mercredi 8 février 2012 Dernière mise à jour 09h23
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'arbre et l'écorce

Michel David   30 janvier 2010  Québec
C'est un euphémisme de dire que les demandes salariales du front commun des syndicats du secteur public «semblent à première vue un peu élevées». Pauline Marois aurait eu l'air d'une Martienne si elle ne l'avait pas reconnu.

On lui a souvent reproché de ménager la chèvre et le chou depuis qu'elle est devenue chef du PQ. Pour une fois qu'elle ne s'est pas défilée, même si elle y est allée le plus délicatement possible, on serait malvenu de lui en faire reproche.

Mme Marois ne s'en est pas moins aventurée sur un terrain glissant. Les porte-parole syndicaux n'ont pas caché leur irritation et ses députés étaient visiblement embarrassés. Il est toujours inconfortable de se retrouver pris entre l'arbre et l'écorce.

La base syndicale demeure importante au PQ et chaque nouvelle ronde de négociations ravive le douloureux souvenir des décrets de 1982, qui avaient littéralement déchiré le parti. Vingt-huit ans plus tard, certains n'ont pas encore pardonné cette «trahison».

Aux yeux de plusieurs, le PQ demeure malgré tout l'instrument des syndicats. Depuis qu'elle est devenue chef, Mme Marois tente de dissiper cette fâcheuse impression. Au départ, elle était bien déterminée à dissoudre le SPQ libre, cet encombrant héritage laissé par Bernard Landry, qui confère un statut privilégié au mouvement syndical au sein du parti. Elle y a renoncé après avoir mesuré la difficulté juridique et le risque politique d'une telle opération.

Malgré d'importantes divergences de vues sur la stratégie référendaire et la redéfinition de la social-démocratie, un certain modus vivendi s'est établi. Le conseil général de mars 2008 a été le théâtre d'une épreuve de force qui a permis à Mme Marois de démontrer qu'elle avait l'appui de la très grande majorité des militants. Depuis, les critiques formulées par le SPQ libre sont demeurées très respectueuses de son leadership, mais elle doit néanmoins le ménager.

***

La chef du PQ doit aussi tenir compte de l'opinion publique. Si besoin était, le récent sondage Léger Marketing-Le Journal de Montréal a clairement montré dans quel camp se range la population en vue de l'affrontement à venir: 68 % des personnes interrogées ont dit approuver les offres présentées par le gouvernement Charest.

Cela ne devrait surprendre personne. À tort ou à raison, les employés du secteur public sont perçus comme des privilégiés. Alors que la récession fait encore sentir ses effets, il ne faut pas s'attendre à ce qu'ils bénéficient d'une grande sympathie.

Même si on peut plaider le caractère juste et raisonnable d'un rattrapage, des hausses salariales de 11,25 % en trois ans ne sont tout simplement pas «vendables». Les chiffres de l'Institut de la statistique permettent trop d'interprétations différentes pour être concluants.

Mme Marois a également un devoir de cohérence dans le discours. Elle ne peut pas reprocher au gouvernement de ne pas être suffisamment déterminé dans ses efforts pour rééquilibrer le budget et défendre elle-même des hausses salariales qui accentueraient le déficit.

En appuyant les demandes syndicales d'entrée de jeu, Mme Marois aurait perdu toute crédibilité et se serait en quelque sorte mise sur la touche, alors que la partie ne fait que commencer.

Contrairement à ce qui s'était produit en 2005, alors que Monique Jérôme-Forget avait clairement indiqué que ses propositions de départ étaient aussi les dernières, le gouvernement a laissé entendre que son offre de 7 % en cinq ans pouvait être améliorée. La marge de manoeuvre est sans doute étroite, mais elle existe.

En invitant les partis à un «compromis pour arriver à une offre raisonnable», Mme Marois se réserve la possibilité d'appuyer une contre-offre du front commun, sans donner pour autant l'impression de laisser les syndicats partir avec la caisse.

