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Blâme contre Sylvie Roy - Diversion

Josée Boileau   29 octobre 2009  Québec
Ils ont bien raison, les partis d'opposition et les citoyens qui se manifestent, de crier à la diversion dans ce qu'il faut appeler «l'affaire Sylvie Roy». Les libéraux sont bien prompts à protéger les privilèges des élus, mais que font-ils pour préserver la démocratie, dont les rouages craquent de partout?

L'affaire est tellement ridicule qu'on n'a pas envie de s'y éterniser. Jeudi dernier, la députée adéquiste Sylvie Roy, alors chef parlementaire, a eu le malheur de poser une question à l'Assemblée nationale, question qui a piqué au vif le premier ministre, qui a pourtant été en mesure d'y répondre très clairement quelques heures plus tard, ce qui démontrait que Mme Roy, vouée aux gémonies du côté libéral, n'avait pas vraiment erré.

Oui, Jean Charest avait su que des allégations de promenade sur le bateau de Tony Accurso avaient touché trois de ses ministres, dont il a lui-même donné les noms à la télévision. Vérifications faites, a-t-il précisé, ces séjours n'avaient pas eu lieu. Fin de l'histoire.

Mais le gouvernement libéral, lui, a décidé d'éterniser l'affaire, de faire monter les enchères, d'y aller à coup de mise en demeure, jusqu'à la résidence de madame Roy, qui tient pourtant bureau à l'Assemblée nationale, et de déposer une motion de blâme des plus inusitées. On saura aujourd'hui si la motion suivra son cours, auquel cas ce sera le fouillis chez les parlementaires, vu l'absence de précédent et la partisanerie.

Que d'énergie perdue! Que d'indignation mal ciblée!

Pendant ce temps, les médias continuent de s'en donner à c¶ur joie. Puisque le gouvernement Charest ne veut pas d'enquête publique, les gens se tournent vers eux pour les mettre sur des pistes à suivre. Une escouade spéciale a beau avoir été créée, chacun sait bien que tout ne relève pas d'enquêtes policières.

Quand les gens voient du copinage à l'¶uvre — le fait que des élus assistent à des matchs du Canadien dans les loges d'entrepreneurs n'aurait pas d'incidence?; des contrats sont drôlement attribués: les tours de bateaux semblent favoriser les affaires, de Montréal à Mascouche; l'incursion toujours plus grande du privé dans la gestion des affaires publiques (même pour repeindre la croix du mont Royal); la grande difficulté à trouver les instances où dénoncer de façon efficace — comme on le vit présentement à Saint-Donat, ce n'est pas la police qu'ils vont appeler, ni le numéro «1 800» de l'opération Marteau! Bonjour, salle de rédaction? Pourrais-je parler à un journaliste?

Même pas besoin de l'implication du monde interlope, même si elle est parfois présente, pour que tous comprennent qu'il y a quelque chose de très, très pourri dans notre petite démocratie. Il ne s'agit pas d'être naïf: le Québec peut supporter un scandale de-ci, de-là, mais certainement pas que cet oubli du bien public, auquel se résume ce qui éclate présentement, devienne systématique.

La tempête ne s'apaisera pas au lendemain des élections de dimanche. Si c'est le souhait secret de Jean Charest, il n'y a qu'un conseil à lui donner: qu'il vienne passer un après-midi à nos côtés, constater que les médias ne manquent pas de matière à fouiller, fournie par ceux qui les écoutent ou les lisent.

Et qu'il laisse donc tranquille l'ADQ. Forte du mauvais tandem Gilles Taillon-Éric Caire, celle-ci saura très bien se déchirer toute seule.

***

jboileau@ledevoir.com
 
 
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  • Vincent Bussière
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 03h05
    Triste premier ministre!
    Monsieur Charest, vous faites un bien triste 1er ministre,demander qu'une députée élue par le peuple soit sanctionnée pour avoir osée poser des questions tout à fait légitimes dans les circonstances que l'on sait, c'est essayer d'intimider tous les autres élus, vous aurez dans un proche avenir à répondre à d'autres questions qui seront peut-être plus embarassante pour votre gouvernement et certains de vos ministre trrrrès influents, pas surprenant que vous ne voulez pas d'enquête publique dans les réseaux qui sont proche du pouvoir quand on sait bien que vos organisateur d'élections sont les même que ceux qui nous organisent tous nous les montréalais! Vous êtes inquiétant!

