Entretien avec le chef de l'ADQ - Gérard Deltell, un conservateur dans l'âme

Pour le chef adéquiste Gérard Deltell, l’heure est aux enjeux économiques; c’est ce qui préoccupe les citoyens. Selon lui, «on s’empiffre de programmes dont on n’a pas les moyens» en endettant les générations futures.
Photo: Clément Allard - Le Devoir Pour le chef adéquiste Gérard Deltell, l’heure est aux enjeux économiques; c’est ce qui préoccupe les citoyens. Selon lui, «on s’empiffre de programmes dont on n’a pas les moyens» en endettant les générations futures.

Personnalité publique à Québec où il a été journaliste télé pendant presque 20 ans, principalement à TQS, Gérard Deltell est pratiquement inconnu dans la grande région de Montréal, contrairement à son prédécesseur Mario Dumont. Il y a trois mois, il prenait à 45 ans les rênes de l'Action démocratique du Québec, un parti amoché qu'il s'est donné pour mission de sauver. Portrait d'un homme de droite, conservateur et résolument fédéraliste, qui trouve que Jean Charest est trop chicanier avec le gouvernement de Stephen Harper.

Québec — Dans son bureau de l'Assemblée nationale sont accrochés quatre tableaux de scènes d'hiver «canadiana» — des chevaux et encore des chevaux qui tirent des carrioles dans la forêt québécoise — signés Frederick Simpson Coburn et William Raphael, des oeuvres prêtées par le Musée des beaux-arts du Québec et choisies par le nouveau chef de l'Action démocratique du Québec. L'art contemporain, ce n'est pas sa tasse de thé. En matière d'art, Gérard Deltell est conservateur, reconnaît-il sans ambages.

Sur le plan politique aussi. «Je me suis toujours senti à l'aise avec les idées de droite, signale Gérard Deltell. J'ai toujours pensé que c'était plus réaliste et responsable d'avoir une vision de droite plutôt qu'une vision de gauche.»

Ce n'est pas sans fierté qu'il montre une photo où on voit le jeune Deltell serrer la main de Brian Mulroney en 1984, quelques mois avant que le chef progressiste-conservateur devienne premier ministre. Ou encore avec Joe Clark et son épouse, Maureen McTeer, à l'été 1983 alors qu'il travaillait au bureau du député.

Son intérêt pour la politique remonte à son enfance. «Enfant, je suivais le Watergate; j'avais sept ou huit ans. D'ailleurs, Nixon a démissionné le jour de mes dix ans, le 8 août 1974», relate-t-il.

C'est à 17 ans, en 1981, que Gérard Deltell adhère au Parti progressiste-conservateur. Il gardera sa carte de membre jusqu'en 1986, au moment où il décide d'embrasser la carrière de journaliste.

En 2003, alors qu'il était journaliste à TQS (maintenant V), Gérard Deltell est approché à tour de rôle par le Parti libéral, l'ADQ et le Parti québécois pour qu'il se présente aux élections générales. Le manège se répète à l'élection partielle de 2004 dans la circonscription de Vanier, puis aux élections générales de 2007. «C'était toujours non. Du moment que tu commences à réfléchir à ça, tu as le doigt dans l'engrenage et c'est fini [le journalisme]», fait valoir le chef adéquiste. En 2008, alors qu'il n'est plus journaliste, TQS ayant fermé sa salle de rédaction, Gérald Deltell se laisse séduire par l'ADQ. «Par conviction profonde», dit-il.

«Jamais un homme politique, qui n'a pas exercé le pouvoir directement, a eu autant d'impact sur le cours de l'histoire politique que Mario Dumont», avance son successeur. Il cite les débats que l'ADQ a lancés depuis sa fondation en 1994: vieillissement de la population, endettement public, financement de la santé, etc.

Lors du référendum sur la souveraineté-partenariat en 1995, Gérard Deltell ne suit pas le mot d'ordre de Mario Dumont. Résolument fédéraliste, il vote NON à l'instar des Jean Chétien, Daniel Johnson et Jean Charest. Sa position n'a pas changé depuis: il voterait NON à un nouveau référendum sur la souveraineté. Contrairement à ce que proposait l'actuel président de l'ADQ, Christian Lévesque, en octobre dernier, Deltell écarte l'idée de recourir à un référendum pour faire avancer les revendications du Québec. «Non, non, non. Il y a tellement d'autres choses à faire au Québec actuellement que de parler de référendums.»

En menant une campagne pour rebaptiser une autoroute de Québec «autoroute de la Bravoure» afin d'honorer les militaires de Valcartier, Gérard Deltell n'a d'ailleurs pas hésité à afficher son patriotisme canadien.

L'autonomisme dont se réclame Gérard Deltell n'est pas revendicateur comme l'était le rapport Allaire, qui exigeait une série de nouveaux pouvoirs pour le Québec. Il ne vise pas non plus à conclure un nouveau pacte confédéral comme l'envisageait Gilles Taillon. C'est plutôt un autonomisme du statu quo. «L'autonomie, c'est que les provinces s'occupent de leurs responsabilités», décrit-il. «L'autonomisme, c'est: Ottawa, occupe-toi de tes affaires, je m'occupe des miennes. Écoeure-moi pas, je ne t'écoeure pas. On ne se pilera pas sur les pieds et ça va bien aller.»

