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Esprit de clocher

Christian Rioux   5 février 2010  Québec
La question revient périodiquement à chaque voyage du premier ministre du Québec. Je ne me souviens pas d'une seule année où elle n'a pas été posée. Personne n'y a jamais échappé. Chaque fois, elle tombe comme une fatalité. En ce début de février frileux, voilà donc la question existentielle qui taraude nos experts politiques: le premier ministre du Québec voyage-t-il trop?

La question viendrait d'un échevin de l'Abitibi qui trouve l'hiver un peu long, on la comprendrait. Elle serait posée par un jeune député de l'ADQ qui n'a jamais fait de voyages officiels à l'étranger, on serait plus clément. Mais, venant de la chef du très cosmopolite Parti québécois, un parti pour qui la présence du Québec dans le monde est plus incontournable que pour tous les autres partis à cause de son projet politique, on tombe un peu des nues. Avec les années, je n'ai pourtant pas vu beaucoup de leaders politiques capables de résister à un tel argument populiste.

Car, derrière la question, il y a évidemment tout un monde de sous-entendus. Au Québec, celui qui prend l'avion de nuit, arrive en Europe au petit matin après une nuit blanche pour entrer aussitôt dans une réunion et terminer sa journée vers minuit au téléphone avec Québec pour profiter du décalage horaire, celui-là est toujours soupçonné de se la couler douce. On comprend que les horizons lointains fassent plus rêver que les matins givrés en plein trafic sur le pont-Champlain-bridge. Un ancien délégué du Québec m'avait pourtant déjà raconté comment les horaires chargés qu'ont les premiers ministres en voyage à l'étranger étaient une charge insoutenable pour Lucien Bouchard, que son handicap faisait souffrir plus que les autres. Peu importe, il y avait toujours quelqu'un pour insinuer qu'il se la coulait douce à Paris.

Pourtant, s'il est un premier ministre pour qui ces critiques sont moins justifiées, c'est bien Jean Charest. On pourra reprocher au premier ministre de laisser traîner nombre de dossiers internes, de fuir les débats controversés, mais personne ne pourra lui reprocher d'avoir délaissé la représentation du Québec à l'étranger. Dans ce domaine, son bilan est plus que positif.

Probablement parce qu'il s'est rêvé premier ministre canadien plus que premier ministre d'une province, Jean Charest n'a jamais baissé la garde pour occuper tout l'espace qui revient au Québec dans le monde. Les ententes sur la mobilité de la main-d'oeuvre signées avec la France représentent une étape historique dans les relations avec un pays qui demeurera, tant que nous serons une province, notre principal partenaire politique à l'étranger. En tirant toutes les ficelles diplomatiques auxquelles le Québec a accès, Jean Charest a créé un autre précédent en obtenant un siège à côté de celui du représentant canadien dans les négociations de libre-échange avec l'Union européenne. Il est trop tôt pour dire si ces négociations seront un succès, mais ce précédent est un gain crucial pour la diplomatie québécoise. Il pourra être invoqué chaque fois qu'Ottawa négociera des traités internationaux dans des domaines de compétence provinciale. Et ces occasions vont se multiplier. Comment ne pas se féliciter aussi du leadership que le Québec manifeste dans le monde sur les questions d'écologie? Certains diront que notre réputation dépasse nos réalisations, et ils auront raison. Mais le succès diplomatique est indéniable.

Devant la passion que Jean Charest semble éprouver pour la politique internationale, il reste tout de même une énigme. Comment un fédéraliste aussi convaincu peut-il utiliser toutes les tribunes internationales pour dénoncer le gouvernement de son pays, le Canada? Avant le sommet de Copenhague, Jean Charest n'a eu de cesse de passer par Paris pour venir comploter (oui, comploter!) avec le gouvernement de Nicolas Sarkozy afin d'isoler Stephen Harper. Cette semaine, c'est en Inde qu'il a dénoncé le suivisme du Canada face aux États-Unis.

Dans presque tous les pays du monde, la politique étrangère est un domaine où l'on place les intérêts supérieurs du pays au-dessus des rivalités internes. En France, aux États-Unis, en Allemagne, la façon dont Jean Charest utilise les tribunes internationales pour adresser des critiques virulentes au premier ministre canadien serait perçue comme une véritable traîtrise, un coup bas, un manque de loyauté et de patriotisme élémentaire. Et c'est probablement ainsi que Jean Charest est perçu au Canada anglais. Un responsable des dossiers internationaux du Parti socialiste français m'expliquait qu'il s'abstenait toujours de critiquer Nicolas Sarkozy chaque fois qu'il était en voyage à l'étranger. Et ce n'est pas parce qu'il portait le président dans son coeur. Dès qu'ils sont à l'étranger, les gouverneurs américains et les ministres-présidents des länders allemands s'imposent un devoir de réserve.

J'ai posé la question un jour à Jean Charest. Il s'est contenté de me répondre que son attitude était tout simplement «normale». Au fond, c'est peut-être la preuve que même les Québécois les plus fédéralistes manquent de la loyauté la plus élémentaire envers le Canada.

