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L'impérialisme québécois

Michel David   19 janvier 2010  Québec
Après deux siècles et demi à se remettre des effets de la Conquête, les Québécois ont bien du mal à s'imaginer dans le rôle des méchants impérialistes. Ils y voient presque un contresens.


Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham, s'est excusé d'avoir attribué à un sentiment anti-Québec la féroce opposition à la vente d'Énergie NB à Hydro-Québec dans les régions rurales de la province, mais il s'agissait plutôt d'une de ces vérités qui ne sont pas bonnes à dire.

Si le ministre de la Défense du Canada, Peter MacKay, qui représente une circonscription de la Nouvelle-Écosse, a senti le besoin d'ajouter son grain de sel en qualifiant le projet de «prématuré», c'est qu'il voit très bien dans quelle direction souffle le vent.

À Québec, on assure que l'entente de principe conclue en octobre n'est pas compromise, mais le gouvernement Graham est clairement ébranlé. Un dossier comme celui-là peut rapidement prendre valeur de symbole et devenir l'enjeu d'une élection. Quand les députés ministériels boudent les rencontres d'information, c'est souvent mauvais signe.

Le prochain scrutin au Nouveau-Brunswick est prévu en septembre 2010, et les sondages sont inquiétants pour les libéraux de M. Graham. Il y a un an, ils voguaient vers une réélection facile avec 50 % des intentions de vote. En novembre dernier, ils n'en recueillaient plus que 36 %, soit un retard de dix points sur les progressistes-conservateurs de David Alward, qui fait activement campagne contre la vente d'Énergie NB.

Durant la même période, le taux de satisfaction envers le gouvernement a baissé de 60 % à 42 %. Le dossier énergétique n'est pas la seule explication de cette dégringolade, qui avait commencé au printemps, mais il a clairement amplifié la grogne.

***

Il est normal que les contribuables du Nouveau-Brunswick s'interrogent sur les avantages et les inconvénients d'une transaction aussi importante. Le secret qui a entouré les négociations est également de nature à renforcer la méfiance.

Le premier ministre Charest se dit maintenant disposé à «améliorer» l'entente. Cela revient à reconnaître qu'elle n'est pas suffisamment avantageuse pour le Nouveau-Brunswick. Peu importe les modifications qui pourront y être apportées, plusieurs demeureront convaincus qu'il s'agit d'une arnaque.

Une régionalisation du marché de l'énergie se développe, a fait valoir Jean Charest, prenant à témoin le gouverneur du Maine, John Baldacci, qui s'est rallié à l'accord après s'en être d'abord inquiété. Peut-être, mais la réaction aurait-elle été aussi vive si c'était Terre-Neuve, plutôt que le Québec, qui agissait comme maître d'oeuvre de cette régionalisation?

Depuis trois mois, le premier ministre terre-neuvien, Danny Williams, appuyé par son homologue néo-écossais, Darrell Dexter, sillonne le pays pour dénoncer le monopole que le Québec tenterait d'établir à son profit, au détriment de sa province, de l'ensemble des Maritimes et de l'Ontario. Il est même allé le dire en Alberta.

À vingt ans de distance, la croisade anti-québécoise de M. Williams rappelle celle que son prédécesseur Clyde Wells avait menée contre l'accord du lac Meech. M. Wells soutenait aussi que les concessions faites au Québec nuiraient au reste du pays.

Coïncidence, c'était au Nouveau-Brunswick que les problèmes de Meech avaient commencé, quand Frank McKenna avait jugé avantageux d'en faire un thème de sa campagne électorale. M. Charest, que Brian Mulroney avait vainement mandaté pour trouver un compromis, doit s'en souvenir mieux que quiconque.

***

Cette semaine, Terre-Neuve poursuivra son combat contre l'impérialisme québécois devant la Régie de l'Énergie. La société énergétique terre-neuvienne, Nalcor, a déposé quatre plaintes contre Hydro-Québec, qui lui refuse l'accès à son réseau de transport pour acheminer vers le marché américain l'électricité qui sera éventuellement produite par le projet de développement du Bas-Churchill.

Parallèlement, le gouvernement Williams a annoncé son intention de relancer la contestation judiciaire du contrat signé en 1969, qui permet à Hydro-Québec d'acheter à bas prix l'électricité produite à Churchill Falls jusqu'en 2041 et de la revendre ensuite avec un profit substantiel.

Tout cela va colorer passablement le débat sur la vente d'Énergie NB d'ici à la date limite du 31 mars. Les détracteurs de l'accord du lac Meech étaient parvenus à leurs fins parce qu'ils avaient gagné l'appui de l'opinion publique canadienne. Cette fois, M. Williams compte sur elle pour mettre un frein aux ambitions d'Hydro-Québec.

