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Le stratège suprême

Michel David   26 novembre 2009  Québec
L'été dernier, Gilles Taillon a puissamment contribué à la destruction de l'Action démocratique du Québec en déclenchant une guerre fratricide contre Éric Caire, qu'il avait qualifié de «tricheur» parce que son curriculum vitæ laissait croire à tort qu'il détenait un diplôme universitaire.

«À une époque où l'éthique et l'intégrité sont plus que jamais des conditions essentielles à respecter pour toute personne qui envisage d'occuper un poste de responsabilités au public, c'est tolérance zéro», avait lancé M. Taillon, sommant son adversaire de se retirer de la course.

Comment auraient réagi les militants de l'ADQ s'ils avaient su que cet homme aussi pointilleux sur l'éthique des autres avait lui-même passé sous silence son passé de conseiller syndical, dont les méthodes en auraient scandalisé plus d'un?

Le curriculum vitae de M. Taillon, qu'on retrouve sur le site de l'Assemblée nationale, indique qu'il «fut professeur au secondaire de 1967 à 1972 et conseiller en relations de travail de 1973 à 1976». Il n'est cependant précisé nulle part qu'il agissait comme conseiller auprès du Syndicat des enseignants des Laurentides, qu'il a entraîné dans une grève illégale qui a duré du 24 avril au 30 juin 1975 et pour laquelle des amendes totalisant 900 000 $ ont été imposées.

Certes, il n'est pas le premier marxiste-léniniste à se recycler dans le capitalisme. Son supérieur à l'époque, l'ancien président de la CEQ, Yvon Charbonneau, qui se faisait fort de «casser le système», a eu un parcours tout aussi déroutant, qui l'a finalement mené à un poste d'ambassadeur du Canada à un organisme des Nations unies, après un stage chez SNC-Lavalin, puis un séjour sur les banquettes libérales à l'Assemblée nationale et à la Chambre des communes.

Au moins, dans le cas de M. Charbonneau, on savait à quoi s'en tenir, tandis que les activités syndicales de M. Taillon ont laissé peu de traces. Même si sa carrière politique a pris fin abruptement il y a deux semaines, il vaut la peine de tirer les choses au clair.

***

Les relations de travail ne sont pas faites pour les âmes sensibles. Les conflits sont parfois très durs et peuvent donner lieu à des manoeuvres discutables d'un côté comme de l'autre.

On a porté à mon attention une sentence arbitrale datée du 24 avril 1979, dans laquelle le tribunal rejetait le grief des instituteurs de la polyvalente de Saint-Jérôme, qui contestaient les réductions de salaire imposées par la commission scolaire durant le conflit de 1975. On y exposait très bien les méthodes de M. Taillon.

Il était clairement identifié comme «l'acteur le plus important dans tout ce conflit, le stratège suprême du syndicat et son principal porte-parole à toutes les négociations». Au grand regret du tribunal, il avait cependant refusé de témoigner.

La stratégie qu'il avait imaginée était très simple. Dès que les élèves arrivaient à l'école, les enseignants quittaient les classes pour tenir une prétendue journée d'étude. Il fallait alors rappeler les autobus, qui ramenaient les élèves à la maison. Dés qu'ils étaient partis, les enseignants se disaient de nouveau prêts à enseigner. Le même manège reprenait le jour suivant, jusqu'à écoeurement complet des parents qui finissaient par garder leurs enfants à la maison.

Dans tous les conflits, les syndicats proposent divers moyens de pression à leurs membres. On suggérait aux enseignants de la polyvalente de Saint-Jérôme de multiplier les appels téléphoniques aux commissaires, de visiter le «barber shop» du président de la commission scolaire, etc. Au terme d'une enquête policière, plusieurs furent accusés de vol de dossiers d'élèves. Tous plaidèrent coupables.

***

En septembre 1975, le «stratège suprême» était enfin en mesure de crier victoire. Malgré «ces petites marionnettes du pouvoir» qui dirigeaient la commission scolaire, les 58 enseignants congédiés étaient rengagés. En vertu du protocole de rentrée au travail, 11 militants syndicaux poursuivis au criminel durant le conflit demeuraient à l'emploi de la commission.

Il est assez savoureux de penser qu'au cours des années suivantes, M. Taillon est lui-même devenu directeur des ressources humaines à la commission scolaire Champlain de Gatineau et plus tard directeur général de la Fédération des commissions scolaires du Québec.

Bien entendu, il n'y a rien de mal à être conseiller syndical, mais les militants adéquistes, qui trouvent généralement que les syndicats ont trop de pouvoir au Québec, auraient peut-être vu d'un autre oeil la candidature de M. Taillon à la succession de Mario Dumont. La suite des événements aurait pu être bien différente.

La lecture de la sentence arbitrale de 1979 les aurait également éclairés sur son style de leadership. Pour un conseiller non élu, il en menait très large. En réalité, c'est lui qui dirigeait le syndicat, comme l'a constaté le tribunal. «Le conseil d'administration [du syndicat] ne prenait pas de décision dans le conflit. Cette responsabilité incombait au comité de négociation», qui était présidé par M. Taillon.

Au moment d'annoncer son départ, le chef déchu évoquait le respect dû aux militants adéquistes. En effet, ils auraient eu droit à la vérité.

