Cette folie nommée pouvoir
J'ai entendu souvent René Lévesque dire à ses ministres: «Le pouvoir, c'est comme l'alcool, il y en a qui ne portent pas ça.» Il le disait chaque fois que l'un de ses ministres commençait à se prendre au sérieux, qu'il avait la tête qui enflait ou qu'il s'entêtait au-delà du raisonnable. Il avait raison. Le pouvoir peut rendre fou.
Si on interdit aux humains de conduire une voiture en état d'ébriété, il faudrait interdire à tous ceux qui jouissent d'un certain pouvoir dans notre société d'en abuser. Il faudrait pouvoir les empêcher de diriger le destin de la population quand ils sont dans cet état second, plus ou moins proche de la folie, ce fameux «pouvoir», celui qui influe sur leur comportement et leur capacité à prendre de bonnes décisions. Le pouvoir, si petit soit-il, est une drogue puissante qu'il ne faut pas mettre entre toutes les mains. C'est une évidence par rapport à ce que nous vivons en ce moment à tous les niveaux de nos gouvernements.
C'est la réflexion que je me faisais cette semaine en regardant le comportement de nos politiciens autant à Ottawa qu'à Québec. Nous vivons des temps étranges où les pouvoirs politiques semblent avoir perdu tout sens de la mesure et de la franchise, où chaque jour apporte son lot de scandales et de mensonges et où il n'y a plus d'espace pour le bon sens, l'administration raisonnable de notre bien commun et le respect de nos valeurs. Tout est devenu débordement, et le pouvoir, celui qui accompagne les gouvernements minoritaires aussi bien que majoritaires, s'affiche de plus en plus dans toute sa turpitude, avec mépris et arrogance et une évidente certitude de ne devoir aucune explication à personne. À Ottawa comme à Québec, les oppositions ont beau réclamer un changement de comportement de la part du parti au pouvoir, ces partis et leurs élus n'écoutent plus personne depuis longtemps.
Cette semaine, avouons-le, ce n'était pas drôle d'être Québécois, ni Canadien. La torture des prisonniers afghans est devenue une terrible réalité qui fait mal. Et une honte en même temps. L'entêtement de Stephen Harper dans ce dossier, comme dans tout ce qui concerne la part du Canada dans la réduction de la pollution dans le monde, est une immense déception. Le «danger pour l'humanité» que représente le développement des sables bitumineux de l'Alberta, dénoncé comme tel par Al Gore, n'a rien pour nous remonter le moral.
Au Québec, une grande majorité de la population exige la tenue d'une commission d'enquête sur la collusion et la corruption qui sévissent dans le monde des contrats de la construction. Nous en avons assez de la magouille organisée, comme nous en avons assez de payer trop cher pour des travaux qui souvent sont mal faits en plus. Le premier ministre Jean Charest, après s'être bouché le nez tellement ça sentait mauvais dans la construction, se bouche maintenant les deux oreilles pour ne pas entendre gronder la colère de la population; il agit comme s'il préférait patauger dans le purin plutôt que de trouver le courage de faire un vrai ménage.
La leçon de René Lévesque n'a jamais été aussi pertinente. Le processus d'intoxication est très avancé. Ceux qui détiennent le pouvoir en ce moment sont relativement faciles à évaluer, car les plus «malades» sont toujours à la recherche d'un micro ou d'une caméra, ne pouvant vivre plus de 24 heures sans leur dose de célébrité. C'est comme ça qu'on les retrouve au piano à chanter les Beatles ou à répondre sans sourciller à «la question qui tue». L'important, c'est d'être vu. Et de jouer les matamores.
Les politiciens ne sont pas les seuls à être atteints. C'est triste, mais c'est ainsi. Dès qu'un humain met la main sur un bout de pouvoir, il n'a qu'un objectif: le nourrir et le faire grandir à n'importe quel prix. C'est vrai partout. Notre société ne manque pas de petits boss. Elle en compte plein. Ils sont ténors de la finance, dirigeants de syndicats, patrons de ceci ou de cela ou tout simplement chefs d'une équipe de vendeurs ou de balayeurs de rue. Tous, cependant, revendiquent le respect qu'ils estiment dû à leur petit ou grand pouvoir. Il faut voir l'importance que s'accordent ceux qui en profitent, sans jamais se remettre en question, convaincus de leur importance et jouant de l'accommodement raisonnable avec leur propre conscience, souvent à leur bénéfice en plus.
Depuis quelques semaines, le spectacle des abus de pouvoir était partout. Nous avons bien vu que pratiquement tous les étages du pouvoir étaient atteints. C'est déplaisant de constater que nous avons si souvent été menés en bateau — sans jeu de mots — nous, les citoyens, que nous arrivons au bord de l'écoeurement. Les déchets que tous ces pouvoirs génèrent finissent par nous empoisonner et nous indiquer que nous manquons d'air. Vite, ouvrez une fenêtre.
