Exploration et exploitation de gisements d'uranium à Sept-Îles - La menace de démission des médecins force Québec à réagir
Le Directeur de la santé publique voit aujourd'hui un danger là où il ne voyait pas de risque incontrôlable, il y a moins d'un an
Les 20 médecins de Sept-Îles, qui sont maintenant 23 à menacer de démissionner si Québec ne renonce pas à l'exploration et à l'exploitation de l'uranium, sont prêts à dialoguer. Le ministre de la Santé a accepté leur invitation dans un climat où les inconnues ne cessent de s'accumuler et la grogne de grimper.
De nouvelles préoccupations ont surgi dans l'esprit du directeur de la santé publique de la Côte-Nord quant aux impacts sanitaires liés au développement d'une industrie de l'uranium au Québec. Au point que le Dr Raynald Cloutier appose désormais des bémols à son avis de santé publique publié il y a pourtant moins d'un an. Des «inquiétudes» liées principalement au climat social explosif, mais aussi aux inconnues qui viennent de pair avec une éventuelle exploitation du minerai radioactif.
À l'époque, rien n'indiquait que les travaux d'exploration allaient conduire à une exploitation dans la région, explique le Dr Cloutier. Or, à son sens, l'exploration en tant que telle ne pose «pas de risque pour la santé publique». Mais l'accélération du projet de Terra Ventures au lac Kachiwiss, a changé la donne. Le passage à l'exploitation n'est en effet plus exclu pour les gens de Sept-Îles qui sont profondément divisés sur la question.
Dans son avis daté de janvier dernier, le Dr Cloutier précisait que si un projet franchissait le stade de l'exploration, «ce qui arrive rarement», une évaluation rigoureuse des impacts potentiels s'imposerait malgré le fait que les risques qui y sont associés lui paraissaient «contrôlables». Aujourd'hui, il n'est plus aussi catégorique. «Il faut quand même penser qu'il y a une source d'eau potable qui n'est pas très loin, à une dizaine de kilomètres», a-t-il indiqué hier lors d'un entretien téléphonique.
«Toute la reconstitution du site pourrait bouleverser ce milieu-là et en détruire une partie, et on sait que la radioactivité perdure pendant des milliers d'années. On se dit, oups, on ne parle pas pour 50 ans, mais pour des milliers d'années, et tout ça nous inquiète», explique le Dr Cloutier.
Ce dernier entend donc prêter une oreille attentive aux voix qui s'élèvent contre ce type d'industrie et il s'engage à aller chercher la meilleure information pour départager le vrai du faux. «Le Québec n'a pas de culture d'exploitation d'uranium. Il va falloir aller chercher les experts pour faire le tour de la question. Il ne faut pas parler à travers notre chapeau, conclure hâtivement et garder une grande vigilance, particulièrement avec un produit comme celui-là qui présente un risque invisible.»
L'exploration
Mais pour les 23 médecins qui ont menacé de démissionner, le danger ne vient pas seulement de l'exploitation, mais aussi de l'exploration. «C'est un peu comme la voiture sur les effets de serre. Une voiture seule n'aura pas d'impact, mais à plusieurs, c'est différent. C'est la même chose avec les sortes de cheminées qui permettent à l'air ambiant d'entrer en contact avec le sous-sol et ouvrent la porte à la contamination. On est maintenant rendu à 87 sites d'exploration d'uranium seulement au Québec», fait valoir leur porte-parole, la Dre Isabelle Gingras.
En entrevue téléphonique, la Dre Gingras insiste. «Ce n'est pas l'expression d'un syndrome du pas dans ma cour. Nous, ce qu'on dit, c'est que l'exploration et l'exploitation d'uranium ne sont pas une solution viable où que ce soit au Québec.» Dans une lettre que nous publions en page A 7, les médecins décortiquent par le menu les raisons qui les ont poussés à une telle extrémité après près de deux ans de démarches intenses sans résultats.
Le bras de fer dans lequel ces médecins se sont engagés leur a valu les remontrances du président-directeur général du Collège des médecins du Québec, qui a ouvert une enquête, mais refuse de s'engager «dans une chasse aux sorcières». Le Dr Yves Lamontagne tient seulement à leur rappeler l'article 13 de leur Code de déontologie, qui précise que tout médecin «doit s'empêcher de participer à une action concertée de nature à mettre en danger la sécurité d'une population».
Ce n'est pas là leur intention, ont répliqué du tac au tac les signataires en évoquant à leur tour deux articles de ce même code. «L'article 3 indique qu'il est de notre devoir de protéger et de promouvoir la santé et le bien-être collectif, alors que l'article 40 dit que le médecin qui a des motifs de croire que la santé d'une population est menacée doit en aviser les autorités de santé publique concernées», a dit la Dre Gingras tout en précisant que tous les signataires se sont engagés à ne pas démissionner en bloc si jamais ils devaient en arriver à une telle extrémité.
À Québec, le ministre de la Santé a choisi de voir dans ce geste une occasion de dialogue. «Le fait est qu'ils ont choisi ce moyen-là pour exprimer des inquiétudes. On le voit comme une opportunité de s'asseoir et de discuter de ce dossier avec eux», a précisé son attachée de presse, Marie-Ève Bédard. Le directeur national de la santé publique se rendra d'ailleurs sur place cette semaine pour mettre la table.
