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Entretien avec le chef de l'ADQ - Gérard Deltell, un conservateur dans l'âme

L'ancien journaliste devenu politicien met de côté les chicanes constitutionnelles et s'attaque aux enjeux économiques

Robert Dutrisac   17 février 2010  Québec
Pour le chef adéquiste Gérard Deltell, l’heure est aux enjeux économiques; c’est ce qui préoccupe les citoyens. Selon lui, «on s’empiffre de programmes dont on n’a pas les moyens» en endettant les générations futures.
Photo : Clément Allard - Le Devoir
Pour le chef adéquiste Gérard Deltell, l’heure est aux enjeux économiques; c’est ce qui préoccupe les citoyens. Selon lui, «on s’empiffre de programmes dont on n’a pas les moyens» en endettant les générations futures.
Personnalité publique à Québec où il a été journaliste télé pendant presque 20 ans, principalement à TQS, Gérard Deltell est pratiquement inconnu dans la grande région de Montréal, contrairement à son prédécesseur Mario Dumont. Il y a trois mois, il prenait à 45 ans les rênes de l'Action démocratique du Québec, un parti amoché qu'il s'est donné pour mission de sauver. Portrait d'un homme de droite, conservateur et résolument fédéraliste, qui trouve que Jean Charest est trop chicanier avec le gouvernement de Stephen Harper.

Québec — Dans son bureau de l'Assemblée nationale sont accrochés quatre tableaux de scènes d'hiver «canadiana» — des chevaux et encore des chevaux qui tirent des carrioles dans la forêt québécoise — signés Frederick Simpson Coburn et William Raphael, des oeuvres prêtées par le Musée des beaux-arts du Québec et choisies par le nouveau chef de l'Action démocratique du Québec. L'art contemporain, ce n'est pas sa tasse de thé. En matière d'art, Gérard Deltell est conservateur, reconnaît-il sans ambages.

Sur le plan politique aussi. «Je me suis toujours senti à l'aise avec les idées de droite, signale Gérard Deltell. J'ai toujours pensé que c'était plus réaliste et responsable d'avoir une vision de droite plutôt qu'une vision de gauche.»

Ce n'est pas sans fierté qu'il montre une photo où on voit le jeune Deltell serrer la main de Brian Mulroney en 1984, quelques mois avant que le chef progressiste-conservateur devienne premier ministre. Ou encore avec Joe Clark et son épouse, Maureen McTeer, à l'été 1983 alors qu'il travaillait au bureau du député.

Son intérêt pour la politique remonte à son enfance. «Enfant, je suivais le Watergate; j'avais sept ou huit ans. D'ailleurs, Nixon a démissionné le jour de mes dix ans, le 8 août 1974», relate-t-il.

C'est à 17 ans, en 1981, que Gérard Deltell adhère au Parti progressiste-conservateur. Il gardera sa carte de membre jusqu'en 1986, au moment où il décide d'embrasser la carrière de journaliste.

En 2003, alors qu'il était journaliste à TQS (maintenant V), Gérard Deltell est approché à tour de rôle par le Parti libéral, l'ADQ et le Parti québécois pour qu'il se présente aux élections générales. Le manège se répète à l'élection partielle de 2004 dans la circonscription de Vanier, puis aux élections générales de 2007. «C'était toujours non. Du moment que tu commences à réfléchir à ça, tu as le doigt dans l'engrenage et c'est fini [le journalisme]», fait valoir le chef adéquiste. En 2008, alors qu'il n'est plus journaliste, TQS ayant fermé sa salle de rédaction, Gérald Deltell se laisse séduire par l'ADQ. «Par conviction profonde», dit-il.

«Jamais un homme politique, qui n'a pas exercé le pouvoir directement, a eu autant d'impact sur le cours de l'histoire politique que Mario Dumont», avance son successeur. Il cite les débats que l'ADQ a lancés depuis sa fondation en 1994: vieillissement de la population, endettement public, financement de la santé, etc.