  • Jean-François Trottier
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 05h43
    le problème (pour Charest) avec l'intervention de Sylvie Roy...
    Jean Charest prend-t-il la mauvaise cible ou essaie-t-il de diviser le mécontentement qui monte? Refaire de l'ADQ le parti du vote de protestation contre "les vieux partis" en lui accordant une importance indue? Rappelez-vous l'élection après son 1er mandat: la majorité voulait sa peau mais l'électorat s'est divisé.
    Je peux comprendre qu'il veuille tuer les rumeurs dans l'oeuf, surtout si, peut-être, elles ont une parcelle de vérité. Si c'est son but, c'est mal parti: il fera de Sylvie Roy, au mieux, une "martyre de la démocratie". Par contre, et là, je spécule, si son but est d'accorder une importance exagérée à un 3e parti susceptible de diviser le votre contre lui, c'est brillant. A-t-il vu aussi loin ou a-t-il eu une réaction épidermique primaire? Venant d'un politicien qui est avant tout (ou à peu près seulement) un bon stratège électoral, on ne sait jamais.
    Au fait, juste un doute: les 3 noms qu'il a donné sont-ils les bons? Sylvie Roy ne les connaissait pas, alors il pouvait bien nommer qui il veut, surtout si les journalistes vérifient seulement les 3 noms qu'il a nommés...
    Je suis peut-être parano mais ça démontre l'étendue de la confiance que je lui accorde.

  • Georges Paquet
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 06h37
    Deux questions à Mme Boileau.
    1- Vous dites que Mme Roy n'a pas vraiment erré. Question: Avez-vous lues et entendues les réactions les plus nombreuses aux affirmations de Mme Roy? La très grande majorité de ces commentaires soutiennent que Mme Roy dit vrai. Ce n'est donc pas la fin de l'histoire, parce que les ministres nient ces accusations. Si vous n'êtes pas naïve, vous savez bien que dans ce genre d'accusation, il en reste toujours quelque chose, comme disait Voltaire.

    2-Vous reprochez au premier ministre de ne pas avoir encore déclenché d'enquête publique. Question: Seriez-vous la seule journaliste qui réclamerait une enquête publique en pleine campagne électorale? Ce ne serait plus la peine de poursuivre cette campagne électorale. Pourtant je ne vous ai pas entendue réclamer l'annulation des élections.

  • Gilles Delisle
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 07h14
    Le bal manqué!
    Cà brasse tellement fort dans la magouille, que notre valeureux premier ministre a dû décommander sa participation à l'un de ces bals de fripouilles et de bigots qu'ils semblent fréquenter assidûment, comme Le Devoir nous l'apprenait, il y a quelques jours. Alors, choqué, il a dû se rabattre sur une députée qui a osé poser les bonnes questions sur un autre cas prétendu de magouilles et de mauvaises fréquentations. Un jour, on en saura certainement un peu plus sur cette ténébreuse affaire.

  • Lapirog
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 07h50
    Le pire danger qui guette présentement notre société: la grippe A H1N1 ou la mafia ?
    Les médias électroniques surtout,font une surenchère sur les dangers potentiels ou réels de la grippe A.Durant ce temps le pire des fléaux qui se puissent trouver,la mainmise de la mafia Italo-Québécoise sur notre vie autant économique que politique ,est en train de devenir banalité. La députée Sylvie Roy est devenue la bouc émissaire du gouvernement trop heureux de s'en tirer à si bon compte. Si j'étais Montréalais, je serais inquiet de voir Gérald Tremblay retourner à la mairie de notre Métropole,qui par les temps qui courent, s'empêtre dans ses explications sur les malversations qui seraient maintenant la norme à l'Hotel de Ville de Montréal si j'en crois l'excellent travail des journalistes de la SRC et des quotidiens nommément Le Devoir et La Presse avec un coup de chapeau à ceux de Rue-Frontenac. Je me demande si nous sommes vraiment conscients de ce danger qui est en train de prendre forme d'une façon permanente, à moins bien sur d'un vigoureux coup de barre par la désignation d'une commission publique d'enquête pour identifier les fautifs de tous ordres. Nos travaux d'infrastructure coûteraient de 20 à 50% plus cher qu'ailleurs en Amérique du Nord du fait de cette collusion entre certains entrepreneurs mafieux qui imposent leur loi, et certains hauts fonctionnaires et administrateurs.L'exemple de pressions indues d'entrepreneurs sur des administrateurs de Boisbriand en dit long sur la tengeante que prendraient inévitablement notre vie politique si on regarde passer la parade.
    Y a t-il un vaccin aussi puissant que celui contre la grippe A H1N1 pour nous débarrasser de ce virus qui ronge notre fragile système démocratique? Si oui il faut l'appliquer de toute urgence sinon ce n'est pas de la grippe A que nous allons mourir...

