Construction: les pressions s'accentuent, Charest résiste

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Après l'opposition à Québec, c'est au tour des syndicats de policiers et de l'Association des procureurs de la Couronne de réclamer la tenue d'une enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction. Fidèle à lui-même, le premier ministre Jean Charest n'en voit pas l'utilité.

M. Charest a réitéré hier que son gouvernement misait en priorité sur les enquêtes criminelles pour venir à bout de la corruption endémique dans la construction. «Si on veut arriver à des résultats, il faut prioriser les enquêtes. C'est les enquêtes qui permettent à la police justement d'aller chercher des preuves, des faits qui, dans la suite des choses, vont nous permettre d'enrayer le problème», a dit hier M. Charest.

Le premier ministre Charest réagissait à la retentissante déclaration du président de l'Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), Jean-Guy Dagenais. En entrevue au Soleil, M. Dagenais a réclamé la tenue d'une commission d'enquête sur la construction, la seule avenue possible si Québec veut véritablement changer les façons de faire dans cette industrie.

Selon l'APPQ, les investigations policières à elles seules ne permettront pas d'éclairer le public sur la corruption et de resserrer la surveillance des appels d'offres. «Il y a toujours une limite à dire que la SQ va régler ça», lance M. Dagenais.

M. Dagenais, qui représente les 5000 policiers de la Sûreté du Québec (SQ), reconnaît que sa démarche est «assez exceptionnelle». En effet, il est plutôt rare que des policiers admettent les limites d'une enquête criminelle. Les révélations récurrentes dans les médias, au sujet des liens étroits entre les fonctionnaires, les politiciens et les entrepreneurs en construction, justifient l'intervention de M. Dagenais. «Avec une commission d'enquête, plus de gens vont devoir s'expliquer publiquement», estime-t-il.

Selon la leader parlementaire de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Sylvie Roy, la sortie de M. Dagenais ne constitue rien de moins qu'un désaveu du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis. À l'instar de M. Charest, Jacques Dupuis privilégie aussi la poursuite des enquêtes criminelles. Selon Mme Roy le gouvernement libéral «est isolé avec la FTQ» dans le camp des opposants à une enquête publique. La position de l'APPQ «démontre hors de tout doute que la stratégie libérale des enquêtes policières ne permettra pas de briser le système de corruption qui semble s'être installé dans le domaine de la construction», affirme Mme Roy.

Le leader parlementaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, croit aussi que l'APPQ a démoli la dernière défense du gouvernement. «Il lui reste deux semaines à "toffer". C'est pour ça que je dis qu'il est guidé par autre chose que l'intérêt public. Il veut protéger quelqu'un, il veut protéger des amis. Mais l'intérêt public passe par-dessus bord», déclare-t-il.

La déclaration de l'APPQ survient après une semaine mouvementée à l'Assemblée nationale. La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a réclamé la démission de la ministre des Transports, Julie Boulet, à la suite de la publication du rapport du Vérificateur général. Celui-ci a constaté que le ministère des Transports avait violé ses propres règles et qu'il avait contourné une directive du Conseil du Trésor, en 2008, pour accorder des contrats d'asphaltage à ABC Rive-Nord, une firme dans laquelle l'ancien ministre libéral David Whissel détient des intérêts.

Qui plus est, Transports Québec a attendu cinq ans avant de transmettre à la Sûreté du Québec un rapport interne concluant que des entrepreneurs s'étaient mis d'accord pour fixer les prix et réduire la concurrence dans le domaine du déneigement. Et c'est sans compter les contrats sans appel d'offres, les fausses urgences et les dépassements de coûts inexpliqués que le Vérificateur général a aussi relevés dans son rapport.

L'Association des procureurs de la Couronne du Québec a ajouté sa voix à celle des policiers, en réclamant à son tour hier soir la tenue d'une enquête publique. «Même les policiers affirment qu'une enquête publique ne nuira pas aux enquêtes déjà en cours. C'est l'intégrité de toutes nos institutions qui est aujourd'hui en cause», affirme le président de l'Association, Christian Leblanc.

La semaine dernière, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, s'est aussi prononcé en faveur d'une enquête publique sur la construction. La voix des syndicats de policiers s'ajoute à celle de tous les partis d'opposition à l'Assemblée nationale.

Le premier ministre Charest ne bronche pas. Bien qu'il ne «ferme pas la porte» à une enquête publique, M. Charest croit que les policiers disposent des outils nécessaires pour accomplir leur travail. «Dites-vous bien une chose: peu importe le scénario, il faudra que le travail d'enquête se réalise, c'est incontournable. Il faut qu'il y ait des gens qui puissent aller chercher des faits, des dénonciations, les vérifier, des preuves. C'est comme ça qu'on va arriver à des résultats», croit-il.