Lors du référendum sur la souveraineté-partenariat en 1995, Gérard Deltell ne suit pas le mot d'ordre de Mario Dumont. Résolument fédéraliste, il vote NON à l'instar des Jean Chétien, Daniel Johnson et Jean Charest. Sa position n'a pas changé depuis: il voterait NON à un nouveau référendum sur la souveraineté. Contrairement à ce que proposait l'actuel président de l'ADQ, Christian Lévesque, en octobre dernier, Deltell écarte l'idée de recourir à un référendum pour faire avancer les revendications du Québec. «Non, non, non. Il y a tellement d'autres choses à faire au Québec actuellement que de parler de référendums.»

En menant une campagne pour rebaptiser une autoroute de Québec «autoroute de la Bravoure» afin d'honorer les militaires de Valcartier, Gérard Deltell n'a d'ailleurs pas hésité à afficher son patriotisme canadien.

L'autonomisme dont se réclame Gérard Deltell n'est pas revendicateur comme l'était le rapport Allaire, qui exigeait une série de nouveaux pouvoirs pour le Québec. Il ne vise pas non plus à conclure un nouveau pacte confédéral comme l'envisageait Gilles Taillon. C'est plutôt un autonomisme du statu quo. «L'autonomie, c'est que les provinces s'occupent de leurs responsabilités», décrit-il. «L'autonomisme, c'est: Ottawa, occupe-toi de tes affaires, je m'occupe des miennes. Écoeure-moi pas, je ne t'écoeure pas. On ne se pilera pas sur les pieds et ça va bien aller.»

Dans cette optique, Gérard Deltell juge que Jean Charest est trop agressif envers le gouvernement fédéral. Trop souvent, déplore le chef adéquiste, il manifeste «ses humeurs» à l'endroit du premier ministre Stephen Harper pour des raisons partisanes, comme il l'a fait avec Jean Chrétien et Paul Martin. «Je crois qu'on doit travailler tous ensemble pour le bien commun du citoyen.»

La population a bien d'autres préoccupations que les chicanes constitutionnelles. «Les péquistes font leurs choux gras de la question nationale. Bravo pour eux, moi, je n'embarque pas dans ce train-là.» Le Québec n'a pas signé la Constitution de 1982, mais «il n'y pas urgence en la demeure» de corriger la situation, juge-t-il.

Pour le chef adéquiste, l'heure est aux enjeux économiques; c'est ce qui préoccupe les citoyens. Selon lui, «on s'empiffre de programmes dont on n'a pas les moyens» en endettant les générations futures.

Gérard Deltell a proposé de réduire dès maintenant d'un milliard les dépenses de l'État. Il a remis en question la sécurité d'emploi dont jouissent les fonctionnaires et qui protège, selon lui, «les incompétents» et les «emplois inutiles». Il dit accueillir favorablement les offres de 7 % en cinq ans faites par le gouvernement à ses employés, dans la mesure où le Conseil du trésor s'en tient à cette proposition de base. En revanche, Gérard Deltell trouve légitime la demande des médecins spécialistes qui exigent une augmentation annuelle de 4 % de leur rémunération pour la rendre comparable à celle de leurs pairs des autres provinces. «Eux, ils offrent des solutions. C'est une approche beaucoup plus constructive qu'une approche revendicative de tapage de pieds, de pancartes et de "SO-SO-SO". Je trouve ça intéressant.»

L'ADQ n'est toutefois pas sortie de l'auberge; sa survie n'est pas assurée. Les sondages mettent la formation politique dans le peloton de queue avec Québec solidaire et le Parti vert. Depuis trois mois, il n'y a pas eu d'«effet Deltell» sur l'opinion publique. En outre, le nouveau chef n'a pas réussi à ramener les brebis égarées, les députés Éric Caire et Marc Picard qui ont claqué la porte l'an dernier. C'était pourtant l'objectif qu'il s'était fixé à court terme. «Ce n'est pas un échec personnel. La porte est toujours ouverte», avance-t-il. Point besoin de créer un nouveau parti de droite, comme l'a évoqué Marc Picard. «Si on veut débattre des idées de droite au Québec, c'est chez nous que ça se passe et c'est nous qui avons l'initiative», affirme Gérard Deltell.
 
 
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  • Paul Lafrance
    Inscrit
    mercredi 17 février 2010 04h55
    Bravo, M.Deltell
    Enfin un politicien qui ne parle pas avec la langue de bois. Il livre ses opinions clairement, il ne tergiverse pas. Avec lui, on a l'heure juste. Il ne cherche pas à plaire, il cherche à faire comprendre et à convaincre, c'est toute la différence avec M.Charest et madame Marois. J'espère que les forces de droite au Québec se rallieront derrière M.Deltell.

