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Québec resserre son processus d'appel d'offres

Un contrat pourrait être résilié si une entreprise contrevenait à une loi

Kathleen Lévesque   30 octobre 2009  Québec
Les effluves de collusion et de corruption qui flottent partout au Québec forcent le gouvernement à resserrer le processus d'appel d'offres des contrats des organismes publics, a appris Le Devoir.

Depuis la semaine dernière, une nouvelle politique est entrée en vigueur, établissant des lignes de conduite à suivre lorsque les ministères et les organismes publics accordent des contrats, notamment de services professionnels et de travaux de construction. Cette politique de gestion contractuelle adoptée par le Conseil du trésor le 20 octobre vise à «contrer la collusion et la malversation».

La multiplication des révélations dans les médias a soulevé un sérieux doute dans l'ensemble de la population quant aux façons de faire dans le monde municipal, mais aussi en plein coeur de l'appareil gouvernemental. Les allégations de favoritisme, de proximité entre les politiciens et l'industrie de la construction ainsi qu'avec le vaste monde des services professionnels dont les ingénieurs, les avocats, les architectes et les comptables secouent le gouvernement. Après avoir annoncé la mise en place d'une escouade policière (opération Marteau) spéciale concernant l'industrie de la construction, Québec tente maintenant de stopper le problème dans ses propres rangs.

Hier, la présidente du Conseil du trésor a refusé d'expliquer l'initiative de revoir le processus d'appel d'offres alors que la tourmente perdure sur la place publique. Monique Gagnon-Tremblay a prévu en faire un événement médiatique la semaine prochaine. Mais le document obtenu par Le Devoir donne déjà un éclairage.

Ainsi, pour contrer la collusion, Québec rebrasse les cartes des appels d'offres. La politique édicte d'abord que tous les organismes concernés doivent «s'assurer que les entreprises avec lesquelles il contracte font montre d'honnêteté et d'intégrité». À cet égard, le Conseil du trésor propose différents moyens qui se déclinent en cinq points.

On propose que les ministères et les organismes publics — ce qui exclut les commissions scolaires, les cégeps et universités, ainsi que le secteur de la santé et des services sociaux — mettent en place des mesures pour avoir la garantie que «le soumissionnaire ou l'un de ses représentants n'a pas communiqué ou tenté de communiquer avec l'un des membres du comité de sélection». Quelles sont ces mesures? Aucun détail n'est apporté.

Il est également dit qu'il faut que les lois, y compris celle sur la concurrence (de compétence fédérale), «visant notamment à lutter contre le truquage des offres» soient respectées. Si une entreprise contrevenait à une loi, le contrat pourrait ne pas être conclu, ou être résilié s'il est déjà signé.

Troisièmement, les organismes publics se réservent dorénavant le droit de réclamer à tout soumissionnaire «une somme d'argent représentant la différence entre le montant de sa soumission» et celle de l'entreprise qui s'est classée en deuxième position. Cette mesure s'applique lorsque le soumissionnaire est pris en défaut de donner suite à sa soumission, et ce, «afin d'éviter que des soumissionnaires s'entendent au préalable».

Aussi, les ministères se donnent maintenant la possibilité de refuser les soumissions reçues quand ils jugent que les prix sont «trop élevés ou disproportionnés ou ne reflètent pas un juste prix».

Finalement, les organismes publics doivent prendre toutes les mesures afin de prévenir les situations qui pourraient «compromettre l'impartialité et l'objectivité du processus d'appel d'offres et de gestion de contrat qui en résulte». Cette dernière mesure doit permettre de «prévenir les situations de conflits d'intérêts, les gestes d'intimidation, de trafic d'influence ou de corruption».

L'application concrète de ces lignes directrices passera par des clauses à inscrire dans les contrats. Le secrétariat du Conseil du trésor met à la disposition de l'appareil gouvernemental des clauses contractuelles atteignant les objectifs énoncés.

Il a été impossible de savoir si l'adoption d'une telle politique a été rendue nécessaire parce que le gouvernement a été placé devant des cas patents de collusion. Si c'est le cas, le gouvernement a-t-il été prévenu d'un problème particulier par la Sûreté du Québec? L'application de la politique de gestion contractuelle nécessitera-t-elle de nouvelles ressources humaines pour faire un suivi serré des contrats? Pour l'instant, aucune réponse n'a été donnée.

Ce changement n'est pas sans rappeler que la Ville de Montréal, qui a été le catalyseur de ce qui prend de plus en plus l'allure d'une crise, a elle-même corrigé le tir cet été. Éclaboussée de toutes parts, l'administration du maire Gérald Tremblay a demandé qu'une clause anticollusion soit dorénavant inscrite dans les très nombreux contrats que Montréal conclut.

Le processus d'appel d'offres a été remis entre les mains du secteur privé au fil des compressions dans la fonction publique. Par exemple, le manque de ressources a incité Montréal, mais aussi le ministère des Transports, à confier aux firmes de génie-conseil la responsabilité de rédiger les appels d'offres et de participer activement à la sélection des entrepreneurs. Les firmes de génie-conseil se retrouvent à toutes les étapes du développement d'un projet. Sur un chantier, ce sont elles qui surveillent les chantiers. Elles ont également de plus en plus la responsabilité de la gestion «intégrée» des projets, ce qui en fait des donneurs d'ouvrage pour le ministère.

