À la recherche d'une solution de rechange aux accommodements raisonnables

Le professeur à l’Université d’Ottawa Salah Basalamah se demande comment les accommodements raisonnables peuvent servir à intégrer les immigrants. «N’est-ce pas plutôt une façon de dire et de faire remarquer qu’il y a des groupes différents?»
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le professeur à l’Université d’Ottawa Salah Basalamah se demande comment les accommodements raisonnables peuvent servir à intégrer les immigrants. «N’est-ce pas plutôt une façon de dire et de faire remarquer qu’il y a des groupes différents?»

Les accommodements raisonnables découragent de plus en plus d'employeurs québécois à embaucher des travailleurs immigrants, a constaté la Commission des droits de la personne. Et s'ils n'étaient pas la solution à l'intégration? C'est du moins le point de vue de certains musulmans, dont Salah Basalamah, professeur à l'École de traduction et d'interprétation de l'Université d'Ottawa, qui a défendu cette thèse lors d'une soirée organisée par Présence musulmane jeudi soir dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges.

Salah Basalamah a rappelé que les accommodements raisonnables étaient avant tout un instrument juridique. «C'est un outil dont les personnes handicapées profitaient et pas du tout les adeptes des religions», a-t-il noté au cours de la conférence intitulée «Musulmans face aux modèles d'intégration: cas français et québécois».

Selon lui, un tel outil juridique ne ferait, au contraire, qu'exacerber les différences. «Comment cela peut-il servir à intégrer les immigrants? N'est-ce pas plutôt une façon de dire et de faire remarquer qu'il y a des groupes différents? a-t-il lancé à l'auditoire d'une trentaine de personnes, surtout musulmanes. En deçà de la voie juridique, il faut trouver un mécanisme, une solution de rechange aux accommodements raisonnables.»

Il appuie ainsi certaines des recommandations du rapport de la commission Bouchard-Taylor, déposé il y a 18 mois, notamment celles qui vont dans le sens d'une voie citoyenne, soit celle des «arrangements à l'amiable». «Il faut se rendre accessible aux autres et rendre les autres accessibles à soi. J'appelle ça de la traduction citoyenne», a soutenu M. Basalamah.

Concrètement, il propose la mise en place de «réunions mensuelles à l'échelle des quartiers» composées de citoyens québécois dits de souche et d'immigrants issus des différentes communautés culturelles, qui discuteraient de leurs différences et des façons de mieux cohabiter. Ce processus pourrait être encadré par l'État afin que les échos de la «classe citoyenne» parviennent aux oreilles des politiciens, a-t-il suggéré. Un dialogue multidirectionnel et non des citoyens vers des commissaires, comme ce fut le cas lors de la commission Bouchard-Taylor.

Afin d'éviter les débordements et les invectives, M. Basalamah propose qu'une personnalité désignée par l'assemblée citoyenne agisse comme modératrice pour faire régner l'ordre et le respect. «Si les gens étaient filmés, ils feraient plus attention à ce qu'ils disent», a-t-il dit.

Toujours les mêmes voix

M. Basalamah a par ailleurs déploré que les musulmans ainsi que d'autres communautés d'immigrants n'aient pas de voix dans le débat qui secoue actuellement le Québec, hormis lors des séances de la commission Bouchard-Taylor. «On doit pouvoir s'exprimer librement et à la même hauteur» que les autres, a-t-il revendiqué, ajoutant que le débat actuel était l'otage des mêmes personnes qui se renvoient la balle à travers les médias et monopolisent les prises de parole dans l'espace public.

Engagé depuis une vingtaine d'années sur des questions comme l'Islam et les musulmans en Europe, Fouad Imarraine a quant à lui dressé un portrait plus sombre de l'intégration des immigrés français. Peu d'entre eux prennent part au débat qui s'est «parlementarisé» et l'intégration socioculturelle est loin d'être achevée, a-t-il rappelé.

