Il faut faire reculer l'anglais, dit Marois

En ne faisant «rien pour protéger le français», Jean Charest risque de «semer le désordre» à Montréal, a accusé Pauline Marois hier, au terme d'un colloque du Parti québécois. La tension monte, a soutenu la chef péquiste: «Il y a des gens qui deviennent de plus en plus choqués par la façon dont il traite le français à Montréal.» En «laissant les choses aller», le premier ministre prendrait un grand risque: «L'inertie et l'inaction, aussi, ça amène de l'opposition et de l'objection et les problèmes sociaux. Et actuellement, je crois que M. Charest envoie un très mauvais message aux Québécois et aux Québécoises», a-t-elle affirmé. À ses yeux, «il faut absolument faire reculer l'anglais à Montréal. Ça n'a plus de bon sens, c'est le français qui recule actuellement».

La chef péquiste clôturait une fin de semaine de débats sur le «développement culturel» qui a notamment révélé une volonté, chez les quelque 400 militants péquistes présents, de préparer une «nouvelle loi 101» resserrée qui pourrait s'appliquer au niveau collégial et en partie aux centres de la petite enfance. Aucune décision n'a toutefois été prise et aucun vote formel n'a été tenu. Il s'agissait strictement d'un «colloque» fait d'échanges, visant à préparer le congrès qui doit avoir lieu en 2011, moment où le parti tranchera.

Éviter une «guerre linguistique»

Comme sa chef, le critique en matière de langue, Pierre Curzi, a soutenu que de «ne rien faire» en matière linguistique pourrait avoir des conséquences désastreuses. «Si on refuse d'adopter des mesures claires», on risque d'aboutir à «une guerre linguistique», a-t-il déclaré. Prêt à entendre les «objections sensées» de la part d'opposants, il dit souhaiter un débat: «Je suis prêt à ce dialogue-là [...] et je crois que quand on fait ça, on évite de retomber dans une guerre linguistique que personne ne souhaite.»

Dans son discours de clôture, la chef péquiste avait à maintes reprises pourfendu «l'attitude tiède, timorée, [...] de frilosité et de peur du gouvernement Charest». Revenant sur la peur un peu plus tard, elle déclarait: «La peur d'affirmer nos valeurs, la peur de raconter notre histoire, la peur d'imposer la prédominance du français et la peur de prendre les moyens pour faire rayonner notre culture, ces peurs-là, on va les laisser aux libéraux!»

Dans un atelier, samedi, un consensus s'est clairement dégagé parmi les quelque 200 participants sur la nécessité d'appliquer la loi 101 aux cégeps, ce qui aurait pour effet d'interdire aux allophones et aux francophones l'accès aux cégeps anglophones.

Pauline Marois s'est toutefois gardée de prendre position sur le sujet hier, répondant qu'elle allait dans les prochaines semaines évaluer plusieurs mesures sur plusieurs fronts afin que «le français redevienne la langue commune publique» à Montréal. «Je ne veux pas rejeter aucune des propositions qui sont là, ni les prendre d'emblée [...]. Et je ferai mon lit, de même que l'exécutif, sur ces questions, soyez assurés de ça», a-t-elle déclaré sans préciser d'échéance.

Outre la question des cégeps, Pauline Marois a réitéré l'importance de pouvoir travailler en français alors que «38 % des allophones» gagnent leur vie dans la langue de Shakespeare. La chef voudrait aussi que l'on enseigne mieux le français aux immigrants et que l'administration publique s'adresse davantage à eux dans la langue de Molière. Dans son discours, Mme Marois a aussi dit souhaiter «parler de "rayonnement" culturel et non pas simplement de protection ou de défense».

Pour sa part, Pierre Curzi est d'accord avec l'application de la loi 101 au cégep, proposition ramenée sur le tapis par le Comité national des jeunes et l'ancien chef Bernard Landry. Le président de la commission politique, Daniel Turp, a aussi appuyé la mesure. Des élus, tels Louise Beaudoin et Camil Bouchard, ont dit être en train «d'évoluer» et pourraient bientôt appuyer publiquement cette proposition. Lorsqu'elle était ministre responsable de l'application de la loi 101 il y a quelques années, Louise Beaudoin s'était opposée à une suggestion du genre qualifiée alors de «radicale». Hier, elle a indiqué que les chiffres actuels n'ayant rien de rassurant, il fallait explorer des mesures «coercitives». Le «bouquet de mesures» appliquées par le gouvernement Landry après la Commission Larose n'a pas donné les résultats escomptés, a-t-elle convenu.

Le PQ est «de retour»

Au dire de Pauline Marois, le Parti québécois est «de retour». Invitée à préciser le sens de cette expression hier, la chef péquiste a soutenu que la formation politique était en train de «réordonner ses priorités», autrement dit qu'elle avait décidé de «commencer par l'identitaire», parce que c'est là selon elle la réponse la plus complète à la question «pourquoi faire la souveraineté?».

