Taillon part en alertant la SQ
Photo : Agence Reuters
Gilles Taillon
Québec — Le chef de l'Action démocratique du Québec, Gilles Taillon a annoncé hier qu'il quittera le navire en perdition tout en y laissant une bombe: il veut s'adresser à la Sûreté du Québec pour l'informer de faits «troublants» qu'il vient de découvrir dans le financement du parti depuis 2003.
C'est après une rencontre avec les quatre députés fidèles à l'ADQ — Sylvie Roy, François Bonnardel, Gérard Deltell et Janvier Grondin — que Gilles Taillon s'est présenté devant la presse en début d'après-midi en compagnie de son bras droit, François Bonnardel, pour faire une simple déclaration, refusant de répondre à quelle que question que ce soit. «J'ai avisé les autorités du parti de préparer une course au leadership», a-t-il dit, ajoutant qu'il resterait chef jusqu'à ce que le parti nomme son successeur au suffrage universel des membres. Si Gilles Taillon part, c'est «pour mettre fin aux luttes intestines stériles», a-t-il dit, louant au passage le président de l'ADQ, Mario Charpentier, qui a démissionné lundi. «Les chicanes incessantes des derniers jours l'ont convaincu de partir», a signalé le chef adéquiste.
Plus tôt en matinée, les quatre élus adéquistes s'étaient réunis sans Gilles Taillon pour constater que le nouveau chef, qui a été élu il y a à peine trois semaines, n'avait pas réussi à faire l'unité du parti.
Depuis trois semaines, Gilles Taillon, qui partage la direction générale de l'ADQ avec Jean L'Écuyer, a découvert «certains aspects un peu troublants dans la gestion des finances, du financement du parti depuis 2003, et j'ai l'intention de pousser plus avant mon analyse et probablement de demander une rencontre avec les autorités de la Sûreté du Québec», a-t-il lancé à la fin de sa déclaration, sans donner plus de détails.
Cette sortie de Gilles Taillon a eu l'effet d'une bombe parmi les élus et le personnel politique de l'ADQ. C'est hier seulement que le chef a informé ses députés de l'existence de ces allégations, et encore, dans des termes généraux; aucun député adéquiste ne pensait qu'il profiterait de l'annonce de son départ pour en faire part publiquement.
Interrogé hier à Montréal, l'ancien chef de l'ADQ, Mario Dumont, s'est montré tout aussi surpris que ses anciens collègues des propos incriminants de M. Taillon. «Je ne sais pas de quoi il parle. J'ai toujours fait les choses dans les règles», a déclaré au Devoir Mario Dumont.
Le directeur général de l'ADQ, Jean L'Écuyer, qui occupe cette fonction à temps partiel, a refusé de commenter les allégations de M. Taillon, sauf pour les lier à une man¶uvre politique de la part du chef. «Dans le contexte actuel, qu'est-ce que vous en pensez ?, a-t-il lancé en riant. Moi, mon rôle de directeur général, c'est de m'occuper de la gestion, ce n'est pas de m'occuper de la politique et de tout ce qui l'entoure.»
Deltell, le prochain chef
Dans son émission Dumont 360, l'ancien chef adéquiste a indiqué que «Gilles Taillon a fait la seule chose honorable qu'il lui restait à faire, soit de quitter [son poste]». Selon M. Dumont, à la suite d'une élection gagnée avec une aussi petite marge — «le fruit du hasard», juge-t-il —, «il y avait un devoir d'unité» et «ç'a été un échec».
Puis, Mario Dumont a accordé un appui tacite mais sans équivoque à Gérard Deltell. La seule question à se poser à l'heure actuelle, selon l'ancien chef adéquiste, c'est de savoir si l'ADQ peut se permettre de tenir une course à la direction qui va durer des mois, ou s'il est souhaitable qu'il y ait «un ralliement» autour d'un candidat. Poser la question, c'est y répondre. «Il y a beaucoup d'yeux qui se tournent vers un gars qui est talentueux et qui s'appelle Gérard Deltell. Il va y avoir beaucoup de pression sur lui», a conclu Mario Dumont.
Le principal intéressé a évité les médias, hier, mais il leur fera face aujourd'hui pour leur faire part de l'état de sa réflexion après avoir affirmé, lundi qu'il était à «l'écoute». Malgré l'insistance de plusieurs adéquistes, dont le député de Beauce-Nord, Janvier Grondin, Gérard Deltell avait refusé de se lancer dans la course à la succession de Mario Dumont. Il ne s'est pas prononcé par la suite pour l'un ou l'autre des trois candidats.