***

crioux@ledevoir.com
 
 
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  • Lapirog
    Abonné
    vendredi 5 février 2010 06h12
    Les échevins de l'Abitibi sont ils plus bêtes que ceux de Montéal ou d'aillleurs?
    L'Abitibi en a marre de servir de bouc émissaire aux scribouilleurs de toute nature qui ne savent plus ou déverser leur fiel. De grâce foutez-nous la paix si vous ne savez parler de nous qu'en termes négatifs. Les Abitibiens sont plutôt reconnus comme des gens délurés ,ouvert sur le monde et d'une débrouillardise exemplaire et si nous faisions partie comme les autres Québécois du paysage médiatique national notre image en serait surement valorisée, ce qui n'est pas le cas par le caprice de notre unique diffuseur télévisuel régional semble t-il.
    Pour ce qui est de notre premier ministre voyageur, il m'apparait bien remplir son rôle de chef d'État, soucieux de défendre les intérêts supérieurs de notre pays en devenir.

  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 5 février 2010 06h21
    Critiquer n'est pas manquer de loyauté. Le Canada et ceux qui le dirigent, sont deux choses différentes.
    M. Rioux aime les amalgames, mais ici, il en abuse. Critiquer, même à l'étranger, surtout à l'étranger, le dirigeant du gouvernement canadien, Stephen Harper, qui se moque de nos traditions et de nos institutions démocratiques, ce n'est pas manquer de loyauté au Canada, c'est montrer à tout observateur, un peu attentif, que nous savons que nous vivons dans un monde où l'information est instatanée et mondialisée, et qu'il n'est plus possible de dire une chause chex sois et une autre à l'étranger. Un leader politique, ou une personne en Affaires, qui oublierait ce phénomène s'en repentirait longtemps.

    Au sujet de la présence active et de l'image du Québec à l'étranger, la position du PQ, depuis presque toujours, n'a de cesse de nous étonner. Il faut que soient les libéraux qui rappellent que c'est sous des administrations libérales que presque tous les progrès dans ce domaine ont été accomplis. En commençant par l'ouverture de la première Délégation du `Québec à l'étranger, à Paris, en 1961 par Jean Lesage, alors premier ministre libéral du Québec.

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    vendredi 5 février 2010 07h18
    Passez à autre chose
    Je comprend M. Rioux d'en avoir marre qu'on critique les hommes politiques québécois de voyager car c'est trop facile et trop faux aussi. Quand on vit à l'étranger, on voit bien que ces voyages sont importants. Il a raison qu'en voyage d'affaire on ne se la coule pas douce et ce sont d'inévitables contretemps et journées beaucoup trop longues sans compter les inconvénients multiples de voyager en avion. Ces critiques laissent croire que le Québec est une société nombriliste qui ne s'intéresse pas aux affaires internationales ni à faire des affaires avec les autres pays. Rien n'est plus faux et les critiques devraient plutôt s'attaquer à la substance des discussions durant ces voyages plutôt qu'à la forme.

  • France Marcotte
    Abonnée
    vendredi 5 février 2010 08h15
    Loin des yeux, près du coeur
    Vous semblez sous-entendre, monsieur Rioux, qu'au Québec, les fédéralistes le sont sur place mais qu'à l'étranger ils sont souverainistes! Loin des yeux, près du coeur? Beaucoup de temps et d'énergie sont perdus à ce petit jeu de cache-cache. Il serait temps que tous nos prétendus sujets de la couronne assument leur amour coupable? et inconditionnel pour le Québec...

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 5 février 2010 08h21
    Entente bidon avec la France
    On envoie 1000 étudiants en France; 7000 viennent étudier au Québec, dont 1000 en anglais (dans l'une des 10 meilleures universités au monde). Les 7000 Français paient 2k par année au lieu de payer les 14k que coutent leurs études. Bref, on finance les études de 6000 Français au Québec à 12k par année soit 72 millions. Un milliard sur 15 ans.
    Les Français sont morts de rire. Moi pas.

  • mario geoffrion
    Abonné
    vendredi 5 février 2010 08h23
    Conjoncture
    Dans l'état actuel des finances québécoises, il n'y a plus de place pour les dépenses injustifiées. Alors, le contribuable que je suis à qui l'on demande de dimininuer son revenu encore une fois et dont le pouvoir d'achat baisse au fil des années demande que ces voyages fastueux se payent d'eux mêmes par leurs résultats. À quand un indice du pouvoir d'achat contribuable et citoyen pour évaluer les hausses des demandes financières à caractère public (taxes, impôts, hausses salariales etc.)?

  • Marc A. Vallée
    Abonné
    vendredi 5 février 2010 08h31
    Qui est le chef d'État canadien?
    Quel est le chef d'État canadien que Jean Charest doit respecter? La reine d'Angleterre? Le Gouverneur Général, nommé par un précédent premier ministre? Le premier ministre en poste, chef du parti minoritaire à la Chambre des communes. Un mal canadien est de ne pas avoir de chef d'état représentatif de la fédération canadienne.

