Grande nouvelle
Les députés péquistes ont apparemment décidé de faire ce pour quoi leur parti a été fondé il y a plus de quarante ans: promouvoir la souveraineté. Voilà qui est réconfortant!
Le programme adopté au congrès de juin 2005 prévoyait déjà que le PQ «accélère son effort» en ce sens. Il fallait mieux expliquer à la population à quel point le Québec est «entravé dans sa volonté de prendre les décisions qui comptent pour les Québécois et les Québécoises».
Puisque le PQ avait été renvoyé dans l'opposition deux ans plus tôt, il semblait aller de soi que l'Assemblée nationale constituait la tribune privilégiée, mais il faut croire que cette évidence ne sautait pas aux yeux de tous.
Il est vrai que la gestion des affaires internes est particulièrement accaparante au PQ. Le premier résultat du congrès de 2005 a été le départ de Bernard Landry, puis le malheureux intermède d'André Boisclair. Depuis qu'elle lui a succédé, Pauline Marois a passé plus de temps à se libérer du boulet référendaire qu'à faire la promotion de l'option.
Mieux vaut tard que jamais. Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, a expliqué dans une entrevue au Soleil qu'une nouvelle stratégie avait été élaborée pour mettre les «outils parlementaires», comme la période de questions et la présentation de motions, au service de la pédagogie souverainiste. Il promet des «gestes concrets» au cours de la session qui reprend aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
Qu'y a-t-il de neuf à vouloir renverser «le fardeau de la grande preuve politique» en forçant le gouvernement Charest à préciser ce qu'il compte faire pour améliorer le fonctionnement de la fédération? Depuis sept ans, le PQ l'accuse presque quotidiennement de s'écraser devant Ottawa. Que pourrait-il dire de plus?
***
Les mêmes causes produisent généralement les mêmes effets. Historiquement, le PQ a souvent connu un sursaut de ferveur souverainiste dans l'année qui précédait la tenue d'un congrès. Le prochain aura lieu au printemps 2011, et Pauline Marois devra se soumettre à un vote de confiance.
Au lendemain de la défaite d'avril 2003, Bernard Landry voyait encore l'avenir politique du Québec dans une forme d'union à l'européenne, comme cela avait été proposé en 1995. Il a toutefois senti la nécessité d'épurer sa conception de la souveraineté, au point d'en effacer toute trace de partenariat politique avec le reste du Canada. À six mois du congrès de juin 2005, il était convaincu que l'affaire était dans le sac. Erreur.
Même si bon nombre de souverainistes ne cachent pas leur déception de voir le référendum reporté aux calendes grecques, Pauline Marois n'est pas sérieusement menacée. Personne ne convoite ouvertement son poste, comme elle-même convoitait celui de M. Landry, et elle a l'appui indéfectible du caucus des députés.
Il ne faut cependant rien tenir pour acquis au PQ. René Lévesque avait eu la surprise de sa vie au congrès de décembre 2001, qui avait réhabilité le principe de l'élection référendaire et réservé une ovation au felquiste Jacques Rose.
Déjà, Mme Marois risque d'en mécontenter plusieurs en s'opposant à l'extension au niveau collégial des dispositions de la Charte de la langue française qui régissent l'accès à l'école anglaise. Raison de plus pour redoubler d'ardeur dans la promotion de la souveraineté.
***
Le problème relève de la mesure. Peu importe la justesse de ses critiques, il s'en trouvera toujours pour dénoncer l'obsession séparatiste du PQ, mais il est vrai que le fédéralisme n'est pas responsable de tous les maux.
Soit, le bilinguisme et le multiculturalisme qui font loi au Canada constituent un frein à la francisation et à la laïcisation de la société québécoise. En revanche, rien n'assure qu'il y aurait moins de corruption ou de décrochage scolaire dans un Québec souverain. Et les médecins spécialistes seraient sans doute aussi gloutons.
Dans un dossier comme l'harmonisation de la TVQ avec la TPS, le Québec n'a certainement pas été traité de façon équitable. Il faut cependant reconnaître la nécessité d'un meilleur contrôle des dépenses et d'une hausse des revenus autonomes. La souveraineté n'éviterait pas au Québec l'obligation de faire des choix difficiles. Elle ne permettrait même plus de blâmer les autres pour nos erreurs.
Il y a un certain cynisme à vouloir profiter du vingtième anniversaire de la mort de l'accord du lac Meech pour illustrer l'impossibilité de rendre le fédéralisme plus respectueux des champs de compétence du Québec.
Au départ, Pierre Marc Johnson puis Jacques Parizeau le jugeaient totalement insignifiant. C'est seulement quand l'échec a été acquis que M. Parizeau a commencé à en vanter les mérites et à s'indigner de son rejet.
«Les fédéralistes ont abandonné ce combat visant à faire respecter nos champs de compétence, déplore Alexandre Cloutier. C'est là que nous, on arrive avec notre Plan pour un Québec souverain», ajoute-t-il. C'est précisément là le problème, diront certains: s'il s'agit simplement de faire respecter nos champs de compétence, ce n'est plus de la souveraineté, mais du fédéralisme renouvelé.