******

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Pierre Vincent
    Inscrit
    mardi 19 janvier 2010 00h59
    Quid de la face cachée de la lune?
    Dès son annonce, le projet d'acquisition d'Energie NB par Hydro-Québec a été (et continue) d'être débattu en termes d'avantages/désavantages présumés pour les citoyens/contribuables de cette province voisine. Que ce projet soit vu par certains à l'extérieur du Québec comme une manifestation de l'"impérialisme québécois" ne saurait constituer une surprise; en effet, les semences d'attitude hostile y sont répandues et fort vivaces, de telle sorte qu'il suffit d'une simple ondée pour en faire surgir quelques "fleurs".

    Mais, dois-lje le souligner, lesdites manifestations hostiles constituent-elles une preuve suffisante que ce projet d'acquisition serait (par le fait même) avantageux pour le Québec? Et qu'il n'y aurait donc point lieu d'en débattre les mérites pour Hydro-Québec, les citoyens québécois et l'économie québécoise? (Je fais cette distinction parce que la grille d'analyse ne s'applique pas mutatis mutandis).

    Il faut dire que je ne suis pas friand d'un raisonnement du type "Si l'adversaire dit que c'est noir, c'est que ça doit être blanc".. Alors SVP, vivement qu'une partie des discussions porte sur la perspective québécoise!

  • Lapirog
    Abonné
    mardi 19 janvier 2010 04h59
    ENTENTE OU ÉBAUCHE DE PROPOSITION?
    Je ne suis pas linguiste mais, je remarque depuis quelques années que dans les médias Québécois, on utilise à tort et à travers le mot ENTENTE quand il s'agit souvent tout au plus d'une proposition d'affaire comme c'est le cas dans le dossier que le le gouvernement Charest tente de conclure avec celui du NB. Le mot ACCORD (largement employé en Europe)qui devrait plutôt remplacer ENTENTE quand il s'agit de commerce est presque totalement rayé du vocabulaire des journalistes et des médias d'ici en général.
    Il me semble assez évident qu'il y a effectivement ENTENTE quand la proposition est bel et bien signée.Non?

  • Jean-Pierre Plourde
    Abonné
    mardi 19 janvier 2010 06h36
    L'affaire Énergie N.-B.
    L’affaire Énergie Nouveau-Brunswick!

    J'ai déjà expliqué dans, Vivre libre ou disparaître, qu’il y a trois élites impliqués dans toutes décisions, ce sont les élites économiques, politiques et sociales.

    Ici, on doit étudier en double parce qu’il y aura un effet Québécois et un effet fédéral sur ces trois élites, M. Charest étant fédéraliste.

    La présentation faite en catimini concerne seulement une version de l’effet de cette transaction sur nos trois élites à nous Québécois que je décrit plus bas avec des variantes non négligeables.

    Il y a des conséquences importantes et non publicisées qu’on a intérêt à comprendre et vite :

    Prenons comme hypothèse que la transaction avec Énergie Nouveau-Brunswick se réalise :

    1. Le Nouveau-Brunswick devient dépendant de nous Québécois pour son approvisionnement en énergie, (effet économique Canadien);
    2. Un jour prochain, le Québec reviendra avec son projet de souveraineté, (effet social Québécois et maintenant Canadien).
    3. Le Nouveau-Brunswick et le Reste du Canada demanderont au Canada d’inclure l’énergie comme étant d’intérêt national, (effet politique Canadien).

    Grâce à son traité de l’approche commune négocié entre amis fédéraux assis des deux côtés de la table de négociation, voir mon texte, Conflits d’intérêts, le Québec se verra « forcé » par Ottawa d’abandonner ses actifs à son profit et d’être réduit à devenir souverain sur rien, rappelez-vous qu’aucune souveraineté n’est possible sans territoire par définition.

    L’Hydro-Québec sera devenu Hydro-Canada, (effet économique Canadien). Seul les Québécois aurons financé les infrastructures au bénéfice des Canadiens sans aucun retour possible de ses investissements calculés en centaines de milliards.

    Le Québec perd ses bras de leviers et le contrôle du coût de son énergie, nous devenons les nègres blancs d’Amérique, un titre répandu pour nous définir dans le reste du Canada et il nous faudra l’avaler.

    Le peuple du Québec sera dépossédé de ses actifs, de ses territoires et il sera forcé d’enseigner l’anglais dès la première année, (effet social Québécois).

    Le piège se refermera sur nous qui n’avons rien vu venir. L’effet global résultant est un génocide culturel des Québécois. Nous perdons notre âme.

