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    Le domaine des souhaits

    Michel David
    16 février 2010 |Michel David | Québec | Chroniques
    Avez-vous trouvé qu'il n'y avait pas assez de français à l'ouverture des Jeux de Vancouver? Rassurez-vous, le premier ministre Charest est du même avis. Mais, «bon, ça fait partie du domaine des souhaits et de ce que nous espérons pour le reste des Jeux».

    Cela résume parfaitement l'attitude générale de M. Charest envers le reste du Canada. Il n'exige rien, il ne demande rien, il se contente de souhaiter et d'espérer. Comme un enfant souffle les bougies sur son gâteau d'anniversaire en pensant que son voeu va se réaliser, M. Charest pratique ce que les anglophones appellent le wishful thinking.

    En ce qui concerne la place du français, il s'est toujours réfugié dans le déni. En mai 1998, fraîchement débarqué sur la scène québécoise, il avait présenté aux militants libéraux de Châteauguay une version étonnante de l'histoire du Canada. «Nous avons réussi à préserver cette langue et cette culture parce que nos voisins des autres provinces canadiennes étaient des alliés, des amis, et non pas des étrangers», avait-il déclaré le plus sérieusement du monde.

    Dans ce cas, que faut-il penser du Public School Act à l'Île-du-Prince-Édouard? De la suppression des écoles françaises au Manitoba? Du règlement 17 en Ontario? Le moins que l'on puisse dire est que nos amis et alliés avaient une curieuse façon d'exprimer leur amour du français.

    Dans son autobiographie, M. Charest a expliqué qu'il ne fallait pas s'en faire avec cela. «Trop souvent chez nous, on fait l'erreur de penser que s'il y a eu par le passé des conflits, des erreurs, des désaccords, c'est que c'est la règle et non l'exception. L'Acte d'union, c'est évident, ce n'était pas la trouvaille du siècle pour les francophones, mais l'Acte d'union, ça n'a pas marché! C'est le genre d'erreurs de parcours qu'il faudrait peut-être éviter de monter en épingle comme si elles avaient vraiment eu des répercussions concrètes.»

    ***

    Pour avoir sillonné le pays pendant toutes ces années où il rêvait d'en devenir le premier ministre, M. Charest sait très bien que ces «erreurs de parcours» ont eu pour effet d'humilier et d'assimiler des générations de francophones hors Québec. Cela me paraît tristement concret. Si l'Acte d'union «n'a pas marché», c'est simplement parce que les francophones du Bas-Canada étaient trop nombreux pour être assimilés.

    À Vancouver, on a également envoyé au monde entier un message très concret: au Canada, on ne respecte pas le français, ni ceux qui le parlent sauf s'ils montent sur le podium drapés d'un unifolié.

    Cela faisait des mois, voire des années que l'on s'inquiétait du peu de place réservé au français à Vancouver. Résultat: le directeur général du comité organisateur, John Furlong, n'a pas été foutu d'en baragouiner plus de quelques mots.

    Peu importe les larmes de crocodile du ministre du Patrimoine, James Moore, qui promettait des jeux bilingues, et les protestations du commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, qui va d'une désillusion à l'autre, le mal est fait.

    Bon, M. Charest aurait souhaité autre chose, mais pourquoi monter cette «erreur de parcours» en épingle, n'est-ce pas? Tout le monde sait à quel point nos amis et alliés du ROC nous aiment.

    D'ailleurs, il faut toujours dire la vérité à ses amis. Cette invisibilité du français avait au moins le mérite de la franchise. Quand on connaît le sort réservé aux autochtones, la façon dont on en a fait les vedettes d'un soir était franchement indécente.

    ***

    À force de se voir présenter l'autre joue après chaque affront, pourquoi le Canada anglais ferait-il le moindre effort pour plaire au Québec? Il semble même qu'à Vancouver, on en soit rendu à s'offusquer des réactions négatives que l'unilinguisme des Jeux provoque ici.

    Il est vrai que, depuis le référendum de 1995, les Québécois ont essuyé toutes les rebuffades sans réagir. C'est même cette apathie que Lucien Bouchard avait évoquée pour justifier sa démission en janvier 2001.

    Contrairement à ses prédécesseurs, qui avaient tenté de contrer les effets du coup de force constitutionnel de 1982, soit en réclamant formellement une réforme de la fédération satisfaisante pour le Québec, soit en tentant de convaincre les Québécois de la quitter, Jean Charest s'en est toujours tenu au «domaine des souhaits».

    Après avoir assisté, aux premières loges, aux échecs de Meech et de Charlottetown, il a estimé que la meilleure façon d'en éviter un troisième était de ne rien demander, quitte à laisser Ottawa agir à sa guise. Le rapport Pelletier, qui réclamait dix modifications spécifiques, a donc été tabletté aussitôt après avoir été présenté.

    Au cours des deux dernières campagnes électorales, le PLQ s'est engagé à négocier une entente administrative qui reconnaîtrait au Québec la maîtrise d'oeuvre en matière de culture et de communications. Puisque le gouvernement Harper ne s'est même pas donné la peine d'accuser réception des lettres de ses ministres, M. Charest n'a pas insisté.

    Aujourd'hui, sa politique constitutionnelle semble se limiter à profiter de ses voyages pour asticoter M. Harper sur l'environnement et à souhaiter que... À souhaiter quoi au juste?












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