  • Claude Desjardins
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 08h48
    Stigmatisation
    Quand le whip du gouvernement Pierre Moreau évoque qu'elle est la seule responsable de ses craintes, on ne peut que conclure qu'il y a tentative d'intimidation. L'affaire Sylvie Roy déborde le cas d'espèce. Elle touche à la liberté d'expression de tous les parlementaires et des citoyens qui pourraient être stigmatisés par les gouvernements en place selon ses humeurs.

    Yves Michaud en sait quelque chose, lui qui a été blâmé par le gouvernement Bouchard pour avoir dis une vérité que personne ne voulais entendre.

  • Michel Samson
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 09h20
    Les gouvernements de la honte...
    Mme Boileau, votre texte est un baume. En quelque part, dans tout ce cynisme profond qu'occasionnent les écarts de tout ordre de nos politiciens à tous les niveaux, des gens comme vous gardent le cap, voient juste, surtout visent juste et l'écrivent avec beaucoup d'à-propos.

    Et s'il y avait plus de journalistes d'enquête et plus de temps à leur disposition, nous en saurions sûrement plus sur les malversations que l'on perpètre en notre nom. Par exemple, la présente année aura été celle des bouts de routes repavées, de l'asphalte à tout crin, de contrats routiers ronflants qui mériteraient bien un peu d'analyse à savoir comment ils ont été attribués, quelles firmes-conseils y ont travaillé et combien ils auront coûtés aux contribuables.

    Je vois chaque semaine un exemple local de ce qui me semble être une orgie de dépenses inutiles : l'échangeur routier de Montébello, sur la route 50 dans l'Outaouais. On aura dynamité des collines complètes sur des distances étonnantes pour desservir un village d'à peine 1000 habitants. L'ampleur des travaux sont dignes de l'échangeur Turcot alors que rien ne le justifie. Est-ce que ça inquiète quelqu'un, sauf moi ? Pas évident.

    Et je le répète, cela n'est qu'un exemple. Il y en a par dizaine, peut-être par centaine au Québec qui mériteraient un examen critique faisait intervenir des critères tels que nécessité, opérationnalité, coût, attribution des contrats, gestion de chantier, etc.

  • Steve Fortin
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 11h37
    @m. Samson... tant à questionner!
    Non M. Samson, vous n'êtes pas seul! Nous sommes plusieurs résidents de la région de la Petite-Nation à nous questionner sur le tracé de la 50, sur l'ampleur des travaux, sur la provenance des travailleurs (pourquoi ne pas privilégier des travailleurs locaux qui respectent le décret), etc... Je ne suis pas certain que le peu de confiance qui reste en nos institutions résisterait à la vérité crue de ce qui se passe vraiment dans le milieu de la construction institutionnelle.

    Le cas de Sylvie Roy est très révélateur en ce sens. Ce petit bout de femme a osé questionner le système en place dans l'antre même (l'assemblée nationale)de ceux qui le cautionnent et qui en profitent pour se garder au pouvoir. Faire la lumière sur les récentes révélations ébranlerait les structures même du pouvoir libéral. JAMAIS John James Charest acceptera de se faire hara-kiri quand même! Déjà le manifeste du FLQ mentionnait et dénonçait le lien entre le parti libéral et les "faiseurs d'élection Simard-Cotroni"... ça ne remonte pas à hier! La vraie justice et la solution à ce cynisme réside dans les mains des Québécois qui ont le pouvoir de chasser les libéraux et pourquoi pas, prendre leur destin en main!

