Le bouc émissaire
Un adjoint du premier ministre Charest expliquait crûment le casse-tête que représenterait le remplacement d'Yves Bolduc à la Santé. «Le problème n'est pas de savoir par qui le remplacer, mais quoi faire avec!»
Si l'incertitude sur l'état de santé de Claude Béchard semble avoir éliminé pour un temps l'hypothèse d'un remaniement ministériel, ce n'est que partie remise. Il est vrai que l'on voit mal où caser M. Bolduc, mais il est encore plus difficile d'imaginer qu'il puisse demeurer à son poste jusqu'aux prochaines élections générales.
À défaut de pouvoir régler un problème, la solution consiste généralement à trouver un bouc émissaire. Après sept ans de gestion libérale, il commence à être difficile de faire porter au PQ l'entière responsabilité des maux qui affligent le système de santé. Tôt ou tard, M. Charest devra se résigner à sacrifier M. Bolduc.
Depuis un an, la récession et la crise des finances publiques ont relégué dans l'ombre le piètre état dans lequel se trouve le réseau. Le succès de la campagne de vaccination contre la grippe H1N1, l'automne dernier, a même redoré quelque peu son blason.
La dégradation de la situation dans les urgences et le décès tragique d'un homme de 65 ans en attente d'une chirurgie cardiaque sans cesse reportée donnent cependant la mesure de l'échec du gouvernement Charest, qui s'était fait élire en avril 2003 sur la promesse solennelle de remettre le réseau sur pied.
***
Pendant des années, les talents de communicateur de Philippe Couillard ont permis de faire illusion. À l'inverse, chaque intervention de son successeur semble renforcer l'impression que le navire vogue à la dérive. Pas étonnant que son adversaire péquiste, Bernard Drainville, presse M. Bolduc de sortir de son mutisme!
Il avait reconnu dès son arrivée qu'il faudrait plusieurs années avant que la situation s'améliore, comme il l'a répété la semaine dernière. Cette franchise est peut-être à son honneur, mais celui ou celle qui doit patienter 20 heures dans une salle d'attente n'a rien à faire de ses regrets. Ils ne ramèneront pas davantage à la vie un patient qui n'a pas été opéré à temps.
La durée moyenne d'attente à l'urgence est actuellement de 17,5 heures au Québec et elle ne cesse d'augmenter. En 2009, 50 000 personnes ont dû passer plus de 48 heures dans un corridor.
La longueur des listes d'attente est tout aussi révoltante. À Montréal, 25 % des patients sont opérés hors du délai que le ministère de la Santé juge médicalement acceptable. Les conséquences de ces retards ne sont pas nécessairement fatales, mais cela impose un énorme stress à ceux qui se demandent s'il ne sera pas trop tard.
Après le rappel de 8,5 millions de véhicules, il devient très gênant pour M. Bolduc de vanter les mérites de la méthode Toyota. «C'est plus le bon patient à la bonne place», dit-il maintenant. Tout le monde sait que l'on ne règle rien en cachant le trop-plein des urgences aux étages supérieurs, au détriment de patients qui devraient occuper ces lits et qui ne reçoivent aucun soin en attendant qu'ils se libèrent. Reconnaître une évidence ne constitue cependant pas une solution.
***
Il est bien possible que M. Bolduc n'ait pas le leadership nécessaire, mais encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions. Durant ses premières années à la Santé, M. Couillard a pu injecter dans le système des sommes qui allaient au-delà des coûts de système. C'est simplement quand les ressources ont commencé à manquer qu'il s'est prévalu de son «droit de changer d'idée» et a découvert que l'argent n'était pas le problème.
«D'ici cinq ans, on va avoir la solution», assurait M. Bolduc vendredi. Comme par hasard, c'est sans doute le temps que le Québec mettra à retrouver l'équilibre budgétaire. D'ici là, où trouvera-t-on l'argent pour améliorer les soins de première ligne, attirer plus d'infirmières aux soins intensifs et accroître le nombre d'interventions chirurgicales? Sans parler des nouvelles exigences des médecins spécialistes.
De plus en plus, l'actuel ministre de la Santé fait penser à son lointain et malheureux prédécesseur péquiste, Jean Rochon, qui s'était fait couper les vivres précisément au moment où il négociait le «virage ambulatoire» qui devait régler des problèmes que quinze ans de demi-mesures ont encore aggravés.
Alors qu'il creusait lui-même la tombe de M. Rochon en saccageant le réseau par des mises à la retraite massives, il fallait entendre Lucien Bouchard louanger «le meilleur ministre de la Santé de l'histoire du Québec». Tellement compétent qu'il s'est empressé de le muter à un ministère obscur parce qu'il n'était plus montrable. Il faut bien que quelqu'un paye, n'est-ce pas?
Au cours des prochains jours, M. Bolduc se retrouvera sur la sellette à l'Assemblée nationale. Quand il entendra M. Charest vanter ses grands mérites, il devrait avoir une bonne pensée pour M. Rochon. Et commencer à faire ses valises.
