L'appétit des firmes de génie-conseil inquiète
Plus un projet d'infrastructure coûte cher au Québec, plus il est payant pour les firmes de génie-conseil. Pour plusieurs dirigeants de municipalités ou de ministères, c'est là le premier pas pour l'explosion des factures.
Les honoraires des firmes de génie-conseil sont établis très majoritairement à 10 % du coût total du projet. Or, ce sont les firmes qui habituellement font l'estimation des coûts dudit projet.
«Le bal commence avec les ingénieurs», laisse tomber Jean Fortier. Celui qui a été président du comité exécutif de la Ville de Montréal jusqu'en 2001 et qui fait aujourd'hui une maîtrise en gestion municipale à École de technologie supérieure déplore que les corps publics soient de moins en moins en mesure de freiner ce que certains appellent en coulisse la «gourmandise» des firmes comme Dessau, Groupe SM, Génivar et SNC-Lavalin.
Par exemple, pour un projet de réfection du réseau d'égout d'une municipalité, une firme de génie-conseil analysera les hypothèses, en estimera les coûts et fera une recommandation. Les données sont signées par un ingénieur dont le code d'éthique est souvent la seule assurance qu'a la municipalité que le travail a été bien fait et que le prix n'a pas été gonflé. Aucun expert indépendant ne travaille pour la municipalité. «Cela relève, pour beaucoup d'entre nous, d'un acte de foi. On n'y connaît rien», avoue candidement un élu municipal qui préfère taire son nom.
De plus, il n'est pas rare que les firmes de génie-conseil prennent même les devants — ce qu'elles appellent le «développement des affaires» — et proposent leurs services, et par ricochet une solution au problème de la municipalité ou d'un ministère. De plus, ces firmes disposent de personnel habitué à se frayer un chemin dans les sphères gouvernementales pour obtenir les autorisations nécessaires ou pour solliciter une aide financière au nom de la municipalité. «Les firmes disent qu'elles ne font pas de lobby, mais c'est bien pire parce qu'elles sont des mercenaires d'idées», a affirmé une autre source municipale qui, là encore, ne veut pas que son nom soit publié.
Pour Jean Fortier, cette façon de faire est «nébuleuse» et permet «de confondre facilement les clients». «Tout le processus est vicié. [...] C'est mur à mur au Québec. Ils sont tous dans le coup», soutient M. Fortier, qui brigue les suffrages à la mairie de son village de Nominingue, dans les Laurentides.
Au cours des derniers jours, Le Devoir a démontré l'influence du génie-conseil au sein des appareils publics, et notamment au ministère des Transports. Depuis que le gouvernement libéral est en place, un comité de concertation a ouvert la porte aux firmes de génie-conseil pour échanger des idées sur les façons de faire et pour «proposer des solutions concrètes aux autorités ministérielles», comme on peut le lire dans un communiqué publié hier. Le ministère tient à y rappeler «qu'il assume pleinement son rôle de gestionnaire du réseau routier». «Il n'y a aucun avantage concurrentiel, pour une firme, à participer au comité», affirme-t-on.
De son côté, l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ), qui réplique aujourd'hui en page Idées, soutient que «le fait que ces échanges aient lieu dans un cadre formel et ouvert devrait être de nature à rassurer, et non l'inverse». Pour l'AICQ, il est clair que ces rencontres permettent «aux firmes d'améliorer la qualité de leurs prestations».
Les honoraires des firmes de génie-conseil sont établis très majoritairement à 10 % du coût total du projet. Or, ce sont les firmes qui habituellement font l'estimation des coûts dudit projet.
«Le bal commence avec les ingénieurs», laisse tomber Jean Fortier. Celui qui a été président du comité exécutif de la Ville de Montréal jusqu'en 2001 et qui fait aujourd'hui une maîtrise en gestion municipale à École de technologie supérieure déplore que les corps publics soient de moins en moins en mesure de freiner ce que certains appellent en coulisse la «gourmandise» des firmes comme Dessau, Groupe SM, Génivar et SNC-Lavalin.
Par exemple, pour un projet de réfection du réseau d'égout d'une municipalité, une firme de génie-conseil analysera les hypothèses, en estimera les coûts et fera une recommandation. Les données sont signées par un ingénieur dont le code d'éthique est souvent la seule assurance qu'a la municipalité que le travail a été bien fait et que le prix n'a pas été gonflé. Aucun expert indépendant ne travaille pour la municipalité. «Cela relève, pour beaucoup d'entre nous, d'un acte de foi. On n'y connaît rien», avoue candidement un élu municipal qui préfère taire son nom.
De plus, il n'est pas rare que les firmes de génie-conseil prennent même les devants — ce qu'elles appellent le «développement des affaires» — et proposent leurs services, et par ricochet une solution au problème de la municipalité ou d'un ministère. De plus, ces firmes disposent de personnel habitué à se frayer un chemin dans les sphères gouvernementales pour obtenir les autorisations nécessaires ou pour solliciter une aide financière au nom de la municipalité. «Les firmes disent qu'elles ne font pas de lobby, mais c'est bien pire parce qu'elles sont des mercenaires d'idées», a affirmé une autre source municipale qui, là encore, ne veut pas que son nom soit publié.
Pour Jean Fortier, cette façon de faire est «nébuleuse» et permet «de confondre facilement les clients». «Tout le processus est vicié. [...] C'est mur à mur au Québec. Ils sont tous dans le coup», soutient M. Fortier, qui brigue les suffrages à la mairie de son village de Nominingue, dans les Laurentides.
Au cours des derniers jours, Le Devoir a démontré l'influence du génie-conseil au sein des appareils publics, et notamment au ministère des Transports. Depuis que le gouvernement libéral est en place, un comité de concertation a ouvert la porte aux firmes de génie-conseil pour échanger des idées sur les façons de faire et pour «proposer des solutions concrètes aux autorités ministérielles», comme on peut le lire dans un communiqué publié hier. Le ministère tient à y rappeler «qu'il assume pleinement son rôle de gestionnaire du réseau routier». «Il n'y a aucun avantage concurrentiel, pour une firme, à participer au comité», affirme-t-on.
De son côté, l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ), qui réplique aujourd'hui en page Idées, soutient que «le fait que ces échanges aient lieu dans un cadre formel et ouvert devrait être de nature à rassurer, et non l'inverse». Pour l'AICQ, il est clair que ces rencontres permettent «aux firmes d'améliorer la qualité de leurs prestations».
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