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Charest repasse un savon à Harper

«Il n'y a pas une chose que je changerais dans ce que j'ai fait et dit à Copenhague»

Robert Dutrisac   13 janvier 2010  Québec
Stephen Harper et Jean Charest en conférence de presse, hier, à Rivière-du-Loup
Photo : Agence Reuters Mathieu Bélanger
Stephen Harper et Jean Charest en conférence de presse, hier, à Rivière-du-Loup
Rivière-du-Loup — Partageant la même tribune que Stephen Harper, Jean Charest a remis le premier ministre canadien à sa place, hier, en affirmant son droit d'exprimer les positions environnementales du Québec là où bon lui semble, que ce soit «à Cacouna ou à Copenhague».

«Il n'y a pas une chose que je changerais dans ce que j'ai fait et dit à Copenhague. Pas un mot», a déclaré Jean Charest lors d'une conférence de presse, organisée par le bureau de Stephen Harper, sur le premier projet québécois de production de méthane à partir de déchets organiques.

«Si parler et défendre les intérêts du Québec, ça dérange du monde, bien, tant pis», a lancé Jean Charest en répondant aux questions des journalistes. «Quand le premier ministre s'exprime au nom de tous les Québécois sur un enjeu comme celui-là [les changements climatiques], je ne vois pas pourquoi on lui reprocherait de défendre les intérêts du Québec. Et je n'ai aucune inhibition, aucune réticence, peu importe l'endroit où je me trouve, que ce soit à Cacouna ou à Copenhague, sur ces questions-là; je tiendrai le même discours au nom de tous les Québécois.»

Le premier ministre québécois avait été pris à partie par Stephen Harper et son entourage pour les critiques qu'il avait formulées à Copenhague sur la position canadienne en matière de changements climatiques. Lors du sommet international en décembre, Jean Charest avait dénoncé la faiblesse des cibles canadiennes de réduction des gaz à effet de serre (GES) et surtout, il avait déploré le fait que le Canada se contente servilement de calquer sa politique sur celle des États-Unis. Dans une entrevue de fin d'année accordée au réseau TVA, Stephen Harper avait affirmé que les Canadiens s'attendaient à ce que «les perspectives partisanes provinciales n'aient pas leur place à l'étranger» quand le Canada participait à des négociations internationales.

Hier, Stephen Harper ne s'est pas départi de son flegme, soulignant que «même si les gouvernements sont en désaccord de temps en temps, on ne cesse jamais de travailler ensemble».

Les deux premiers ministres ont donné un aperçu, hier, de leurs divergences en matière de changements climatiques. «Ce n'est pas une question de cibles», a soutenu M. Harper, mais bien de «nouvelles technologies». C'est un enjeu «qui restera là longtemps», a dit le chef conservateur, qui n'en voit pas l'urgence. Pour Jean Charest, autant il y a une crise financière, autant il existe une crise environnementale. «C'est à nos yeux à nous, au Québec, un des plus grands défis de l'humanité», a-t-il signalé.

Lors de sa brève allocution devant les maires de la MRC, Jean Charest a signalé la portée «symbolique» de l'annonce d'hier, la première de l'année, faite dans la circonscription de Rivière-du-Loup, représentée par Jean D'Amour. Le député — «mon ami Jean», a dit M. Charest — a réintégré le caucus libéral en décembre après que le Directeur des élections (DGE) et les forces policières de l'opération Marteau l'eurent blanchi relativement à une enveloppe brune contenant de l'argent qu'il avait remis à son successeur à la mairie de Rivière-du-Loup, Michel Morin. Il ne reste plus qu'une seule épée de Damoclès qui pend encore au-dessus de la tête de M. D'Amour: une enquête du commissaire au lobbyisme à son sujet est en cours.