  • Georges Paquet
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 12h10
    Mme Boileau, lisez tous les commentaires que votre chronique a suscités, et ous verrez que des attaques, comme celle de Sylvie Roy, ne sont pas innocentes.
    Ce n'est certainement pas la fin de l'histoire parce que les accusés nient les accusations dont ils sont victimes. Si c'étaient le cas, nos tribunaux ne seraient pas si occupés à débattre d'accusations d'atteintes à la réputation.

  • Yves Côté
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 14h32
    Des nouvelles de vous et une question aux spécialistes...
    J'habite en France où, au moment d'écrire ce petit propos de lecteur, il est 19.30 heures. Il y a une heure, en entrée de sujets d'une émission quotidienne d'information à la radio nationale, sur France-Inter, on a annoncé que le dernier des reportages traitera des liens entre la politique et la mafia au Québec... Titre annoncée : Montréal-Palerme...
    Un journaliste maison parle des liens entre l'Hôtel de Ville et Tony Accurso, traite du rôle de Monsieur Labonté dans l'affaire et précise que la chose critique s'étend dorénavant à tout le Québec. Sa conclusion est que pour dimanche, aux élections municipales, la prévision du taux de vote ne devrait malgré cela ne pas dépasser de beaucoup les 50%...
    Lorsqu'on est éloigné, n'est-il pas toujours agréable et réconfortant d'avoir des nouvelles fraîches de la maison ? Sauf que ce qui est curieux, c'est que les bons coups dont on entend parler viennent généralement, et nommément, du Canada. Et que lorsqu'il s'agit de traiter d'aspects négatifs, à chaque fois, c'est alors le nom de Québec qui est utilisé par les journalistes français... J,en suis presque à me dire que c'est comme si quelqu'un voulait donner un certain pli à la pensée française par la répétition infinie des mêmes clichés ?
    Et maintenant ma question aux spécialistes de la constitution, journalistes, avocats et enseignants: De manière purement théorique et peu probable j'en conviens,mais dans le cas échéant où il était prouvé qu'un gouvernement provincial est infiltré de façon importante par le monde interlope, le Canada serait-il en droit de le dissoudre et d'imposer une tutelle, le temps de l'organisation d'une nouvelle élection ?

  • Georges Paquet
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 17h45
    M. Yves Côté. La réponse est non.
    Non, le gouvernement fédéral ne peut pas mettre en tutelle un gouvernement provincial. Il peut décréter les mesures de guerre en cas d'insurrection, mais ce serait au lieutenant gouverneur du québec de dissoudre l'Assemblée nationale et de lancer de nouvelles élections. Le reste serait du ressort de la police.
    À propos de votre second point. Ce serait très très nouveau si, en France, on entendait, comme vous le dites, plus de critiques des Québécois que des canadiens anglais, vu qu'historiquement les Français, au moins depuis le général de Gaulle, croient qu'ils ont comme mission de pousser les Québécois hors du Canada.

  • Jean-François Trottier
    Abonné
    jeudi 29 octobre 2009 20h16
    @yves Coté: réponse de profane
    Je ne suis pas constitutionnaliste, mais pas besoin d'être devin pour connaître le coût politique qu'une telle mesure aurait sur la popularité de celui qui oserait seulement émettre l'idée. Tentative de réponse: En tant que signataires de la constitution, les provinces ne sont pas seulement des entités administratives qu'on peut mettre en tutelle comme une ville.
    P.S. Dans le cas de ce qui semble être de la propagande anti-Québec, j'ai quelques contre-questions: y-a-t-il des chaînes télé et des journaux possédées en partie ou en totalité par Power Corp? Votre président est un pupille de Paul Desmarais, alors la télé publique a-t-elle des consignes concernant l'angle à donner aux nouvelles Canadiennes?
    Autre hypothèse: les sources des nouvelles proviennent souvent d'une agence de presse. Est-ce la Presse? La presse canadienne? Ça expliqerait l'angle pro-Canadien.

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