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Une partie de ping-pong qui nous lasse

Monsieur Lucien Bouchard, Madame Pauline Marois,

Mohamed Lotfi - Journaliste et réalisateur radio  19 février 2010  Québec
Par les temps qui courent, un immigrant du Québec doit se sentir entre vous deux comme une balle de ping-pong. Entre la crispation identitaire et l'ouverture déraisonnable à l'autre, le Québec aurait besoin de reprendre son souffle pour se retrouver. Je ne vois qu'une seule solution, la rédaction d'une charte de la laïcité qui confirmera le caractère laïque du Québec d'une part, et qui mettra fin d'autre part à l'instrumentalisation des immigrants dont vous faites preuve tous les deux.

Monsieur Bouchard, je ne veux pas de votre ouverture, ni de votre tolérance. Les lois du Québec s'appliquent à tous les citoyens de la même façon. En quoi le Québec devrait-il être plus ouvert à moi, citoyen du Québec venu d'ailleurs? Pour m'aider à vivre ma religion? Qui vous dit que je suis religieux? Peu importe, cela ne vous regarde pas. Cela ne devrait pas vous regarder. À moins que votre «ouverture» sur ma religion ne cache une volonté de préserver des privilèges liés à la vôtre!

Valeurs universelles

Madame Marois, les valeurs québécoises dont vous vous affublez souvent sont en réalité, à titre d'information, des valeurs universelles. Excepté l'affirmation du fait français du peuple québécois, à laquelle je souscris totalement, l'égalité homme-femme, la non-violence, la démocratie ainsi que la neutralité religieuse de l'État sont des valeurs que je portais avec moi dans mes valises il y a 28 ans lorsque je suis arrivé au Québec.

Comme des milliers d'autres immigrants, je ne les ai pas découvertes à ma descente de l'avion. L'immigrant n'est donc pas une menace, surtout si ces valeurs ont une force de loi, notamment dans une charte de la laïcité.

Laïcité

Une telle charte mettrait toutes les religions sur le même pied d'égalité, n'en laissant aucune instrumentaliser le champ politique. La laïcité n'a pas à être ouverte ou fermée à une religion en particulier. Sans la protection d'une telle charte, le Québec pourrait basculer dans une guerre de religion (certains pensent que c'est déjà le cas). La paix sociale en dépend. Tôt ou tard, le Québec devra considérer sérieusement la création d'une telle charte dans laquelle les mots «immigrant» et «immigration» n'auront pas leur raison d'être.

Pour tout vous dire, Madame Marois, Monsieur Bouchard, je ne suis plus immigrant. Je suis un Québécois comme les autres. Les multiples appartenances de mon identité n'enlèvent rien et n'ajoutent rien à mon statut de citoyen du Québec. La partie de ping-pong a assez duré.

***

Mohamed Lotfi - Journaliste et réalisateur radio
 
 
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  • Pierre-Olivier L. Tremblay
    Inscrit
    vendredi 19 février 2010 04h10
    clairvoyant.
    Merci bien. Très éclairant. Au moins, cette partie de ping-pong donne à des gens inspirés l'occasion de se faire lire. Les idéaux des nouveaux arrivants (et des moins nouveaux !) sont plus souvent qu'autrement de belles contributions aux idéaux collectifs québécois. Préservons ensemble nos valeurs universelles !

  • André Loiselet
    Abonné
    vendredi 19 février 2010 04h33
    Bravo!
    Bien dit, M.Lofti!
    Et parfaitement d'accord.
    Cette charte de la laïcité est justement ce qui manquait à notre charte québécoise. Et elle viendrait parfaire les acquis du déboulonnement religieux catho des années soixante. Je crois que tout nous mène vers cet objectif et qu'on y arrivera sous peu.

  • Yves Côté
    Abonné
    vendredi 19 février 2010 05h41
    L'égalité...
    Pardon de le rappeler, mais l'égalité républicaine ne fut jamais, n'est et ne sera un jour possible... qu'en république.
    La priorité sur laquelle il faut travailler pour améliorer les choses, celle qui précède tout ce qu'on voudrait faire pour la nature, l'humanité et ses proches, c'est celle qui fera qu'on peut décider pour nous-mêmes de ce qui nous concerne. Et cela, malgré les diseurs de mauvaises aventures de tous acabits. Que ce qui s'en définisse soit à proximité de mains ou à des années -lumières n'y change rien; tant et aussi longtemps que nos voix seront noyées au sein d'une multitude linguistique qui les submerge, faut pas rêver, on prêchera sans fin dans un désert fait de grandes idées vagues et de beaux principes sans action déterminante.

