jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 19h03
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Transport - Entre avril et octobre, Québec a octroyé 559 contrats de gré à gré

Antoine Robitaille   10 décembre 2009  Québec
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Québec — Depuis 2003, le nombre de contrats octroyés sans appel d'offres a constamment augmenté au ministère des Transports du Québec, et ce sont les donateurs du Parti libéral qui en profitent, a affirmé l'ADQ, hier. D'avril à octobre, 559 contrats pour une valeur totale de 240 millions ont été octroyés de «gré à gré» au MTQ, a souligné la leader parlementaire, Sylvie Roy, ce qui l'a conduit à réclamer une autre fois la tenue d'une commission d'enquête sur le milieu de la construction.

Elle a invité les Québécois à faire pression sur les élus libéraux en leur disant que «ça n'a pas plus de bon sens de continuer à gaspiller de l'argent dans le monde de la construction». À ses yeux, «le party de Noël va être une belle occasion» de discuter de l'opportunité de la tenue d'une enquête publique. «J'espère que les députés libéraux vont mettre assez de pression dans leur caucus pour faire changer d'idée le premier ministre», a-t-elle souhaité.

Les ministres Julie Boulet et Norman MacMillan (ministre délégué) ont répliqué en fin de journée par voie de communiqué, soutenant que l'ADQ désinformait la population. On y citait M. MacMillan: «Il est odieux de prétendre que les fonctionnaires qui procèdent à l'attribution des contrats le font en ayant sous la main la liste des donateurs des partis politiques.»

C'est toutefois le sous-ministre aux Transports, Michel Boivin, qui a été envoyé au front pour parler aux médias. En entrevue au Devoir, il a soutenu que la proportion de contrats attribués sans appel d'offres est passée de 40,3 à 23,4 %, malgré l'augmentation sans précédent des sommes investies dans les infrastructures. Il précise que malgré cette «explosion», on constate des baisses de contrats octroyés de gré à gré dans trois domaines: dans les contrats de construction, on est passé de 44 à 31 %; dans les contrats de services professionnels (les plans et devis), la proportion est passée de 31 à moins de 15 %. Enfin, pour les contrats de nature technique (déneigement), il y a eu diminution aussi: de 44 à 38 %.

Situation à risque

Malgré tout, l'ADQ soutient que le nombre de contrats octroyés de gré à gré est anormalement élevé. Sylvie Roy a rappelé que le 18 novembre, le vérificateur général, Renaud Lachance, parlait de situations et de contrats «à risque». Après un examen d'un échantillon de 23 contrats, 20 d'entre eux avaient selon lui été accordés de gré à gré pour des raisons «douteuses».

Il faut savoir que règle générale, tous les contrats de plus de 25 000 $ devraient faire l'objet d'un appel d'offres. Le MTQ, dans ses règlements, prévoyait jusqu'au 1er octobre 2008 certaines exceptions à la règle de l'appel d'offres: l'urgence et la présence d'un seul fournisseur, entre autres.

Mme Roy a aussi déposé le résultat d'un croisement entre les banques de données du Directeur général des élections sur les électeurs qui contribuent aux caisses des partis politiques. Elle a conclu que les bénéficiaires des contrats sans appel d'offres étaient dans une grande proportion des donateurs du Parti libéral. Depuis l'an 2000, les sommes versées au Parti libéral par des actionnaires de firmes qui ont reçu des contrats de gré à gré équivalent à 986 000 $. «Ça dépasse le fruit du hasard. [...] Il est légal de donner [aux partis], mais là, il y a trop de hasards», a-t-elle insisté. Elle a fait un parallèle avec l'octroi prétendument préférentiel de places en garderie à des donateurs du Parti libéral, que les députés péquistes ont soulevé la semaine dernière.

Pour étayer ses dires, Mme Roy a déposé une liasse de documents obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information. Une liste de quelque 125 pages de contrats octroyés sans appel d'offres d'avril à octobre 2009, y compris des contrats qui n'ont rien à voir avec la construction de routes: 30 000 $ à l'universitaire Jean-Marie De Koninck pour «présider et animer la Table québécoise de la sécurité routière 2009-10», par exemple. Un des plus importants contrats conclus de gré à gré (6,6 millions) figurant sur la liste a été accordé au consortium BPR-Cima+ pour la «surveillance de travaux de terrassement, de structure de chaussée, de ponts [...] dans la municipalité de Saint-Louis-du-Ha! Ha!, MRC du Témiscouata, CEP de Kamouraska-Témiscouata». L'ancien employeur du ministre Sam Hamad, le groupe-conseil Roche, a aussi obtenu un important contrat de 4,1 millions pour une tâche similaire: «surveillance des travaux de terrassement [...] dans la MRC de Rivière-du-Loup».

