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Libre opinion - Le bêta bloquant

Yves Beauchemin - Écrivain  26 février 2010  Québec
Finalement, Lucien Bouchard est une catastrophe. Sa carrière compte pourtant des moments magnifiques: la fondation du Bloc québécois, sa performance durant la campagne référendaire de 1995, son leadership exemplaire pendant la crise du verglas de 1998, etc.

Mais une mystérieuse énergie négative l'a souvent dominé. Homme d'humeurs plus que de convictions, démissionneur compulsif, toute sa vie il a sauté dans des canots de sauvetage, abandonnant le navire qui l'avait accueilli: jeune avocat à Chicoutimi, il démissionnait comme candidat libéral à quelques jours des élections; ministre conservateur à Ottawa, il démissionnait de son poste en 1990, laissant tomber son ami Mulroney qui n'en est jamais revenu; premier ministre du Québec, il démissionnait sans crier gare en 2001 pour des raisons quelque peu nébuleuses. La semaine dernière, il démissionnait avec fracas du mouvement souverainiste. Il démissionne sans arrêt, cet homme! Fédéralistes, ne vous réjouissez pas trop vite en croyant qu'il a rejoint votre camp. Lucien ne semble appartenir qu'au camp de Lucien.

Ses années au pouvoir comme premier ministre du Québec ont laissé un souvenir plutôt calamiteux: congélation du dossier linguistique (qui a plongé les Québécois dans un sentiment de fausse sécurité), massacre de notre système de santé (qui ne s'en est pas encore remis), fermeture de plusieurs délégations du Québec à l'étranger (au grand plaisir d'Ottawa!), gâchis des fusions municipales (qui a entraîné la défaite du Parti québécois). Et la liste pourrait s'allonger...

Mais voilà. Lucien Bouchard a quitté la scène politique il y a neuf ans, d'autres l'ont remplacé, et ses récentes déclarations sur la souveraineté auraient pris le chemin de l'oubli comme tant d'autres si ce n'était de l'incroyable ascendant qu'il continue d'exercer sur les Québécois. Mais c'est un ascendant funeste, qui ressemble, à certains égards, à celui de Wilfrid Laurier sur les Canadiens français au début du XXe siècle. Bouchard possède comme Laurier ce fameux charisme qui lui a permis d'imposer ses déplorables décisions. Car notre imprévisible personnage est en phase avec les Québécois — ou plutôt avec leur désarroi. Velléitaire rongé par le doute, il les confirme dans leur découragement collectif. Sa force de persuasion fait oublier son manque de force morale. Sa vanité d'hypersensible achève le gâchis.

— La souveraineté n'est pas réalisable à moyen ou à long terme, affirme-t-il. Je ne la verrai pas de mon vivant.

Il faut comprendre: «Si je n'ai pu la faire, personne ne le pourra.» Les vaniteux, en effet, se croient irremplaçables: c'est une de leurs moindres faiblesses.

— La souveraineté n'est plus une priorité, poursuit-il. Il faut s'attaquer aux problèmes de l'éducation, de la santé, des finances publiques.

Allons donc! Le Québec, en proie à la dénatalité, est en train de fondre dans le Canada qui ne voit plus en lui désormais qu'une grosse minorité (on l'a constaté récemment au traitement du français pendant les Jeux de Vancouver), notre langue ne cesse de reculer à Montréal, où elle deviendra bientôt minoritaire, et la souveraineté ne serait pas urgente? Si on suivait les conseils de monsieur Bouchard, ses réformes sociales se feraient en anglais.

De toute façon, le rôle d'un gouvernement — comme du simple particulier — n'est-il pas de régler plusieurs problèmes à la fois, étant donné que, dans la vie, ils se présentent rarement l'un à la suite de l'autre? Eh oui! La souveraineté en même temps que la gestion. Difficile? Bien sûr. Impossible? Selon M. Bouchard.

Ce dernier, après avoir mis à mal la cause qu'il défendait autrefois et sapé le moral des troupes, se déclare néanmoins toujours souverainiste. Quelle cohérence! Celle d'un pacifiste qui ferait le commerce des armes.

Wilfrid Laurier, qui mettait son charisme au service de ses ambitions personnelles, a trahi les siens par opportunisme. Lucien Bouchard, qui se déclare sans ambitions politiques, semble sincère et, en quelque sorte, désintéressé. Ses récentes déclarations en paraissent d'autant plus navrantes et nous font regretter son long silence de neuf ans.