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    vendredi 19 février 2010 13h37
    Bravo M. Lotfi
    Non je n'irai pas vous traiter d'immigrant. Vous êtes un Québécois comme il devrait y en avoir davantage. Vous faites bien la différence entre ce qui appartient aux valeurs québécoises en propre, et ce qui est universel. Je développe régulièrement le même thème dans mes réactions aux articles du devoir sur la laïcité et les signes religieux ostentatoires.

    M. Yves Côté nous parle d'égalité républicaine. Je ne veux pas entrer ici dans la chicane séculaire entre souverainistes et fédéralistes. J'admire le courage patriotique de M. Côté, mais l'égalité dont il est important de reconnaître l'importance présentement, c'est celle qui doit présider à toutes les relations entre les hommes et les femmes. Et cette égalité-là, elle doit être universelle, et notre difficulté actuelle avec les islamistes radicaux en Occident commande des solutions qui ne peuvent attendre une déclaration québécoise de souveraineté républicaine.

    JPA

  • Nicodeme C
    Inscrit
    vendredi 19 février 2010 14h10
    Laïcité exige
    Vous avez raison Monsieur Lotfi. Entièrement d'accord. Le contexte est répréhensible et déplorable. Il ne date pas d'hier. Concernant Lucien Bouchard, Pierre Cloutier brillant avocat et fervent défenseur du peuple québécois le résume très bien:

    { [1] La vraie question qu'il faut se poser concernant Lucien Bouchard est simple : quels intérêts servait-il quand il était premier ministre de la "province" de Québec et quels intérêts sert-il maintenant?

    [2] Ancien avocat des communautés religieuses au Saguenay, Lucien Bouchard a toujours été un "privilégié", pour ne pas dire un carriériste et un opportuniste. Libéral en 1970, il obtient plusieurs mandats du gouvernement du Québec (libéral et péquiste) entre 1970 et 1985 :

    Président des tribunaux d'arbitrage dans le secteur de l'éducation (1970-1976) ;

    Procureur principal de la commission Cliche d'enquête dans l'industrie de la construction (1974-1975) ;
    Co-Président de la commission d'études sur les secteurs public et para-public (Commission Martin-Bouchard) (1975)
    Coordonnateur et membre de plusieurs équipes spéciales de négociations du gouvernement du Québec avec les syndicats du secteur public .

    [3] En 1985, il est nommé ambassadeur du Canada en France par son ami Brian Mulroney, puis secrétaire d'État et ministre de l'Environnement dans le gouvernement Mulroney..

    [4] De fédéraliste, il devient prétendument "souverainiste", ponctue ses discours de citations choisies de René Lévesque et fonde le Bloc québécois après l'échec des accords du Lac Meech. Dans son livre intitulé "Jacques Parizeau, vol.3 : le Régent", 1985-1995, le journaliste Pierre Deschênes raconte avec moultes détails tous les coups bas et les crocs en jambe que Lucien Bouchard donne à Jacques Parizeau pour l'empêcher de réaliser son plan de match menant à l'indépendance, à un point tel qu'il est impossible aujourd'hui de faire assoir à la même table les 2 hommes.

    [5] Après la démission de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard devient premier ministre de la "province" de Québec. Jugeant que les "conditions gagnantes" pour un nouveau référendum ne sont pas au rendez-vous, il adopte une politique d'austérité provinciale pour le Québec, avec des coupes importantes dans la santé et l'éducation et la fusion des municipalités. En 2003, le résultat s'en fera sentir et le Parti québécois perdra le pouvoir.

    [6] En décembre 2000, Lucien Bouchard est l'instigateur principal d'une motion de blâme - unique et déshonorante dans l'histoire de l'Assemblée Nationale - contre Yves Michaud pour des propos tenus en privé avec le sénateur canadien Léo Kolbur, hommes affaires éminent de la communauté juive de Montréal et fédéraliste reconnu et notoire. M. Michaud, privé de son droit le plus élémentaire de se défendre, n'en n'est jamais vraiment revenu.Ce fut son billet d'entrée dans le grand réseau de l'argent.

    [7] En mars 2001, à mi-mandat, Lucien Bouchard démissionne comme premier ministre de la "province" de Québec et 3 semaines plus tard on le retrouve associé principal au cabinet juridique Davis Ward Philipps Vineberg, prestigieux bureau pan canadien de droit des affaires. Ce cabinet est celui qui s'occupe des questions légales entourant la vente de PCAA ("papier commercial adossé à des actifs") pour la firme Coventree de Toronto, actuellement sous enquête par la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario.