Le PQ d'accord

Lors d'une conférence de presse sur le financement des partis politiques, la chef péquiste Pauline Marois a soutenu que les chiffres exposés par l'ADQ faisaient la «démonstration que c'est important qu'on clarifie la situation actuelle sur la façon dont sont octroyés les contrats», bref qu'une enquête publique soit déclenchée.

Mme Marois a commenté les propos étonnants du ministre délégué aux Transports, Norman MacMillan. Interrogé par Radio-Canada en Outaouais sur les liens qui existaient entre le financement du PLQ et les contrats octroyés sans appel d'offres, M. MacMillan a répondu: «Moi là, des argents que j'ai ramassés là, puis depuis que je suis ministre, c'est 100 000 $ par année. C'est moi qui m'occupe de ça. C'est moi qui fais les appels. C'est mon bureau qui s'occupe de ça. J'ai toujours fait ça de même.» Mme Marois s'est interrogée en ces termes: «Est-ce que ce sont ces gens-là [bénéficiaires de contrats sans appel d'offres] qui ont été des donateurs? Est-ce qu'il y a un lien? Moi, je pose la question. Je ne fais pas d'affirmation parce que [...] je ne veux pas accuser sans qu'on puisse en faire la démonstration, mais il reste qu'on peut poser la question.»

Du reste, Sylvie Roy s'est amusée du fait que le premier ministre Charest, en mission en Russie, ait signé hier des ententes entre autres en matière de traitement de l'eau avec la ville de Moscou. Transiger avec cette ville «aujourd'hui [hier], Journée mondiale [des Nations unies] contre la corruption, c'est quand même comique», a-t-elle persiflé, tout en refusant de qualifier le gouvernement Charest de «corrompu».
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Francois
    Inscrit
    jeudi 10 décembre 2009 02h30
    Tout est claire maintenant
    Maintenant que la lumièrejean au bout du tunnel fait son apparition ce sera la descente au enfer de M. Jean Charest qui maintien on comprends mieux la nécessité de ne pas mener une commision d'enquête. La commission se retrouverait bien vite dans la cour des libéraux. Mais qu'elle ténacité et détermination avez vous à vous protéger monsieur le premier ministre à ne pas mener une commission d'enquête? Qu'elle corruption pourrions-nous retrouver dans les PPP qui nous coûte déjà des centaines de milion de plus et le projet du CHUM n'est pas commenceré. Franchement vous êtes un très mauvais administrateur malgré les avertissements de toutes parts et de haut lieux. Vous vous obstinez M. Charest à maintenir votre statuquo cela ne sert n'y à nous n'y à vous. Abandonné vite l'idée de devenir un bon gourvernement vous avez suffisamment fait vos preuves.

  • Normand Carrier
    Abonné
    jeudi 10 décembre 2009 06h21
    Ce gouvernement a tout intérêt a faire la lumière .......
    Il y a tellement de coincidences qui convergent vers une augmentation de contrats donnés sans soumission comme le vérificateur l'a souligné et vers les donateurs libéraux qui engraissent la caisse électorale du P.L.Q. , que Jean Charest aurait intérêt a faire la lumière en décrétant une enquête publique ! Ce n'est pas en envoyant un fonctionnaire nommé par les libéraux au bûcher , qui va citer quelques statistiques qui va convaincre les payeurs de taxes qu'ils en ont pour leur argent .......

  • Nicole Lamoureux
    Inscrite
    jeudi 10 décembre 2009 08h10
    Un hasard ou une certitude !!!!!!!!
    Plus on creuse plus les hasards deviennent des certitudes que ce gouvernement est ce lui d'un gouvernement corrompu. Le rapprochement du parti avec les firmes de génie conseil, les collusions, les garderies, les contrats de gré à gré nous montrent le véritable visage de John james Charest, soit un hypocrite menteur et manipulateur .

  • Marmot
    Inscrit
    jeudi 10 décembre 2009 08h16
    Question
    Ce serait intéressant de connaître aussi les statistiques sur l'augmentation du nombre total de contrats pour cette année. Peut-être n'est-ce dû qu'à un e augmentation globale du nombre de contrats, tel que le plan de relance économique le prévoyait ???
    Si les contrats avec appel d'offres ont augmenté dans le même ordre de grandeur, alors on fait encore une tempête dans un verre d'eau.
    Et avec tout ce qu'il y a d'important à discuter à l'Assemblée Nationale et qui est retardé par ces discussions sans fins, je pense sincèrement qu'il serait temps de passer à autre chose!!

