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Jean Charest en Inde - L'esprit marchand

Bernard Descôteaux   6 février 2010  Québec
Une délégation commerciale québécoise, avec à sa tête le premier ministre Jean Charest, terminait hier une visite d'une semaine en Inde. Ce tourisme commercial a sa raison d'être, ne serait-ce que pour répondre à la nécessité de diversifier nos marchés. Les économies émergentes constituent pour le Québec des destinations prioritaires.

L'activisme auquel s'adonne le premier ministre Charest en matière de commerce international se prête facilement à un peu de démagogie de la part d'adversaires qui lui reprochent de s'absenter du Québec pour éviter de répondre à certaines questions. Personne ne retiendra sérieusement ces critiques. On espère que Pauline Marois, si elle devenait première ministre un jour, n'hésiterait pas à se lancer à la recherche de nouveaux partenaires commerciaux.

La dépendance de l'économie québécoise, comme de l'économie canadienne dans son ensemble, envers l'économie américaine a un caractère malsain dont les effets ont pu être mesurés par les travailleurs québécois ces dernières années. La crise du bois d'oeuvre s'est révélée particulièrement cruelle pour ceux du secteur forestier, tout comme la récession économique dont les États-Unis commencent à peine à s'extirper.

Si développer de nouveaux marchés est impérieux, le réflexe de toujours se tourner vers les États-Unis demeure toutefois plus fort que tout. La taille de ce marché, sa proximité géographique comme culturelle expliquent cela. À l'inverse, un marché comme l'Inde apparaîtra destiné à demeurer marginal, comme le laissent supposer les petits 408 millions de dollars d'exportations québécoises, ce qui est à peine 1 % des échanges entre le Québec et les États-Unis. L'enjeu est toutefois moins de s'arrêter à ce que représentent ces échanges aujourd'hui que de regarder ce qu'ils pourraient être en raison de la croissance rapide de l'Inde, une des quatre grandes économies émergentes avec la Chine, le Brésil et la Russie.

Le Québec et le Canada ne sont pas seuls à frapper à la porte de ces pays. Toutefois, il est certainement plus facile de pénétrer ces nouvelles économies et de s'y faire une place que de réussir à accroître ses parts de marché dans les économies traditionnelles. Ainsi, les efforts tant du Québec que du Canada pour se tourner vers l'Europe afin de réduire leur dépendance envers les États-Unis n'ont jamais donné de résultats probants. Chaque fois, on a toujours fini par se retourner vers les États-Unis, comme l'avait fait Pierre Elliot Trudeau dans les années 1970 après l'échec de sa politique dite de la troisième voie.

Si Jean Charest n'était pas allé en Russie l'automne dernier et en Inde ce mois-ci, il faudrait le lui reprocher. Il est là au moment où il le faut. Il aura certainement mieux compris ces pays où il aura appris par ailleurs qu'on ne peut dissocier enjeux commerciaux et enjeux socio-politiques. Cette semaine, il a ainsi été confronté aux problèmes de santé publique que soulève l'utilisation de l'amiante chrysotile qu'exporte en Inde le Québec. Ce produit n'est sécuritaire que si ses conditions d'utilisation sont respectées. La réalité dans ce pays est qu'elles ne le sont pas et ne peuvent pas l'être. L'amiante représente un danger certain pour les travailleurs indiens. Bannir l'exploitation de l'amiante, comme on le lui a demandé, voudrait dire des pertes d'emploi ici. Là-bas, ce sont des vies qui sont en cause. Ce dilemme moral, M. Charest l'a repoussé pudiquement en renvoyant ses interlocuteurs au gouvernement indien. Au moins aura-t-il vu qu'on ne peut pas construire des relations commerciales animées que dans un esprit marchand.
 
 
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  • michel lebel
    Inscrit
    samedi 6 février 2010 06h43
    Une occasion manquée!
    Une semaine en Inde! Jean Charest et sa délégation auraient pu passer quelques jours dans un ashram. C'est très bon pour l'esprit, semble-t-il. Mais il n'aurait pas fallu que le premier ministre devienne encore plus zen dans certains dossiers, tel le CHUM, l'éthique, le travail au noir, etc.

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 6 février 2010 08h54
    Diversifié?
    Les Américains achètent 50 des 70 milliards de nos exportations internationales.

    En dépit du discours gnagnans sur la mondialisation et l'ouverture des frontières, en dépit des 50 missions commerciales en Chine et des 500 en France en 50 ans, le Québec n'a qu'un seul et unique client: THE UNITED STATES OF AMERICA.

    Pourquoi? Si quelqu'un peut m'expliquer? Pourquoi notre garde montante, qui n'en finit plus de nous casser les oreilles avec la mondialisation, n'arrive pas à vendre en dehors des États-Unis?

  • Maryanne
    Inscrite
    samedi 6 février 2010 10h21
    Voyager forme la jeunesse.
    Charest aime beaucoup voyager sur le bras des québecois. Qu'il en profite car bientôt ,nous allons devoir tous vivre sous le bras des autres pays.

  • roger montreal
    Abonné
    samedi 6 février 2010 11h35
    Des voyages de récompenses d avoir eu les deux mains sur le volan
    Je veux bien que l«SI JEAN CHAREST N ÉTAIT PAS ALLÉ EN RUSSI
    L AUTOMNE DERNIER ET EN INDE CE MOIS CI« mais est il besoin de partir avec 150 personne «EN TOURISTE COMMERCIAL» comme vous dite dans lhotel la plus dispendieuse de lINDE
    Ces voyages TOURISTIQUES sont- il des voyages d affaires ou des voyages de TOURISTE que se paie/ CHAREST ET SA FEMME/ avant son départ/ COMME RÉCOMPENSE D AVOIR EU LES DEUX MAINS SUR LE VOLAN POUR SES PITSAMIS/ avec tous les scandales que nous connaissons
    ROGER MONTREAL

  • Daniel Clapin-Pepin
    Inscrit
    samedi 6 février 2010 22h31
    Grossière erreur linguistique

    Monsieur Charest n'a rien de "PUDIQUE" - comme vous le qualifiez erronément dans votre éditorial - lorsqu'il se permet de repousser du revers de la main les accusations scientifiquement et médicalement fondées qui lui ont été faites de participer à une activité CRIMINELLE "qui fait des dizaines de morts par jour en Inde" (selon l'article de votre confrère Guy Taillefer en page A 4 intitulé "Charest est rattrapé par les victimes de l'amiante") en persistant à autoriser les exportations québécoises d'amiante chrysotile en Inde.

    En effet, votre phrase (=> "Ce dilemme moral, M. Charest l'a repoussé PUDIQUEMENT en renvoyant ses interlocuteurs au gouvernement indien.") ne respecte pas les divers sens du mot "PUDIQUE" qu'en donne un dictionnaire français en ligne : chaste, continent, correct, discret, décent, délicat, honnête, hypocrite, modeste, prude, pudibond, pur, retenu, réservé, sage, secret, sucré, vertueux. De tous ces synonymes, seul celui d'hypocrite est ici acceptable ; serait-ce celui auquel vous songiez sans toutefois oser l'écrire?

    Pour vous "corriger", il eusse plutôt fallu écrire : ""Ce dilemme moral, M. Charest l'a repoussé CYNIQUEMENT ou EFFRONTÉMENT ou INDÉCEMMENT ou HONTEUSEMENT ou (le pire de tous et le plus conforme à la réalité humaine) IRRESPONSABLEMENT...

    À bon entendeur, salut!

    Daniel Clapin-Pépin

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