    [8] Quand Davis Ward Philipps Vineberg fait de l'argent, Lucien Bouchard, comme associé principal en fait aussi. Entre 2002 et 2006, on sait maintenant que la Caisse de dépôt et placement, sous la direction de Henri-Paul Rousseau, nommé malheureusement par Pauline Marois en achète pour 13 milliards$, battant et de loin tous les records des institutions financières au Canada, un véritable désastre. Et personne n'oserait affirmer sans rire que Lucien Bouchard et Henri-Paul Rousseau ne se connaissent pas.

    [9] Ceci est tellement vrai que, lorsque la Chambre de commerce de Montréal, présidée par Hélène Desmarais, de la célèbre famille du même nom, offre un micro doré à Henri-Paul Rousseau pour expliquer devant un parterre conquis d'avance que l'aventure du PCAA est un "mystère", qui est là pour l'applaudir et le couvrir? Lucien Bouchard, évidemment!
    Non, il n'y en aura pas d'enquête sur la CDPQ!.Lucien Bouchard, Henri-Paul Rousseau, Jean Charest et Paul Desmarais, même combat!

    [10] On connait la suite : Henri-Paul Rousseau, ce supposé économiste pour le Oui en 1980, ancien président de la Banque Laurentienne, impliquée elle aussi, par sa filiale Laurentian Bank Securities dans la vente du PCAA toxique, se retire avec une prime de départ substantielle de 380,000$. Il va rejoindre la famille Desmarais chez Power Corporation, dont le fondateur Paul Desmarais, est le pire ennemi de l'indépendance nationale du Québec et il n'y va pas à pieds avec les mains vides, mais avec une option d'achats de 800 000 actions de Power.

    [11] Pas étonnant, d'autre part, que, lorsqu'il inaugure son prestigieux domaine de Sagard en 2003, Paul Desmarais met Lucien Bouchard sur sa liste d'invités. Comme dit l'adage : "Qui se rassemble s'assemble". Une chose est sûre : ni Jacques Parizeau, ni Bernard Landry, ces authentiques patriotes n'ont été invités! Et je doute aussi que René Lévesque s'il eut vécu aurait reçu une invitation.

    [12] Faut-il être surpris aujourd'hui que Lucien Bouchard nous déclare que l'indépendance nationale du Québec n'est pas "réalisable" et que le peuple québécois emprisonné dans le carcan fédéral doit se serrer la ceinture? Je repose la question : quels intérêts Lucien Bouchard défendait-il alors qu'il était premier ministre de la "province" de Québec et quels intérêts défend-t-il maintenant? Poser la question, c'est y répondre. Serait-il grossier d'affirmer sans se tromper que Lucien Bouchard a choisi son camp qui n'est pas celui des intérêts supérieurs du Québec mais celui des puissants réseaux d'intérêts privés qui squattent le semi-État que nous avons? Serait-il déraisonnable de dire que Lucien Bouchard a choisi le camp le plus payant, soit celui de l'argent? Face à l'argent, le peuple québécois piétine. Honte à vous, monsieur Bouchard!

    Pierre Cloutier }

    En réponse au propos de Pierre Cloutier je rajoute celui du journaliste Pierre Schneider qui résume bien:

    [ Ce qui me trouble dans cette histoire, c'est que la montée de lait anti PQ de Lucien Bouchard survient quelques jours seulement après les critiques péquistes du Plan secret
    de la ministre Courchesne qui a décidé de changer tout le calendrier scolaire pour "accommoder" les écoles juives illégales. Or, une petite recherche sur Google nous indique que les avocats Vineberg sont très actifs dans la défense de la communauté juive de Montréal et du Canada. Relation de cause à effet ? Pour moi c'est clair comme de l'eau casher...]

    Si vous voulez savoir où loge Pauline Marois par rapport au monde de l'argent, lisez ceci :

    http://www.iforum.umontreal.ca/Forum/2006-2007/200

  • real@realo.ca
    Abonné
    vendredi 19 février 2010 14h17
    merci
    et bravo mohamed! Grandiose! Cessons toutes ces récupérations politique!