  • Godefroy
    Abonné
    jeudi 10 décembre 2009 10h37
    Le Charest est plein
    « De force ou de gré je veux me satisfaire.»
    Corneille : Héraclius, empereur d'Orient

  • Eric Allard
    Abonné
    jeudi 10 décembre 2009 12h47
    L'impunité a une limite temporelle...
    L'impunité a une limite, et cette limite se situe au moment où M. Charest ne sera plus Premier Ministre. Ce jour là, un gouvernement voudra faire la lumière, et ce qui en ressortira sera de plus coiffé d'une cerise, celle de l'obscurantisme du PLQ.

    Et alors, on pourra écrire dans les livres d'histoire sur le gouvernement Charest... qui n'a pas été assez visionnaire pour faire la lumière lorsqu'il régnait.

    La réalité est que plus on attend, plus on s'enfonce dans la corruption. C'est connu, les têtes que la police coupera repousseront au double, comme celles d'une hydre. La seule façon de se débarrasser de la bête est de frapper au coeur de la corruption.

    Les grecs antiques le savaient, Charest l'ignore volontairement.

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    jeudi 10 décembre 2009 22h02
    ENQUÊTE PUBLIQUE?
    .À l'heure où tout le monde demande à Jean Charest une commission d'enquête sur la collusion dans le domaine de la construction, il est bon de faire au départ quelques appréciations de la chose. Pour rappeler par exemple que la commission d'enquête comme on en a connues plusieurs au Québec dans la dernière décennie, n'est pas ce que le fédéral appelle une Commission royale d'enquête. On peut même dire aujourd'hui, qu'à Ottawa, sauf les commissions parlementaires qui n'ont rien à voir avec les commissions d'enquêtes telles qu'on les entend ici, on peut assister à des commissions sénatoriales parfois diffusées sur la Chaîne parlementaire de façon bilingue.

    Le Canal Savoir s'est penché sur la commission d'enquête au sens où on l'entend ici.

    Il faut rappeler certaines implications à tenir ce genre d'assises:

    - les coûts excessifs (Oliphant, 14,5 M $)(Gomery, 29 M $)
    - le risque
    - l'atteinte aux droits individuels.

    Au début d'une commission de ce type, il faut toujours se demander si le gouvernement qui en défraie les coûts

    a) est en conflit d'intérêt;
    b) a prévu des mécanismes pour la protection des témoins.

    Avantage: le rôle pédagogique
    Désavantage: ne permet pas de poursuivre mais de rassembler les faits.

    Que Jean Charest décide d'abord de poursuivre en y mettant à pied d'oeuvre les différents corps de police sur le territoire, est de mettre la charrue avant les boeufs.

    Expérience des commissions passées:

    1. La commission Craver sur le Sang contaminé a déclenché une vaste panoplie de mesures pancanadiennes pour y résister à l'avenir, pendant qu'au Québec était démantelée la Croix rouge remplacée par Héma Québec, alors que Robert Perreault était exonéré de tout blâme.

    Des recours collectifs ont eu lieu à travers le pays, qui sont souvent la conséquence logique d'une telle commission publique médiatisée par surcroît.

    2. La commission Johnson a permis au Ministère des Transports du Québec de refondre ses priorités.

    3. La Commission Gomery a incité la GRC par exemple, à poursuivre des individus. Mais le tout prend énormément de temps.

    Mais la conclusion qui s'en dégage est que ce genre de spectacles a certainement un effet libérateur sur la population qui en est témoin.

    L'inconvénient majeur est d'en tenir une sans débouché de cet ordre, qu'on met sur les tablettes.

    Rappelons-nous Jean Doré qui était aussi très fort sur la réunionite.

    Certaines commissions internationales comme celle de l'apartheid après la prise de pouvoir par Nelson Mandela en Afrique du sud, appelée Commission de réconciliation nationale, est de plus en plus utilisée par ceux et celles qui y veulent faire le point après une crise intense ayant duré souvent plusieurs années..
    _________________
    http://tribunes.forumslog.com (portail)
    http://tribunes.forumslog.com/index.htm (accueil)

  • Pierre Allard
    Inscrit
    mardi 15 décembre 2009 08h12
    Corruption
    Quand le bâtiment va, tout va. Y a-t-il encore quelqu'un qui se pose des questions concernant l'intégrité de notre gouvernance ?

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/09/26/ce

    Pierre JC Allard

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
8 réactions
1 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012