Porté disparu
Le ministre du Revenu, Robert Dutil, qui assure l'intérim à la Réforme des institutions démocratiques durant l'absence de Claude Béchard, n'est peut-être pas le plus disert du cabinet, mais on ne perd rien pour attendre.
Alors que tout le monde au Québec s'inquiète des pratiques douteuses qui résultent des besoins financiers des partis politiques et réclame une enquête sur la corruption dans l'industrie de la construction, M. Dutil a soutenu sans rire à l'Assemblée nationale que le problème de financement des partis en est un de «perception».
Déjà, à la lointaine époque où il était ministre de la Famille dans le gouvernement Bourassa, M. Dutil avait illustré de façon remarquable l'adage du cordonnier mal chaussé. Mardi matin, son échange avec Françoise David, venue présenter en commission parlementaire le point de vue de Québec solidaire sur les amendements que le gouvernement Charest propose d'apporter à la loi de 1977, laissait tout aussi perplexe.
Puisqu'il serait plus difficile pour une entreprise qui cherche à contourner la loi de trouver 30 ou 40 prête-noms plutôt que 5 ou 10, Québec solidaire suggère d'abaisser de 3000 $ à 500 $ la souscription maximum à la caisse d'un parti. Pour diminuer les appétits, il recommande un gel des dépenses électorales, jugées excessives.
Même si le projet de loi 78 ne règle en rien le problème posé par l'utilisation de prête-noms, qui vide la loi de son sens, M. Dutil n'a pas jugé utile de discuter de l'abaissement du plafond de 3000 $.
Il se préoccupait plutôt du caractère non remboursable du crédit d'impôt dont peuvent bénéficier ceux qui souscrivent à la caisse d'un parti, ce qui peut décourager ceux dont le revenu est trop faible pour payer de l'impôt. Certes, la démocratie a un prix et il faut encourager le financement populaire, mais il faut aussi reconnaître où sont les vrais problèmes. Pour celui dont le revenu est trop faible pour être imposable, contribuer à un parti politique n'est peut-être pas une priorité.
***
Mardi, M. Dutil s'est également inquiété de ce qui adviendrait des pancartes si les dépenses électorales étaient gelées. «Les pancartes, vous feriez quoi, là? Plus de pancartes du tout?», a-t-il demandé. Il a paru soulagé quand Mme David lui a expliqué qu'elle n'avait rien contre lesdites pancartes et que d'autres dépenses, comme la publicité télévisée, pourraient être réduites.
Il serait évidemment injuste de réduire à cet échange l'ensemble des audiences de la commission parlementaire, qui se poursuivront jusqu'au 17 mars. Ce gouvernement souffre d'un tel déficit éthique qu'il sentira peut-être le besoin de faire un geste.
Il y a des limites à jouer à l'autruche. La promiscuité entre les partis politiques et les entreprises à la recherche de contrats, dont les représentants courent les cocktails de financement, crève les yeux.
La vice-première ministre et ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, peut bien nier que la firme de génie-conseil Dessau ait organisé un cocktail à son profit, comme l'a révélé un reportage de l'émission Enquête.
Elle n'en prend pas moins les gens pour des imbéciles quand elle dit interpréter la présence de tous ces ingénieurs à son cocktail comme une «petite tape sur l'épaule» pour l'encourager à poursuivre son bon travail. Les prête-noms sont tellement nombreux que certains de ses collègues les confondent ouvertement avec les entreprises qui les utilisent.
***
Les libéraux n'ont pas le monopole du vice. Tous ceux qui exercent le pouvoir sont à risque. Jacques Dupuis a beau jeu de remettre le rapport Moisan sous le nez du PQ. Il est le seul parti dont les pratiques illégales ont été clairement documentées. Le président de Groupaction, Jean Brault, avait très bien expliqué à la commission Gomery les techniques que les collecteurs de fonds du PQ lui avaient enseignées afin de verser 96 000 $ à la caisse du parti.
À la fin des années 1990, les années de pouvoir avaient embourgeoisé le PQ, dont les méthodes de financement ressemblaient de plus en plus à celles du PLQ. En privé, les simples députés pestaient contre les ministres du gouvernement Bouchard, qui utilisaient leur statut pour organiser des événements où se bousculaient les représentants d'entreprises.
À l'époque, celui dont René Lévesque avait fait son chien de garde en matière de financement des partis politiques, Pierre F. Côté, avait soulevé un tollé en déclarant qu'il serait préférable de laisser les entreprises contribuer plutôt que de fermer les yeux sur le viol systématique de la loi.
Un autre des fidèles de M. Lévesque, André Larocque, avait aussitôt bondi: «L'hypocrisie n'est pas dans la loi. Elle est dans le gouvernement qui la brandit comme un symbole mais qui, en pratique, en organise le contournement. Où est passé le ministre de la Réforme électorale? Porté disparu depuis longtemps.» Le problème est qu'on ne l'a jamais retrouvé.
