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Hydro-Québec - Tout à l'exportation

Jean-Robert Sansfaçon   31 octobre 2009  Québec
Si elle aboutit, la transaction de 4,7 milliards par laquelle Hydro-Québec prendra le contrôle d'Énergie Nouveau-Brunswick (ENB) serait avantageuse pour les deux parties. Jean Charest ne s'en cache pas: cette acquisition répond tout à fait à son objectif de faire du Québec un très important exportateur d'électricité. Reste à souhaiter que cette stratégie ne se retourne pas contre nous.

Jamais les Québécois n'accepteraient que leur gouvernement signe une entente du genre de celle que vient de conclure le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham. Les Québécois ne sont pas plus fiers que leurs cousins, mais notre situation est bien différente. Tandis que le Québec possède des réserves d'énergie en quantité exceptionnelle, le Nouveau-Brunswick tire l'essentiel de la sienne de centrales au mazout, au charbon et à l'uranium. Or, à cause de la dette de 4,7 milliards accumulée par ENB et de la hausse des coûts élevés du mazout, les tarifs d'électricité étaient appelés à continuer de grimper au cours des prochaines années.

En vendant sa société d'État, la province pourra fermer ses centrales les plus polluantes tout en s'assurant d'un approvisionnement en électricité propre à des tarifs réglementés qui seront gelés pendant cinq ans pour les particuliers, et réduits d'au moins 20 % pour l'industrie. Tout cela en effaçant les 4,7 milliards de dettes d'ENB, qui représentent 36 % de la dette totale de cette province d'à peine 730 000 habitants.

De son côté, Hydro-Québec fait aussi une très bonne affaire. La société d'État prévoit d'ailleurs un rendement de 10 % dès la première année malgré l'emprunt de 4 milliards qui sera nécessaire pour conclure la transaction.

Cette entente apporte un début de réponse à ceux qui, comme nous au Devoir, ont exprimé leur scepticisme devant le risque d'une production excédentaire durable causée par les nombreux barrages projetés par Hydro-Québec. En acquérant le réseau du Nouveau-Brunswick, Hydro-Québec gagne 10 % de nouveaux abonnés tout en ajoutant un nouvel accès direct au réseau de la Nouvelle-Angleterre. Pour ce faire, faudra-t-il construire de nouvelles lignes de transport si les lignes existantes sont déjà utilisées à pleine capacité? On n'en sait rien, pas plus qu'on ne peut prévoir avec certitude la réaction majoritaire des Néo-Brunswickois à l'actuelle transaction.

Ce que l'on ignore aussi, c'est l'avenir du marché de l'énergie de la Nouvelle-Angleterre. Si le prix très peu élevé du gaz naturel qui alimente les centrales thermiques américaines repart à la hausse, le Québec sera bien placé pour négocier des contrats intéressants. Sinon, ce sont les Québécois qui devront assumer le coût des emprunts nécessaires à la construction de barrages inutiles.

Quant aux craintes qu'entretient le premier ministre de Terre-Neuve, elles sont déraisonnables. Depuis l'ouverture des marchés, les réseaux de transport d'électricité, comme ceux du gaz, sont ouverts à tous moyennant un tarif de passage. Bien sûr, l'acquisition d'ENB met un terme au rêve de Danny Williams de faire payer par Ottawa une ligne de transport qui aurait permis à Terre-Neuve de livrer l'électricité du Labrador sans passer par le réseau d'Hydro-Québec. Mais pourquoi Ottawa aurait-il accepté de jouer ce jeu de fou? D'ailleurs, si jamais Ottawa intervient dans cette transaction au nom d'on ne sait quels intérêts supérieurs, il doit savoir que le Québec se lèvera d'un bloc pour le remettre à sa place.






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  • André Loiselet
    Abonné
    vendredi 30 octobre 2009 23h05
    Intervention possible
    Cela ne me surprendrait pas qu'Ottawa interfère pour nuire à cette transaction. Un amoindrissement de la pollution n'irait pas selon les plans de Harper et de tout ses beaux parleurs de mensonges.

  • Hubert Larocque
    Abonné
    samedi 31 octobre 2009 00h36
    De la grande politique à Hydro-Québec
    Entravé par son héritage historique, le Québec a pris le pli des demi-mesures et des défaites. L'achat d'Énergie Nouveau-Brunswick, dans son avancée conquérante, semble rompre avec cette tradition que l'on confond souvent avec la normalité. Le Québec acquiert non seulement des actifs prometteurs mais il renverse un rapport de force qui fut longtemps à notre désavantage. Cette entente est en effet lourde de conséquences politiques pour peu que le Québec en soit conscient et veuille les exploiter. Le sens national n'est pas la qualité dominante de M. Charest. Une mère américaine affaiblit son appartenance et l'incite à accorder aux États-Unis une attention sans doute exagérée. Cette fois, il a saisi avec une habileté supérieure l'occasion d'élargir le poids économique du Québec. Les affaires ne sont-elles pas le fumier sur lequel poussent toutes les fleurs de civilisation, des plus banales aux plus élevées?
    Nos ennemis sont souvent plus clairvoyants que nous-mêmes. Le premier ministre de Terre-Neuve a vu tout de suite que, par l'électricité, le Québec acquérait une influence politique qui pourrait modifier à long terme le statut des Maritimes. Au lieu de « pakistaniser » le Canada, l'indépendance génèrerait , à l'Est, une fédération dont le Québec serait le centre. Et l'Acadie, rattachée au Québec, après un long détour, entrerait enfin dans la pleine possession de son destin.
    Hubert Larocque, Gatineau.