  • gufard bob
    Inscrit
    vendredi 5 février 2010 09h03
    Jean Charest n'a pas de "loyauté élémentaire"; Stephen Harper, Raph Klein, Bob Rae et Jack Layton, non plus!
    C'est trop facile de faire du comportement de Jean Charest un symbole de la faiblesse de l'attachement des Québécois envers le Canada. Pendant la guerre en Irak, Stephen Harper est allé sur les ondes de télévision américaines pour critiquer la position du governement Chrétien et rassurer les Américains qu'au moins certains Canadiens étaient avec eux. Raph Klein faisait la même chose. Depuis que Harper est au pouvoir, c'est le tour de Jack Layton et de Bob Rae de tenter d'embarasser le PM à l'étranger.

    En fait, au Canada, TOUS les politiciens ont une certaine marge de manoeuvre dont ne disposent pas leurs homologues à travers le monde. Peut-être est-ce la preuve que le Canada DANS SON ENSEMBLE ne constitue pas un véritable "état-nation"?

  • Yvon Roy
    Abonnée
    vendredi 5 février 2010 09h44
    monarchistes
    Le loyalisme étant surtout fait pour les monarchistes, cela ne concerne manifestement pas le Québec de Matante Pauline. Ni même les trop nombreux ROY de Montréal ou d'ailleurs, qui demeurent souverains dans leurs Affaires eux aussi malgré tout...

  • Yvon Roy
    Abonnée
    vendredi 5 février 2010 12h16
    L'Huître et les PLaideurs
    Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrent
    Une Huître que le flot venait d'apporter :
    Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent;
    À l'égard de la dent, il fallut contester.
    L'un se baissait déjà pour amasser la proie;
    L'autre le pousse, et dit : Il est bon de savoir
    Qui de nous en aura la joie.
    Celui qui le premier a pu l'apercevoir
    En sera le gobeur; l'autre le verra faire.
    -Si par là on juge l'affaire,
    Reprit son compagnon, j'ai l'oeil bon, Dieu merci.
    -Je ne l'ai pas mauvais aussi,
    Dit l'autre, et je l'ai vue avant vous, sur ma vie.
    -Eh bien! vous l'avez vue, et moi je l'ai sentie.
    Pendant tout ce bel incident,
    Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge.
    Perrin fort gravement ouvre l'Huître, et la gruge,
    Nos deux messieurs le regardant.
    Ce repas fait, il dit d'un ton de Président :
    Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
    Sans dépens, et qu'en paix chacun chez soi s'en aille.

    Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui;
    Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles;
    Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui,
    Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.

    Jean de La Fontaine, Mtl. P.Q.

  • LeRévoltéTranquille
    Abonné
    vendredi 5 février 2010 12h39
    John J Charest le progressiste-conservateur larvé
    Comment ne pas voir que les coups de gueule répétés et à distance respectable du rond de poële canadian (20 000 km, quelle bravoure quand même !) mènent à penser que Jonh J Charest, le sosie physique (et même philosophique) du bon vieux John A McDonald de notre beau 10$ du Dominion, n'a que faire des débats provinicaux et que son vrai but, en agissant en matamore des prérogatives provinciales dans le beau One-Canada qui fonctionnerait so much better si on était tous adeptes du bilingualism bon-ententiste, est de démontrer qu'il est le seul leader progressiste-conservateur sensé, pondéré, combatif et réfléchi qui seye à la Confédération.

    Il aime la politique et le pouvoir plus qu'il n'aime servir le peuple qu'il représente, qu'il représentera, qu'il représenterait.

    Cet égo surfait a tout réussi par défaut en se laissant aspirer par les vides politiques successifs: Sherbrooke au fédéral entre les référendums, Meech charcuté par ses bons soins, Charlottetown (quelle vacuité, cet accord !), la campagne du NON en 1995 au-devant d'un Darth C(h)réti(e)n honni et haï, le chefferie du PLQ au provincial et bientôt la déconfiture annoncée et souhaitée des ex-réformistes usurpateurs du discours conservateur modéré au Canadéa.

    Alors la belle posture diplomatique de John J Charest est très probablement téléguidée par cette notoire éminence grise et redoutable stratège qu'est John Parisella, de son lointain bureau de NYC. Avec John J Charest, tout n'est qu'image, au diable l'absence de résultats !

  • André Loiselet
    Abonné
    vendredi 5 février 2010 13h11
    Politiques tordues
    Outre frontières, Charest vient sauver la crédibilité québecoise en refusant et en dénonçant les politiques d'un Canada actuel qui nous est honteux. Les politiques harpiennes sont tellement tordues à droite qu'elles ébranlent la foi fédéraliste des plus convaincus québécois. Faut le faire! C'était lors du débat de Meech que Bourassa avait failli le faire.
    Après tout, si Charest veut tellement devenir premier ministre d'un pays, il y aura toujours le Québec, qui attend son tour. et ce serait pas mal moins frustrant pour lui.

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