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mdavid@ledevoir.com
Le programme adopté au congrès de juin 2005 prévoyait déjà que le PQ «accélère son effort» en ce sens. Il fallait mieux expliquer à la population à quel point le Québec est «entravé dans sa volonté de prendre les décisions qui comptent pour les Québécois et les Québécoises».
Puisque le PQ avait été renvoyé dans l'opposition deux ans plus tôt, il semblait aller de soi que l'Assemblée nationale constituait la tribune privilégiée, mais il faut croire que cette évidence ne sautait pas aux yeux de tous.
Il est vrai que la gestion des affaires internes est particulièrement accaparante au PQ. Le premier résultat du congrès de 2005 a été le départ de Bernard Landry, puis le malheureux intermède d'André Boisclair. Depuis qu'elle lui a succédé, Pauline Marois a passé plus de temps à se libérer du boulet référendaire qu'à faire la promotion de l'option.
Mieux vaut tard que jamais. Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, a expliqué dans une entrevue au Soleil qu'une nouvelle stratégie avait été élaborée pour mettre les «outils parlementaires», comme la période de questions et la présentation de motions, au service de la pédagogie souverainiste. Il promet des «gestes concrets» au cours de la session qui reprend aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
Qu'y a-t-il de neuf à vouloir renverser «le fardeau de la grande preuve politique» en forçant le gouvernement Charest à préciser ce qu'il compte faire pour améliorer le fonctionnement de la fédération? Depuis sept ans, le PQ l'accuse presque quotidiennement de s'écraser devant Ottawa. Que pourrait-il dire de plus?
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Les mêmes causes produisent généralement les mêmes effets. Historiquement, le PQ a souvent connu un sursaut de ferveur souverainiste dans l'année qui précédait la tenue d'un congrès. Le prochain aura lieu au printemps 2011, et Pauline Marois devra se soumettre à un vote de confiance.
Au lendemain de la défaite d'avril 2003, Bernard Landry voyait encore l'avenir politique du Québec dans une forme d'union à l'européenne, comme cela avait été proposé en 1995. Il a toutefois senti la nécessité d'épurer sa conception de la souveraineté, au point d'en effacer toute trace de partenariat politique avec le reste du Canada. À six mois du congrès de juin 2005, il était convaincu que l'affaire était dans le sac. Erreur.
Même si bon nombre de souverainistes ne cachent pas leur déception de voir le référendum reporté aux calendes grecques, Pauline Marois n'est pas sérieusement menacée. Personne ne convoite ouvertement son poste, comme elle-même convoitait celui de M. Landry, et elle a l'appui indéfectible du caucus des députés.
Il ne faut cependant rien tenir pour acquis au PQ. René Lévesque avait eu la surprise de sa vie au congrès de décembre 2001, qui avait réhabilité le principe de l'élection référendaire et réservé une ovation au felquiste Jacques Rose.
Déjà, Mme Marois risque d'en mécontenter plusieurs en s'opposant à l'extension au niveau collégial des dispositions de la Charte de la langue française qui régissent l'accès à l'école anglaise. Raison de plus pour redoubler d'ardeur dans la promotion de la souveraineté.
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Le problème relève de la mesure. Peu importe la justesse de ses critiques, il s'en trouvera toujours pour dénoncer l'obsession séparatiste du PQ, mais il est vrai que le fédéralisme n'est pas responsable de tous les maux.
Soit, le bilinguisme et le multiculturalisme qui font loi au Canada constituent un frein à la francisation et à la laïcisation de la société québécoise. En revanche, rien n'assure qu'il y aurait moins de corruption ou de décrochage scolaire dans un Québec souverain. Et les médecins spécialistes seraient sans doute aussi gloutons.
Dans un dossier comme l'harmonisation de la TVQ avec la TPS, le Québec n'a certainement pas été traité de façon équitable. Il faut cependant reconnaître la nécessité d'un meilleur contrôle des dépenses et d'une hausse des revenus autonomes. La souveraineté n'éviterait pas au Québec l'obligation de faire des choix difficiles. Elle ne permettrait même plus de blâmer les autres pour nos erreurs.
Il y a un certain cynisme à vouloir profiter du vingtième anniversaire de la mort de l'accord du lac Meech pour illustrer l'impossibilité de rendre le fédéralisme plus respectueux des champs de compétence du Québec.
Au départ, Pierre Marc Johnson puis Jacques Parizeau le jugeaient totalement insignifiant. C'est seulement quand l'échec a été acquis que M. Parizeau a commencé à en vanter les mérites et à s'indigner de son rejet.
«Les fédéralistes ont abandonné ce combat visant à faire respecter nos champs de compétence, déplore Alexandre Cloutier. C'est là que nous, on arrive avec notre Plan pour un Québec souverain», ajoute-t-il. C'est précisément là le problème, diront certains: s'il s'agit simplement de faire respecter nos champs de compétence, ce n'est plus de la souveraineté, mais du fédéralisme renouvelé.
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