Le cégep et l'université francophones pour intégrer les immigrants
L'éducation et l'emploi doivent aller de pair dans le processus de francisation des nouveaux arrivants, affirme une étude de l'IRPP
Photo : Agence France-Presse Thomas Wirth
Pour encourager les immigrants à travailler en français, il faudrait les inciter à fréquenter davantage les établissements francophones lors de leurs études post-secondaires, soutiennent des chercheurs du Centre d’études ethniques des universités montréalaises.
À retenir
Le milieu de travail est un pôle important de francisation des immigrants, et il faut s'en occuper davantage, conclut une nouvelle étude de l'IRPP. Pour améliorer l'usage du français dans les entreprises, il faut notamment encourager les jeunes immigrants à fréquenter les cégeps et les universités francophones, disent les auteurs.
Forcer les entreprises de moins de 50 employés à obtenir un certificat de francisation, comme le souhaite le Parti québécois, n'est pas le meilleur chemin pour améliorer l'intégration des immigrants au Québec, révèle une nouvelle étude de l'Institut de recherche en politique publique (IRPP). Le document de 44 pages, dont Le Devoir a obtenu copie, s'intitule L'Intégration linguistique des immigrants au Québec. Il sera rendu public ce matin.
Les auteurs estiment qu'il faut avant tout ouvrir les portes du marché du travail en français aux immigrants, puisque l'entreprise est l'un des endroits par excellence de francisation. «Les immigrants adultes ont, sur leur lieu de travail, un contact avec les langues qui constitue un creuset influençant fortement leur intégration», expliquent les auteurs, Michel Pagé et Patricia Lamarre, qui sont chercheurs au Centre d'études ethniques des universités montréalaises.
Encourager les immigrants à travailler en français devrait donc être un axe important des politiques publiques, soutiennent-ils. Pour y parvenir, deux chemins s'imposent: amener les immigrants à fréquenter davantage les cégeps et les universités francophones; et renforcer les cours de français offerts aux immigrants à leur arrivée.
Les limites d'une loi
Or, la situation actuelle ne permet pas de pousser véritablement les immigrants vers des emplois en français. Pour changer les choses, l'étude remet en doute l'utilité d'étendre la certification des entreprises à celles qui renferment moins de 50 employés. Il ne faut pas surestimer l'effet d'une loi, disent les auteurs. «Il est courant de penser que l'histoire des trente dernières années démontre que le moteur premier des changements dans la situation linguistique du Québec est la loi 101. Cet argument ignore que la loi 101 n'est que l'un des facteurs — et peut-être pas le plus puissant — qui a rendu possible la situation actuelle. C'est un ensemble de conditions sociologiques qui ont finalement favorisé l'essor du français», peut-on lire.
Une loi ne peut pas modifier la réalité du marché du travail, disent les auteurs. Par exemple, la propriété anglophone de l'entreprise ou le fait que la compagnie brasse des affaires avec des clients hors du Québec va toujours avoir une influence. «Dans les entreprises où francophones bilingues et anglophones unilingues se côtoient, par exemple, l'anglais devient vite la principale langue de communication, et une loi ne peut pas avoir d'action directe sur ce plan», peut-on lire.
Deux axes à suivre
Les auteurs mettent en avant deux pistes à privilégier pour améliorer la situation du français dans les milieux de travail. D'abord, il faut que les nouveaux arrivants qui fréquentent l'école optent davantage pour les cégeps et les universités francophones dans leur parcours.
Actuellement, environ 40 % des immigrants qui ont étudié en français au primaire et au secondaire choisissent de faire leurs études collégiales en anglais. En nombre, il s'agirait de 1400 personnes par année. Au niveau universitaire, près de 50 % des immigrants ayant fait un parcours en français jusque-là bifurquent vers une université anglophone.
Ces choix ont une incidence importante, notent les auteurs. «La langue d'enseignement du collège et de l'université que les jeunes choisissent de fréquenter devient souvent celle qu'ils maîtriseront le mieux — en particulier dans leur domaine d'études —, et celle qu'ils souhaiteront donc utiliser au travail par la suite», peut-on lire.
