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Un pacte de dupes

Collectif d'anciens militants des mouvements étudiant et jeunesse  27 février 2010  Québec
Lucien Bouchard, quelques universitaires et gens d'affaires se sont adjoint quatre anciens membres du mouvement étudiant québécois pour cautionner un «pacte pour un financement concurrentiel des universités». Voilà une bien mince nouvelle, puisque les propositions du «pacte» sont connues depuis longtemps, formulées par la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ), le Conseil du patronat (CPQ) et autres Institut économique de Montréal.

L'explosion des droits de scolarité figurait également dans des rapports «d'experts» que les gouvernements successifs ont choisi d'ignorer. Ceux-ci ont été tablettés, tout simplement parce qu'ils ne règlent pas le problème de financement des universités.

En fait, même en cas de hausse draconienne des droits, rien ni personne ne peut garantir que le gouvernement réinvestirait les sommes au lieu de se retirer, surtout pas les signataires du pacte. Les forces politiques et démographiques à l'oeuvre aujourd'hui comme demain nous permettent de prédire que ces sommes iraient, en définitive, compenser en partie les baisses d'impôt des dix dernières années.

Une politique d'accessibilité importante...

Inefficace quant au financement des universités, la proposition causerait nécessairement des dommages collatéraux graves. L'économiste Valérie Vierstraete, de l'Université de Sherbrooke, avait mesuré en 2007 l'impact d'un scénario plus modéré: elle concluait qu'une hausse au niveau de la moyenne canadienne, soit un peu plus de 5000 $ (moins que ce qui est proposé), se traduirait par une chute de près de 10 % de la fréquentation universitaire. Qui seront les 22 000 étudiants sacrifiés? Dans une économie du savoir, le Québec n'a pas le luxe de se passer de ces diplômés.

Les droits de scolarité peu élevés résultent d'un choix de société réfléchi et non d'un corporatisme étudiant. Le Québec a fait ce choix parce qu'il était nécessaire de faire un grand rattrapage historique: son taux de scolarisation était anémique par rapport à ceux atteints ailleurs en Amérique du Nord.

Les droits de scolarité peu élevés vont de pair avec la gratuité des formations professionnelles et collégiales ainsi qu'avec l'accessibilité des services d'éducation sur l'ensemble du territoire. Des droits uniformes pour les différents programmes favorisent de plus la mobilité sociale et garantissent l'accès aux emplois bien rémunérés sur la base du talent.

Cette politique de démocratisation de l'éducation a porté ses fruits: les nouvelles cohortes de Québécois affichent des taux de scolarisation comparables à ceux de nos voisins.

Une politique toujours nécessaire...

Mais loin s'en faut pour crier victoire. Encore aujourd'hui, les Québécois accordent moins d'importance aux diplômes et au savoir que les habitants du reste du Canada. Un système pire qu'à l'américaine, tel que préconisé dans le pacte, ne réglerait en rien ces problèmes. Au contraire, il les amplifierait.

Les jeunes issus de familles moins nanties ou dont les parents n'ont tout simplement pas été à l'université auraient moins tendance à s'endetter pour décrocher un diplôme. Cette réticence freinerait encore plus les ardeurs des futurs étudiants en région aux prises avec les coûts de l'expatriation.

Le cercle vertueux de la démocratisation de l'éducation s'inverserait. Plutôt que de voir des jeunes générations dépasser en scolarité celles de leurs parents respectifs, on reviendrait à un système d'hérédité scolaire. Médecin ou avocat,

father and son.

La justice sociale par l'impôt

Certains essaient de se donner bonne conscience en proposant un mécanisme de remboursement proportionnel au revenu. Autrement dit, il s'agit de privatiser des coûts qui sont actuellement collectifs. Le remboursement proportionnel au revenu existe déjà et a pour nom commun «impôt progressif sur le revenu». La littérature scientifique montre que les diplômés universitaires «remboursent» largement à l'État les services éducatifs qu'ils ont consommés, de 700 % à 1400 %, selon les méthodologies.

Quant au refrain du chaos des finances publiques, on ne l'a pas beaucoup entendu quand les gouvernements successifs ont accordé des baisses d'impôt de plusieurs milliards de dollars depuis 10 ans, jusqu'à nous plonger en déficit. Nous voyons difficilement comment conclure un pacte sur la tarification sans prendre en compte l'ensemble des sources de revenus du gouvernement. Après avoir réduit considérablement le fardeau fiscal des générations ayant vécu l'âge d'or des droits de scolarité bas, on transfère la facture aux jeunes à venir, de moins en moins nombreux, qui devront payer de plus en plus longtemps pour leur formation.