  • L. Cimon
    Inscrit
    vendredi 19 février 2010 17h28
    Si on s'y mettait!
    Quand je vois tout le déploiement d'intelligence qui se manifeste dans les discussions qui concernent l'avenir politique du Québec, je me dis qu'il ne manque à notre société qu'une classe de leaders qui sache représenter les intérêts de ceux qui leur ont fait confiance et qui ont cru à leur promesse de dévouement. Je me demande comment il se fait que, collectivement, nous puissions tolérer si longtemps une telle pauvreté d'idées chez nos dirigeants et un si dommageable détournement de ressources vers la satisfaction d'intérêts particuliers des membres du groupe qui fournit le plus à la caisse du parti.
    J'entendais, au téléjournal de l'est du Québec, hier, le premier ministre Charest déclarer lors de son passage à Matane, que le Musée aurait la subvention qui l'empêcherait de fermer. Il ajoutait : «tout le bruit fait par le député (péquiste) Pascal Bérubé était inutile, le directeur de ce musée est mon ami»! Quel homme d'État!!!
    Les personnages qui ont cette hauteur de vue sont bien sûr tout à fait aptes à refuser les enquêtes nécessaires sur la corruption qui les engraisse; ils sont capables d'utiliser les ressources des médias pour nous convaincre qu'il faut abandonner nos idéaux d'autonomie pourtant si nécessaires à la survie de notre culture; ils sont les fossoyeurs de la démocratie en semant le dégoût des citoyens à l'égard de la politique et la démobilisation des électeurs, ce qui assure leur réélection; ils sont les fiers destructeurs de nos solidarités.
    Monsieur Lofti nous rapelle qu'il y a des moyens concrets et simples à prendre à tous les niveaux pour affirmer notre vouloir vivre sans injustice pour qui que ce soit; il me fait prendre conscience de tout le tort que nous cause l'apathie cupide de nos dirigeants actuels.
    Si nous nous mettions ensemble, pour une fois, tous ceux qui se sentent trompés par ces semeurs de cynisme destructeur, pour nous donner des leaders qui ont du respect pour notre peuple et pour ses aspirations les plus nobles, nous pourrions consacrer toute cette intelligence à bâtir un pays à notre mesure où nous pourrions accueillir tous ceux qui veulent vivre heureux avec nous chez nous.

  • Jean-Philippe Bedard
    Inscrit
    vendredi 19 février 2010 19h37
    Mauvaise cible
    Cher Mohamed, tu te trompes de cible. Tu veux une charte de la laïcité ? Moi aussi. Autant que toi, sinon plus. Tu fais le jeu des médias et des experts en relations publique du parti libéral. Rétablissons les faits. Les québécois sont clairement pour, comme le montre le <a href:"http://www.ledevoir.com/politique/quebec/283350/so sondage sur les accommodements raisonnables</a>. Le parti libéral est le parti au pouvoir, et c'est le parti libéral qui est contre l'adoption d'une charte de la laïcité, puisqu'il ne se prononce jamais pour ou contre. Il évite complètement la question. Surprenant ? Bien sûr que non, c'est une politique purement électoraliste. <a href:"http://www.pq.org/nouvelles/accommodements-raisonn parti québécois se prononce pour</a>. Le parti libéral est au pouvoir depuis 7 ans, c'est lui le coupable, celui qui empêche l'adoption d'une charte de la laïcité. Personne d'autre. La commission Bouchard-Taylor en voulait une, le rapport a été "tabletté". Les médias s'amusent avec le fait que Lucien Bouchard est un ancien premier ministre. Il a juste démontré qu'il est complètement déconnecté de la réalité. Et Jean Charest, et le parti libéral qui est au pouvoir, vous lui posez la question ?

  • nora yanis
    Inscrit
    jeudi 25 février 2010 22h01
    En effet! Non merci pour une pseudo-ouverture!
    Mais merci à vous, Mohamed Lotfi! Je suis immigrante débarquée afin de devenir une citoyenne à part entière dans une société laïque et égalitaire pour les femmes et je n'ai besoin ni du paternalisme des uns ni de donneurs de leçons en valeurs laïques.
    Mon plus garnd choc au Québec lorsque je suis arrivée a été de découvrir que je n'avais le choix pour mes enfants qu'entre une école catholique et une école protestante! Publiques de surcroît!
    Mais depuis, je pensais que les choses avaient changé. Hélas, c'est en politique que je me retrouve entre le marteau et l'enclume! Sans le vouloir d'ailleurs!!!
    Entre une tendance qui me parle d'une laïcité "ouverte" avec une confusion totale entre des droits individuels en matière religieuse et des droits collectifs (tels l'égalité hommes-femmes) qu'on ne doit, en aucun cas sacrifier sur l'autel d'un droit individuel quel qu'il soit et d'autre part, une tendance qui veut m'éduquer en matière d'égalité hommes-femmes parce que je suis immigrante et susceptible d'être incapable de comprendre les valeurs québécoises...
    Quel gachis!

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