*****
mdavid@ledevoir.com
Si l'incertitude sur l'état de santé de Claude Béchard semble avoir éliminé pour un temps l'hypothèse d'un remaniement ministériel, ce n'est que partie remise. Il est vrai que l'on voit mal où caser M. Bolduc, mais il est encore plus difficile d'imaginer qu'il puisse demeurer à son poste jusqu'aux prochaines élections générales.
À défaut de pouvoir régler un problème, la solution consiste généralement à trouver un bouc émissaire. Après sept ans de gestion libérale, il commence à être difficile de faire porter au PQ l'entière responsabilité des maux qui affligent le système de santé. Tôt ou tard, M. Charest devra se résigner à sacrifier M. Bolduc.
Depuis un an, la récession et la crise des finances publiques ont relégué dans l'ombre le piètre état dans lequel se trouve le réseau. Le succès de la campagne de vaccination contre la grippe H1N1, l'automne dernier, a même redoré quelque peu son blason.
La dégradation de la situation dans les urgences et le décès tragique d'un homme de 65 ans en attente d'une chirurgie cardiaque sans cesse reportée donnent cependant la mesure de l'échec du gouvernement Charest, qui s'était fait élire en avril 2003 sur la promesse solennelle de remettre le réseau sur pied.
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Pendant des années, les talents de communicateur de Philippe Couillard ont permis de faire illusion. À l'inverse, chaque intervention de son successeur semble renforcer l'impression que le navire vogue à la dérive. Pas étonnant que son adversaire péquiste, Bernard Drainville, presse M. Bolduc de sortir de son mutisme!
Il avait reconnu dès son arrivée qu'il faudrait plusieurs années avant que la situation s'améliore, comme il l'a répété la semaine dernière. Cette franchise est peut-être à son honneur, mais celui ou celle qui doit patienter 20 heures dans une salle d'attente n'a rien à faire de ses regrets. Ils ne ramèneront pas davantage à la vie un patient qui n'a pas été opéré à temps.
La durée moyenne d'attente à l'urgence est actuellement de 17,5 heures au Québec et elle ne cesse d'augmenter. En 2009, 50 000 personnes ont dû passer plus de 48 heures dans un corridor.
La longueur des listes d'attente est tout aussi révoltante. À Montréal, 25 % des patients sont opérés hors du délai que le ministère de la Santé juge médicalement acceptable. Les conséquences de ces retards ne sont pas nécessairement fatales, mais cela impose un énorme stress à ceux qui se demandent s'il ne sera pas trop tard.
Après le rappel de 8,5 millions de véhicules, il devient très gênant pour M. Bolduc de vanter les mérites de la méthode Toyota. «C'est plus le bon patient à la bonne place», dit-il maintenant. Tout le monde sait que l'on ne règle rien en cachant le trop-plein des urgences aux étages supérieurs, au détriment de patients qui devraient occuper ces lits et qui ne reçoivent aucun soin en attendant qu'ils se libèrent. Reconnaître une évidence ne constitue cependant pas une solution.
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Il est bien possible que M. Bolduc n'ait pas le leadership nécessaire, mais encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions. Durant ses premières années à la Santé, M. Couillard a pu injecter dans le système des sommes qui allaient au-delà des coûts de système. C'est simplement quand les ressources ont commencé à manquer qu'il s'est prévalu de son «droit de changer d'idée» et a découvert que l'argent n'était pas le problème.
«D'ici cinq ans, on va avoir la solution», assurait M. Bolduc vendredi. Comme par hasard, c'est sans doute le temps que le Québec mettra à retrouver l'équilibre budgétaire. D'ici là, où trouvera-t-on l'argent pour améliorer les soins de première ligne, attirer plus d'infirmières aux soins intensifs et accroître le nombre d'interventions chirurgicales? Sans parler des nouvelles exigences des médecins spécialistes.
De plus en plus, l'actuel ministre de la Santé fait penser à son lointain et malheureux prédécesseur péquiste, Jean Rochon, qui s'était fait couper les vivres précisément au moment où il négociait le «virage ambulatoire» qui devait régler des problèmes que quinze ans de demi-mesures ont encore aggravés.
Alors qu'il creusait lui-même la tombe de M. Rochon en saccageant le réseau par des mises à la retraite massives, il fallait entendre Lucien Bouchard louanger «le meilleur ministre de la Santé de l'histoire du Québec». Tellement compétent qu'il s'est empressé de le muter à un ministère obscur parce qu'il n'était plus montrable. Il faut bien que quelqu'un paye, n'est-ce pas?
Au cours des prochains jours, M. Bolduc se retrouvera sur la sellette à l'Assemblée nationale. Quand il entendra M. Charest vanter ses grands mérites, il devrait avoir une bonne pensée pour M. Rochon. Et commencer à faire ses valises.
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