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Canadien d'abord

Michel David   23 février 2010  Québec
Quand l'Assemblée nationale a souligné le centenaire du Devoir, mercredi dernier, Gérard Deltell n'a pas pu s'empêcher de suggérer à ses collègues la lecture d'un article «fort intéressant» publié ce jour-là en page A 5.

Sous le titre «Gérard Deltell, un conservateur dans l'âme», mon collègue Robert Dutrisac y faisait le compte rendu d'un entretien avec le nouveau chef de l'ADQ. Le premier ministre Charest n'a pu retenir un commentaire narquois: «Je l'ai lu mot à mot et je lui promets que l'article va marquer sa carrière politique.»

La remarque se voulait humoristique, mais M. Charest a vu juste: il se dégage de cet entretien un portrait passablement inquiétant qui pourrait bien revenir hanter le successeur de Mario Dumont.

Il est vrai que M. Deltell a hérité d'un parti dans un état de délabrement avancé et qu'il lui faut d'abord sauver les meubles, mais le corridor idéologique dans lequel il s'est confiné semble dangereusement étroit et risque de marginaliser l'ADQ à jamais.

Après avoir largement inspiré le concept de «souveraineté-partenariat» et fait partie du triumvirat qui avait dirigé le camp du Oui en 1995, M. Dumont avait pris ses distances au lendemain du référendum, mais il n'a jamais voulu cadenasser l'avenir en tournant définitivement le dos à la souveraineté. Son successeur, lui, ne veut pas en entendre parler: il a voté Non en 1995 et il le referait encore.

***

Son arrivée marque une véritable rupture dans la brève histoire de l'ADQ, née de la dissidence d'une poignée de libéraux regroupés autour de Jean Allaire, qui avaient refusé de suivre Robert Bourassa, quand celui-ci avait accepté de réintégrer le giron constitutionnel canadien pour un plat de lentilles à Charlottetown.

Son nouveau chef ne demande plus rien. Ni pouvoirs supplémentaires, ni nouveau statut constitutionnel. Avec les années, l'autonomisme adéquiste était déjà devenu un concept de plus en plus vague. Aujourd'hui, c'est une expression complètement vide de sens. Comme en 2002, quand Mario Dumont avait commis l'erreur d'aller se faire applaudir par les membres du Canadian Club de Toronto, le dossier constitutionnel a disparu de l'écran radar de l'ADQ.

Chez un homme aussi féru d'histoire politique québécoise, ce désintérêt pour la question nationale est étonnant. Pour reprendre l'expression qu'avait amèrement regrettée Daniel Johnson, M. Deltell est «Canadien d'abord et avant tout».

Il reproche à Jean Charest de chercher querelle à Stephen Harper pour des raisons partisanes. Sur l'échelle de l'agressivité envers Ottawa, M. Charest ne se situe pourtant pas très haut. M. Deltell devrait faire attention à ne pas afficher aussi ouvertement ses amitiés avec le Parti conservateur. Comme son prédécesseur, il risque de se faire traiter de «tapis de porte».

Soit, la lutte contre les changements climatiques, qui est le sujet d'accrochage le plus récent, n'a jamais été une grande préoccupation pour l'ADQ, mais que pense son chef de l'harmonisation de la TVQ avec la TPS, du projet de commission des valeurs mobilières pancanadienne, de la diminution du poids du Québec à la Chambre des communes, de la réforme du Sénat?

***

Un an après l'hécatombe de décembre 2008, un sondage réalisé par la firme Segma Recherche présentait toujours Québec comme l'endroit où l'adhésion aux valeurs adéquistes était la plus forte. «C'est clairement la base électorale du parti, avec l'appui de la génération X [35-44 ans]. S'il y avait un endroit pour relancer le parti, c'est à Québec», expliquait le président de Segma, Raynald Harvey.

M. Deltell l'a très bien compris, comme en témoigne la campagne qu'il a menée, heureusement sans succès, pour rebaptiser «autoroute de la Bravoure» une artère de la capitale qui honore la mémoire d'Henri IV.

Il ne faut pas avoir un grand souci identitaire pour faire aussi peu de cas du roi de France qui a expédié Champlain sur les bords du Saint-Laurent, mais en raison de la proximité de la base militaire de Valcartier, le sacrifice des soldats tombés en Afghanistan suscite une forte émotion à Québec.

L'ADQ a toujours été animée par un puissant courant antisyndical, mais son nouveau chef a cru utile de renchérir en dénonçant les «incompétents» et les «emplois inutiles» au sein de la fonction publique. Ses propos ne peuvent que trouver une résonance à Québec, où le dénigrement des fonctionnaires est un véritable sport.

Malgré son souci de diminuer les dépenses de l'État, la sympathie avec laquelle M. Deltell a accueilli les exigences pourtant plus élevées des médecins spécialistes contraste avec son rejet des demandes du front commun. À ses yeux, la campagne publicitaire d'une rare démagogie lancée par la Fédération des médecins spécialistes du Québec constitue une «approche beaucoup plus constructive».