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mdavid@ledevoir.com
Alors que tout le monde au Québec s'inquiète des pratiques douteuses qui résultent des besoins financiers des partis politiques et réclame une enquête sur la corruption dans l'industrie de la construction, M. Dutil a soutenu sans rire à l'Assemblée nationale que le problème de financement des partis en est un de «perception».
Déjà, à la lointaine époque où il était ministre de la Famille dans le gouvernement Bourassa, M. Dutil avait illustré de façon remarquable l'adage du cordonnier mal chaussé. Mardi matin, son échange avec Françoise David, venue présenter en commission parlementaire le point de vue de Québec solidaire sur les amendements que le gouvernement Charest propose d'apporter à la loi de 1977, laissait tout aussi perplexe.
Puisqu'il serait plus difficile pour une entreprise qui cherche à contourner la loi de trouver 30 ou 40 prête-noms plutôt que 5 ou 10, Québec solidaire suggère d'abaisser de 3000 $ à 500 $ la souscription maximum à la caisse d'un parti. Pour diminuer les appétits, il recommande un gel des dépenses électorales, jugées excessives.
Même si le projet de loi 78 ne règle en rien le problème posé par l'utilisation de prête-noms, qui vide la loi de son sens, M. Dutil n'a pas jugé utile de discuter de l'abaissement du plafond de 3000 $.
Il se préoccupait plutôt du caractère non remboursable du crédit d'impôt dont peuvent bénéficier ceux qui souscrivent à la caisse d'un parti, ce qui peut décourager ceux dont le revenu est trop faible pour payer de l'impôt. Certes, la démocratie a un prix et il faut encourager le financement populaire, mais il faut aussi reconnaître où sont les vrais problèmes. Pour celui dont le revenu est trop faible pour être imposable, contribuer à un parti politique n'est peut-être pas une priorité.
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Mardi, M. Dutil s'est également inquiété de ce qui adviendrait des pancartes si les dépenses électorales étaient gelées. «Les pancartes, vous feriez quoi, là? Plus de pancartes du tout?», a-t-il demandé. Il a paru soulagé quand Mme David lui a expliqué qu'elle n'avait rien contre lesdites pancartes et que d'autres dépenses, comme la publicité télévisée, pourraient être réduites.
Il serait évidemment injuste de réduire à cet échange l'ensemble des audiences de la commission parlementaire, qui se poursuivront jusqu'au 17 mars. Ce gouvernement souffre d'un tel déficit éthique qu'il sentira peut-être le besoin de faire un geste.
Il y a des limites à jouer à l'autruche. La promiscuité entre les partis politiques et les entreprises à la recherche de contrats, dont les représentants courent les cocktails de financement, crève les yeux.
La vice-première ministre et ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, peut bien nier que la firme de génie-conseil Dessau ait organisé un cocktail à son profit, comme l'a révélé un reportage de l'émission Enquête.
Elle n'en prend pas moins les gens pour des imbéciles quand elle dit interpréter la présence de tous ces ingénieurs à son cocktail comme une «petite tape sur l'épaule» pour l'encourager à poursuivre son bon travail. Les prête-noms sont tellement nombreux que certains de ses collègues les confondent ouvertement avec les entreprises qui les utilisent.
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Les libéraux n'ont pas le monopole du vice. Tous ceux qui exercent le pouvoir sont à risque. Jacques Dupuis a beau jeu de remettre le rapport Moisan sous le nez du PQ. Il est le seul parti dont les pratiques illégales ont été clairement documentées. Le président de Groupaction, Jean Brault, avait très bien expliqué à la commission Gomery les techniques que les collecteurs de fonds du PQ lui avaient enseignées afin de verser 96 000 $ à la caisse du parti.
À la fin des années 1990, les années de pouvoir avaient embourgeoisé le PQ, dont les méthodes de financement ressemblaient de plus en plus à celles du PLQ. En privé, les simples députés pestaient contre les ministres du gouvernement Bouchard, qui utilisaient leur statut pour organiser des événements où se bousculaient les représentants d'entreprises.
À l'époque, celui dont René Lévesque avait fait son chien de garde en matière de financement des partis politiques, Pierre F. Côté, avait soulevé un tollé en déclarant qu'il serait préférable de laisser les entreprises contribuer plutôt que de fermer les yeux sur le viol systématique de la loi.
Un autre des fidèles de M. Lévesque, André Larocque, avait aussitôt bondi: «L'hypocrisie n'est pas dans la loi. Elle est dans le gouvernement qui la brandit comme un symbole mais qui, en pratique, en organise le contournement. Où est passé le ministre de la Réforme électorale? Porté disparu depuis longtemps.» Le problème est qu'on ne l'a jamais retrouvé.
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