***

Yves Beauchemin - Écrivain
 
 
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  • André Loiselet
    Abonné
    vendredi 26 février 2010 07h51
    Prophète de malheur
    Brillante démonstration, M. Beauchemin! Je vais me remettre à la lecture de vos livres.
    Ce M. Bouchard qui se croit de droit divin n'est plus que catastrophe pour les québécois ayant gardé faim et soif d'un pays.
    Cet homme semble rongé du dedans et la paix n'est pas coutumière en ses yeux. Il souffre de lui même.
    Les voisinages et copinages qu'il se permet avec certains grands capitalistes anti-québécois me le rend infiniment suspect et dangereux.

  • Sylvio Le Blanc
    Abonné
    vendredi 26 février 2010 07h52
    Bravo, M. Beauchemin
    .

  • Francine Lavoie
    Abonnée
    vendredi 26 février 2010 11h23
    Les déclinologues
    En effet, monsieur Beauchemin, Lucien «lucide» Bouchard fait partie de cette classe de déclinologues dont parle Parizeau dans son dernier livre sur la souveraineté du Québec. « Après moi, le déluge ! ». Heureusement que, pour la suite des choses, il reste encore des gens beaucoup moins fatigués !

  • jacTro
    Inscrit
    vendredi 26 février 2010 12h03
    Rendement de 10 %, la Caisse dernière de classe:
    Le TSX est descendu tout prêt de 7000 points durant la crise. Ce qui compose le TSX se sont des actions qui sont disponibles sur le marché. Le TSX vaut 11600 points aujourd’hui, donc il s'est valorisé de 65%, voilà le taux de rendement de 1 an que la caisse de dépôt aurait du atteindre.
    JacTro

  • Daniel Rivière
    Inscrit
    vendredi 26 février 2010 14h41
    Lucien Bouchard ou le pompier pyromane
    Je suis en complet accord avec l'analyse d'Yves Beauchemin en ce qui concerne la dernière « montée de lai t » de Lucien Bouchard sur la souveraineté et l'abandon de la plupart des rêves collectifs des Québécois.

    Pour moi, Lucien Bouchard devrait plutôt apprendre à se taireafin d'éliminer la possibilité de causer d'éventuels dégâts à la cause de la souveraineté du Québec et de ses principaux défenseurs. Par ailleurs, il devrait prendre le temps de réfléchir aux gestes posés précédemment alors qu'il était à la tête du gouvernement du Québec et chef du Parti Québécois.

    Comme ça, l'ami Lucien pourrait constater qu'il a malheureusement causé la perte et la désertion de milliers de travailleurs et travailleuses du réseau de la santé (à cause de la poursuite effrénée du déficit zéro) et la mise en veilleuse de la défense du français en sol québécois.

    À l'heure actuelle, je ne peux comprendre qu'un homme tel que Lucien Bouchard se « colle » ainsi sur le gouvernement de Jean Charest pour défendre les solutions de ce dernier pour éliminer la dette publique et nous faire avaler - nous les contribuables québécois - toutes une série de mesures qui ne manqueront pas de nous appauvrir davantage (nouvelle tarification des services gouvernementaux oblige) tout en permettant ainsi l'accroissement du fossé entre les riches et les pauvres.

    Bref, tel un pompier pyromane, Lucien Bouchard poursuit ainsi sa quête de notoriété personnelle tout en adhérant à une véritable idéologie de droite qui se fera nécessairement au détriment des intérêts des petites gens et de la classe moyenne mais aussi au profit d'une classe de riches et de nantis ainsi que d'une poignée de puissants magouilleurs défendue bec et ongles par notre cher PM québécois et chef du PLQ, l'honorable Jean Charest.

    Donc, Lucien Bouchard et Jean Charest même combat et ce malgré leur participation au sein des camps du oui et du non lors du référendum de 1995. Vite! que que l'on remette en branle une nouvelle stratégie populaire et éclairée de rechange afin de permettre au peuple québécois de reprendre son souffle et, enfin, de rêver à nouveau à un avenir plus équitable pour tous et digne d'un nouveau pays à construire.

    Sol lucet omnibus.

    RIVIDA53

  • France Marcotte
    Abonnée
    vendredi 26 février 2010 15h29
    Mythologie québécoise
    Oui. Un écrivain sait voir au-delà de la succession des faits, des titres que se donnent les personnages; il sait voir la mythologie dans l'actualité. C'est bien de le faire tout de suite, de ne pas attendre l'Histoire. Vous parlez de "l'incroyable ascendant qu'il continue d'exercer sur les Québécois". Nous l'avions remarqué aussi mais vous allez plus loin. Vous parlez d'un ascendant funeste; "notre imprévisible personnage est en phase avec les Québécois — ou plutôt avec leur désarroi. Velléitaire rongé par le doute, il les confirme dans leur découragement collectif". Voilà qui nous interpelle, mais vous n'indiquez pas comment on peut se défaire de ce mauvais génie (et tous les autres). Faudra le trouver.