Les médecins signataires ont par ailleurs reçu hier l'appui de nombreux organismes, dont la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine! et le mouvement Sept-Îles sans uranium. Ce dernier a invité tous ceux qui se sentent interpellés par la question à rejoindre ses rangs et à prendre part à la grande manifestation qui aura lieu dimanche prochain, à Sept-Îles en appui aux médecins qui menacent de démissionner.
De nouvelles préoccupations ont surgi dans l'esprit du directeur de la santé publique de la Côte-Nord quant aux impacts sanitaires liés au développement d'une industrie de l'uranium au Québec. Au point que le Dr Raynald Cloutier appose désormais des bémols à son avis de santé publique publié il y a pourtant moins d'un an. Des «inquiétudes» liées principalement au climat social explosif, mais aussi aux inconnues qui viennent de pair avec une éventuelle exploitation du minerai radioactif.
À l'époque, rien n'indiquait que les travaux d'exploration allaient conduire à une exploitation dans la région, explique le Dr Cloutier. Or, à son sens, l'exploration en tant que telle ne pose «pas de risque pour la santé publique». Mais l'accélération du projet de Terra Ventures au lac Kachiwiss, a changé la donne. Le passage à l'exploitation n'est en effet plus exclu pour les gens de Sept-Îles qui sont profondément divisés sur la question.
Dans son avis daté de janvier dernier, le Dr Cloutier précisait que si un projet franchissait le stade de l'exploration, «ce qui arrive rarement», une évaluation rigoureuse des impacts potentiels s'imposerait malgré le fait que les risques qui y sont associés lui paraissaient «contrôlables». Aujourd'hui, il n'est plus aussi catégorique. «Il faut quand même penser qu'il y a une source d'eau potable qui n'est pas très loin, à une dizaine de kilomètres», a-t-il indiqué hier lors d'un entretien téléphonique.
«Toute la reconstitution du site pourrait bouleverser ce milieu-là et en détruire une partie, et on sait que la radioactivité perdure pendant des milliers d'années. On se dit, oups, on ne parle pas pour 50 ans, mais pour des milliers d'années, et tout ça nous inquiète», explique le Dr Cloutier.
Ce dernier entend donc prêter une oreille attentive aux voix qui s'élèvent contre ce type d'industrie et il s'engage à aller chercher la meilleure information pour départager le vrai du faux. «Le Québec n'a pas de culture d'exploitation d'uranium. Il va falloir aller chercher les experts pour faire le tour de la question. Il ne faut pas parler à travers notre chapeau, conclure hâtivement et garder une grande vigilance, particulièrement avec un produit comme celui-là qui présente un risque invisible.»
L'exploration
Mais pour les 23 médecins qui ont menacé de démissionner, le danger ne vient pas seulement de l'exploitation, mais aussi de l'exploration. «C'est un peu comme la voiture sur les effets de serre. Une voiture seule n'aura pas d'impact, mais à plusieurs, c'est différent. C'est la même chose avec les sortes de cheminées qui permettent à l'air ambiant d'entrer en contact avec le sous-sol et ouvrent la porte à la contamination. On est maintenant rendu à 87 sites d'exploration d'uranium seulement au Québec», fait valoir leur porte-parole, la Dre Isabelle Gingras.
En entrevue téléphonique, la Dre Gingras insiste. «Ce n'est pas l'expression d'un syndrome du pas dans ma cour. Nous, ce qu'on dit, c'est que l'exploration et l'exploitation d'uranium ne sont pas une solution viable où que ce soit au Québec.» Dans une lettre que nous publions en page A 7, les médecins décortiquent par le menu les raisons qui les ont poussés à une telle extrémité après près de deux ans de démarches intenses sans résultats.
Le bras de fer dans lequel ces médecins se sont engagés leur a valu les remontrances du président-directeur général du Collège des médecins du Québec, qui a ouvert une enquête, mais refuse de s'engager «dans une chasse aux sorcières». Le Dr Yves Lamontagne tient seulement à leur rappeler l'article 13 de leur Code de déontologie, qui précise que tout médecin «doit s'empêcher de participer à une action concertée de nature à mettre en danger la sécurité d'une population».
Ce n'est pas là leur intention, ont répliqué du tac au tac les signataires en évoquant à leur tour deux articles de ce même code. «L'article 3 indique qu'il est de notre devoir de protéger et de promouvoir la santé et le bien-être collectif, alors que l'article 40 dit que le médecin qui a des motifs de croire que la santé d'une population est menacée doit en aviser les autorités de santé publique concernées», a dit la Dre Gingras tout en précisant que tous les signataires se sont engagés à ne pas démissionner en bloc si jamais ils devaient en arriver à une telle extrémité.
À Québec, le ministre de la Santé a choisi de voir dans ce geste une occasion de dialogue. «Le fait est qu'ils ont choisi ce moyen-là pour exprimer des inquiétudes. On le voit comme une opportunité de s'asseoir et de discuter de ce dossier avec eux», a précisé son attachée de presse, Marie-Ève Bédard. Le directeur national de la santé publique se rendra d'ailleurs sur place cette semaine pour mettre la table.
Les médecins signataires ont par ailleurs reçu hier l'appui de nombreux organismes, dont la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine! et le mouvement Sept-Îles sans uranium. Ce dernier a invité tous ceux qui se sentent interpellés par la question à rejoindre ses rangs et à prendre part à la grande manifestation qui aura lieu dimanche prochain, à Sept-Îles en appui aux médecins qui menacent de démissionner.
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