Si l'annonce revêt un caractère symbolique, c'est aussi pour d'autres raisons. C'est un investissement destiné à réduire les GES qui a réuni les deux premiers ministres hier, ce qui ne manque pas d'ironie. Mais surtout, c'est à Rivière-du-Loup que Stephen Harper s'était présenté aux côtés de Mario Dumont pour prononcer un discours qui confirmait l'alliance tacite entre les conservateurs fédéraux et les adéquistes. Depuis, les choses ont bien changé: les libéraux de Jean Charest ont ravi la circonscription aux adéquistes et la circonscription fédérale de Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup est maintenant représentée par un conservateur, Bernard Généreux, présent hier. En novembre dernier, l'organisation du Parti libéral du Québec avait prêté main-forte à l'ancien maire de La Pocatière pour battre la candidate bloquiste, Nancy Gagnon.

Stephen Harper a annoncé hier un apport fédéral de 4 millions à la construction d'une usine de traitement de déchets organiques par biométhanisation, un projet d'une valeur totale de 14,7 millions qui doit desservir la MRC de Rivière-du-Loup. Le gouvernement du Québec y va d'une contribution de 4,7 millions.

Il s'agit du premier projet issu d'un plan — d'une valeur totale de 650 millions — pour le compostage et la biométhanisation dévoilé en novembre dernier par la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp.

Comme la conférence de presse était organisée par les apparatchiks conservateurs, les journalistes qui voulaient poser des questions ont dû s'inscrire sur une liste et c'est l'attaché de presse du premier ministre, Dimitri Soudas, qui a désigné ceux qui ont eu le «privilège» de poser leur question. Le président de la Tribune de la presse de Québec, Pierre Duchesne, a dénoncé l'arbitraire de cette pratique, inconcevable à l'Assemblée nationale, qui a limité l'accès des journalistes québécois à leur premier ministre.
 
 
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  • Gauthier Jean Claude
    Inscrit
    mercredi 13 janvier 2010 06h04
    Un article dont l'intérêt principal réside dans sa toute fin
    Merci pour ce bref aperçu de ce qui se passe derrière les coulisses lors des apparitions publiques de nos leaders ...

    Ça illustre fort bien comment les conservateurs organisent la scène pour redorer leur image et manipuler les médias. Si j'étais a la place de monsieur Charest, c'est ce qui aurait mis le feu aux poudres et m'aurait également incité à être arrogant comme il l'a été.Or, Je crains qu'il n'agisse de la sorte que par opportunisme électoraliste. D'un autre côté, bravo s'il ose attaquer notre flegmatique dictateur devant les caméras. Il en faudra beaucoup plus pour le déloger, hélas ...

  • Pierre Schneider
    Abonné
    mercredi 13 janvier 2010 07h08
    Du grand théâtre !
    S'il n'était premier ministre de la province du Québec, Jean Charest pourrait fort bien réussir une carrière au théâtre ou au cinéma tant il joue son rôle avec conviction et brio en nous faisant croire une chose et en pratiquant son contraire. Avec mes excuses aux gens de la scène...

  • Normand Carrier
    Abonné
    mercredi 13 janvier 2010 07h25
    Du capital politique facile......
    De tout temps , il fut de prise pour le P.L.Q. de se faire du capital politique sur le dos des fédéraux et Jean Charest a un grand besoin a l'heure actuelle de s'auto proclamer grand défenseur du Québec surtout quant les sondages lui sont défavorables et qu'il a un grand besoin de visibilité !
    La suite de Copengague a ses limites mais ce grand revendicateur devrait en profiter pour régler tout le contentieux dont il ne parle jamais entre les fédéraux et son gouvernement soit les milliards de l'harmonisation des taxes , le dossier des valeurs mobilières et on peut remonter jusqu'au dossier Oka et Kanétasaké qui n'est toujours pas réglé et j'en passe une dizaine ! L'image , toujours l'image avec Jean Charest mais les payeurs de taxes apprécieront de vrais règlements qui les soulageront surtout a la veille d'un flot d'augmentations de tarifications et taxes ......