Dans cette optique, Gérard Deltell juge que Jean Charest est trop agressif envers le gouvernement fédéral. Trop souvent, déplore le chef adéquiste, il manifeste «ses humeurs» à l'endroit du premier ministre Stephen Harper pour des raisons partisanes, comme il l'a fait avec Jean Chrétien et Paul Martin. «Je crois qu'on doit travailler tous ensemble pour le bien commun du citoyen.»

La population a bien d'autres préoccupations que les chicanes constitutionnelles. «Les péquistes font leurs choux gras de la question nationale. Bravo pour eux, moi, je n'embarque pas dans ce train-là.» Le Québec n'a pas signé la Constitution de 1982, mais «il n'y pas urgence en la demeure» de corriger la situation, juge-t-il.

Pour le chef adéquiste, l'heure est aux enjeux économiques; c'est ce qui préoccupe les citoyens. Selon lui, «on s'empiffre de programmes dont on n'a pas les moyens» en endettant les générations futures.

Gérard Deltell a proposé de réduire dès maintenant d'un milliard les dépenses de l'État. Il a remis en question la sécurité d'emploi dont jouissent les fonctionnaires et qui protège, selon lui, «les incompétents» et les «emplois inutiles». Il dit accueillir favorablement les offres de 7 % en cinq ans faites par le gouvernement à ses employés, dans la mesure où le Conseil du trésor s'en tient à cette proposition de base. En revanche, Gérard Deltell trouve légitime la demande des médecins spécialistes qui exigent une augmentation annuelle de 4 % de leur rémunération pour la rendre comparable à celle de leurs pairs des autres provinces. «Eux, ils offrent des solutions. C'est une approche beaucoup plus constructive qu'une approche revendicative de tapage de pieds, de pancartes et de "SO-SO-SO". Je trouve ça intéressant.»

L'ADQ n'est toutefois pas sortie de l'auberge; sa survie n'est pas assurée. Les sondages mettent la formation politique dans le peloton de queue avec Québec solidaire et le Parti vert. Depuis trois mois, il n'y a pas eu d'«effet Deltell» sur l'opinion publique. En outre, le nouveau chef n'a pas réussi à ramener les brebis égarées, les députés Éric Caire et Marc Picard qui ont claqué la porte l'an dernier. C'était pourtant l'objectif qu'il s'était fixé à court terme. «Ce n'est pas un échec personnel. La porte est toujours ouverte», avance-t-il. Point besoin de créer un nouveau parti de droite, comme l'a évoqué Marc Picard. «Si on veut débattre des idées de droite au Québec, c'est chez nous que ça se passe et c'est nous qui avons l'initiative», affirme Gérard Deltell.
10 commentaires
  • Paul Lafrance - Inscrit 17 février 2010 04 h 55

    Bravo, M.Deltell

    Enfin un politicien qui ne parle pas avec la langue de bois. Il livre ses opinions clairement, il ne tergiverse pas. Avec lui, on a l'heure juste. Il ne cherche pas à plaire, il cherche à faire comprendre et à convaincre, c'est toute la différence avec M.Charest et madame Marois. J'espère que les forces de droite au Québec se rallieront derrière M.Deltell.

  • Vincent Bourassa - Inscrit 17 février 2010 08 h 17

    Zap

    Il était ennuyeux à TQS, il est toujours aussi ennuyeux. Puis, pour l’agressivité de Jean Charest envers le fédéral, il faut voir. À Copenhague, ce n’était pas bien?

  • pierre savard - Inscrit 17 février 2010 08 h 39

    Longue vie à l'ADQ

    J'espère que l'ADQ ne disparaîtra pas. Je ne peux imaginer la vie politique avec ses éternels débats entre le PQ et le PLQ, deux partis identiques. L'ADQ est essentielle à la vie démocratique québécoise. Pas d'ADQ ? Je ne vote plus. Je ne me vois pas faire un choix entre le PQ (parti de fonctionnaires) et le PLQ (parti de petits faiseux). Deltell apporte de bonnes idées: fin de la sécurité d'emploi aux fonctionnaires, coupures, etc.

  • Drachme - Inscrit 17 février 2010 09 h 36

    Zap 2

    Tout à fait d'accord avec vous, M. Bourassa. Quel ennui ce Gérard ! Cet homme terne aux idées bien arrêtées m'apparaît comme l'homme du statu quo. À mon avis, M. Deltel n'est pas un autonomiste mais un provincialiste, voire, un fédéraliste à genou. Il serait plus heureux avec Harper à Ottawa que seul (ou presque) à Québec. Et si ce n'est pas Ottawa et bien, il y a toujours le canal V. Après tout, Mario Dumont, la précédente platitude nationale, s'y est bien retrouvé.
    Gino Lesage, Cap-Santé

  • Jocelyn Roy - Abonné 17 février 2010 11 h 17

    Une carrière à la radio en 2013

    Avec tout le respect que je lui dois, je suis quand même porté à dire que M. Deltell semble plus porté vers les constats que vers des solutions concrètes, ce qui semble être la marque de commerce de l'ADQ et de la droite politique québécoise. Par exemple, M. Deltell suggère de couper un milliard dans les dépenses gouvernementales... Peut-il nous confimer où exactement ces coupures seraient effectuées? Et je ne crois pas qu'une attitude anti-syndicale lui sera profitable. Surtout lorsqu'on laisse sous-entendre que la sécurité d'emploi protège l'incompétence. C'est de la petite politique populiste qui ne fait rien avancer.

    Y'aura toujours une place pour lui dans les radios-poubelles de la Vieille Capitale après sa défaite en 2012...