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    À la recherche d'une solution de rechange aux accommodements raisonnables

    13 février 2010 |Lisa-Marie Gervais | Québec
    Le professeur à l’Université d’Ottawa Salah Basalamah se demande comment les accommodements raisonnables peuvent servir à intégrer les immigrants. «N’est-ce pas plutôt une façon de dire et de faire remarquer qu’il y a des groupes différents?»
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le professeur à l’Université d’Ottawa Salah Basalamah se demande comment les accommodements raisonnables peuvent servir à intégrer les immigrants. «N’est-ce pas plutôt une façon de dire et de faire remarquer qu’il y a des groupes différents?»
    Les accommodements raisonnables découragent de plus en plus d'employeurs québécois à embaucher des travailleurs immigrants, a constaté la Commission des droits de la personne. Et s'ils n'étaient pas la solution à l'intégration? C'est du moins le point de vue de certains musulmans, dont Salah Basalamah, professeur à l'École de traduction et d'interprétation de l'Université d'Ottawa, qui a défendu cette thèse lors d'une soirée organisée par Présence musulmane jeudi soir dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges.

    Salah Basalamah a rappelé que les accommodements raisonnables étaient avant tout un instrument juridique. «C'est un outil dont les personnes handicapées profitaient et pas du tout les adeptes des religions», a-t-il noté au cours de la conférence intitulée «Musulmans face aux modèles d'intégration: cas français et québécois».

    Selon lui, un tel outil juridique ne ferait, au contraire, qu'exacerber les différences. «Comment cela peut-il servir à intégrer les immigrants? N'est-ce pas plutôt une façon de dire et de faire remarquer qu'il y a des groupes différents? a-t-il lancé à l'auditoire d'une trentaine de personnes, surtout musulmanes. En deçà de la voie juridique, il faut trouver un mécanisme, une solution de rechange aux accommodements raisonnables.»

    Il appuie ainsi certaines des recommandations du rapport de la commission Bouchard-Taylor, déposé il y a 18 mois, notamment celles qui vont dans le sens d'une voie citoyenne, soit celle des «arrangements à l'amiable». «Il faut se rendre accessible aux autres et rendre les autres accessibles à soi. J'appelle ça de la traduction citoyenne», a soutenu M. Basalamah.

    Concrètement, il propose la mise en place de «réunions mensuelles à l'échelle des quartiers» composées de citoyens québécois dits de souche et d'immigrants issus des différentes communautés culturelles, qui discuteraient de leurs différences et des façons de mieux cohabiter. Ce processus pourrait être encadré par l'État afin que les échos de la «classe citoyenne» parviennent aux oreilles des politiciens, a-t-il suggéré. Un dialogue multidirectionnel et non des citoyens vers des commissaires, comme ce fut le cas lors de la commission Bouchard-Taylor.

    Afin d'éviter les débordements et les invectives, M. Basalamah propose qu'une personnalité désignée par l'assemblée citoyenne agisse comme modératrice pour faire régner l'ordre et le respect. «Si les gens étaient filmés, ils feraient plus attention à ce qu'ils disent», a-t-il dit.

    Toujours les mêmes voix

    M. Basalamah a par ailleurs déploré que les musulmans ainsi que d'autres communautés d'immigrants n'aient pas de voix dans le débat qui secoue actuellement le Québec, hormis lors des séances de la commission Bouchard-Taylor. «On doit pouvoir s'exprimer librement et à la même hauteur» que les autres, a-t-il revendiqué, ajoutant que le débat actuel était l'otage des mêmes personnes qui se renvoient la balle à travers les médias et monopolisent les prises de parole dans l'espace public.

    Engagé depuis une vingtaine d'années sur des questions comme l'Islam et les musulmans en Europe, Fouad Imarraine a quant à lui dressé un portrait plus sombre de l'intégration des immigrés français. Peu d'entre eux prennent part au débat qui s'est «parlementarisé» et l'intégration socioculturelle est loin d'être achevée, a-t-il rappelé.

    Malgré l'embrasement sur ces questions épineuses, M. Imarraine reconnaît qu'au Québec le dialogue n'est pas rompu. «La chance que vous avez, c'est de pouvoir encore multiplier les échanges», a-t-il conclu.












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