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La marche funèbre

Michel David   29 octobre 2009  Québec
Il y a deux semaines, dans un discours télévisé, le premier ministre de l'Alberta, Ed Stelmach, a annoncé un gel salarial pour les 6500 fonctionnaires de sa province.

Il est vrai qu'au pays de l'or noir, on n'a pas l'habitude des déficits, même temporaires, mais qui va croire que le Québec a les moyens d'être plus généreux que la richissime Alberta, où les salaires sont les plus élevés au pays et les impôts, les plus bas?

En Colombie-Britannique, où les salaires sont également plus élevés qu'au Québec, le gouvernement de Gordon Campbell envisage de n'accorder aucune augmentation aux fonctionnaires tant que la province ne renouera pas avec les surplus budgétaires.

De passage au Devoir mardi, les dirigeants du front commun qui regroupe les 475 000 employés de l'État québécois ont convenu qu'ils auront une bataille à livrer pour convaincre l'opinion publique du bien-fondé de leurs demandes, qui représentent des augmentations de 11,25 % en trois ans. C'est ce qu'on appelle un euphémisme. Pour les employés de l'État, les prochains mois risquent de prendre l'allure d'une longue marche funèbre.

Il n'y a peut-être jamais de bon moment pour négocier, mais il y en a qui sont nettement pires que d'autres. «On ne peut pas demander à ces gens de faire v¶u de pauvreté», a plaidé la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. Précisément, depuis le début de l'année, la croissance des prix a été négative, de sorte qu'on ne peut même pas parler d'appauvrissement.

Bien sûr, il ne faut pas généraliser à partir de cas, par ailleurs bien réels, où des fonctionnaires ont été traités «comme des rois». Les porte-parole syndicaux auront beau brandir des chiffres tout aussi réels pour démontrer que le secteur public n'a rien d'un Eldorado et que la sécurité d'emploi n'est plus ce qu'elle était, il demeure que les dizaines de milliers d'emplois perdus au cours de la dernière année l'ont été dans le secteur privé.

***

Généralement, à l'aube d'une ronde de négociations, les syndicats accusent le gouvernement de noircir le portrait des finances publiques pour mieux discréditer leurs revendications. Cette fois-ci, ils ont plutôt accueilli comme une «bonne nouvelle» la mise à jour économique et financière du ministre des Finances, Raymond Bachand.

Ils étaient ravis de l'entendre dire que le Québec s'en tire mieux que les autres provinces, en particulier l'Ontario, même si son taux d'endettement est beaucoup plus élevé. Si le déficit est de «seulement» 4,7 milliards, il n'y a pas à se gêner, n'est-ce pas? Il suffira d'augmenter un peu plus la TVQ, les tarifs d'électricité ou — pourquoi pas? — les impôts.

Il est évident que la conjoncture budgétaire est désastreuse pour les syndicats, mais ce n'est pas le seul problème. L'image du gouvernement auquel ils font face a également beaucoup changé depuis les dernières négociations.

En septembre 2005, un sondage Crop indiquait que 58 % des Québécois — et même 47 % des électeurs libéraux — appuyaient les demandes syndicales À l'époque, le tandem CSN-FTQ exigeait 12,5 % en trois ans, en sus de l'équité salariale. La CSQ, les fonctionnaires et les professionnels acceptaient d'étaler la hausse sur une période de six ans, toujours en excluant le rajustement au titre de l'équité.

Pourtant, c'est le gouvernement qui avait eu le fardeau de la preuve. La présidente du Conseil du trésor à l'époque, Monique Jérôme-Forget, avait reconnu la nécessité de «mieux expliquer» ses offres, qui totalisaient 12,6 % sur six ans, en incluant l'équité, soit un écart de 3,5 milliards. Peine perdue, l'adoption d'une loi spéciale avait été largement perçue comme un abus de pouvoir.

***

À l'époque, il était facile pour les syndicats de se poser en défenseurs des grands services sociaux hérités de la Révolution tranquille. Avec ses projets de «réingénierie» et son obsession des PPP, le gouvernement semblait déterminé à détruire le «modèle québécois».

Une grande partie de la population partageait ce point de vue. À peine six mois après les élections du 14 avril 2003, des dizaines de milliers de personnes étaient descendues dans les rues de Montréal pour crier haut et fort qu'elles n'avaient «pas voté pour ça». En moins d'un an, le gouvernement Charest avait battu tous les records d'impopularité.

Cette fois-ci, le gouvernement prétend avoir lui-même fait le choix du déficit pour préserver les services sociaux. La réingénierie a été expédiée aux oubliettes depuis longtemps. Même l'Agence des partenariats public-privé sera bientôt abolie.

Les dirigeants syndicaux ont eux-mêmes contribué à la réhabilitation du gouvernement. On a vu Claudette Carbonneau bras dessus, bras dessous avec Monique Jérôme-Forget à l'annonce de l'entente sur l'équité salariale. Le Pacte de l'emploi et le programme d'infrastructures ont également été salués avec enthousiasme.

