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  • Pierre Cornellier - Abonné
    13 mars 2010 16 h 10
    Oui, mieux utiliser les pharmaciens
    L'été dernier,un ami réfugié Colombien, récemment arrivé au Québec, souffrait d'un problème de zona dans le dos. Je m'en vais à la pharmacie avec lui.... Le pharmacien nous dit:"C'est évidemment du zona.Il faut aller vite à l'urgence". On est le vendredi soir:pas question de trouver une clinique médicale.

    Alors nous nous rendons à l'hôpital, à l'urgence. Nous attendons 29 heures pour finalement rencontrer un médecin qui a tout simplement prescrit un médicament ad hoc. Nous sommes donc, 29 heures plus tard, retourner voir le même pharmacien....qui aurait pu prescrire, 29 heures avant, le médicament!!!
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  • France Marcotte - Abonnée
    13 mars 2010 17 h 44
    Pas assez de morts
    "La Dre Andrée Boucher n'en démord pas: les soins de santé du XXIe siècle seront collectifs ou ne seront pas."
    Ah bon...Ce qui est surprenant madame c'est que ce ne soit pas déjà le cas puisque de toute évidence, la formule est gagnante et que les problèmes, eux, existent depuis longtemps.
    "Le malheur, c'est que Québec n'a toujours pas pris le virage du partage des compétences malgré tous ses discours en ce sens", dit la journaliste.
    "Je crois toujours au triumvirat médecin-infirmière-pharmacien, mais je pense qu'il n'y a pas de volonté politique à Québec pour y donner suite", dit le bon docteur Lamontagne.
    Et on admet candidement que c'est le patient qui paie le prix de toute cette ambivalence, comme si cela allait de soi. Pas de volonté politique et pourtant "le prix" dont on parle, ce sont des morts et beaucoup de détresse humaine. Imaginons qu'une catastrophe naturelle frappe le Québec demain. Je suis sûre que tout ce beau monde va s'organiser, et assez vite, pour être efficace. Donc, pour eux, la situation n'est pas encore assez urgente pour ne pas perdre encore un certain nombre de "cas" (regrettables mais...) en dommages collatéraux devant l'importance de prendre le temps qu'il faut pour bien résoudre leurs différents. Et la volonté politique, on devine un peu ce qu'elle a dans sa mire.
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  • Maryanne - Inscrite
    13 mars 2010 19 h 06
    Les hopitaux sont malade.
    Pourqoui les finissantes en soins infirmière sont embauchées à temps partiel? Le Dr Bolduc mentionne que d'ici 5 ANS tout va devenir normal. Espéront qu'il ne se ramasse pas dans un corridor à attendre....
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