***

La chef du PQ a par ailleurs accueilli avec un enthousiasme intéressé le deuxième fascicule du comité consultatif sur l'économie et les finances publiques créé par le ministre des Finances, Raymond Bachand.

Normalement, la «modernisation» de la social-démocratie qu'elle avait annoncée en juin 2007 devrait se traduire par un relèvement

des tarifs, qui créerait inévitablement un fort mécontentement.

À quelques semaines du budget, Mme Marois a voulu voir dans l'allégement des structures du système de santé et le dégraissage des sociétés d'État proposés par les économistes «lucides» de M. Bachand une solution de remplacement aux hausses de tarifs et à l'augmentation de la TVQ. Le vieux cliché fait toujours bon effet auprès des contribuables: «Avant d'aller fouiller dans les poches des citoyens, on devrait regarder dans sa propre cour.»

Avec sa longue expérience ministérielle, la chef du PQ sait très bien que cela ne peut pas se faire en un tournemain. L'état d'urgence budgétaire dans lequel se trouve le Québec ne permet pas d'attendre les économies générées par cette hypothétique «réingénierie». Il y a fort à parier que, dans leur troisième et dernier fascicule, les «lucides» recommanderont aussi une augmentation des tarifs. Dans ce cas-ci, Mme Marois préfère manifestement laisser le ministre des Finances gigoter seul entre l'arbre et l'écorce.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Andrew Savage
    Inscrit
    samedi 30 janvier 2010 02h52
    ÇA NE PASSE PAS…

    Vous dites : « Il est toujours inconfortable de se retrouver pris entre l'arbre et l'écorce ».

    Non seulement cela est inconfortable, cela est impossible.

    Essayer de passer entre la maison et le mur, entre l’œuf et la coquille ou entre le corps et la peau.

    ÇA NE PASSE PAS…


    Vous dites : « Il est toujours inconfortable de se retrouver pris entre l'arbre et l'écorce ».

    Non seulement cela est inconfortable, cela est impossible.

    Essayer de passer entre la maison et le mur, entre l’œuf et la coquille ou entre le corps et la peau.

    Entre le marteau et l’enclume, Madame Marois, pas l’arbre et l’écorce…

  • Normand Carrier
    Abonné
    samedi 30 janvier 2010 06h46
    C'est a celui qui a les deux mains sur le volant de décider .....
    Pour se faire élire Jean Charest avait affirmé main sur le coeur que son gouvernement ne ferait pas de déficit , que le Québec passerait a côté de la récession et que la CDPQ ne ferait pas de pertes et on connait maintenant la situation financière du Québec ! Toutes les décisions appartiennent a Jean Charest et il devra décider s'il coupe dans les dépenses ou augmente les tarifs et les taxes ou les deux ! La situation actuelle lui commande d'agir car il n'y a pas d'échappatoires possibles avec des déficits prévus pour les quatre prochaines années et le sept milliards par année payé en intérêt sur la dette ! Cette dette qui augmente continuellement grève le budget et est sur le point de forcer une décote ce qui occasionnera des côuts d'intérêt encore plus élevés ! Ce gouvernement est pris entre le marteau et l'enclume et il ne peut blamer comme c'est son habitude le gouvernement précédent car il est au pouvoir depuis 2003 , faut-il le rappeller .....
    Une facon de réduire les dépenses et la dette serait d'éliminer la surfacturation de 30% des contrats d'infrastructures et de routes et pourquoi ces travaux nous côutent plus cher que dans les autres provinces ? Une enquête publique pour aller au coeur de cette collusion et de cette magouille lui effleura-t-il l'esprit ? Lorsque le bon peuple souverain se verra piger dans ses poches , ses exigences pour cette enquête devra être sans aucune équivoque ....