  • Vincent Bourassa
    Abonné
    mercredi 17 février 2010 08h17
    Zap
    Il était ennuyeux à TQS, il est toujours aussi ennuyeux. Puis, pour l’agressivité de Jean Charest envers le fédéral, il faut voir. À Copenhague, ce n’était pas bien?

  • pierre savard
    Inscrit
    mercredi 17 février 2010 08h39
    Longue vie à l'ADQ
    J'espère que l'ADQ ne disparaîtra pas. Je ne peux imaginer la vie politique avec ses éternels débats entre le PQ et le PLQ, deux partis identiques. L'ADQ est essentielle à la vie démocratique québécoise. Pas d'ADQ ? Je ne vote plus. Je ne me vois pas faire un choix entre le PQ (parti de fonctionnaires) et le PLQ (parti de petits faiseux). Deltell apporte de bonnes idées: fin de la sécurité d'emploi aux fonctionnaires, coupures, etc.

  • Drachme
    Inscrit
    mercredi 17 février 2010 09h36
    Zap 2
    Tout à fait d'accord avec vous, M. Bourassa. Quel ennui ce Gérard ! Cet homme terne aux idées bien arrêtées m'apparaît comme l'homme du statu quo. À mon avis, M. Deltel n'est pas un autonomiste mais un provincialiste, voire, un fédéraliste à genou. Il serait plus heureux avec Harper à Ottawa que seul (ou presque) à Québec. Et si ce n'est pas Ottawa et bien, il y a toujours le canal V. Après tout, Mario Dumont, la précédente platitude nationale, s'y est bien retrouvé.
    Gino Lesage, Cap-Santé

  • Jocelyn Roy
    Inscrit
    mercredi 17 février 2010 11h17
    Une carrière à la radio en 2013
    Avec tout le respect que je lui dois, je suis quand même porté à dire que M. Deltell semble plus porté vers les constats que vers des solutions concrètes, ce qui semble être la marque de commerce de l'ADQ et de la droite politique québécoise. Par exemple, M. Deltell suggère de couper un milliard dans les dépenses gouvernementales... Peut-il nous confimer où exactement ces coupures seraient effectuées? Et je ne crois pas qu'une attitude anti-syndicale lui sera profitable. Surtout lorsqu'on laisse sous-entendre que la sécurité d'emploi protège l'incompétence. C'est de la petite politique populiste qui ne fait rien avancer.

    Y'aura toujours une place pour lui dans les radios-poubelles de la Vieille Capitale après sa défaite en 2012...

  • Godefroy
    Abonné
    mercredi 17 février 2010 14h27
    Le brave Gérard en beaux habits
    Si TQS ne l'avait pas mis à la porte, est-ce que Gérard serait à la tête de l'ADQ ?

    Il n'y a rien derrière et devant sa porte.

  • Jocelyn Roy
    Inscrit
    jeudi 18 février 2010 08h36
    Représentatif?
    Seulement six commentaires suite à l'article de M. Dutrisac. Serait-ce représentatif de l'appui actuel envers le chef ou un signe que les militants de la droite ne connaissent pas l'existence du Devoir?

  • Frédéric Lord
    Inscrit
    jeudi 18 février 2010 12h41
    Bravo M. Deltell et bonne chance!
    Si Gérard Deltell est ennuyeux à votre sens, du miens, les chefs du PLQ, du PQ, de QS, du PLC, du BQ le sont tout autant...

    Vous ne me semblez même pas connaître Gérard Deltell... Vous même n'arrivez pas à laisser poindre la moindre amorce d'une argumentation contre lui...

    Il a démontré, depuis son élection, de son courage en allant voir des syndicaleux qui avaient des demandes peu justifiées et en leur disant en pleine face que ces demandes étaient déraisonnables, alors que les autres ont préféré l'électoralisme aux principes...

    Il démontre une étonnante capacité à rallier des gens derrière lui... La population de Québec était unanimement derrière lui dans le dossier de l'Autoroute de la Bravoure... Il en est de même dans l'ADQ... S'il s'était présenté le printemps dernier, au moins deux des trois candidats se seraient ralliés à lui... Il faisait déjà l'unanimité...

