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    Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Le gouvernement Charest trop «accommodant»

    Trois Québécois sur quatre souhaitent plus de fermeté devant les demandes religieuses

    18 février 2010 |Alec Castonguay | Québec
    Jean Charest
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Jean Charest
    Les Québécois considèrent que le gouvernement Charest cède trop souvent aux demandes d'accommodements raisonnables venant des minorités religieuses, selon un nouveau sondage Léger Marketing-Le Devoir. La population souhaite que l'action gouvernementale dans ce domaine soit davantage balisée.

    Le coup de sonde montre également que la majorité des Québécois sont prêts à aller assez loin pour assurer une image neutre de l'État, quitte à interdire carrément le port de signes religieux aux fonctionnaires.

    Le débat sur les accommodements raisonnables n'est pas clos au Québec, comme le démontre la récente vague de réactions à la décision de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, de modifier le régime pédagogique pour contenter, entre autres, les écoles privées juives orthodoxes «illégales». Le sondage a toutefois été mené tout juste avant cette controverse, soit du 8 au 11 février dernier.

    Malaise

    Ainsi, 75 % des répondants affirment que le gouvernement du Québec est «trop accommodant» relativement aux demandes d'accommodements liés à des motifs religieux. Environ 14 % des citoyens estiment que le gouvernement agit de manière appropriée, affirmant qu'il n'est «ni trop, ni pas assez accommodant». À peine 3 % jugent que le gouvernement n'est «pas assez accommodant» envers les minorités religieuses. Huit pour cent des gens ont refusé de répondre à la question.

    Le vice-président de Léger Marketing, Christian Bourque, affirme que les résultats du sondage montrent à quel point le malaise persiste quand il est question des accommodements raisonnables. «Les gens veulent plus de fermeté du côté du gouvernement, dit-il. On souhaite une direction plus claire, un encadrement de la part du gouvernement.»

    Selon l'analyste, le gouvernement Charest entretient la confusion. «Des balises écrites ou un texte de référence aideraient les citoyens à savoir où s'en va le gouvernement et quels sont les critères pour accorder un accommodement raisonnable. Présentement, c'est le flou total, alors les gens estiment que Québec en fait trop», dit M. Bourque.

    Opinion stable

    L'opinion des Québécois n'a d'ailleurs pas bougé depuis trois ans. Le 10 janvier 2007, un sondage Léger Marketing mettait en relief que 83 % des citoyens s'opposaient aux accommodements raisonnables. Les répondants souhaitaient que les immigrants respectent les lois et règlements du Québec, même si cela va à l'encontre de certaines croyances religieuses.

    «Le débat est ouvert depuis trois ans et rien n'est réglé, alors ça influence la perception que les gens ont des actions du gouvernement», dit Christian Bourque.

    Le directeur de l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, François Rocher, est lui aussi d'avis que le gouvernement est responsable de l'opinion négative des gens concernant les accommodements raisonnables. «Le gouvernement a refusé de jouer son rôle. Il a simplement mis le couvercle sur la marmite en espérant que les gens passent à autre chose. Il n'a pas encadré le débat», dit-il, lui qui collabore aussi à la Chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté de l'UQAM.

    Sur une tablette

    M. Rocher rappelle que le gouvernement n'a pas mis en oeuvre les principales recommandations du rapport Bouchard-Taylor, notamment la création d'un livre blanc sur la laïcité. «Il a mis en place une déclaration portant sur les valeurs québécoises que les immigrants doivent maintenant signer à leur arrivée, mais c'est tout. Tout le reste dort sur une tablette», dit-il.

    À la lumière du sondage, le professeur affirme que les gens ne semblent pas avoir retenu un élément essentiel de la commission Bouchard-Taylor. «Le rapport disait que les cas d'accommodements raisonnables sont plutôt rares et que plusieurs exemples, montés en épingle dans les médias, n'étaient pas des accommodements raisonnables», dit François Rocher. «Un véritable cas d'accommodement raisonnable ne provoque pas un tollé, parce que l'accommodement n'impose pas un coût ou un fardeau excessif à la société, poursuit-il. Et c'est souvent du cas par cas. C'est pour ça qu'il y a le mot "raisonnable", mais les gens semblent l'avoir oublié. C'est comme si tous les accommodements étaient maintenant déraisonnables, alors que ce n'est pas le cas.»

    Non au port de signes religieux par les fonctionnaires

    Une autre question du sondage Léger Marketing-Le Devoir tend à démontrer que les gens estiment important de préserver l'image de neutralité de l'État, quitte à interdire aux employés de la fonction publique le port d'un signe religieux, peu importe lequel.

    Ainsi, 57 % des Québécois ont répondu «oui» à la question suivante: «Le gouvernement du Québec devrait-il interdire le port de signes religieux aux employés de la fonction publique?» En revanche, 31 % s'opposent à cette idée, alors que 11 % ne savent pas ou ont refusé de répondre.

    «Il y a une volonté plus forte de laïcisation des institutions publiques», dit Christian Bourque. Il affirme que si la provenance des signes religieux avait été énumérée dans la question du sondage (catholique, musulmane, juive, sikhe, etc.), les réponses auraient probablement été différentes en fonction du signe religieux. Mais puisque l'État ne peut pas verser dans la discrimination, la question a été posée d'une manière plus générale.

    Le politologue François Rocher estime toutefois que si cette question est intéressante pour sonder la détermination des gens concernant la neutralité de l'État, une telle interdiction de la part du gouvernement serait vite annulée par les tribunaux. «C'est certain que ça ne passerait pas le test des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, qui protègent contre la discrimination basée sur les religions», dit-il.

    Selon le professeur, la neutralité de l'État n'est pas remise en cause par le port de signes religieux par des fonctionnaires. «Un tel signe reflète la croyance de la personne et non pas le service de l'État, qui ne fait pas la promotion d'une religion ou d'une autre. Il y a parfois une confusion, mais la laïcité de l'État est un fait établi.»

    Ce sondage a été réalisé en ligne auprès de 1002 répondants. Le coup de sonde Internet a été réalisé selon une méthodologie fiable et éprouvée. Les données ont été pondérées selon l'âge, le sexe, la langue maternelle, le degré de scolarité et la composition du foyer. Un échantillon probabiliste de la même taille présente une marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.












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