    Le Canada se sera déjà substitué aux intérêts des Québécois en y plaçant ses gestionnaires et conseillers fédéraux comme négociateur de l’approche commune pour nous retirer nos territoires, comme chef de cabinet du gouvernement du Québec pour l’économique et pour le Premier Québécois Lui-même pour l’exécuteur testamentaire politique.

    Le Canada est en position d’imposer la fermeture des régions du Québec à notre culture par le transfert du pouvoir économique et la langue anglaise redevenue celle des donneurs d’ouvrages qui devrait suivre.

    Par le traité dit de l'approche commune, seulement un petit groupe de moins de 1% de la population du Québec, les Amérindiens, est autorisé à y donner son acceptation sans que la majorité Québécoise ne soit réellement consultée et informée. L’influence politique du Québec dans la masse canadienne sera réduite à néant par ce traité, parce que, Ottawa refusant de retirer la tutelle qu'il détient sur les Amérindiens, en leur transférant nos territoires, les Québécois héritent de la tutelle. Le droit du peuple Québécois à décider de son avenir est disparu, nous disparaîtrons. C'est le retour au point de départ de l’après conquête. Le titre de "province" pour Québec devient virtuel et son influence dans la constitution Canadienne devient nulle. Québec devient un territoire Canadien et non plus Québécois.

    Comme promis, voici maintenant mon analyse du projet de l’Hydro-Québec tel qu’il est présenté aux Québécois par M. Charest, un fédéraliste, il ne concerne, bien sûr, que les effets immédiats sur nos élites Québécoises.

    M. Charest fait miroiter la fermeture de centrales polluantes, l’apport d’un nouveau marché et un nouveau chemin d’entrée des lignes de transport aux États-Unis.
    L’effet sur l’élite politique québécoise telle que présentée devrait créer du capital politique au gouvernement Charest à Québec et à Ottawa, sans y être publicisé.

    Je retiens de ce scénario :
    1. L’Hydro-Québec devra réduire ou annuler les redevances qu’elle verse annuellement dans les coffres de notre état afin de financer cet achat et le coût des infrastructures à mettre en place.
    2. Les Québécois devront subir des hausses de tarifs pour compenser :
    a. L’hypothèque du coût trop élevé de cet achat.
    b. Financer les infrastructures à installer.
    3. Les Québécois se construisent un compétiteur de taille en garantissant au Nouveau-Brunswick un prix du Kilowatt inférieur au notre et à celui de nos entreprises, le prix étant gelé pour cinq ans. Avec, à la clé, un prix négocié lui permettant de demeurer compétitifs par rapport aux consommateurs Québécois.
    4. Nos entreprises se verront tenter d’aller créer des emplois ou cela coûte le moins cher, au Nouveau-Brunswick.
    5. Les Québécois risquent fort de financer l'industrie nucléaire canadienne en prenant à sa charge la reconstruction de Pointe Lepreau et créer des emplois en Ontario plutôt qu'au Québec. On manque énormément de précision sur ce sujet et il serait d'une extrême importance de connaître l'avenir réservé à cette centrale avant d'avancer dans ce projet.

    Je vous laisse réfléchir à notre situation en tenant compte de ces données que je crois réalistes.

    Jean-Pierre Plourde.

  • Normand Carrier
    Abonné
    mardi 19 janvier 2010 06h41
    Le Québec bashing : rien de nouveau sous le soleil .......
    Depuis que je suis l'actualité , les exemples de Québec bashing furent continuelles et omniprésentes dans le paysage canadien et de tout temps , la différence de langue et de culture a contribué a élargir le fossé entre les Québécois et le ROC ! L'exemple le plus dramatique fut l'échec de Meech qui ne fut que l'aboutissement des frustations des anglos envers les demandes minimales des Québécois .....
    Cette entente de principe entre Énergie NB et Hydro-Québec est manifestement morte et les rumeurs persistantes entendues hier ne sont guère rassurantes pour les Québécois car la nouvelle entente sera totalement différente et la centrale nucléaire de Pointe Lepreau sera la responsabilité d'Hydro-Québec et aucune main mise sur le réseau d'Énergie NB ! Sans connaitre les détails , cette entente n'augure rien de bon pour les Québécois et il faudra examiner de facon approfonfie cette entente pour voir si on en retire quelques bénéfices ......
    Encore une fois , dès que les événements nous semblent favorables , le ROC n'a qu'a faire du Québec bashing pour faire échouer le tout et bingo . Cette fois Ti-Jean se retrouve gros Jean comme devant ! C'est l'histoire qui se répète et combien de coups de pied au cul cela nous prend pour comprendre toute la haine que ces gens ont envers nous ?
    Quant nous comporteront nous comme une majorité et comme des conquérants comme le souligne Michel David et assumeront nous pleinement nos responsabilités comme propriétaires a part entière d'un pays .....