  • yolande laliberte
    Inscrit
    mercredi 13 janvier 2010 08h56
    Grand Batisseur
    Vous surestimez la crédibilité de M. Charest auprès des citoyens du Quebec ! M. Harper devait rire dans sa barbe...Dans l'état où M. charest laissera le Quebecà la fin de son mandat, les rêves souverainistes continueront à voler en ligne droite sur le Mur ! ...

  • Bernard Lorazo
    Abonné
    mercredi 13 janvier 2010 08h58
    Étrange...
    M. Charest n'a pas remis M. Harper à sa place seulement sur l'environnement mais il s'est aussi permis d'intervenir sur une question de sécurité posée uniquement à M. Harper (en se précipitant sur le micro...).
    Se pourrait-il que M. Charest ait voulu profiter de la faiblesse de M. Harper suite aux "rappels à l'ordre" effectués par The Economist et son ancien chef de cabinet M. Flanagan à propos de la prorogation du Parlement?
    Quant au flegme affiiché par M. Harper, il était démenti par un léger pincement de ses lèvres avant d'arborer son éternel sourire de publicité.

  • Jean Martinez
    Inscrit
    mercredi 13 janvier 2010 09h47
    Shadow boxing
    Shadow boxing, c'est l'expression que les boxeurs emploient pour désigner cet exercice d'échauffement où l'on fait semblant de se battre. Charest aime bien faire semblant de gronder le fédéral de temps en temps, histoire de montrer qu'il défend les intérêts du Québec. Mais cette tactique ne fait plus illusion. Tout le monde sait maintenant que quand ça compte vraiment, il recule, histoire de ne pas nourrir les velléités nationalistes des Québécois.

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 13 janvier 2010 09h56
    Un show gratuit ou presque
    il n'en coûtait que l'abonnement au câble ou à l'antenne parabolique pour assister au show Charest-Harper, les deux tentant de se faire du capital politique sur les pauvres électeurs.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Rodrigue Guimont
    Abonné
    mercredi 13 janvier 2010 10h21
    Entre Jean, que d’entregent, entre gens bien élevés…
    «Mon ami Jean» dit Jean Charest en présentant le député de Rivière-du-Loup Jean D’Amour («la pomme pourrie» du PLQ selon Michel David) encore sous enquête.

    «C’est mon ami» disait aussi l’autre Jean en parlant de Bush junior (la phrase exacte de Jean Chrétien concernant George W. fut «Bush n'est pas un moron, c'est mon ami»!)

    Et Michel Arsenault de la FTQ ne disait-il pas aussi de Tony Accurso, contracteur, qui a obtenu pour plus de 114 M de dollars de contrats du Fonds de solidarité de la FTQ, «C’est mon ami»!

    Ah l'amitié en politique...

  • Pierre Bernier
    Abonné
    mercredi 13 janvier 2010 10h42
    Effets de toge !
    Quand vient l'heure de l'effectivité concrète sur les choses essentielles (ex. utilisation de la trentaine de milliard prélevée sur le territoire québécois par l'ordre fédéral de gouvernement) le comédien regarde ailleurs espérant que les Québécois gardent un souvenir vif des « sparages » sans conséquence sur l'accessoire.

  • Simon Cantin
    Inscrit
    mercredi 13 janvier 2010 10h54
    Subvention quasi équivalente aux primes aux dirigeants de la CDPQ
    4,7 millions au projet de biométhanisation et 4 millions pour récompenser la mauvaise performance des dirigeants de la Caisse de Dépôt. Personnellement, j'aurais congédié Sabia et bonifié le projet de 4 millions ou donner ce fric aux contribuables que ce gouvernement appauvrit et continuera d'appauvrir lorsqu'il viendra prochainement jouer du violon pour nous taxer et nous tarifer davantage. Ent' deux joints, on pourrait faire quèq' chose ; ent' deux joints, on pourrait se révolter. Ah, ce syndrome de l'autruche ... Heureusement, on peut se geler la tête dans notre surconsommation ... Ent' deux achats, on pourrait faire quèq' chose ; ent' deux achats, on pourrait s'grouiller l'Q !!