Mme Carbonneau soutient que «ce sont des enjeux de société qui sont au c¶ur de la négociation», mais il sera maintenant bien difficile de convaincre la population qu'après s'être amendé de la sorte, le gouvernement est soudainement revenu à son néolibéralisme rétrograde d'il y a quatre ans.

***

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Claude Archambault
    Inscrit
    jeudi 29 octobre 2009 01h32
    Il sera très intéressant
    Il sera très intéressant de voir quel position prendra La Marois et notre vers solitaire. Car face aux demandes syndicales et avec ce que les travailleurs québécois traversent comme crise M. Charest a réellement plusieurs atouts dans son jeu, et il serait très bien aviser de rejeter toute forme d'augmentation des couts de la fonction publique. Même que le déficit anticipé justifie amplement des coupures draconiennes au niveau des couts de la fonction publique.

  • Gilles Lachance
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 06h13
    la réalité pour un enseignant
    Peu importe l'image, la réalité demeure : pour un enseignant comme moi, les salaires du public sont plus faibles que dans le secteur privé. De plus, ils sont en hausse moins rapide, de sorte que cet écart s'accroît. Et je venez pas me chanter que les écoles privées ferment les unes après les autres en temps de récession ou que leur sécurité d'emploi est différente de la mienne. Au contraire, leurs conditions de travail sont généralement meilleures !

  • Pierre Poulin
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 07h59
    marche funèbre en effet
    Il y a quelques facteurs qui jouent en défaveur des employés du secteur public :

    Ils sont 475 000 à négocier en même temps. Quelle maivaise idée ! Le morceau est trop gros. Les profs d'université n'auraient par exemple jamais réussi leur négociation s'ils avaient été accrochés à ce gros train. Les centrales dorment au gaz.

    Il y a des catégories d'emploi qui sont très bien payées, ce qui se fait au détriment de d'autres catégories qui demandent plus de formation.

    La fonction publique offre quand même la sécurité de l'emploi et des fonds de pension.

    Octobre aura été le mois de la corruption au Québec. Les citoyens sont vraiment écoeurés de voir que leurs impôts engraissent les profiteurs. La fonction publique, qui elle est très certainement honnête, en fera les frais, par la bande, parce que le contribuable est tanné.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    jeudi 29 octobre 2009 08h02
    Le modèle Québec : Des déficits jusqu'à la fin des temps...au moins
    Bien oui, tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir et tout le monde veut se faire élire en "réalisant" des déficits, évidemment, pour des petits cadeaux à ses chers zélecteurs reconnaissants.

    On paiera tout ça plus tard, capital et intérêts afin de pouvoir mourir bien endettés plus que nos parents et moins que nos enfants.

    Et vive les dettes de nos gouvernements qui ne savent pas balancer leurs finances, on comprend pourquoi !

  • Luc Normandin
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 08h19
    L'agence des PPP abolie?
    Peut-être est-elle abolie car elle n'a plus sa raison d'être.
    Ne sommes-nous pas déjà en full PPP?

  • Jean-Pierre Lusignan
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 08h47
    L'industrie de la négociation recommence maintenant à fonctionner
    Au Québec, le début des négociations avec le gouvernement augmentera sans doute l'activité économique en 2009-2010: déjà, les mandats gouvernementaux aux bureaux d'avocat amis du régime se donnent, les rencontres de fonctionnaires se multiplient et les centrales syndicales transfèrent ou engagent de nombreux conseillers syndicaux permanents et temporaires dont les salaires seront désormais. sauf erreur de ma part, quasiment totalement remboursés par le gouvernement. Plus les négociations dureront, plus elles coûteront cher au trésor public. Plus les augmentations salariales seront fortes, plus s'élèvera le montant total des cotisations syndicales ensuite acheminées aux centrales syndicale.

    Entendez-moi bien: le droit de négocier collectivement les conditions de travail est un droit chèrement acquis et il m'importe beaucoup. Mais se pourrait-il que des individus, groupes, gouvernements et amis du régime s'en servent un peu trop longtemps et mal, par exemple en privilégiant une augmentation salariale à une augmentation en santé et sécurité au travail? Se pourrait-il qu'on les fasse aussi s'étirer dans le temps pour maximiser les honoraires professionnels et salaires et montrer un acharnement factice? Se pourrait-il que le gouvernement le tolère mieux parce qu'il a appris à en tirer personnellement profit pendant toute la durée des négociations, par exemple en choisissant les débats et en opposant les contribuables aux fonctionnaires de l'état et employés du secteur public?

  • David King
    Abonnée
    jeudi 29 octobre 2009 09h02
    Question
    Est-ce qu'il y a vraiment 6500 fonctionnaires en Alberta vs 475 000 au Québec? Merci.

