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    Construction: les pressions s'accentuent, Charest résiste

    Les policiers de la SQ et les procureurs de la Couronne veulent à leur tour une enquête publique

    24 novembre 2009 |Brian Myles | Québec
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    Après l'opposition à Québec, c'est au tour des syndicats de policiers et de l'Association des procureurs de la Couronne de réclamer la tenue d'une enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction. Fidèle à lui-même, le premier ministre Jean Charest n'en voit pas l'utilité.

    M. Charest a réitéré hier que son gouvernement misait en priorité sur les enquêtes criminelles pour venir à bout de la corruption endémique dans la construction. «Si on veut arriver à des résultats, il faut prioriser les enquêtes. C'est les enquêtes qui permettent à la police justement d'aller chercher des preuves, des faits qui, dans la suite des choses, vont nous permettre d'enrayer le problème», a dit hier M. Charest.

    Le premier ministre Charest réagissait à la retentissante déclaration du président de l'Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), Jean-Guy Dagenais. En entrevue au Soleil, M. Dagenais a réclamé la tenue d'une commission d'enquête sur la construction, la seule avenue possible si Québec veut véritablement changer les façons de faire dans cette industrie.

    Selon l'APPQ, les investigations policières à elles seules ne permettront pas d'éclairer le public sur la corruption et de resserrer la surveillance des appels d'offres. «Il y a toujours une limite à dire que la SQ va régler ça», lance M. Dagenais.

    M. Dagenais, qui représente les 5000 policiers de la Sûreté du Québec (SQ), reconnaît que sa démarche est «assez exceptionnelle». En effet, il est plutôt rare que des policiers admettent les limites d'une enquête criminelle. Les révélations récurrentes dans les médias, au sujet des liens étroits entre les fonctionnaires, les politiciens et les entrepreneurs en construction, justifient l'intervention de M. Dagenais. «Avec une commission d'enquête, plus de gens vont devoir s'expliquer publiquement», estime-t-il.

    Selon la leader parlementaire de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Sylvie Roy, la sortie de M. Dagenais ne constitue rien de moins qu'un désaveu du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis. À l'instar de M. Charest, Jacques Dupuis privilégie aussi la poursuite des enquêtes criminelles. Selon Mme Roy le gouvernement libéral «est isolé avec la FTQ» dans le camp des opposants à une enquête publique. La position de l'APPQ «démontre hors de tout doute que la stratégie libérale des enquêtes policières ne permettra pas de briser le système de corruption qui semble s'être installé dans le domaine de la construction», affirme Mme Roy.

    Le leader parlementaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, croit aussi que l'APPQ a démoli la dernière défense du gouvernement. «Il lui reste deux semaines à "toffer". C'est pour ça que je dis qu'il est guidé par autre chose que l'intérêt public. Il veut protéger quelqu'un, il veut protéger des amis. Mais l'intérêt public passe par-dessus bord», déclare-t-il.

    La déclaration de l'APPQ survient après une semaine mouvementée à l'Assemblée nationale. La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a réclamé la démission de la ministre des Transports, Julie Boulet, à la suite de la publication du rapport du Vérificateur général. Celui-ci a constaté que le ministère des Transports avait violé ses propres règles et qu'il avait contourné une directive du Conseil du Trésor, en 2008, pour accorder des contrats d'asphaltage à ABC Rive-Nord, une firme dans laquelle l'ancien ministre libéral David Whissel détient des intérêts.

    Qui plus est, Transports Québec a attendu cinq ans avant de transmettre à la Sûreté du Québec un rapport interne concluant que des entrepreneurs s'étaient mis d'accord pour fixer les prix et réduire la concurrence dans le domaine du déneigement. Et c'est sans compter les contrats sans appel d'offres, les fausses urgences et les dépassements de coûts inexpliqués que le Vérificateur général a aussi relevés dans son rapport.

    L'Association des procureurs de la Couronne du Québec a ajouté sa voix à celle des policiers, en réclamant à son tour hier soir la tenue d'une enquête publique. «Même les policiers affirment qu'une enquête publique ne nuira pas aux enquêtes déjà en cours. C'est l'intégrité de toutes nos institutions qui est aujourd'hui en cause», affirme le président de l'Association, Christian Leblanc.

    La semaine dernière, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, s'est aussi prononcé en faveur d'une enquête publique sur la construction. La voix des syndicats de policiers s'ajoute à celle de tous les partis d'opposition à l'Assemblée nationale.

    Le premier ministre Charest ne bronche pas. Bien qu'il ne «ferme pas la porte» à une enquête publique, M. Charest croit que les policiers disposent des outils nécessaires pour accomplir leur travail. «Dites-vous bien une chose: peu importe le scénario, il faudra que le travail d'enquête se réalise, c'est incontournable. Il faut qu'il y ait des gens qui puissent aller chercher des faits, des dénonciations, les vérifier, des preuves. C'est comme ça qu'on va arriver à des résultats», croit-il.

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    Avec la collaboration de Marco Bélair-Cirino

    Avec La Presse canadienne












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