****

Avec la collaboration de Marco Bélair-Cirino

Avec La Presse canadienne
57 commentaires
  • Steve Fortin - Inscrit 24 novembre 2009 01 h 36

    Faut laisser le temps aux déchiquetteuses!

    C'est complètement pathétique... Entre la corruption institutionnalisée, la collusion, le règne des enveloppes brunes et du cynisme, ou un gouvernement qui propose l’indépendance du Québec, les citoyens québécois ont choisi. On a le gouvernement et les politiciens qu’on mérite…

  • Alain Bonin - Abonné 24 novembre 2009 01 h 55

    Le gouvernement gagne du temps.

    Le gouvernement libéral gagne du temps en s'obstinant que les enquêtes policières peuvent tout régler. Ceci permet à ce dernier de préparer sa défense et de détruire le maximum de preuves possibles. Ce qui s'était produit avec le scandale du gonflement des prix à la SAQ. Si il y a une enquête publique personne ne se souviendra de quoi que ce soit et il y aura des blancs de mémoire comme à la commission Gomery.

    Par contre cela permettra de mettre en place des moyens appropriés pour diminuer l'influence des entreprises privées sur nos gouvernements et permettre une plus saine gestion des appels d'offres. J'espère que cela remettra sur pied notre fonction publique détruit à petit feu par le PLQ ( conservateur ). Il faut regagner le juste équilibre entre la fonction publique et le système privé. Avant nous avions des petites entreprises qui se livraient une saine concurrence, maintenant nous avons des multinationales qui ont un monopole.

    Les policiers et les procureurs ne font que demander les outils nécessaires pour réduire le plus possible les collusions et les magouilles dans le domaine de la construction.

    Ensuite nous allons voir si le parti au pouvoir et qui sera au pouvoir dans le futur acceptera de suivre la majorité des recommandations. Je voterai pour le parti qui sera le plus transparent et qui suivra celles-ci. Même si je ne me fais pas d'illusions, il faut toujours essayer. Mieux vaut faire quelque chose que de rester les bras croisés.

    Merci.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 24 novembre 2009 02 h 50

    Encore des gros fournisseurs à la caisse électorale

    Le PLQ a peur des éclaboussures à sa grosse caisse qui se remplit si facilement.

    Comme le chantait M. Raymond Lévesque, dans le temps : Mon oncle dans le ciment était payé au temps et ça lui a pris tellement de temps qu'il vit de ses rentes depuis ce temps...genre. Ça semble être encore le cas, malheureusement…pour nos finances déficitaires et notre dette spectaculaire.

  • François Thivierge - Inscrit 24 novembre 2009 04 h 49

    Charest sait mieux !

    Le député de Sherbrooke sait mieux que tout le monde ce qu'il faut faire pour arriver à une solution concernant la corruption dans le domaine de la construction. Oui, il sait mieux que les policiers de la SQ; mieux que les policiers de la ville de Montréal; mieux que les procureurs de la couronne; mieux que 70% des Québécois.
    Mais oui ! Après tout, c'est lui qui a les deux mains sur le volant. Donc, il peut tout faire, tout savoir.
    Et le PQ ? "Le P.Q., lui, "se radicalise" en donnant priorité au français. Même qu'il demande une enquête publique sur le monde de la construction, lui aussi.

    François Thivierge, Montréal

  • Normand Carrier - Abonné 24 novembre 2009 06 h 26

    Quant Jean Charest va cesser de nous mentir et de nous manipuler ?

    Jean Charest s'entête a nous mentir et est le seul avec Michel Arseneault de la F.T.Q. a refuser de voir la nécessité d'une commission d'enquête publique sur la collusion et les magouilles dans l'industrie de la construction ! Nous reconnaissons l'entêté du Suroit , de Orford et des subventions aux écoles juives qui est le seul a avoir le pas envers et contre tous .....
    Lorsque tous les policiers de Montréal , ceux de la Sureté du Québec et les procureurs de la couronne viennent le démentir et lui démontrer que seul une enquête publique peut enrayer ce système généralisé de collusion , il serait temps que certains de ses ministres et députés se redressent et le force a comprendre le bon sens ....Présentement , il a une main sur le volant et l'autre main alterne entre nos poches et sa caisse électorale ! On constate que donner une majorité a Jean Charest est dangereux et il doit comprendre que c'est l'intégrité de nos institution qui est en cause ....
    MAIS DE QUOI A-T-IL PEUR BON DIEU ET QU'A -T-IL A CACHER POUR QU'IL S'ENTÊTE DE LA SORTE CAR IL NE POURRA IMPUNÉMENT ALLER A CONTRE SENS DE L'OPINION PUBLIQUE ET ÊTRE LE SEUL A AVOIR RAISON........
    Normand Carrier