  • Fernand Turbide
    Inscrit
    jeudi 29 octobre 2009 09h47
    sabrer dans les dépenses...
    La première chose a faire en difficulté financière c'est de sabrer dans les dépenses.Indexer les salaires et comptes de dépenses de certains, généralement les mieux nantis, pour couper d'autres travailleurs est une injustice flagrante.C'est ce qui s'est fait trop souvent dans le passé.
    Le gouvernement doit aujourd'hui avoir le courage pour les deux prochaines années de conserver les acquis de tous mais de freiner toute augmentation de salaire, de compte de dépense et de tous privilèges du chef de l'État jusqu'aux assistés sociaux en passant par les députés, ministres,hauts fonctionnaires, juges, sans aucune exception.C'est ça une justice administrative et je suis convaincu que la très grande majorité de la population est d'accord avec une politique égale pour tous. L'injustice c'est de privilégier certaines classe et d'en couper d'autre, généralement les plus faibles.

    Fernand Turbide

  • Michel Chayer
    Inscrit
    jeudi 29 octobre 2009 09h54
    Les coordonnées de votre marché d'alimentation, s.v.p. !
    « (...) Depuis le début de l'année, la croissance des prix a été négative, de sorte qu'on ne peut même pas parler d'appauvrissement... » -Michel David

    Mon cher Monsieur,

    Avant de poursuivre plus avant la lecture de votre texte, j'aimerais bien que vous me révéliez le nom ainsi que les coordonnées du marché d'alimentation où vous faites vos courses.

    Parce qu'en ce qui me concerne, c'est plutôt une croissance des prix fortement positive que j'ai remarquée puis le début de l'année lorsque je vais faire l'épicerie...

  • Yvon Lizotte
    Inscrit
    jeudi 29 octobre 2009 11h11
    Sécurité d'emploi et assurance-emploi
    Si les employés de la fonction publique ont vraiment la xécurité d'emploi, pourquoi sont-ils assujettis aux cotisations à l'assurance-emploi? On assure pas sa(?) maison contre le feu si on a pas de maison. Le provincial pourrait demander au fédéral de soustraire les employés de la fonction publique aux cotisations à l'assurance-emploi; ça constituerait une augmentation de salaire pour les employés et le gouvernement épargnerait aussi pour ses cotisations pour sa part à titre d'employeur.
    Yvon Lizotte

  • André Fortin
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 11h36
    Une fonction publique mise à jour
    Je crois sincèrement que le Québec a besoin d'une fonction publique valorisée et enrichie d'un personnel jeune et compétent capable de voir dans tous les domaines de ses compétences à l'utilisation optimale des argents mis à la disposition de l'État par tous les contibuables. Je préfère et de loin donner l'utilisation et le contrôle des résultats de l'utilisation de nos ressources limitées à des employés de l'État. Nous payons et paierons longtemps le manque d'équilibre entre les pouvoirs du privé versus le public. Le pouvoir de l'argent dans nos institutions de moins en moins démocratiques doit nous rassurer tant qu'à l'importance d'une fonction publique suffisante et de qualité.

  • Gilles Lachance
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 11h45
    à m. Turbide : l'inustice que vous dénoncez est précisément ce qui prévaut
    Vous pensez sincèrement que les milliards en baisses d'impôts imposées par Jean Charest profitent "également à tous" ? La réalité est que les mieux nantis sont les seuls à en bénéficier réellement. Et alors que notre gouvernement se départit ainsi d'une portion de ses revenus pour aider cette frange de la population, voilà qu'il prétend être incapable de payer ses employés décemment ? Voilà plus d'une décennie que nos salaires progressent plus lentement que l'inflation. Il me semble que demander l'indexation est loin d'être excessif.

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 16h12
    Une croissance des prix négative
    Dieu que ça ressemble à une diminution des prix positive.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 16h16
    Propos néolibéral
    Le propos de Monsieur David doit réjouir les esprits néolibéraux. Selon lui, il faudrait non pas augmenter le revenu des travailleurs du privé mais plutôt réduire le revenu des fonctionnaires. Ah, j'oubliais les 40 milliards perdus à la Caisse de dépôt grâce à l'orientation que le patron des fonctionnaires (Jean Charest) lui a donnée. Il y toujours de l'argent pour les riches petits amis.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • emeri
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 16h43
    Voter du bon bord!
    Madame Carbonneau aurait dû y penser par deux plus qu'une
    avant de se pavaner au bras des libéraux. Voyez maintenant le
    résultat.
    Ça ne se serait probablement pas produit si vos précieux votes auraient servis à faire élire le Parti Québécois...
    et en plus nous serions maintenant plus prêt de l'indépendance. D'ac? >Et là je m'adresse aux syndiqués du
    gouvernement.
    Réjean Grenier

  • Victor Beauchesne
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 19h07
    indexation pour qui encore ?
    @Gilles Lachance

    Alors que les travailleurs du secteur privé subissent abolitions de postes, diminution de salaires et conditions, incertitude sur l'avenir, vous les gens du secteur public qui avez la certitude de votre emploi, qui jouissez de régimes de retraites généreux, vous avez le front d'exiger l'indexation. Vous semblez avoir oublié complètement qui paie pout tout cela. C'est ceux que je viens de décrire.

    Good luck !

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