Comme le révélait Le Devoir samedi dernier, les firmes de génie-conseil sont installées depuis cinq ans dans une structure formelle qui, sous l'objectif de faire de la concertation avec le ministère sur des questions techniques, a gagné du terrain. Cette situation soulève des doutes sur le plan éthique; l'Ordre des ingénieurs a même décidé de faire enquête.
 
 
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  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    vendredi 30 octobre 2009 00h39
    La pression doit être accrue
    La défaite de plusieurs maires pourrait empêcher la collusion de se propager. La meilleure nouvelle serait une défaite de l`équipe corrompue de Tremblay. Les Libéraux de Charest deviendraient la prochaine cible. Ces croulants réagissent à la pression. Entre-temps ils sont d`une nullité renversante dans le dossier de la Cour suprême sur la loi 104. Ils avaient des intentions cachées avec le projet de loi 16 sur les accommodements déraisonnables. Bien d`autres turpitudes seront mises de l`avant par ces esprits tordus dans les mois à venir. Le peuple et journalistes d`enquêtes devront continuer à être vigilants.

  • Brun Bernard
    Inscrit
    vendredi 30 octobre 2009 06h53
    Ben voyons...
    ...et si les citoyens y avaient accès à une surveillance démocratique, ça irait peut-être mieux. Paroles, paroles...

  • Linda Hart
    Inscrite
    vendredi 30 octobre 2009 10h00
    On nous prend pour des valises
    N'importe quoi, comme d'habitude, une connerie inutile qui ne sert qu'à tenter encore une fois de noyer le poisson. Une enquête publique et rien d'autre, tout le reste n'est que de la poudre aux yeux.

  • Godefroy
    Abonné
    vendredi 30 octobre 2009 12h14
    Vigilance
    Restez vigilante Madame. Ne prenez pas ces vessies pour des lanternes.

  • emeri
    Abonné
    vendredi 30 octobre 2009 12h40
    Charest au pied du mur
    Toute les patentes misent en place en coup de vent par ce gouvernement ne sauront satisfaire le peuple québécois qui
    de plus en plus se tient debout face à turpitude de Charest
    et ses petits règlements bonbons. Il est évident que ça ne
    prend plus et que seule une enquête publique pourrait faire
    le travail.
    Réjean Grenier.

  • Augustin Rehel
    Inscrit
    vendredi 30 octobre 2009 17h03
    Paroles, paroles...
    «...et si les citoyens y avaient accès à une surveillance démocratique, ça irait peut-être mieux. Paroles, paroles... »

    À n'en point douter, tu aimes beaucoup la chanson de Dalida!

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    vendredi 30 octobre 2009 19h31
    Le ministre des Affaires municipales parle
    Lessard aura attendu bien trop longtemps pour se manifester. Il a appris de Normandeau et Charest. Ne pas se mêler des affaires en crise et venir en fin de ligne avec un semblant de sagesse. Ces Libéraux veulent passer pour des sauveurs mais ils font partie de la collusion mafieuse des grandes villes dont Montréal en particulier.

  • Philippe Landry
    Inscrit
    vendredi 30 octobre 2009 19h59
    Le mal est fait
    Les libéraux ont spolié le Québec pour les décennies à venir. Je ne crois pas que l'on pourra s'en relever un jour.

  • Denise Lanouette
    Abonnée
    vendredi 30 octobre 2009 22h21
    intervention du ministre Lessard
    Voilà qu'en fin d'après-midi, le ministre Lessard fait une sortie se disant "frustré du peu de collaboration offert à son ministère dans le traitement de certaines plaintes" et convoque lundi matin une réunion avec tous les nouveaux élus municipaux...
    Comment colmater les fuites par des répliques de dernière minute.

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    dimanche 1 novembre 2009 13h59
    Québec resserre le processus
    94% des contributeurs à Union Montréal de Tremblay furent récompensés, selon une investigation de The Gazette. Il faudrait comprendre qu`à l`avenir 100% des contributeurs au parti Libéral de Charest seront considérés dans le nouveau processus. Les racines ADN de ceux-là sont incontournables.

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    lundi 2 novembre 2009 11h52
    La collusion
    Le fait que le gouvernement ait décidé d'établir de nouvelles règles en matière d'attribution de contrats indique que la collusion et la corruption dans ce secteur étaient connus depuis longtemps. Je félicite les journalistes qui ont, par leurs écrits, forcé les gouvernements à s'impliquer.
    Paul LaFrance
    Québec

  • Richard Larouche
    Inscrit
    jeudi 5 novembre 2009 19h00
    Un (autre) écran de fumée...
    En agissant en grand parleurs, petits faiseurs de cette manière, les libéraux semblent essayer par tous les moyens de faire diversion afin d'éviter la tenue d'une enquête publique qui pourrait les incriminer.

    Les firmes de génie-conseil ne devrait pas rédiger les appels d'offres car ceci les place de facto dans une situation de conflit d'intérêt.

    Quant à Jean Charest (n'en déplaise à Claude Archambault qui est étonnament silencieux sur ce dossier), il a peut-être "les deux mains sur le volant", mais il a aussi les deux yeux bandés et le pied sur l'accélérateur.

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