  • René Pelletier
    Inscrit
    mercredi 13 janvier 2010 10h54
    Tout de même...
    Même si monsieur Charest a fait un «show», il n'en reste pas moins qu'il a souligné avec force la différence entre la position du Québec et cellle du chef Réformiste (Harper) relativement à la question des changements climatiques. Sur ce point, bravo monsieur Charest.

    Manifestement, Harper ne veut pas comprendre l'importance de la définition de cibles en matière de réduction des gaz à effet de serre ( ce n'est pas une question de cibles, dit-il ... quelle profondeur d'analyse!..).

    Et que dire du contrôle de la conférence de presse par les valets de Harper?

    Je ne suis pas un partisan de l'actuel Premier Ministre du Québec mais on doit le féliciter pour son attitude d'hier.

  • L. Cimon
    Inscrit
    mercredi 13 janvier 2010 12h06
    Où sont nos savants analystes
    Qui, parmi les journalistes qui suivent pour nous la scène politique manifestera la même lucidité que les citoyens qui réagissent dans vos pages?
    Quand serons-nous suffisamment dégoûtés de nous faire rejouer ce pitoyable vaudeville entre les deux complices conservateurs que sont Charest et Harper qui simulent le désaccord pendant qu'ils travaillent avec une effiacité désarmante à nous déposséder des moyens de nous épanouir?
    Bref, à quand une manifestation de courage et d'honnêteté intellectuelle de ceux dont le métier est de voir clair pour éclairer les citoyens trop occupés à gagner leur vie?

  • Bernard Gervais
    Abonné
    mercredi 13 janvier 2010 13h07
    Charest, l'imprudent
    Jean Charest devrait faire attention car, après tout, le Québec reçoit quand même beaucoup d'argent en péréquation d'Ottawa.

    De plus, son vis-à-vis fédéral, Stephen Harper, n'est pas du tout un politicien qui oublie facilement les affronts qu'on lui fait !


  • Abonné
    mercredi 13 janvier 2010 13h17
    Gare à la dictature !!
    Tant de fausseté de la part d'Harper et de ses sbires, tel ''Dimitri Soudas, qui a désigné ceux qui ont eu le «privilège» de poser leur question'', ne peuvent que nous amener à la dictature, si Harper obtient la majorité parlementaire. Les Institutions dites démocratiques canadiennes sont d'une simplicité dangereuse, mettant tous les pouvoirs entre les mains du même homme, le Premier Ministre.

    Gare à la partisannerie aveugle pour un despote malintentionné, aux manœuvres anti démocratie et anti liberté, telle la prorogation du Parlement !!

  • Real Michaud
    Abonné
    mercredi 13 janvier 2010 16h01
    Rivière-du-Loup
    M. Charest aurait dû respecter les citoyens de Rivière-du-Loup en tablant sur le projet de la place et non retourner à sa ''petite haïne''.

  • Jacques Thibodeau
    Inscrit
    mercredi 13 janvier 2010 18h24
    Méthane...méthane?
    Ce n’est pas ce gaz à effet de serre (le plus dangereux disent-il) qu'on reproche aux vaches de produire par leur flatulence ça ?

  • Paul Verreault
    Inscrit
    jeudi 14 janvier 2010 09h09
    Robert Bourassa et Charest
    Charest me rappelle Bourassa qui, devant les caméras, défendaient les intérêts du peuple québécois mais négociait à la baisse en cachette. Il a fini par s'écraser en acceptant Charlottetown en reniant sa propre loi qui prévoyait un référendum si les Canadians n'acceptaient pas le miminum pour le Québec.

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