  • Jasette
    Abonné
    samedi 31 octobre 2009 02h03
    Harper cherchera-t-il à rogner les ailes du Québec?
    S'il cherche à le faire, ce ne sera pas pour des intérêts supérieurs, mais plutôt pour chercher à cimenter les intérêts bas de gamme des conservateurs.

  • Jacques Lafond
    Abonné
    samedi 31 octobre 2009 14h13
    Enfin les gens du Devoir commencent à comprendre
    Bien oui, Monsieur Sansfaçon. L'hydroélectricité propre du Québec est exportable, et çe, pour le plus grand bien de la planète. Hydro Québec est déjà le plus gros contributeur au monde de réduction des gaz à effet de serre, et Hydro Québec va continuer à réduite encore plus les émannations polluantes avec cette entente avec le Nouveau Brundswick et les ententes à venir avec les États-Unis.

    Enfin une bonne nouvelle pour le Québec, pour le Nouveau Brundswick et pour la planète entière ...

  • Robert Henri
    Inscrit
    samedi 31 octobre 2009 17h21
    Si Herper veut intervenir, qu'il le fasse...
    Comme ça, les Québécois se réveilleraient peut-être puisqu'on a vu des peuples se soulever et faire la révolution pour pas mal moins que ce à quoi nous ont habitué les CONservateurs.

    Une bonne occasion pour nous séparer une bonne fois pour toutes.

  • Andre Vallee
    Abonné
    dimanche 1 novembre 2009 04h13
    Prudence
    Comment notre capacité de produire sera-t-elle affectée par la fonte des glaces? Pourrons-nous rivaliser avec le gaz naturel au NB? Pourrons-nous continuer d'attirer des industries pour notre main d'oeuvre si nous prenons des engagements qui nous privent?
    Nous sommes un peu habitués aux ronflements de Jean Charest du genre Plan Nord et Rabaska.
    ET s'il n'y a pas de Commission d'enquête dans la construction, que se passera-t-il dans la construction de nouvelles installations?

  • Pierre Gouin
    Inscrit
    dimanche 1 novembre 2009 16h20
    Qui doit décider de l'avenir d'Hydro-Québec?
    Qui doit décider de l'avenir d'Hydro-Québec?

    Le premier ministre Charest signe sans avertissement, sans débat, une entente pour l'achat d'actifs de près de 5 milliards de dollars au Nouveau-Brunswick. Hydro-Québec grossit, ses dirigeants sont contents, et au Québec les premières réactions sont généralement favorables. Pourtant la taille d'une entreprise ne garantit pas sa solidité et sa rentabilité. Si Hydro-Québec a besoin de moyens de transport pour vendre aux États-Unis qu'elle achète des droits sur des équipements existants ou qu'elle construise de nouvelles lignes. On ne pas dire que les exportations d'électricité aux États-Unis sont très rentables sans prendre en compte dans le calcul les coûts de transport.
    Il existe déjà une problématique concernant la rentabilité commerciale d'Hydro-Québec alors qu'elle vend son électricité aux clients québécois bien en-dessous du prix du marché. Si Hydro-Québec pouvait vendre au prix du marché, elle verserait des dividendes plus élevés au gouvernement et les taxes pourraient baisser. Les québécois ne veulent pas le croire et ça se comprend. Même les politiciens n'osent plus dire des choses semblables, ils savent combien de trous cachés sont à combler dans leurs budgets. L'utilisation des prix du marché, plus élevés, réduirait la consommation d'électricité alors que la demande s'ajusterait à ce prix et il en résulterait une meilleure allocation des ressources dans l'économie. Les politiciens retiennent des idées économiques ce qui fait leur affaire et la rationnalité des prix n'est pas assez facile à vendre.
    Soit, Hydro-Québec subventionne les consommateurs de la province, elle verse moins de dividendes au gouvernement, et les québécois paient plus de taxes qu'ils n'en paieraient autrement. Cependant, il serait ridicule et très couteux pour le Québec de subventionner les nouveaux-brunswickois, qui ne paient pas d'impôts ici, en leur vendant de l'électricité en bas du prix du marché. Qu'est-ce que prévoit exactement le contrat? Est-ce que les résidents du Nouveau-Brunswick accepteront de payer le prix du marché, ou tout prix nettement supérieur aux prix en vigueur au Québec?

    Peut-être que le plan du premier ministre est d'éventuellement profiter des tensions qui se créeront avec les voisins pour imposer une hausse des tarifs québécois et les aligner aux prix du marché. Il devrait en parler maintenant. Ou bien son mandat est-il d'affaiblir le Québec et ses institutions comme il l'a déjà fait avec la Caisse de dépôt et placement?

    Pierre Gouin, économiste

  • Roland Berger
    Abonné
    dimanche 1 novembre 2009 17h19
    Bon pour les « p'tits amis »
    Si Hydro Ontario et Hydro One voulaient acheter Hydro Québec, à peu près tout le monde monterait aux barricades pour ne pas perdre ce joyau d'ici. Quand les journalistes d'enquête nous feront-ils la liste des « p'tits amis » des libéraux d'ici et du NB qui se graisseront la patte ? J'attends.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

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