  • Ouhgo
    Inscrit
    vendredi 26 février 2010 22h34
    Et le titre de Bêta-bloquant?
    Tous ne feront peut-être pas le lien avec ce médicament courant en cardiologie: Entre les récepteurs alpha et les récepteurs bêta de la fibre musculaire cardiaque, l'antagonisme contrôlant le rythme des contractions étant faussé, la recherche a démontré qu'il faut bloquer les récepteurs bêta, à l'aide d'un bêta-bloquant...

    C'est, en gros, ce que je me rappelle... mais alors là, je bousille l'effet péjoratif de votre jeu de mots (bêta), puisqu'en réalité, le bêta bloquant est un sauveur..., Bon, mettons que c'est ce qu'il prétend?

  • Yvon Verrier
    Inscrit
    vendredi 26 février 2010 22h46
    Les radeaux de sauvetages
    Ca semble plus facile de commenter les sauts de puces de M. Bouchard, maintenant que ses sauts ne devraient plus intéresser personne. Libéral, Conservateur, Bloquiste, Péquiste, je gage que s'il avait persisté, il serait aussi passé NPD, et peut-être même Créditiste.

    Ce qui me frappe, chez les souverainaistes, c'est l'accueil qu'ils font à leurs nouveaux chef, et le coup de pied au cul qu'ils leur réservent ensuite, en leur montrant la porte. Sénèque disait que pour se débarasser d'un homme, on n'avait qu'à le faire empereur. Au Québec, il suffit d'en faire le chef du PQ. Il entrera dans sa Rome, on étendra des pétales de fleurs sous ses pas, on lui remettra la couronne de lauriers. Mais s'il s'avise jamais de déclarer que la souveraineté est impossible, il se trouvera alors un Brutus pour lui donner le coup final.

    Avec une parielle équipe, les fédéralistes n'ont pas grand chose à craindre. Avant de songer à faire un pays, il faudrait au moins rassembler une société. Et si les souverainistes sont incapables de se rassembler, entre eux, ils ne pourront jamais se séparer des autres...

    Et puis, je voudrais bien qu'on nous propose un nouveau référendum. Je ne répéterai pas la phrase célèbre de Pariseau. Mais je pense qu'il avait raison, et il aurait encore plus raison aujourd'hui. En fait, si on demandait aux Québécois de décider de leur avenir, il faudrait qu'on le fasse en plusieurs langues différentes. Et si jamais le Québec devient un pays, ceux qui parlent français deviendront sa prochaine minorité invisible.

    Je ne crois pas à la souveraineté du Québec. Est-ce que j'ai le droit de ne pas y croire? La plupart des chefs souverainistes ont aussi déclaré qu'ils n'y croyaient plus, un moment avant qu'on leur montre la porte.

    Mais si j'y croyais, si je voulais vraiment que ca se produise, de mon vivant, je cesserais d'insulter ceux qui n'y croient pas, ou qui n'y croient plus, et j'essaierais de travailler à la rendre possible.

    Mais ca ne se fera pas. Par ce que les souverainistes sont trop occupés à se battre entre eux, pour avoir le temps de se battre avec leurs adversaires.

    Les fédéralistes peuvent donc dormir en paix. Leurs pires ennemis veillent sur leur sommeil...

  • Yves Cazelais
    Abonné
    samedi 27 février 2010 11h03
    Yves le merveilleux
    Merveilleux Yves Beauchemin, qui, à l'encontre de tous les politiciens qui osent contester le séparatisme et qui n'ont cure de la volonté réelle du peuple, écrase tout sur son passage. Ici, c'est Lucien Bouchard, dont il dit notamment : « Car notre imprévisible personnage est en phase avec les Québécois — ou plutôt avec leur désarroi. Velléitaire rongé par le doute, il les confirme dans leur découragement collectif. Sa force de persuasion fait oublier son manque de force morale. Sa vanité d'hypersensible achève le gâchis. » Quel défaut, mon Dieu, que celui d'être « en phase avec les Québécois ». On sait bien qu'ils ne peuvent pas penser par eux-mêmes, il faut les aider, comme de tout petits homards qu'on va conduire à bon port.

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