S'il devait prendre les rênes du parti, Gérard Deltell se retrouverait dans une situation qui n'est pas sans présenter des similitudes avec celle dans laquelle il s'est retrouvé en 2008 quand il a succédé à Gilles Taillon comme député de la circonscription de Chauveau: divisions et chicanes, sous la gouverne de Gilles Taillon, avaient littéralement massacré l'organisation adéquiste de la circonscription.
Dans un point de presse hier, Éric Caire, député indépendant depuis vendredi dernier, a affirmé qu'il n'avait aucune intention de se porter candidat à la chefferie de l'ADQ, même si on le couronnait. «J'ai eu ma chance, j'ai perdu l'élection, M. Taillon a gagné», a-t-il laisser tomber.
Selon lui, Gilles Taillon a fait un «tort irréparable» à l'ADQ. Il ne croit d'ailleurs pas qu'une nouvelle course à la direction soit salutaire. «La première nous a pratiquement détruits, je ne vois pas comment la deuxième pourrait être salvatrice», a-t-il dit. Éric Caire n'entend pas réintégrer l'ADQ,, à moins qu'un «messie» se pointe — le député de La Peltrie a mentionné le nom de Lucien Bouchard — ou que survienne «un éclair dans un ciel bleu».
Jean Allaire, cofondateur de l'ADQ, a pour sa part lancé un vibrant appel aux députés du parti afin qu'ils le remettent sur ses rails.
«Il faut que l'ADQ trouve le moyen de remettre l'harmonie, de ramener la paix partout, et la députation a un grand rôle à jouer. Sur la ligne de feu, les députés prennent une importance plus grande», a dit Jean Allaire.
D'autre part, il s'est interrogé sur le fait que Gilles Taillon compte demander une enquête policière sur le financement du parti depuis 2003. M. Allaire a dit tout ignorer à ce sujet, précisant qu'il ne fait pas de financement et qu'il n'a pas vu les livres comptables du parti.
«Plutôt que de claironner ça, il aurait dû faire ça autrement. On ne lance pas des choses comme ça dans les airs. Parler de la SQ... Y a-t-il une nouvelle grippe en cours?», a lancé M. Allaire.
Par ailleurs, le président de l'Assemblée nationale, Yvon Vallières, doit rendre aujourd'hui sa décision visant les nouveaux droits de parole au Salon bleu, compte tenu de la défection de deux des six députés de l'ADQ. Les temps de parole des députés indépendants Éric Caire et Marc Picard seront pris à même le temps dévolu à l'ADQ, qui demeure toujours un groupe parlementaire, a précisé M. Vallières.
***
Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
Avec La Presse canadienne
C'est après une rencontre avec les quatre députés fidèles à l'ADQ — Sylvie Roy, François Bonnardel, Gérard Deltell et Janvier Grondin — que Gilles Taillon s'est présenté devant la presse en début d'après-midi en compagnie de son bras droit, François Bonnardel, pour faire une simple déclaration, refusant de répondre à quelle que question que ce soit. «J'ai avisé les autorités du parti de préparer une course au leadership», a-t-il dit, ajoutant qu'il resterait chef jusqu'à ce que le parti nomme son successeur au suffrage universel des membres. Si Gilles Taillon part, c'est «pour mettre fin aux luttes intestines stériles», a-t-il dit, louant au passage le président de l'ADQ, Mario Charpentier, qui a démissionné lundi. «Les chicanes incessantes des derniers jours l'ont convaincu de partir», a signalé le chef adéquiste.
Plus tôt en matinée, les quatre élus adéquistes s'étaient réunis sans Gilles Taillon pour constater que le nouveau chef, qui a été élu il y a à peine trois semaines, n'avait pas réussi à faire l'unité du parti.
Depuis trois semaines, Gilles Taillon, qui partage la direction générale de l'ADQ avec Jean L'Écuyer, a découvert «certains aspects un peu troublants dans la gestion des finances, du financement du parti depuis 2003, et j'ai l'intention de pousser plus avant mon analyse et probablement de demander une rencontre avec les autorités de la Sûreté du Québec», a-t-il lancé à la fin de sa déclaration, sans donner plus de détails.
Cette sortie de Gilles Taillon a eu l'effet d'une bombe parmi les élus et le personnel politique de l'ADQ. C'est hier seulement que le chef a informé ses députés de l'existence de ces allégations, et encore, dans des termes généraux; aucun député adéquiste ne pensait qu'il profiterait de l'annonce de son départ pour en faire part publiquement.
Interrogé hier à Montréal, l'ancien chef de l'ADQ, Mario Dumont, s'est montré tout aussi surpris que ses anciens collègues des propos incriminants de M. Taillon. «Je ne sais pas de quoi il parle. J'ai toujours fait les choses dans les règles», a déclaré au Devoir Mario Dumont.