  • Normand Carrier
    Abonné
    samedi 30 janvier 2010 07h19
    Le sophisme et la démagogie monsieur Archambault .......
    Ayant énoncé et analysé un sondage récemment en mentionnant que selon ce sondage plus de 50% du vote francophone irait au P.Q. . Cela m'a valu de Claude Archambault des accusations de raciste et sectaire , rien de moins !
    <Quant on regarde seulement les francophones pour baser son jugement , c'est faire preuve d'un manque de jugement ...L'argument qu'une position qui est minoritaire au Québec doit primer sur la majoritaire chez les francophones , cela est du racisme et du sectarisme qu'il faut combattre avec tout ce qui est disponible > Dixit monsieur Archambault .
    Toutes les maisons de sondages mesurent , dissectent et analysent le vote franchophones et anglophone ! Si l'on se base sur votre <excellent> jugement , ces maisons de sondage sont-elles racistes et sectaires ? Poser la question c'est y répondre monsieur Archambault ! Comme c'est souvent votre habitude , vous parter d'une fausse prémisse pour tirer vos conclusions et verser dans la démagogie ! Je sais que l'exemple vient de haut et reliser ``LE SOPHISTE`` de Michel David paru samedi dernier car l'exemple est clair et limpide !
    J'aurais deux souhaits pour l'avenir dont pouvoir avoir des échanges d'idées intéressantes et des débats qui évitent d'attaquer les individus et pour cela il faudra que vous soyez conseillé par un autre que l'idiot du village .....

  • France Marcotte
    Abonnée
    samedi 30 janvier 2010 09h56
    Par rapport à qui?
    M.David dit: "À tort ou à raison, les employés du secteur public sont perçus comme des privilégiés." Voilà une prémisse qui date, qui a la vie dure et sur laquelle on peut fonder bien des justifications. Mais est-ce encore vrai? J'aimerais qu'on accompagne dorénavant cette affirmation de: par rapport à qui, à quoi, car la comparaison avec de plus en plus de secteurs du privé par exemple pourraient bien faire paraître les employés du public des salariés bien ordinaires et rendrait leur cause plus sympathique à la population.

  • Pierre Bernier
    Abonné
    samedi 30 janvier 2010 10h47
    Bonne analyse politique
    L'Opposition sait depuis 2000 (adoption de la Loi sur l'administration publique) comment assurer la production et la prestation de services publics de qualité pour les citoyens qui y ont droit, au moindre coûts.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    samedi 30 janvier 2010 11h11
    Grosse fonction publique
    M. Charest déclare que, depuis quelques années, il ne remplace qu'un fonctionnaire sur deux mais il en resterait encore 475 000 au Québec, beaucoup plus qu'en Ontario, même si leur population est beaucoup plus nombreuse. Où est l'erreur ?

  • cardinal
    Inscrit
    samedi 30 janvier 2010 12h39
    Welcome back!
    Je suis tellement heureux de lire ce texte qui prouve que Michel David soit redevenu lui-même, c'est à dire l'analyste intelligent, objectif et quasiment impartial, et tellement loin de son propos sur la mesquinerie!
    Le danger qui guette tout journaliste, c'est de prendre parti!
    Merci d'être revenu à l'objectivité qui fait que l'on aime Le Devoir, qu'on s'en abreuve, et qu'on lui soit fidèle, malgré les innommables Payettes de service, dotées de la poutre que la rectitude politique empêche de nommer!!

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    samedi 30 janvier 2010 13h31
    Une chance qu'on s'a......!
    Ce gouvernement est pris entre le marteau et l'enclume et il ne peut blamer comme c'est son habitude le gouvernement précédent car il est au pouvoir depuis 2003 , faut-il le rappeller ..(Normand Carrier)
    --------------------------------------------------------

    Fort heureusement car, autrement, où en serions-nous aujourd'hui. Comment Pauline, secondée par sa troupe de boys scouts en culottes courtes, aurait-elle pu se dépêtrer et passer à travers une récession elle, qui en temps normal, à la tête de ses nombreux ministères n'y arrivait pas.