Dans son discours, hier, elle a par exemple dénoncé «l'histoire que l'on enseigne en ce moment dans nos écoles» qui, à ses yeux, «renie notre parcours historique marqué par des luttes». Sur ce point, elle a admis avoir rejoint les Landry, Facal, Lisée et Rebello, qu'elle avait rabroués en janvier 2008 pour avoir signé une pétition contre «sa» réforme de l'éducation. Elle soutient aujourd'hui que le cours d'histoire a en effet été «détourné» et «fait fi des dates et des combats» du peuple québécois. Des militants ont aussi réclamé que l'on révise de «fond en comble» l'enseignement du français dans les écoles.
36 commentaires
  • Gertrude Deslauriers - Inscrit 23 novembre 2009 05 h 01

    Pauline a raison

    Le français recule, mais pas seulement à Montréal. Il perd du terrain partout. Je parle du français parlé, particulièrement par certains de nos "tartistes" de plus en plus vulgaires. Le français écrit dans les écoles, mal enseigné par des profs beaucoup plus portés par leur convention collective que par l'émancipation de notre belle langue. Je me rappelle de Gérald Larose du temps où il travaillait à la radio avec Jean Cournoyer, Il nous disait que si il SERAIT premier ministre ou que s'il AURAIT eu à décider des actions à prendre etc. Monsieur Larose, quand il y a un SI, le verbe est à L'iMPARFAIT ET NON AU CONDITIONNEL. Des erreurs de ce genre, iil en faisait souvent. Beaucoup de nos problèmes de français émanent de la réforme de madame Pauline, cette grande défenderesse du Québec. Je suis surpris d'ailleurs qu'on ne dise pas en certains milieux que nos problèmes de langue sont reliés au fédéral. Habituellement c'est toujours la faute des autres.

  • Paul Rodgers - Inscrit 23 novembre 2009 05 h 21

    Crise linguistique permanente

    Depuis la conquête que sévit dans la colonie du Québec une crise linguistique avec objectif de « rendre le Québec aussi anglais que l'Ontario » comme le déclarait déjà John A. MacDonald. Cette crise linguistique est menée de front par les partitionnistes québécophobes anglais, ethniques et trop de nos colonisés aliénés collabos avec comme dernier chef de file le mercenaire Charest et sa triste troupe de colonisés consentants.

    Les maîtres loyalistes et québécophobes de John James Charest ne seront satisfaits qu'une fois le génocide culturel complété. Les ouvertures faites à l'anglais par nonchalance du présent gouvernement de la collaboration sont au centre du mandat que tient le chef des partitionnistes d'écraser la majorité française du Québec.

    Ici encore, ces ignobles groupuscules se facilitent la voie en culpabilisant ceux de la majorité avec assez de courage pour résister a cette agression coloniale. On culpabilise la victime qui s'écrase afin qu'on lui marche dessus plus facilement.

  • Paul Lafrance - Inscrit 23 novembre 2009 06 h 08

    Madame Marois

    Elle me fait penser à ceux qui s'imaginent arrêter la progression d'un tsunami avec des sacs de sable. Que faut-il faire? Condamner à mort tous ceux qui parlent anglais? Que les francophones fassent plus de bébés que les anglo ou allophones.C'est la seule solution. Toute autre mesure n'est qu'un cataplasme sur une jambe de bois.

  • Paul Lafrance - Inscrit 23 novembre 2009 06 h 21

    Nos valeurs

    Que le PQ arrête de nous casser les oreilles avec nos valeurs.Elles sont à très peu de choses près des valeurs de tous les pays occidentaux. Ce n'est pas la Souveraineté qui va changer grand chose. Toute mesure draconienne comme l'obligation d'imposer l'éducation au niveau collégial en français n'aura comme résultat de refermer le Québec sur lui-même encore plus.

  • Brun Bernard - Inscrit 23 novembre 2009 07 h 27

    Merci.



    C’est à croire que le PQ ne sait rein de la réalité économique de Montréal. Ça n’aide pas et ça ne fera «rien pour protéger le français». Toutes les entrevues se font en anglais. Même els C/V sont envoyés en français et si vous ne connaissez pas la langue de Shakespeare (complexe celle-là comme celle de Molière que personne ne parle en Amérique du Nord). Il faudrait avertir la police comme pour les cellulaires dans les autos : « hop, un ticket de 150 piasses parce que tu parles dans ta job anglais. » Faudra-t-il se battre et changer le monde économique de Montréal pour que les allophones, les immigrants et les québécois parlent le français?

    « (…) préparer une «nouvelle loi 101» resserrée qui pourrait s'appliquer au niveau collégial et en partie aux centres de la petite enfance. » Là aussi le PQ ne connaît pas la réalité de Montréal et du Québec. Ça n’empêchera pas le petit enfant une fois grand de parler anglas chez le dépanneur, au cinéma, au resto, à Westmount etc…Même un français de France va apprendre l’anglais pour vivre à Montréal du point de vue travail vie quotidienne.

    «le français redevienne la langue commune publique», là ce n’est pas possible car vous ne définissez pas ce veut bien vouloir dire le « français ». J’insiste quitte à déplaire mais el québécois n’est pas le français. C’est u parler créolisé d’anglais et d’origine lointaine française. Je ne parle pas pour els intellos. Je parle pour el québécois lambda qu’on ne comprend pas sauf si on se met à parler anglais avec lui ou elle. Le sous-titrage des films ou les Tintin en joual le démontrent des deux côtés de l’Atlantique ou les capsules linguistiques de Radio-Canada chez nous. Le PQ ne revient pas parce qu’il n’arrive pas à avancer. Dommage pour la cause du français.