Le directeur général de l'ADQ, Jean L'Écuyer, qui occupe cette fonction à temps partiel, a refusé de commenter les allégations de M. Taillon, sauf pour les lier à une man¶uvre politique de la part du chef. «Dans le contexte actuel, qu'est-ce que vous en pensez ?, a-t-il lancé en riant. Moi, mon rôle de directeur général, c'est de m'occuper de la gestion, ce n'est pas de m'occuper de la politique et de tout ce qui l'entoure.»
Deltell, le prochain chef
Dans son émission Dumont 360, l'ancien chef adéquiste a indiqué que «Gilles Taillon a fait la seule chose honorable qu'il lui restait à faire, soit de quitter [son poste]». Selon M. Dumont, à la suite d'une élection gagnée avec une aussi petite marge — «le fruit du hasard», juge-t-il —, «il y avait un devoir d'unité» et «ç'a été un échec».
Puis, Mario Dumont a accordé un appui tacite mais sans équivoque à Gérard Deltell. La seule question à se poser à l'heure actuelle, selon l'ancien chef adéquiste, c'est de savoir si l'ADQ peut se permettre de tenir une course à la direction qui va durer des mois, ou s'il est souhaitable qu'il y ait «un ralliement» autour d'un candidat. Poser la question, c'est y répondre. «Il y a beaucoup d'yeux qui se tournent vers un gars qui est talentueux et qui s'appelle Gérard Deltell. Il va y avoir beaucoup de pression sur lui», a conclu Mario Dumont.
Le principal intéressé a évité les médias, hier, mais il leur fera face aujourd'hui pour leur faire part de l'état de sa réflexion après avoir affirmé, lundi qu'il était à «l'écoute». Malgré l'insistance de plusieurs adéquistes, dont le député de Beauce-Nord, Janvier Grondin, Gérard Deltell avait refusé de se lancer dans la course à la succession de Mario Dumont. Il ne s'est pas prononcé par la suite pour l'un ou l'autre des trois candidats.
S'il devait prendre les rênes du parti, Gérard Deltell se retrouverait dans une situation qui n'est pas sans présenter des similitudes avec celle dans laquelle il s'est retrouvé en 2008 quand il a succédé à Gilles Taillon comme député de la circonscription de Chauveau: divisions et chicanes, sous la gouverne de Gilles Taillon, avaient littéralement massacré l'organisation adéquiste de la circonscription.
Dans un point de presse hier, Éric Caire, député indépendant depuis vendredi dernier, a affirmé qu'il n'avait aucune intention de se porter candidat à la chefferie de l'ADQ, même si on le couronnait. «J'ai eu ma chance, j'ai perdu l'élection, M. Taillon a gagné», a-t-il laisser tomber.
Selon lui, Gilles Taillon a fait un «tort irréparable» à l'ADQ. Il ne croit d'ailleurs pas qu'une nouvelle course à la direction soit salutaire. «La première nous a pratiquement détruits, je ne vois pas comment la deuxième pourrait être salvatrice», a-t-il dit. Éric Caire n'entend pas réintégrer l'ADQ,, à moins qu'un «messie» se pointe — le député de La Peltrie a mentionné le nom de Lucien Bouchard — ou que survienne «un éclair dans un ciel bleu».
Jean Allaire, cofondateur de l'ADQ, a pour sa part lancé un vibrant appel aux députés du parti afin qu'ils le remettent sur ses rails.
«Il faut que l'ADQ trouve le moyen de remettre l'harmonie, de ramener la paix partout, et la députation a un grand rôle à jouer. Sur la ligne de feu, les députés prennent une importance plus grande», a dit Jean Allaire.
D'autre part, il s'est interrogé sur le fait que Gilles Taillon compte demander une enquête policière sur le financement du parti depuis 2003. M. Allaire a dit tout ignorer à ce sujet, précisant qu'il ne fait pas de financement et qu'il n'a pas vu les livres comptables du parti.
«Plutôt que de claironner ça, il aurait dû faire ça autrement. On ne lance pas des choses comme ça dans les airs. Parler de la SQ... Y a-t-il une nouvelle grippe en cours?», a lancé M. Allaire.
Par ailleurs, le président de l'Assemblée nationale, Yvon Vallières, doit rendre aujourd'hui sa décision visant les nouveaux droits de parole au Salon bleu, compte tenu de la défection de deux des six députés de l'ADQ. Les temps de parole des députés indépendants Éric Caire et Marc Picard seront pris à même le temps dévolu à l'ADQ, qui demeure toujours un groupe parlementaire, a précisé M. Vallières.
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Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
Avec La Presse canadienne
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