Jean Charest ne cachait pas son animosité envers Mario Dumont, mais il est nettement mieux disposé envers son successeur, qui devrait peut-être s'en inquiéter. Non seulement les méthodes musclées que propose l'ADQ pour assainir les finances publiques font passer M. Charest pour un homme modéré, mais le premier ministre a enfin trouvé plus canadien que lui. Qui l'eût cru?

***

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Jean-François Trottier - Abonné
    23 février 2010 03 h 08
    Par quelle vue de l'esprit ce parti-là est-il supposé enlever des votes au PQ?
    Une bonne partie des gains adéquistes lors de leur flambée de popularité l'a été chez des "nationalistes mous", des gens pour qui la souveraineté est surement sympathique mais non essentielle ou urgente. On trouvait des péquistes déçus par la position trop ouverte d'André Boisclair face aux accommodements raisonnables, ceux qui rêvaient d'un parti qui ferait des revendications refusées, tout ça dans l'espoir que Meetch se répète... Ils ne reviendront pas à l'ADQ si ce parti devient résolument fédéraliste.
    Les fédéralistes ont déjà un parti, c'est le PLQ. Et comme cette option ne comprend pas vraiment de gauche ou de droite, ça ne risque pas de changer. Pour les souverainistes, c'est moins clair: le vote est plus facile à diviser. Mais pas de là à renoncer à leur option.
    Reste donc ceux pour qui l'appel de la droite prime sur la question nationale. Peut-être que c'est le cas dans la région de Québec, je ne sais pas. Mais, à l'échelle de la province au complet, comme base électorale, ce n'est pas beaucoup.
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  • Yvon Roy - Abonnée
    23 février 2010 05 h 03
    western
    Il ne restera bientôt plus que des chansons western sans cheval pour agrémenter la plateforme électorale des adékystes et c'est probablement très bien ainsi.

    Mon royaume pour un cheval.... Macbeth
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  • Normand Carrier - Abonné
    23 février 2010 06 h 08
    Corridor étroit et situation claire.........
    Nul doute que Gérard Deltel a choisi le plus bas dénominateur commun en choisissant le corridor le plus étroit ! Son programme se résume a réduire les dépenses de l'état , frapper sur les fonctionnaires et blâmer ceux qui revendiquent plus de pouvoirs du fédéral au nom de l'autonomie et de la souveraineté du Québec .... Le chef de l'A.D.Q. se place en phase avec tout ce qu'il y a de radio poubelle dans la ville de Québec et des environs dans le but de conserver quelques comtés .....
    L'A.D.Q. de Mario Dumont était autonomiste de facade et revendiquait 19 nouveaux pouvoirs du fédéral mais aussitôt dans l'opposition officielle , nous n'en n'avons jamais ré-entendu parler ! Poup l'autonomie avec Deltel , disparu a tout jamais et il veut même renforcer l'image du fédéral au Québec , faut le faire !
    Cela a le mérite d'être clair dans l'échiquier politique car il y aura le P.L.Q. de Jean Charest qui est le gouvernement le plus fédéraliste a prendre le pouvoir et qui ne demande rien et ne revendique rien et ne tente rien pour ré-intégrer le Québec dans le giron constitutionnel ! Il y aura l'A.D.Q. qui sera encore plus fédéraliste et qui aura comme mission de renforcer l'image du gouvernement fédéral au Québec ....Nul doute que le P.Q. aura e champs libre pour former une coalition avec tous les éléments nationalistes , souverainistes et indépendantistes et tous les fédéralistes insatisfaits du vide du fédéraliste et du statu quo intégral depuis l'échec de Meech .....
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  • Pierre Schneider - Abonné
    23 février 2010 06 h 21
    Chronique d'une mort annoncée
    L'ADQ n'en menait déjà pas trop larde, elle se dirige maintenant vers la désintégration. Avec Deltell, ce parti jadis très nationaliste n'est plus qu'un ramassis de loyalistes nostalgiques de cette époque où les Québécois pliaient l'échine devant la couronne britannique et le grand capital sauvage.
    Plus téteux que Deltell, tu meurs...C'est ce qui va arriver à cette particule agenouillée et prosternée devant ceux qui freinent l'indépendance du peuple québécois.
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  • jacques noel - Inscrit
    23 février 2010 07 h 20
    Exit le roi de France?
    Étonnant quand même! Les deux parents de Deltell sont français.
    D'ailleurs vous devriez lui demander s'il n'a pas la nationalité française?
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  • michel lebel - Inscrit
    23 février 2010 08 h 59
    L'avenir n'est pas rose.
    Le seul avenir que je vois pour l'ADQ, c'est que le groupe des dits "lucides" decide de s'en emparer et transformer ce machin en un parti sérieux. Et même là? Quant à ce Deltell, je ne lui prédis pas une longue vie politique.
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  • Geoffroi - Abonné
    23 février 2010 10 h 03
    Brave Canadien Canada
    Avenir d'un brave Canadien :

