Libre opinion - Crises économique et écologique
Harvey L. Mead - Fondateur de Nature Québec et ex-commissaire au développement durable
21 janvier 2010
Québec
En mars dernier, le premier ministre Jean Charest a ouvert la nouvelle session de l'Assemblée nationale en prenant la peine de souligner la présence de plusieurs crises devant nous.
La crise économique n'est pas le seul défi auquel nous faisons face. Cette économie, que tous les pays du monde essaient aujourd'hui de relancer, a fait une si mauvaise utilisation des ressources de la planète qu'elle est devenue une menace. Et il y a aussi la crise environnementale. J'ai la profonde conviction que cette double crise déclenchera la véritable révolution du développement durable. Un meilleur monde en émergera, et le Québec y contribuera.
Tout au long de l'année, le premier ministre a mis l'accent sur les fait que les changements climatiques pouvaient être le résultat de telles crises. Il a évoqué son intention de s'en occuper. De manière quasi explicite, il constate que ces crises de ressources et de l'environnement découlent de nos gestes économiques, alors que la crise économique elle-même montre directement des faiblesses du modèle économique.
Nous sommes depuis deux ou trois mois dans un processus de consultation «prébudgétaire» qui cherche à «dresser les actions à privilégier et la marche à suivre pour accélérer la reprise», comme inscrit dans le mandat du comité consultatif sur l'économie et les finances publiques mis en place pour soutenir la démarche. Le premier fascicule du rapport de ce comité conclut qu'il faut viser «un niveau de dépenses publiques respectant notre capacité de payer, une fiscalité efficace ne compromettant pas notre développement économique et une dette sous contrôle, dont l'importance n'hypothèque pas les choix de nos enfants». Il poursuit en disant que «ces choix devraient aboutir à faire bénéficier le Québec de finances publiques équilibrées à long terme, respectant la capacité des générations futures d'effectuer leurs propres choix, ce qui correspond à la définition même du développement durable». [...]
La lecture du premier fascicule du rapport du comité consultatif permet de cerner des lacunes qui méritent d'être commentées. À titre d'exemple, le Québec est comparé à l'ensemble des provinces canadiennes en matière de PIB par habitant. On découvre que les trois provinces productrices de pétrole — l'Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador — occupent les trois premières places. Leur succès en matière de croissance économique amène les auteurs du rapport à conclure que ces provinces sont plus riches que la nôtre.
On n'évoque aucunement dans ce bilan des provinces productrices de pétrole leur lourd passif, associé à leur contribution aux changements climatiques (pour ne parler que d'eux). C'était le sujet principal de la conférence échouée de Copenhague. En dépit des nombreuses interventions du premier ministre sur ce problème critique qui dominera les vingt prochaines années, il semble que le Québec maintienne l'approche de l'ensemble des acteurs à Copenhague. Les crises écologiques ne devraient pas être mises en corrélation avec l'économie, même si cette économie est «devenue une menace».
On pourrait ajouter que la quatrième place est occupée par l'Ontario, dont l'économie comporte un important secteur voué à l'automobile (et pas les plus petites). Nous ne perdrons pas nos automobiles demain, mais il s'agit d'un autre secteur de «croissance» (en oubliant les déboires de 2009) qui comporte un passif important et qui devrait forcer la réflexion sur la façon de stimuler le développement urbain pour rendre les transports en commun possibles, physiquement et financièrement.
Pour les participants au forum, il semble qu'il n'en sera rien. C'est comme si les crises mentionnées par M. Charest n'existaient pas, tout compte fait. La «définition même du développement durable» n'inclut justement pas la capacité de support des écosystèmes planétaires.
***
Harvey L. Mead - Fondateur de Nature Québec et ex-commissaire au développement durable
La crise économique n'est pas le seul défi auquel nous faisons face. Cette économie, que tous les pays du monde essaient aujourd'hui de relancer, a fait une si mauvaise utilisation des ressources de la planète qu'elle est devenue une menace. Et il y a aussi la crise environnementale. J'ai la profonde conviction que cette double crise déclenchera la véritable révolution du développement durable. Un meilleur monde en émergera, et le Québec y contribuera.
Tout au long de l'année, le premier ministre a mis l'accent sur les fait que les changements climatiques pouvaient être le résultat de telles crises. Il a évoqué son intention de s'en occuper. De manière quasi explicite, il constate que ces crises de ressources et de l'environnement découlent de nos gestes économiques, alors que la crise économique elle-même montre directement des faiblesses du modèle économique.
Nous sommes depuis deux ou trois mois dans un processus de consultation «prébudgétaire» qui cherche à «dresser les actions à privilégier et la marche à suivre pour accélérer la reprise», comme inscrit dans le mandat du comité consultatif sur l'économie et les finances publiques mis en place pour soutenir la démarche. Le premier fascicule du rapport de ce comité conclut qu'il faut viser «un niveau de dépenses publiques respectant notre capacité de payer, une fiscalité efficace ne compromettant pas notre développement économique et une dette sous contrôle, dont l'importance n'hypothèque pas les choix de nos enfants». Il poursuit en disant que «ces choix devraient aboutir à faire bénéficier le Québec de finances publiques équilibrées à long terme, respectant la capacité des générations futures d'effectuer leurs propres choix, ce qui correspond à la définition même du développement durable». [...]
La lecture du premier fascicule du rapport du comité consultatif permet de cerner des lacunes qui méritent d'être commentées. À titre d'exemple, le Québec est comparé à l'ensemble des provinces canadiennes en matière de PIB par habitant. On découvre que les trois provinces productrices de pétrole — l'Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador — occupent les trois premières places. Leur succès en matière de croissance économique amène les auteurs du rapport à conclure que ces provinces sont plus riches que la nôtre.
On n'évoque aucunement dans ce bilan des provinces productrices de pétrole leur lourd passif, associé à leur contribution aux changements climatiques (pour ne parler que d'eux). C'était le sujet principal de la conférence échouée de Copenhague. En dépit des nombreuses interventions du premier ministre sur ce problème critique qui dominera les vingt prochaines années, il semble que le Québec maintienne l'approche de l'ensemble des acteurs à Copenhague. Les crises écologiques ne devraient pas être mises en corrélation avec l'économie, même si cette économie est «devenue une menace».
On pourrait ajouter que la quatrième place est occupée par l'Ontario, dont l'économie comporte un important secteur voué à l'automobile (et pas les plus petites). Nous ne perdrons pas nos automobiles demain, mais il s'agit d'un autre secteur de «croissance» (en oubliant les déboires de 2009) qui comporte un passif important et qui devrait forcer la réflexion sur la façon de stimuler le développement urbain pour rendre les transports en commun possibles, physiquement et financièrement.
Pour les participants au forum, il semble qu'il n'en sera rien. C'est comme si les crises mentionnées par M. Charest n'existaient pas, tout compte fait. La «définition même du développement durable» n'inclut justement pas la capacité de support des écosystèmes planétaires.
***
Harvey L. Mead - Fondateur de Nature Québec et ex-commissaire au développement durable
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