***

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Lapirog - Abonné
    26 novembre 2009 07 h 23
    L'ADQ au pouvoir: nous l'avons échappé belle!
    En lisant l'article dévastateur de Michel David sur le passé troublé et troublant de Taillon, je me disais que nous l'avions échappé de justesse quand l'ADQ avait fait élire une quarantaine de candidats à l'assemblée Nationale.
    Ajouté à tout ce que nous savons maintenant des dessous de ce parti dont les dirigeants se comportent comme des irresponsables, nous nous serions trouvé dans de beaux draps pour ne pas dire plus. Que le Ciel nous protège d'une telle calamité.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    26 novembre 2009 08 h 22
    Nouvelle intéressante mais tardive
    Si les membres de l'ADQ avaient su, ils auraient probablement voté autrement, ce qui aurait fait élire M. Caire, un fédéraliste inconditionnel, à la tête de l'ADQ à la place de M. Deltell qui l'est peut-être tout autant. Attendons les développements.
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  • Albert Descôteaux - Abonné
    26 novembre 2009 12 h 54
    Rien de neuf sous le soleil
    Les syndicalistes les plus virulents envers les patrons deviennent souvent les plus anti-syndicats lorsqu'ils franchissent la cloture et deviennent patron à leur tour. Pas surprenant d'apprendre le parcours de Giilles Taillon. En passant, belle pièce d'information, monsieur David.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    26 novembre 2009 13 h 30
    @ . Lapointe
    M. Lapointe a probablement raison sauf que, le très provincial gouvernemnt Libéral Charest ne me semble pas plus responsable, dans le sens positif du terme.
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  • Geoffroi - Abonné
    26 novembre 2009 13 h 48
    Et le premier ministre !
    Avez-vous quelques informations de ce genre concernant le passé du premier ministtre ? Ça m'intéresse, et beaucoup d'autres aussi.
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  • Paul Rodgers - Inscrit
    26 novembre 2009 17 h 18
    « Nous l'avons échappé belle », vous dites!
    Non, Monsieur, nous en mangeons toutes une et Gilles Taillon n'y est pour rien...

    Rien dans les manoeuvres douteuses et condamnables de Gilles Faillon ne peut se comparer un tant soit peu à celles que signe le mercenaire John James Charest. Depuis la fin des années quatre-vingt que le mercenaire de Sherbrooke se voue entièrement aux services des pires ennemis du Québec. Ce qui n'est pas le cas de Gilles Taillon.

    John James est réputé avoir empoché plus de trois millions de dollars sales pour venir faire une « job » au Québec, aux ordres de marche des plus québécophobes partitionnistes du Canada anglais. Il serait le deuxième politicien, après Jean Chrétien, à faire fortune en vendant le Québec français à ses maîtres du Dominion of Canada.

    À ce jour, autre le regretté Michel Vastel, aucun de ses collègues ne s’est prouvé capable du courage nécessaire pour mener à bien une enquête de fond pour débusquer les commanditaires du présent premier ministre du Québec.

    On peur bien fouetter « à mort » le cheval mort de Gilles Taillon. Il demeure que la complicité des principaux médias du Québec a ouvert la voie à la plus malicieuse charge a être porté contre le Québec de son l'histoire.

    Multi millionnaire par haute trahison, le mercenaire John James Charest peut mener a terme sa charge contre le Québec, heureuse de voir Gilles Taillon lui servir de paravent...
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  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné
    26 novembre 2009 17 h 50
    On aimerait savoir
    Est-il vrai que M. Charest a reçu des sommes colossales pour quitter Ottawa pour Québec? Si oui, est-ce que ces sommes ont été déclarées au fisc?
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  • Jean-Pierre Sabourin - Abonné
    26 novembre 2009 21 h 52
    Et alors!!!
    Il ne restra pas grand chose de ces esclandres car c'est de notre survie qu'il est question.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    26 novembre 2009 22 h 21
    @ M. Saint-Arnaud
    Toutes sommes dépensées pour sauver le Canada n'est pas taxable dans les mains de celui qui les reçoit. C'est supérieur à un don de charité, c'est un don pour la démocratie britannique canadienne royale et la civilisation, en général.

    Se faire couper le Canada en deux par les séparatistes est, pour nos Anglos, un crime contre l'humanité que le fédéral se donne le droit de combattre par les commandites et autres moyens à venir...autorisés à l'avance par le fisc canadien qui ne voit alors...plus rien..
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  • Jean-François Trottier - Abonné
    27 novembre 2009 03 h 32
    Les militants sont des pions
    C'est toujours amusant d'entendre les militants de première ligne clamer haut et fort les mantras de leurs partis quand leurs dirigeants ne sont eux-même pas si clair. Le Parti Libéral est dirigé par un transfuge Conservateur, l'ADQ l'a été par deux transfuges libéraux et un ex-syndicaliste, le PQ a aussi été dirigé par un ex-conservateur et d'ex-libéraux.
    Ça démontre que les dirigeants peuvent évoluer beaucoup plus que les pions qui les défendent. J'espère que les militants s'en rappelleront quand viendra de professer sa foi aveugle en un chef tout puissant.
    PERSONNE ne mérite qu'on mette son cerveau à off pour le laisser penser à notre place.
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