Malgré l'embrasement sur ces questions épineuses, M. Imarraine reconnaît qu'au Québec le dialogue n'est pas rompu. «La chance que vous avez, c'est de pouvoir encore multiplier les échanges», a-t-il conclu.
19 commentaires
  • nonauracisme - Inscrit 13 février 2010 00 h 58

    Je ne crois pas que les accomodements sont la raison.

    "Les accommodements raisonnables découragent de plus en plus d'employeurs québécois à embaucher des travailleurs immigrants, a constaté la Commission des droits de la personne."

    Les accomodments sont des excuses pour cacher le haut taux de chomage des immigrants au quebec. Ces immigrants sont instruits, francophone, non musulman, non demandeur d accomodement mais trouve toujours pas d emplois dans leur specialisation compare a leur collegues quebecois. Quand on est incapable d expliquer ce phenomene, on utilise les accomodements pour se cacher. J ai vecu 20 ans aux etats unis, plein d accomodements, le marche du travail est ouvert a la competence peut importe ta couleur de peau ou ton origine. Les autres grandes villes dans le reste du canada ne semble pas avoir nos problemes.

  • Carole Dionne - Inscrite 13 février 2010 11 h 24

    UNE SOLUTION:



    Que les employeurs n'engage pas les ethnies qui causent problème et ils ne sont pas une tonne. Donc, si ces ethnies ne trouve pas d'emploi, ils n'auront qu'eux même à blâmer ou à leur semblables et ce sera à eux de mettre au pas leurs semblables.


    Pis moi, le POLITICALLY correct, j'en ai plein mon chapeau.


    Donc les employeurs, ne lâchez pas: n'engagez aucun musulmans ou les shiks: avez-vous des problèmes avec la satané religion des français, grecs, chinois, japonnais, je vais presque tous les nommer. Pourquoi êtres gêner de ne pas engager ces monsieur ou pauvres petites madames.


    Utilisateur= payeur

  • Salah Basalamah - Inscrit 13 février 2010 11 h 30

    Erratum

    Ce n'est pas une solution de rechange dont il est question dans la proposition formulée, mais d'un travail en amont de la voie juridique des accommodements raisonnables (un recours d'exception), un travail préventif de "traduction citoyenne", c'est-à-dire un dialogue multidirectionnel citoyen et immédiat (sans-médias). Donc en deçà des accommodements raisonnables, il y a ce que le rapport Bouchard-Taylor appelle "la voie citoyenne", une sorte d'arrangement à l'amiable, mais qu'il faut élaborer et articuler de façon plus concrète et systématique sur le terrain par l'entremise de ce que j'appelle une "Agora citoyenne" à paliers et parrainée par l'État.

  • Philippe Labossiere - Inscrit 13 février 2010 14 h 37

    Est-ce vraiment raisonnable?

    Si je comprends bien..M. Basalamah veut instrumentaliser l'État au service du communautarisme et de sa cause... Il est vrai que l'islam va de pair avec plus d'État et moins de liberté individuelle ou de conscience.

    M. Salah Basalamah est un grand ami de Tariq Ramadan..et est un des leader du lobby Présence musulmane au Québec. Ce même lobby qui a noyauté la Fédération des femmes du Québec afin de faire accepter le voile dans la fonction publique.

    Présence musulmane est un lobby politico-islamiste et est une création des partisans de Tariq Ramadan et des Frères musulmans. Leur véritable but est d'implanter sournoisement l'islam politique en Occident. Il sont très intelligents et savent comment manipuler les médias ..

    Il y a toujours un but et tout est question de stratégie afin de faire avancer leur idéologie politico-religieuse dans leur nouvelle société ou en Dar al-Harb


    Il est vrai que Bouchard-Taylor ont été plutôt sympathique à leur stratégie..ils ont fait un sacré boulot afin de convaincre les idiots utiles..

    La patience est un vertu pour les tenants de l'islam politique et les islamistes...la loi du nombre est incoutournable et ils raffinent leur stratégie continuellement....

    L'islamisme est par définition une idéologie expansionniste
    et représente une vision absolue et liberticide de la société..