    Contrairement à ses prédécesseurs, Deltell n'est pas un politicien de carrière, mais un citoyen engagé qui fait de la politique. La politique c'est sa passion d'une vie. Ça transparaît dans toutes ses interventions... La politique, ça ne faisait pas partie de ses plans de carrière...

    Certains le qualifient de peu expérimenté, mais ils oublient toute celle qu'il a en tant que journaliste couvrant les coulisses du pouvoir. Des politiciens et des politiques, il en a vu de toutes les couleurs... Il connaît précisément les programmes des partis et les partis, les faiblesses et les forces de ses adversaires...

    Il est certain que la position de chef d'un parti presque en ruines est extrêmement difficile à assumer. Toutefois, c'est un défi qui peut être relevé, si le chef d'orchestre dirige avec brio.

    Aux antipodes des autres chefs de partis, Deltell possède les qualités requises d'un chef... Il a toutes sortes de points forts que nul autre ne possède en ce temps tous partis confondus : du charisme, de l'humilité, de l'honnêteté intellectuelle, de l'intégrité, de l'intelligence, de la diligence et de la souvenance. Tout cela, le chef démissionnaire n’a jamais eu et n'aura jamais.

    On verra bien si elles suffiront à rallier le stroupes et ramener les brebis perdues...

    En ayant un chef qui colle à SES idées et respect sa base partisanne et tous ceux qui ont voté pour lui, tout peut arriver. Contrairement aux Charest et Marois de se monde, si M. Deltell reste fidèle à SES convictions il ne reculera devant personne.

    Et à tout ceux qui disent que l'ADQ doit disparaître. On voit que pour vous la démocratie ne veut rien dire. Car malgré les problèmes qui les afflige présentement, plusieurs centaines de milliers de personnes ont voté pour eux.

  • Jocelyn Roy
    Inscrit
    vendredi 19 février 2010 12h58
    Un fan inconditionnel
    M. Lord, le moins qu'on puisse dire est que vous débordez d'enthousiasme! Vous semblez connaître M. Deltell personnellement, tant mieux pour vous... Mais que voulez-vous, de notre côté, nous essayons de mieux le connaître. L'effort y est, n'ayez crainte.

    A-t-il fait preuve de courage en associant le syndicalisme à l'incompétence? Sans aucun doute. N'oubliez pas que Mme Marois a utilisé la même forme de courage lorsqu'elle a dit que les demandes syndicales étaient exagérées...

    Je ne suis pas certain qu'il ait réussi à rallier les militants de l'ADQ derrière lui. Les deux députés indépendants qui ont quitté le navire l'an dernier ne semblent pas intéressés à se joindre à son équipe. L'ancien député de Chambly, Richard Merlini, a définitvement tourné le dos à son parti. Madame Joanne Marcotte, militante de la première heure, a également décidé de regarder ailleurs. Le conseiller politique Pierre Morin ne semble pas vouloir retourner dans le parti. Bref, pas grand signe d'un rassemblement des forces de droite...

    Et vous m'apprenez que l'Autoroute de la Bravoure fait l'unanimité à Québec. Unanimité, c'est pas peu dire! Aucune opposition? Alors là, faut lui dire bravo.

    J'admire votre admiration (aveugle?) envers l'homme.

  • Simenon
    Inscrit
    vendredi 5 mars 2010 20h31
    Une droite sans envergure
    ...Il démontre une étonnante capacité à rallier des gens derrière lui...
    Où? Quand? Comment? Mis à part changer le nom d’une autoroute, je ne vois franchement pas.
    Frapper les syndicats et les méchants fonctionnaires, en voila des idées nouvelles.
    Sa vision de l’autonomie est d’un simplisme à faire peur, si jamais le gouvernement fédéral empiète dans les champs de compétences du Québec, que fera-t-il? Dertell semble réduire l’État-nation québécois à une simple région. Des ambitions de maire, en lieu et place de chef d’État.
    Il incarne des idées de droite d’une autre époque, un Québec folklorique, fier d’être une province qui ne revendique rien. C’est un fédéraliste sans aucune combativité ni imagination.

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