    « L'homme de bien situe la justice au-dessus de tout. Un homme de bien qui a la bravoure mais qui ignore la justice sera un rebelle. L'homme médiocre qui a la bravoure mais qui ignore la justice sera un brigand.. »

    Confucius
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  • Julien Beauregard - Inscrit
    23 février 2010 10 h 37
    Briser le monopole
    Aux élections de 2007, l'ADQ était inspirée par un relatif culte de personnalité envers M. Dumont et de ce fait, il a sapé une partie du vote nationaliste étant donné son discours sur les valeurs "conservatrices" du Québec. Le résultat a été de prendre la place du PQ dans l'intérêt électoral. C'était de bonne guerre, le PQ avait, en 76, pris la place de l'Union Nationale... Un juste retour du balancier, j'imagine...

    De son côté, le PLQ est le seul à prendre le vote purement fédéraliste et les valeurs nationalistes canadiennes. Les intentions électorales le prouvent : allophones et anglophones donnent un appui écrasant à cette formation. Un appui stalinien qui a déjà été ébranlé dans les années 90 avec des formations qui représentaient directement la minorité anglophone comme le Equality Party. En fait je croyais que seul un retour de ce genre de formation parviendrait à diviser le PLQ pour permettre l'alternance de pouvoir.

    Qui aurait cru que l'ADQ obtiendrait ce rôle? Girouette, vous dites?
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  • Bernard,Clement - Abonné
    23 février 2010 10 h 49
    Crédibilité....zéro
    De moins en moins crédible ce Deltell avec ses prises de positions farfelues qui ne visent qu'à raccoler une clientèle d'extrême droite nostalgique de l'ère Duplessiste. Son parti se meurt à petit feu et il n'est sûrement pas l'homme pour en ranimer la flamme. Comme les créditistes de notre "bon ami" Camille Samson, l'ADQ passera donc à l'histoire aussi rapidement qu'il y est entré.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    23 février 2010 11 h 01
    L'ADQ, le contraire de Québec solidaire
    Québec solidaire veut sortir du Canada par l'extrème gauche et l'ADQ veut demeurer dans le canada par l'extrème droite.

    Être ces 2 partis, le PLQ Charest veut demeurer dans le Canada, au centre et le PQ Marois veut sortir du Canada, au centre.

    Problème pour le Québécois de droite qui veut sortir du Canada et pour celui de gauche qui veut demeurer dans le Canada, ils ne savent plus trop pour qui voter.
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  • real@realo.ca - Abonné
    23 février 2010 14 h 44
    La mort
    Demandé a un groupe de gens qui ont voté ADQ il y a 2 élections, qui est le chef du parti maintenant , et vous n'obtiendrais certainement pas la moitié des répondants avec la bonne réponse.
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  • Guy Sylvestre - Abonné
    23 février 2010 14 h 45
    Constat
    Le premier ministre Charest s'est entouré, au cours des dernières années, d'une équipe de conseillers, qui, par ses contacts et une situation pécuniaire probable, a ouvert la voie à des personnalités états-unienne et européennes.

    Mais revenons à la chronique, lorsque le premier ministre dit (( Je l'ai lu mot à mot)) à propos de la lettre de monsieur Deltell, il est probable que ce fut une lecture obligée par ses conseillers. Ils sont quand même pas pour rester pantois, de même pour les propos de monsieur Lucien Bouchard.

    Avec de bon conseillers et de la pédagogie, l'on arrive à faire des choses impressionnantes, même se voir remettre une médaille par le président de la république Française.

    Les propos de messieurs Deltell et Bouchard sont désolant.

    À quand, le retour des rassembleurs, guider par des conseillers et pédagogues, pour la réalisation du projet collectif : notre pays?.
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  • France Marcotte - Abonnée
    23 février 2010 17 h 09
    Pour le retour des tribuns
    De nombreux politiciens ne s'adressent plus au peuple qu'ils représentent et cela occasionnent beaucoup d'incompréhension et de malentendus, nourrit le cynisme, favorise la désafectation du politique dont parle M. Marc André Bernier (dans un article du Devoir le 20 février). Alors pourquoi ne se referaient-ils pas tribuns, d'abord dans leur circonscription respective; les lieux propices ne manqueraient pas: parcs, arénas et pourquoi pas aussi la rue? Ces échanges directs avec leurs électeurs les contraindraient à l'excellence et l'excuse d'être mal cité ne tiendrait plus. Mais souhaitent-ils vraiment voir la population se mêler de trop près à la politique?
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  • Raymonde Chouinard - Abonnée
    24 février 2010 10 h 28
    Le nouveau souffre-douleur...
    Pour faire changement, Michel David s'est donné comme mission d'essayer de discréditer Deltell afin que l'ADQ ne porte pas ombrage au PQ, et ne lui fasse pas à nouveau mordre la poussière, en le relayant dans le poulailler, aux prochaines élections.

    Toujours aussi partisan, le monsieur.....et il n'a sans doute pas l'intention de lâcher le morceau.
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