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Québec offre 7 % en cinq ans à ses employés - Les syndicats se consolent à l'idée de pouvoir enfin négocier

L'offre pourrait impliquer un gel des salaires, selon le Front commun

Robert Dutrisac   1 décembre 2009  Québec
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
C'est une offre globale de 7 % en cinq ans que le gouvernement a déposée hier et que le Front commun, qui craint qu'elle ne se traduise par un gel salarial durant quelques années, a jugée inacceptable. Mais, au moins, le gouvernement se prête au jeu de la négociation contrairement à ce qui s'est passé en 2005, se consolent les leaders syndicaux.

Québec — La présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, a dévoilé hier les offres faites aux 475 000 syndiqués du secteur public: 7 % en cinq ans qui touchent l'ensemble des coûts de main-d'oeuvre dont les salaires ne sont qu'une composante. Les négociations peuvent désormais s'amorcer, mais l'écart est «énorme», constatent les représentants du Front commun.

Flanquée de la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, et du ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, Monique Gagnon-Tremblay a rendu publiques ces offres qui s'inscrivent dans l'objectif du gouvernement de limiter la croissance annuelle de ses dépenses à 3,2 % d'ici 2013-2014. Moins de la moitié de cette croissance sera consacrée à la hausse des coûts de main-d'oeuvre du secteur public, soit une moyenne de 1,4 % par année pour un total de 2,3 milliards. Cette somme comprend des correctifs aux «problématiques sectorielles» de main-d'oeuvre, notamment dans les grands réseaux de la santé et de l'éducation, les primes, les conditions de travail qui ont des incidences financières, le maintien de l'équité salariale ainsi que l'amélioration du régime de retraite (REGOPP). Les coûts de main-d'oeuvre représentent 55 % des dépenses de l'État.

Les offres gouvernementales comportent une innovation: la possibilité de rehausser les salaires si la croissance économique nominale (la croissance du produit intérieur brut plus l'inflation) dépasse les 4,2 % en moyenne à compter de 2010-2011 comme le prévoit le dernier budget.

«Ce sont des offres réalistes et responsables qui respectent notre plan de retour à l'équilibre budgétaire», a fait valoir Monique Gagnon-Tremblay. «Ces offres n'auront pas pour effet d'accroître ni les taxes, ni les tarifs. Si le gouvernement devait le faire [hausser les taxes et les tarifs], ce serait pour d'autres motifs.»

Le gouvernement prévoit creuser un déficit de 4,7 milliards cette année ainsi que l'an prochain pour un retour graduel à l'équilibre budgétaire en 2013-2014. La présidente du Conseil du trésor a indiqué que des compressions de près de un milliard avaient déjà été décrétées cette année.

«La distance entre nos demandes et la proposition qui a été faite est énorme», a souligné Daniel Boyer, vice-président de la FTQ, qui a réagi aux offres gouvernementales aux côtés du vice-président de la CSN, Louis Roy, et la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), Régine Laurent. À la fin octobre, le Front commun avait déposé ses demandes qui s'élevaient à 3,2 milliards répartis sur trois ans, ou 11,25 %.

Pour Louis Roy, l'offre de 7 % se traduirait par un gel de salaires pendant quelques-unes des cinq années visées par les conventions. «Si ce sont des augmentations qui ressemblent au taux d'alcoolémie de 0,05 % pour un conducteur, c'est un gel technique», a-t-il ironisé. Les syndiqués du secteur public ne doivent pas faire les frais de l'objectif du gouvernement de limiter la croissance de ses dépenses à 3,2 %. «Non, on a déjà donné», a laissé tomber Louis Roy, faisant allusion à la loi 142 qui a imposé les dernières conventions collectives des employés de l'État, contrats qui viennent à échéance le 31 mars prochain.

Le Front commun voit d'un mauvais oeil l'exigence du gouvernement de déroger à la loi pour porter de trois à cinq ans la durée des conventions afin, peut-on croire, de repousser la prochaine négociation après les élections générales. «Ce n'est pas une raison valable», juge Louis Roy.

Un point positif noté par les représentants syndicaux: il s'agit d'une offre de départ et non pas d'une proposition finale comme en 2005 quand le gouvernement avait décrété les conditions de travail de ses employés. L'offre globale de 7 % comprend également des sommes pour améliorer la situation dans les grands réseaux de la santé et de l'éducation. Michelle Courchesne, qui a cité trois mots qui devaient, selon elle, «teinter» les négociations — souplesse, adaptabilité, stabilité —, souhaite que la tâche du professeur qui s'occupe de l'équipe de football en dehors des heures de classe, par exemple, soit «reconnue financièrement».

De son côté, Yves Bolduc a plaidé pour une réorganisation du travail dans le réseau de la santé de façon à diminuer les heures supplémentaires et le recours à de la main-d'oeuvre indépendante. En 2008-2009, il s'est payé 10 millions d'heures supplémentaires dans le réseau de la santé, pour un débours de 367 millions, et 4,7 millions d'heures ont été effectuées par du personnel engagé dans le secteur privé, pour une dépense de 190 millions, a précisé le ministre.
 
 
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