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    Québec voit des «occasions d’affaires» dans les sables bitumineux

    Exploitation de sables bitumineux en Alberta. Québec invite les gens d’affaires à tirer profit de la reprise que connaît cette industrie controversée.
    Photo: Mark Hoffman - Newscom Exploitation de sables bitumineux en Alberta. Québec invite les gens d’affaires à tirer profit de la reprise que connaît cette industrie controversée.
    Québec — Malgré son opinion critique de l’Alberta, le gouvernement du Québec invite aujourd’hui les gens d’affaires à «saisir les occasions» dans le controversé secteur des sables bitumineux, lors d’une prochaine mission subventionnée à Edmonton, du 22 au 25 mars.

    Une publicité diffusée sur le site du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE) indique ainsi que «la reprise des projets de développement des sables bitumineux en Alberta [représente] des occasions d’affaires à saisir». Le président des Manufacturiers et exportateurs d’Alberta et organisateur du National Buyer/Seller Forum (NBSF) d’Edmonton, Brian McCready, ajoute que «tous les signes de l’industrie indiquent que le mois de mars 2010 sera une période riche en occasions d’échange entre les acheteurs et les vendeurs».
     
    Le MDEIE garantit donc aux participants à la mission «d’optimiser les occasions de rencontres avec les intervenants clés du milieu énergétique albertain». On insiste sur le fait que les pétrolières comme «Suncor, EnCana et Imperial prévoient consacrer 200 milliards de dollars à des projets» au cours de la prochaine décennie. Ces projets sont classés dans quatre catégories: «investissement», «maintenance [sic]», «remise en état d’infrastructure» et «verdissement des sables bitumineux».
     
    Les frais de participation à la mission sont réduits grâce aux subventions de l’État: ils sont de 250 $ pour un représentant d’une entreprise et 100 $ pour chaque personne additionnelle. La date limite pour s’inscrire étant aujourd’hui, le MDEIE n’était pas en mesure de dire hier combien de participants seront de la mission.
     
    Interrogé sur l’apparente contradiction entre le discours officiel du Québec en tant que leader en matière d’environnement et cette mission organisée pour profiter des occasions d’affaires promises par les sables bitumineux, le MDEIE tentait hier de «relativiser» les perceptions, en faisant valoir que l’on s’adresse surtout aux entreprises qui peuvent aider à rendre plus propre le traitement des sables bitumineux. Mais ce n’est pas une règle fixe.
     
    «Une partie importante de la mission est composée d’entreprises qui ont développé des technologies environnementales assez innovatrices qui s’appliquent à diminuer les impacts des projets pétroliers ou gazeux», affirme la porte-parole du ministre Clément Gignac, Anne-Sophie Desmeules.
     
    «C’est une expertise québécoise qui commence à être reconnue internationalement et qui s’inscrit dans la stratégie gouvernementale de développement des technologies vertes», dit Mme Desmeules. Elle ne pouvait spécifier hier soir quelle proportion de la mission sera composée de ces compagnies «vertes». Il n’a pas été possible de savoir non plus si d’autres compagnies moins axées sur le traitement écologique des sables se sont inscrites.
     
    «Notre mission est économique, explique Mme Desmeules. L’objectif est de diversifier les marchés. Les sables bitumineux font partie du marché albertain, mais la mission ratisse beaucoup large.» Friand de missions, le premier ministre Charest ne serait pas du groupe de voyageurs, pas plus que le ministre Gignac.
     
    Pour le Parti québécois, cette mission «pour le moins discutable» est «une démonstration supplémentaire de l’incohérence de M. Charest dans le dossier des changements climatiques», a soutenu Scott Mckay, critique en matière d’environnement. Il rappelle que ce gouvernement, qui se «pose en champion de la lutte contre les gaz à effet de serre [GES]», a par exemple augmenté les capacités routières du Québec ces dernières années. M. Mckay croit aussi qu’il est très difficile, voire impossible, de verdir l’exploitation des sables bitumineux.
     
    Tensions
    La question des sables bitumineux est implicite dans le conflit Ottawa-Québec sur les changements climatiques. La semaine dernière encore, dans un discours s’adressant surtout aux représentants de cette industrie, le ministre fédéral de l’Environnement, Jim Prentice, avait qualifié de «sottise» une initiative de Québec en matière de pollution automobile et de réduction des GES. Cette sortie lui a valu des critiques acerbes de Jean Charest et de la ministre provinciale de l’Environnement, Line Beauchamp.
     
    Le gouvernement du Québec nie toutefois avoir déjà dit quoi que ce soit de négatif directement à propos des sables bitumineux. Le 19 janvier, M. Charest avait même perdu patience et déclaré: «J’aimerais bien qu’ils me donnent la citation, ce qu’on a dit, parce que je cherche toujours. À un moment donné, oui, on a dit qu’il y avait “deux Canada”, parce qu’il y a deux positions qui étaient exprimées, celles des provinces et du fédéral, mais ça, c’est le propre d’un système fédéral.»
     
    Son homologue albertain ne l’avait toutefois pas vu ainsi. Pendant le déplacement de Jean Charest au sommet de Copenhague, il s’en était nommément pris au Québec, soutenant que le plan québécois de réduction des GES pourrait nuire au Québec. Il avait clairement perçu, lorsque Jean Charest a dénoncé la «position minoritaire» du gouvernement Harper sur les GES, qu’il s’en prenait à l’Alberta et à ses sables bitumineux.
     
     
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