Si on interdit aux humains de conduire une voiture en état d'ébriété, il faudrait interdire à tous ceux qui jouissent d'un certain pouvoir dans notre société d'en abuser. Il faudrait pouvoir les empêcher de diriger le destin de la population quand ils sont dans cet état second, plus ou moins proche de la folie, ce fameux «pouvoir», celui qui influe sur leur comportement et leur capacité à prendre de bonnes décisions. Le pouvoir, si petit soit-il, est une drogue puissante qu'il ne faut pas mettre entre toutes les mains. C'est une évidence par rapport à ce que nous vivons en ce moment à tous les niveaux de nos gouvernements.
C'est la réflexion que je me faisais cette semaine en regardant le comportement de nos politiciens autant à Ottawa qu'à Québec. Nous vivons des temps étranges où les pouvoirs politiques semblent avoir perdu tout sens de la mesure et de la franchise, où chaque jour apporte son lot de scandales et de mensonges et où il n'y a plus d'espace pour le bon sens, l'administration raisonnable de notre bien commun et le respect de nos valeurs. Tout est devenu débordement, et le pouvoir, celui qui accompagne les gouvernements minoritaires aussi bien que majoritaires, s'affiche de plus en plus dans toute sa turpitude, avec mépris et arrogance et une évidente certitude de ne devoir aucune explication à personne. À Ottawa comme à Québec, les oppositions ont beau réclamer un changement de comportement de la part du parti au pouvoir, ces partis et leurs élus n'écoutent plus personne depuis longtemps.
Cette semaine, avouons-le, ce n'était pas drôle d'être Québécois, ni Canadien. La torture des prisonniers afghans est devenue une terrible réalité qui fait mal. Et une honte en même temps. L'entêtement de Stephen Harper dans ce dossier, comme dans tout ce qui concerne la part du Canada dans la réduction de la pollution dans le monde, est une immense déception. Le «danger pour l'humanité» que représente le développement des sables bitumineux de l'Alberta, dénoncé comme tel par Al Gore, n'a rien pour nous remonter le moral.
Au Québec, une grande majorité de la population exige la tenue d'une commission d'enquête sur la collusion et la corruption qui sévissent dans le monde des contrats de la construction. Nous en avons assez de la magouille organisée, comme nous en avons assez de payer trop cher pour des travaux qui souvent sont mal faits en plus. Le premier ministre Jean Charest, après s'être bouché le nez tellement ça sentait mauvais dans la construction, se bouche maintenant les deux oreilles pour ne pas entendre gronder la colère de la population; il agit comme s'il préférait patauger dans le purin plutôt que de trouver le courage de faire un vrai ménage.
La leçon de René Lévesque n'a jamais été aussi pertinente. Le processus d'intoxication est très avancé. Ceux qui détiennent le pouvoir en ce moment sont relativement faciles à évaluer, car les plus «malades» sont toujours à la recherche d'un micro ou d'une caméra, ne pouvant vivre plus de 24 heures sans leur dose de célébrité. C'est comme ça qu'on les retrouve au piano à chanter les Beatles ou à répondre sans sourciller à «la question qui tue». L'important, c'est d'être vu. Et de jouer les matamores.
Les politiciens ne sont pas les seuls à être atteints. C'est triste, mais c'est ainsi. Dès qu'un humain met la main sur un bout de pouvoir, il n'a qu'un objectif: le nourrir et le faire grandir à n'importe quel prix. C'est vrai partout. Notre société ne manque pas de petits boss. Elle en compte plein. Ils sont ténors de la finance, dirigeants de syndicats, patrons de ceci ou de cela ou tout simplement chefs d'une équipe de vendeurs ou de balayeurs de rue. Tous, cependant, revendiquent le respect qu'ils estiment dû à leur petit ou grand pouvoir. Il faut voir l'importance que s'accordent ceux qui en profitent, sans jamais se remettre en question, convaincus de leur importance et jouant de l'accommodement raisonnable avec leur propre conscience, souvent à leur bénéfice en plus.
Depuis quelques semaines, le spectacle des abus de pouvoir était partout. Nous avons bien vu que pratiquement tous les étages du pouvoir étaient atteints. C'est déplaisant de constater que nous avons si souvent été menés en bateau — sans jeu de mots — nous, les citoyens, que nous arrivons au bord de l'écoeurement. Les déchets que tous ces pouvoirs génèrent finissent par nous empoisonner et nous indiquer que nous manquons d'air. Vite, ouvrez une fenêtre.
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