Ne nous méprenons pas: nous ne sommes pas contre un débat sur l'accessibilité et le financement de l'éducation, bien au contraire. Nous jugeons cependant impératif de dénoncer une position inique et inefficace, qui éloignerait le Québec des principes de démocratisation de l'enseignement supérieur qui l'ont guidé depuis près d'un demi-siècle.

***

Collectif d'anciens militants des mouvements étudiant et jeunesse

Ont signé ce texte: Daniel Baril, Geneviève Baril, Pier-Alain Benoît, Daniel Bernard, Pascal Bérubé, Geneviève Bond-Roussel, Pier-André Bouchard St-Amant, Philippe Boucher, Julie Bourdon-Richard, Katherine Boushel, Jean-Patrick Brady, Nicolas Brisson, Clairandrée Cauchy, Jocelyn Caron, François Corriveau, Marie-Hélène Croteau, Karine Duperré, Nicolas Fournier, Nicolas Girard, Philippe-Olivier Giroux, Samuel Gosselin, Francis Hogue, Patrick Howe, Mathieu Jeanneau, Farouk Karim, Frédéric Lalande, Frédéric Lapointe, Benjamin Laplatte, Atim Léon-Germain, Bruno Longval, Pascal Marchi, Étienne Marcotte, Johanne Paquin, David Paradis, Jonathan Plamondon, Vincent Ranger, François Rebello, Édouard Reinach, Christian Robitaille, Marie-Pierre Rouette, Marie-Claude Sarrazin, Dany St-Jean, Philippe-André Tessier, Guillaume Vaillancourt, Akos Verboczy et Nick Vikander.
 
 
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  • Véronique Martel
    Inscrite
    vendredi 26 février 2010 23h54
    Ensemble, pour l'éducation
    Certes, "nous ne sommes pas contre un débat sur l'accessibilité et le financement de l'éducation, bien au contraire. "

    Mais "nous voyons difficilement comment conclure un pacte sur la tarification sans prendre en compte l'ensemble des sources de revenus du gouvernement."

    Bon texte!
    ;o)

  • Andre Vallee
    Abonné
    samedi 27 février 2010 09h26
    Questions?
    Qu'en est-il des non québécois qui viennent étudier dans nos universités parce que ça coûte moins cher que chez eux?
    Et le milliard que nous allons mettre dans un centre de recherche anglophone qui servira surtout à des spécialistes qui s'en iront?

  • Mario Jodoin
    Inscrit
    samedi 27 février 2010 10h41
    Les contradictions des lucides
    J'appuie entièrement ce texte.

    J'aimerais y ajouter deux choses.

    Il est assez contradictoire de voir des membres du comité consultatif des finances publiques appuyer ce «pacte» le lendemain de la diffusion de leur troisième fascicule. En effet, dans ce fascicule, messieurs Fortin et Godbout recommandaient la même hausse des droits de scolarité (représentant 650 millions $ par année) pour atteindre l'équilibre fiscal. Le lendemain, ils appuient une position qui soutient que cette hausse ne servirait qu'à hausser le financement des universités, pas à diminuer le déficit ! Je trouve étrange qu'aucun journaliste, chroniqueur ou éditorialiste n'ait souligner ce revirement aussi rapide que draconien.

    Par ailleurs, je trouve bien rigolo que, d’un côté de la bouche, nos lucides prétendent qu’une hausse de 20 % des tarifs de l’électricité entraînerait une baisse importante de sa consommation, mais que de l’autre côté de la bouche, ils affirment sans ciller qu’une augmentation de 200 % des droits de scolarité ne diminuerait aucunement l’accessibilité à l’université !

    Il est donc clair que leur vision est clairement basée sur leur idéologie, pas sur une analyse économique sérieuse.

  • Rémi Bourget
    Inscrit
    samedi 27 février 2010 11h46
    Merci!
    Merci aux signataires de ce texte (parmi lesquels je compte plusieurs gens que je considère comme des amis). Enfin, un discours crédible et cohérent pour dénoncer ce "pacte" qui ferait reculer le Québec.

    Un impôt progressif pour financer une université accessible reste le moyen le plus équitable, le seul qui permette aux gens issus de classes sociales moins favorisés d'accéder aux domaines de points du savoir. L'argument employé par les signataires du "pacte" à l'effet que les étudiants ne paient pas la juste part pour financer les programmes de pointe (ex: la médecine) est fallacieux parce qu'il ne tient pas compte de tout l'impôt sur le revenu que payent les professionnels qui, comme le font remarquer les signataires de ce texte-ci, remboursent plusieurs fois le montant que l'État a investi en eux.