Les auteurs affirment toutefois que des études plus approfondies seront nécessaires pour évaluer ce phénomène.
L'étude souligne également que des programmes existants sont sous-utilisés et sous-financés. «Avant de penser à de nouveaux programmes, il faut doter les programmes existants de moyens adéquats pour atteindre leurs objectifs; cela s'applique notamment à l'enseignement du français aux immigrants.»
Forcer les entreprises de moins de 50 employés à obtenir un certificat de francisation, comme le souhaite le Parti québécois, n'est pas le meilleur chemin pour améliorer l'intégration des immigrants au Québec, révèle une nouvelle étude de l'Institut de recherche en politique publique (IRPP). Le document de 44 pages, dont Le Devoir a obtenu copie, s'intitule L'Intégration linguistique des immigrants au Québec. Il sera rendu public ce matin.
Les auteurs estiment qu'il faut avant tout ouvrir les portes du marché du travail en français aux immigrants, puisque l'entreprise est l'un des endroits par excellence de francisation. «Les immigrants adultes ont, sur leur lieu de travail, un contact avec les langues qui constitue un creuset influençant fortement leur intégration», expliquent les auteurs, Michel Pagé et Patricia Lamarre, qui sont chercheurs au Centre d'études ethniques des universités montréalaises.
Encourager les immigrants à travailler en français devrait donc être un axe important des politiques publiques, soutiennent-ils. Pour y parvenir, deux chemins s'imposent: amener les immigrants à fréquenter davantage les cégeps et les universités francophones; et renforcer les cours de français offerts aux immigrants à leur arrivée.
Les limites d'une loi
Or, la situation actuelle ne permet pas de pousser véritablement les immigrants vers des emplois en français. Pour changer les choses, l'étude remet en doute l'utilité d'étendre la certification des entreprises à celles qui renferment moins de 50 employés. Il ne faut pas surestimer l'effet d'une loi, disent les auteurs. «Il est courant de penser que l'histoire des trente dernières années démontre que le moteur premier des changements dans la situation linguistique du Québec est la loi 101. Cet argument ignore que la loi 101 n'est que l'un des facteurs — et peut-être pas le plus puissant — qui a rendu possible la situation actuelle. C'est un ensemble de conditions sociologiques qui ont finalement favorisé l'essor du français», peut-on lire.
Une loi ne peut pas modifier la réalité du marché du travail, disent les auteurs. Par exemple, la propriété anglophone de l'entreprise ou le fait que la compagnie brasse des affaires avec des clients hors du Québec va toujours avoir une influence. «Dans les entreprises où francophones bilingues et anglophones unilingues se côtoient, par exemple, l'anglais devient vite la principale langue de communication, et une loi ne peut pas avoir d'action directe sur ce plan», peut-on lire.
Deux axes à suivre
Les auteurs mettent en avant deux pistes à privilégier pour améliorer la situation du français dans les milieux de travail. D'abord, il faut que les nouveaux arrivants qui fréquentent l'école optent davantage pour les cégeps et les universités francophones dans leur parcours.
Actuellement, environ 40 % des immigrants qui ont étudié en français au primaire et au secondaire choisissent de faire leurs études collégiales en anglais. En nombre, il s'agirait de 1400 personnes par année. Au niveau universitaire, près de 50 % des immigrants ayant fait un parcours en français jusque-là bifurquent vers une université anglophone.
Ces choix ont une incidence importante, notent les auteurs. «La langue d'enseignement du collège et de l'université que les jeunes choisissent de fréquenter devient souvent celle qu'ils maîtriseront le mieux — en particulier dans leur domaine d'études —, et celle qu'ils souhaiteront donc utiliser au travail par la suite», peut-on lire.
Les auteurs affirment toutefois que des études plus approfondies seront nécessaires pour évaluer ce phénomène.
L'étude souligne également que des programmes existants sont sous-utilisés et sous-financés. «Avant de penser à de nouveaux programmes, il faut doter les programmes existants de moyens adéquats pour atteindre leurs objectifs; cela s'applique notamment à l'enseignement du français aux immigrants.»
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