    -----------------------------------------
    J'aurais deux souhaits pour l'avenir dont pouvoir avoir des échanges d'idées intéressantes et des débats qui évitent d'attaquer les individus et pour cela il faudra que vous soyez conseillé par un autre que l'idiot du village ..... (Normand Carrier)
    -------------------------------------------

    Vous devriez vous-même commencer par mettre vos conseils en pratique et délaisser ceux de l'idiot du village, car vous n'avez pas cessé, tout au long de votre petit laïus prétentieux, de déblatérer sur le dos de monsieur Archambault .....mais peut-être que dans le fin fond de votre logique débridée, considérez-vous que vos idées sont plus intéressantes et intelligentes que celles émises par les autres participants de cette tribune d'opinions qui, selon votre point de vue, ne valent pas la peine d'être débattues.!!!!!

    Pour ce qui est de ce que vous qualifiez de "votre bon peuple souverain" il est étonnant que vous le reconnaissiez car il n'a jamais cessé de l'être, à l'intérieur du Canada, comme tous les citoyens des autres provinces.

    Viva El Papa.....

  • Jean Pierre Bouchard
    Inscrit
    dimanche 31 janvier 2010 13h18
    Désastres
    Comme l'a dit M.Carrier. Une enquête publique s'impose pour récupérer l'argent des contribuables volés par les compagnies de construction. Et ce point, si la crise financière est moins forte au Québec qu'aux É.U, pourquoi un si grand désastre dans les finances publiques?

    L'administration Charest est en cause et pensant au Chum qui se prépare à être une catastrophe, nous pourrons dire que le gouvernement libéral tout en sacrifiant la santé nationale québécoise se sera révélé être un désastre en gestion à lui tout seul qui par les 10 milliards perdus de la Caisse de Dépôt et autres affaires aura produit l'équivalent de 25 scandales de la Gaspésia depuis 2003!

    Ce n'est pas un gouvernement c'est un gouvernement de saboteurs ou d'incompétents complets.
    Quant au SPQ, il devrait considérer l'héritage futur du gouvernement Charest avant de foutre la zizanie dans le PQ.

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    dimanche 31 janvier 2010 15h22
    La zizanie....
    Quant au SPQ, il devrait considérer l'héritage futur du gouvernement Charest avant de foutre la zizanie dans le PQ. (Jean-Pierre Bouchard)
    -------------------------------------------

    Après avoir goûté à l'héritage pkiss, je ne vois pas ce que ça pourrait changer. La zizanie a toujours existé au sein du PQ et c'est ce qui fait la beauté des choses.

    Vous avez beau faire des pieds et des mains, ce parti à perdu toute sa crédibilité et il ne s'en sortira pas....car il est devenu un parti à la solde des syndicaliss et des marxistes-léninistes qu'un Lafontaine aimerait bien diriger, tel un Lech Wałęsa et qui, en attendant, va tout mettre en oeuvre pour couler ce parti....actuellement sous la gouverne de Pauline Marois.

    Ça me fait de la peine pour vous...car vous avez beau faire et beau dire, vous gaspillez votre salive pour rien. La population préfère, et de loin, un régime démocratique que le parti libéral, malgré toutes ses imperfections, est en mesure de leur assurer.

    Bon courage à Pauline...qui est en passe de se faire zigouiller encore une fois au profit des marxistes-léninistes et de ses sbires, bien connus sur la scène politique, et qui n'aspirent qu'à une chose, soit la main-mise sur le PQ et le Québec.

    On vous laisse volontiers vous entre-dévorer tout rond tels des chacals.....

  • PENSONS-Y
    Abonné
    lundi 1 février 2010 21h24
    Y aurait-il un chacal dans les parages ??
    définition d'un chacal : une bête qui rôde partout et continuellement, à velléités prédatrices, se nourrissant donc de la chair des autres lesquels ne cherchent simplement qu'à s'épanouir.... à vivre, quoi ! Le problème, c'est que cette bête vous colle après, en s'esquivant à chaque tentative pour la neutraliser, ce qui ne peut se conclure qu'en pure perte d'énergie dans notre combat pour la recherche légitime de la vie (on parle ici d'une vie politico-citoyenne riche et gratifiante sur notre territoire, au Québec, imaginez donc !)

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
11 réactions
1 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Lettres
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012