  • Michel Jacques
    Inscrit
    samedi 27 février 2010 19h43
    Signataire manquants
    Il manque deux signataires prévus originellement:
    Philippe Brisson
    Michel Jacques

  • Jean-Claude St-Amant
    Abonné
    lundi 1 mars 2010 19h45
    Un pacte contre les filles avec ça?
    Ce pacte de dupes comporte une dimension absolument centrale à mes yeux, soit celle d'une gang de gars qui ont bénéficié d'avantages bien concrets et qu'ils voudraient maintenant refuser aux filles, plus nombreuses dans les universités. Évidemment, chacun d'entre eux s'empressera à proclamer son appui à l'égalité entre les sexes.
    Par ailleurs et dans la même ligne de pensée, pourquoi pas la gratuité scolaire au doctorat, là où l'avenir du Québec se joue dans les années qui viennent.

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    mercredi 3 mars 2010 20h41
    Revoir le financement selon un organigramme.
    Voici un exemple de la magouille de la gestion de nos universitél

    'L'instruction en anglais ou français est un droit garanti en vertu de l'article 23 de la charte des droits et liberté canadienne. Mais dans la pratique, l'éducation post-secondaire dans la langue de son choix est garanti seulement pour la minorité anglophone du Québec et les francophones du Nouveau-Brunswick. L'écart entre la déclaration de principes et l'application est de taille.


    Le sur-financement de la filière anglophone au Québec est en partie lié à l'importante présence d'étudiants canadiens non-résidents. Selon le chercheur Jean-Pierre Corbeil de Statistiques Canada, le sur-financement du système universitaire anglophone au Québec est lié à la domination historique des anglophones montréalais au Québec. Cette « tendance lourde » est encore présente aujourd'hui.


    Car cette présence en territoire Québécois d'un important réseau universitaire de langue anglaise conduit à un curieux phénomène : un grand nombre d'étudiants canadiens non-résidents viennent étudier dans les universités anglo-québécoises et bénéficient de places d'études largement financées par le Québec. S'il faut mentionner que les étudiants non-résidents s'acquittent de frais de scolarité supérieurs à ceux en vigueur pour les résidents, ils sont tout de même subventionnés à la hauteur d'environ 8000 dollars par étudiant par année. Vu le nombre de 25000 d'étudiants en question, les coûts structurels de 200 millions de dollars/ ans sont importants pour l'état québécois. Les étudiants de pays étrangers sont près de 5000 à fréquenter nos universités. Il en coute environ 5000 dollars selon le statut de l’étudiant. Ces étudiants étrangers coutent 25 millions par année. Ils ont droit automatiquement à une bourse de plus de 4000 dollars. De plus, il faut souvent des mises à niveau des nouveaux étudiants pour une facture supplémentaire estimé à 20 millions par année.


    Notons que la majorité de ces étudiants quittent le Québec une fois leurs études complétées. Ces étudiants emportent avec eux leurs connaissances génératrices de richesse. Cela veut dire qu'il y a près de 2 milliards de dollars par année de retombées économiques qui n'avaient pas lieu au Québec mais ailleurs au Canada.

    Le Québec et surtout les universités anglo-québécois supportent un fardeau fiscal très lourd afin de contribuer généreusement aux 25000 étudiants canadiens qui viennent étudiés au Québec. L’Ontario fournit 12000 des étudiants qui profite à rabais de coût minime pour compléter leurs études au Québec. Chaque année le Québec dépense pour tous les non-résidents une somme de 245 millions de dollars. Donc depuis 10 ans, les Québécois ont payé pour plus 2.25 milliards pour les étudiants étrangers qui bénéficient de ces fonds publics.

    Le sur-financement du système universitaire anglophone, en accordant un poids effectif à la communauté anglophone proche de 25 % au Québec (et de 50 % à Montréal où se concentre l'immigration), est-il partiellement responsable du fait que la communauté anglophone jouit d'un pouvoir sur la langue de travail et les taux de transferts linguistiques largement supérieur à sa taille réelle?

    On peut conclure qu'en l'absence des étudiants canadiens non-résidents, la taille et donc le coût des universités anglophones seraient bien moindres. L'argent ainsi économisé pourrait être utilement mis en œuvre pour combler le sous-financement des universités et éviter une augmentation des frais de scolarité, si sous-financement il y a réellement.

    Les lucides ( Intelligentsia ) québécoise ne parle pas de ce sur-financement des universités anglophones. Il n’est pas politiquement correct de discuter de ces sujets chauds sur la place publique. En termes clairs, le Québec finance, sans aucune contrepartie, une part disproportionnée du système d'éducation post secondaire destiné à la communauté de langue anglaise du Canada.

    Qui aura le courage de demandé le plein déboursé des frais d’études selon les exemptions pour tous les étudiants étrangers.

    Trudeau avait raison en disait des québécois << Le Québec ne sera jamais, indépendant, les Québécois sont idiots >>

    http://www.mef.qc.ca/docs/heure.htm


    http://www.ambamaroc.ca/Nouveau/Etudier_au_Canada/


    http://www.mef.qc.ca/financement_universites_non_d

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