  • Alain Lavallée
    Abonné
    mardi 19 janvier 2010 08h29
    Évidence que Hydro Quéec n,a rien à gagner.
    Assez fantastique le détournement de discussion en effet . Il n'est jamais question de l'intérêt des Québécois dans cette transaction concoctée par Jean Charest.

    Avec justesse André Broen, professeur de droit à l'Université d'Ottawa a souligné dans les pages du Devoir qu'en devenant interprovinciale Hydro-Québec serait soumise à l'autorité canadienne de l'énergie. D'ailleurs le remaniement de ce matin à Ottawa va annoncer la nomination de Christian Paradis au ministère des Ressources naturelles.. (tiens un QUébécois pour avaliser le passage de juridiction vers le fédéral).

    Pourquoi s'endetter de plusieurs milliards $ pour un investissement qui ne rapporterait dans le meilleur des cas que 2 % de rendement (selon l'analyste financeir François Pouliot) ? endettement et risque inutile... alors que de toutes façons HQ peut utiliser les lignes électriques du NB et y vendre son électricité...

    Pourquoi acheter une centrale nucléaire qui comme toutes les centrales nucléaires de type Candu se sont avérées des trous financiers sans fonds. Ontario Hydro a croulé sous sa dette et été mise en faillite par ces mêmes centrales nucléaires...

    Pourquoi venir au secours du NB et en plus leur offrir le même taux de tarifs d'électricité industriels... (réduction de 30 %)... le QUébec perd son avantage concurrentiel... c'est la fin annoncée de la pétrochimie à Montréal... et le relancement de la mégaraffinerie par Irving au NB... d'autres industries suivront afin de pouvoir profiter des ports océaniques des Maritimes... pourquoi le QUébec donne-t-il sans raison et sans intérêt son avantage concurrentiel.... ???

    IL est de plus en plus évident que le QUébec et les QUébécois n'ont aucun intérêt à être propriétaire d'une entreprise en difficultés financières qui de toutes façons demeurera notre client au besoin ... endettement du Québec et risques inutiles.

    Quelles sont le motivations de Jean Charest. ?

  • Bernard Terreault
    Abonné
    mardi 19 janvier 2010 11h40
    BONNE AFFAIRE OU COUP POLITIQUE ?
    Quel intérêt peut-il y avoir pour Hydro-Québec de payer 5 millards pour une entreprise endettée et non concurrentielle ? La motivation est donc autre que financière, c'est-à-dire politique.

  • Francois Jette
    Inscrit
    mardi 19 janvier 2010 12h27
    Qu'en pensent Landry et Parizeau?
    je serais bien curieux de savoir ce qu'en pensent Bernard Landry et Jacques Parizeau. Un journaliste aura-t-il l'idée à demander à ces économistes de formation leur avis sur le sujet?

  • Gilles Denis
    Abonné
    mardi 19 janvier 2010 13h17
    Des excuses....
    Après avoir été citoyen du Québec pendant plus de 40 ans, je suis maintenant citoyen du Nouveau-Brunswick depuis plus de dix ans. Notre premier ministre s'est excusé d'avoir attribué l'opposition à son projet à un sentiment anti-Québec. Avant de résider dans cette province, j'ignorais qu'un tel sentiment existait, et ce, tant chez les anglophones et à un degré moindre chez les francophones envers le Québec. Toutefois, la vive opposition au projet provient également de la perte de souveraineté qui en résulterait pour le Nouveau-Brunswick sur un secteur essentiel, soit son énergie électrique. Ce nouveau marché pour le Québec est important, car il constitue pour lui une autre porte d'entrée sur un marché encore plus important soit celui de la Nouvelle-Angleterre. Le conflit Québec/ Terre-Neuve n'est pas nouveau ces deux provinces ont été à couteaux tirés depuis le jugement déclaratif du Conseil privé en 1927 attribuant la majeure partie du Labrador à Terre-Neuve. Par la suite, il y a eu cette entente en 1969 où Terre-Neuve a convenu de vendre au Québec la majeure partie de son énergie électrique provenant de Churchill Falls à un prix qui peut nous paraitre aujourd'hui dérisoire mais qui au moment de l'entente constituait une bonne affaire pour Terre-Neuve. En somme, l'opposition au projet de notre premier ministre à plusieurs sources , il y a certes un sentiment anti-Québec, mails il y a également Terre-Neuve qui voudrait bloquer cette transaction qui pourrait constituer une barrière à la vente de son énergie électrique à la Nouvelle-Angleterre. Quant à l'opposition de la Nouvelle-Écosse au projet, celle -ci est pour l'instant difficile à comprendre à moins que nous soyons face à'une alliance contre le Québec.

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