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Lettres - Le drapeau en berne

Gérald Larose  26 janvier 2010  Québec
Québec/Haïti, tricotés serrés. Depuis longtemps. Plus précisément depuis 1943 quand, arrivés directement à Ottawa, le président d'Haïti, Élie Lescot, et sa délégation s'étaient vu refuser d'être reçus et accueillis par le gouverneur général et le premier ministre du Canada. C'est Adélard Godbout, premier ministre du Québec, qui répara l'affront en les recevant au Parlement de Québec. S'en est suivie une multitude d'invitations qui firent se rencontrer des écrivains et des artistes et travailler ensemble des ingénieurs, des professionnels et des mandarins. La suite allait faire du Québec et d'Haïti des frères!

Dès le début des années 60, ils sont nombreux à faire la Révolution tranquille et à bâtir avec nous l'État moderne du Québec. Depuis, ils ont pénétré tous les secteurs d'activité. Ils sont nos conjoints, nos femmes, nos enfants, nos collègues, nos amis. Ils sont d'ici. 90 % d'entre eux choisissent le Québec.

Un grand malheur frappe-t-il leur pays d'origine, c'est tout le Québec qui est touché et qui vibre de compassion. Le nombre de spectacles-bénéfice et les sommes recueillies en témoignent éloquemment. Pour surmonter ce même malheur et reconstruire le pays, c'est encore le Québec principalement qui est et sera mis à contribution, celui d'origine haïtienne comme celui des autres origines, dans ses champs de compétences et de responsabilités: santé, services sociaux, éducation, immigration, sécurité, infrastructures, etc. Et c'est normal. Haïti c'est aussi nous.

Le Québec serait souverain qu'il serait, dans le cadre de la conférence internationale de Montréal, l'artisan de la mobilisation de toutes les disponibilités et des volontés internationales de participer à la relance d'Haïti. Il le serait avec l'extraordinaire expertise que ses concitoyens d'origine haïtienne ont développée ici. Il le serait avec toutes les sensibilités que 70 ans de compagnonnage lui ont permis de développer. Il n'en sera pas l'artisan. Il n'est même pas invité à cette conférence. Il y serait qu'il devrait se contenter, comme à Copenhague, d'y jouer les ONG! Volonté du Canada.

Le Canada est souverain. C'est en vertu de ce statut qu'il a convoqué cette conférence internationale. Il la présidera. Mais surtout, et encore une fois, l'expertise québécoise lui servira de marchepied pour hisser très haut son drapeau. Alors qu'au Québec, par la volonté du premier ministre Charest qui a refusé de livrer tout combat pour que Québec y soit, le drapeau sera en berne et l'État en burqa. Inexistant politiquement et étatiquement.

*****

Gérald Larose
 
 
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