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Fonction publique - La pente est raide

Jean-Robert Sansfaçon   1 décembre 2009  Québec
C'est une proposition globale très vague que la présidente du Conseil du trésor, Mme Monique Gagnon-Tremblay, a présentée hier aux dirigeants syndicaux. Très peu généreuse comme on s'y attendait, l'offre du gouvernement constitue néanmoins une entrée en matière intéressante qui devra nécessairement être bonifiée si Québec entend profiter de l'occasion pour apporter des changements à l'organisation du travail du demi-million d'employés de l'État.

Alors que les 450 000 syndiqués du secteur public demandent 11,5 % d'augmentation pour les trois prochaines années (3,8 % par année), le gouvernement Charest leur offre 7 % pour cinq ans (ou 1,4 % par an, en moyenne). L'écart est non seulement important, mais il ne dit pas tout.

On sait, par exemple, que l'offre du gouvernement inclut toute augmentation qui découlerait de la mise à jour de l'équité salariale pour la période de 2001 à 2010 puisque l'entente intervenue en 2006 ne faisait référence qu'à la situation observée au moment de l'adoption de la loi, en 2001. Cela pourrait représenter des dizaines, voire des centaines de millions.

De même, l'offre inclut toutes les améliorations que l'on souhaite apporter pour retenir et recruter de la main-d'oeuvre dans les secteurs en pénurie. Là encore, il est question de plusieurs millions qui n'iront pas aux échelles salariales de la majorité des employés syndiqués. Et que dire des augmentations demandées par les 16 000 médecins qui doivent aussi renégocier leurs honoraires en 2010: en théorie, elles sont aussi incluses dans le cadre financier de 2,3 milliards annoncé hier.

En conséquence, l'offre du gouvernement à ses syndiqués équivaut, dans les faits, à un gel quasi total des échelles salariales pour au moins les deux, sinon les trois prochaines années. Attention, la marche est haute, très haute!

Comme il est conscient du manque de générosité de ses offres, le gouvernement se dit prêt à ajouter à son offre les économies qui découleraient des gains de productivité négociés. Bien malin qui peut dire combien cela représente, ce qui est certain, c'est que réorganiser le travail n'est jamais chose facile à négocier à moins de renier des valeurs fondamentales en relations de travail, comme l'ancienneté et l'équité. Pensons au milieu hospitalier où les jeunes infirmières se sont toujours plaintes de leurs horaires de fou, jusqu'au jour où, devenues plus anciennes à leur tour, elles accèdent à une stabilité qu'elles ne sont pas prêtes à abandonner...

Compte tenu du fossé abyssal qui sépare les parties en ce début de négociations, on peut craindre l'adoption d'une loi d'exception avant l'été prochain. Mais ajouter cinq années supplémentaires aux sept années en cours pour un total de 12 ans sans négociations sérieuses des conventions collectives, ce serait une bien mauvaise façon de s'attaquer aux nombreux problèmes d'organisation du travail qui découlent des conventions collectives de la génération précédente d'employés. On ne réorganise pas le travail par décrets: cela se négocie et il faut y mettre le temps!

L'entente intervenue en 2006 dans le dossier de l'équité salariale permet d'espérer que l'on évitera l'adoption d'une loi d'exception cette fois-ci. Mais, pour cela, les parties devront mettre beaucoup, beaucoup d'eau dans leur vin.






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  • André Loiselet
    Abonné
    mercredi 2 décembre 2009 02h09
    Une lettre de M. Pagé
    Bien observé, M. Pagé!
    Et bien rédigée aussi
    J'abonde en votre sens et en celui de l'éditorialiste.

  • Lou de Sand
    Inscrit
    mercredi 2 décembre 2009 13h14
    Les «nantis» demandent plus
    Monique Gagnon-Tremblay a mis sur le compte du contexte économique néolibéral et de sa crise, la faiblesse de son offre de 7 % en cinq ans couvrant les salaires et plus. C’était déjà le cas en 2005 et la loi 142 qui a imposé les dernières conventions collectives. Gagnon-Tremblay et sa sacoche bis proposent un appauvrissement des salariés du secteur public, surtout qu’on peut s’attendre à une inflation plus forte dans les années à venir.
    Bien entendu, la ministre fait semblant d’ignorer que la valeur dans une société capitaliste, c’est justement notre valeur sur le marché. C’est valable aussi bien pour un employé de l’État que d’un ingénieur-conseil qui peut être payé jusqu’à 2300 $ de l’heure ou d’un P.D.G. de la Caisse de dépôt malgré un trou de 40milliards il peut quand même partir avec un chèque de 450 000 $ en plus d’un parachute doré.
    Cette valeur monétaire dans une société néolibérale n’est non seulement pas répartie équitablement, mais pour toute une couche de la population dont les fonctionnaires, elle a diminué au point qu’on nous dit que la part des salaires a fortement régressé dans le PIB. Cette baisse est évaluée à environ 9% dans les pays occidentaux.
    Monique Gagnon-Tremblay a décidé la continuation de ce transfert vers le haut de la richesse collective. Une question de valeur, sans doute!

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